Adjudant-Chef

Jean-Marie Buquet

142

Chasseurs en Kabylie

Avec le 22ème

Bataillon de Chasseurs Alpins de Nice

Tome 1

I956 / 1959

Félix Faure - Michelet - Bouïra

Guerre d’Algérie

Nice - Mai 1995

 

Analyse du témoignage

Écriture : 1991 - 670 pages

142 - Tome I 1956 - 1959

143 - Tome II 1960 - 1964

 

POSTFACE de Michel EL BAZE

Tome I

Il s’agit bien là d’un témoignage, sauf que, au lieu de s’appuyer seulement sur sa mémoire, J-M Buquet se réfère aussi au Journal de Marche du Bataillon qu’il a tenu pendant tout ce temps où il fut adjoint à l’Officier de Renseignements.

Dans ce premier tome, le témoin relate le séjour du Bataillon en Algérie de 1956 à 1959.

Nul doute que les chercheurs algériens et français trouveront là, une mine de renseignements sur les événements vécus qui leur permettra de mieux situer l’action de nos Chasseurs dans ce pays en révolte

Volume I

It is there a testimony, safe that, instead to support only on his memory, J-M Buquet refers also to the Newspaper of Step of the Battalion which he has held during all this time where he was attached to the Officer of Information.

In this first volume, the witness relates the stay of the Battalion in Algeria from 1956 to 1959.

Null doubts that the seeker Algerians and French will find there, a mine of information on events lived which will allow them to better situate the action our Hunters in this country in revolt.

Tome II

Débarqué à Ménerville le 8 Janvier 1956, le 22ème B.C.A. séjourne à Félix-Faure, Michelet, Bouïra, puis dans de nombreux autres villages de Kabylie au cours de la période de 1956 à 1964 que traite ce second tome.

De retour en métropole, après sept années passées en Algérie, il sera dissous le 15 Février 1964 après une prise d’Arme au Quartier Saint Jean d’Angély de Nice.

Comme le dit M. Joseph-André Grammatico, Maire Adjoint, le 22ème "Bataillon de Tradition de la Ville de Nice" aura bien mérité de la considération de nos concitoyens.

Volume II

Disembarked to Ménerville the 8 January 1956, the 22ème B.C.A. stays to Félix-Faure, Michelet, Bouïra, then in many other villages of Kabylie in the course of the period from 1956 to 1964 that processes this second volume.

Return in metropolis, after seven last years in Algeria, it will be dissolved the 15 February 1964 after a plug of Arm to the Quartier Saint Jean d’Angély in Nice.

As tells Mr. Joseph-André Grammatico, Mayor Attaches, 22e "Battalion of Tradition of the City of Nice" will have well deserved the consideration of our countrymen.

 

AVERTISSEMENT DU TÉMOIN

Ce récit des activités du 22ème Bataillon de Chasseurs Alpins au cours de ce que, pudiquement, l'on avait convenu d'appeler "Opérations de maintien de l'ordre", tant au Maroc qu'en Algérie, se présente sous une forme différente de celle des témoignages édités dans cette collection.

Il ne s'agit pas d'un récit personnel, mais d'un document tenu quotidiennement à jour, ce qui lui confie une rigueur chronologique.

Le fait que j'aie vécu la presque totalité du séjour du 22ème B.C.A. en A.F.N. à un poste de témoin privilégié au sein du P.C. du Bataillon, m'a permis d'en situer les épisodes dans leur ambiance, d'en préciser les détails et d'en replacer les acteurs dans le cadre des différentes situations.

This account of activities of 22ème Alpine Hunter Battalion in the course of what, modestly, one had suited to call "Maintenance Operations in the Order", so in Morocco that in Algeria, follows under a different form of the testimonies of this collection.

It does not concern a personal account, but of a held daily document , which confides it a chronological rigor.

The fact that I have lived the almost totality of the stay of 22ème B.C.A. in A.F.N. at a preferential witness position to the breast of the P.C. of the Battalion, has allowed me to situate episodes in their atmosphere, to specify details and in to replace actors in the framework of the different situations.

 

 

La mémoire

La mémoire : seul bagage incessible

Jacques ATTALI

 

8 Janvier - 31 Mai I956

Félix Faure - Michelet

Tome 1

Janvier

Venant d’Oujda, le premier convoi arrive le 8 Janvier vers 11 heures en gare de Ménerville, entre Alger et Tizi Ouzou.

Les wagons de matériel sont décrochés en vue de leur déchargement, les wagons de personnel continuent jusqu’à la station suivante de Félix Faure. À I5 heures arrive la deuxième rame qui transporte les 2ème, 3ème et 4ème Compagnies.

Le P.C. et la Compagnie de commandement s’installent au village.

Les 1ère et 3ème Compagnies cantonnent à la briqueterie, à 2 kilomètres à l'Est de Félix Faure.

La 2ème Compagnie loge dans une ferme, à 1km à l'Ouest du village, sur la route de Ménerville.

La 4ème Compagnie est abritée dans deux fermes, en bordure de cette même route, à 500 mètres du village de Félix Faure.

Les jours suivants, les compagnies s’installent dans leurs cantonnements : mise en état des défenses auxiliaires, instruction, reconnaissances du terrain, patrouilles et embuscades aux environs de l’agglomération.

Le bataillon fait partie de la 4ème D. B.C.A. que commande le Colonel Sourd (ancien du 22) et qui appartient à la 27ème Division d’Infanterie Alpine, commandée par le Général Gouraud.

Le I2 Janvier, une réorganisation de la 4ème Compagnie redistribue 27 gradés et chasseurs de cette compagnie entre les 1ère, 2ème et 3ème Compagnies.

Les I4 et I5 Janvier, participation à une opération de secteur dans la région de Sidi Ali Bou Nab, Afir, Aiech et Béni Amrane.

Récupération de quelques armes et munitions.

C’est au cours de l’opération des I4 et I5 Janvier, à Sidi Ali Bou Nab, que les premiers coups de feu rebelles ont été tirés contre le 22ème B.C.A.

Au soir de la première journée, le bataillon qui constitue le bouclage latéral ouest, s’est arrêté sur la lèvre d’un ravin assez abrupt. Il doit y maintenir le bouclage pendant la nuit. Les compagnies campent sur place, protégées par de petits postes de sentinelles.

La nuit est très froide.

Par deux fois, des éléments rebelles tentent de forcer le passage :

- Sur un sentier de chèvres qui traverse la position de la 1ère Compagnie, où un échange de rafales de F.M. entre la sentinelle et un individu qui surgit en face d’elle oblige celui-ci à plonger dans le ravin au travers d’une épaisse haie de cactus.

- En face de la 2ème Compagnie, dont une sentinelle reçoit une rafale de P.M. Thomson (calibre 11, 43) qui, tirée de bas en haut, lui découpe une cartouchière et lui arrache des mains son propre pistolet mitrailleur.

Chasseur de 1ère Classe Pasquette Roger.

Le I8, Opération "Chamois" dans le douar Aït Yahia.

Les 1ère et 4ème Compagnies fouillent le village de Tagounits et récupèrent deux fusils de chasse. Les 2ème et 3ème Compagnies ramassent un pistolet 6, 35, un chargeur de P.M. Sten ,avec cartouches et des munitions de chasse.

Le 20 Janvier, le bataillon prend en charge le quartier de Michelet, centre administratif de la commune mixte du même nom, dans une région de montagnes au relief heurté, entaillée de vallées profondes et très faiblement viabilisée.

À l’époque des officiers des Affaires Indigènes, ceux-ci se rendaient à cheval dans les villages, accompagnés d’une petite escorte de moghazenis.

Depuis l’implantation de l’administration civile, les fonctionnaires se sont contenté d’attendre dans leurs bureaux la visite de leurs administrés. Seuls les gendarmes de la Brigade de Michelet, parcourent le territoire abrupt de leur circonscription, dans laquelle certains villages se situent à six heures de marche du centre.

La Compagnie de Commandement et le P.C. s’installent dans l’agglomération; la 4ème Compagnie occupe un piton à l’entrée Nord, avec postes de section à Souk El Djemaa ;et à Tizi Djemaa;.

La 2ème Compagnie prend possession de l’école d’Aït Ichem.

La 3ème Compagnie est cantonnée à Fort National, et la 1ère à Azouza, à mi chemin entre Tizi Ouzou et Michelet.

Le Lieutenant Colonel Parisot rentre de permission le 22 Janvier et reprend le commandement du bataillon, qui, pour la première fois depuis son départ de Nice, assume complètement la responsabilité d’un quartier où l’on sait que la rébellion a ses complicités et ses habitudes.

Les travaux d’installation et de protection des postes vont de pair avec les reconnaissances du terrain, les patrouilles, les embuscades de nuit, et les premiers contacts avec les populations des villages et hameaux du quartier.

Le Capitaine Pennachioni prend le commandement de la 1ère Compagnie.

Dès le 22 Janvier, la 4ème Compagnie procède à une reconnaissance du Douar Beni Menguellet, la 2ème Compagnie du Douar Aït Atelli.

Les 1ère et 3ème Compagnies bouclent le village d’Azouza. Un rebelle armé y est abattu.

Le 23, le bataillon en entier opère dans la région d’Inzorren, des armes et munitions diverses sont récupérées.

Un groupement des 1ère, 3ème et 4ème Compagnies, sous le commandement du Capitaine Mondoloni, prend part le 28 Janvier à l’opération "Gaur", dans la région du village de Tablablat. Un engagement très vif met les unités aux prises avec un groupe rebelle qui laisse sur le terrain six morts, dont son chef, Benouar Azouaou et quatre prisonniers. Onze armes sont récupérées, dont un pistolet mitrailleur Sten.

Les patrouilles et embuscades se succèdent, tandis que le chef de corps visite successivement ses compagnies.

Février

Le Général Gouraud, commandant la 27ème Division d’Infanterie Alpine, inspecte le 5 Février les différents postes du bataillon.

Le 7 Février, contrôle d’identité de deux cent personnes dans les villages d’El Karne, Taskenfout, Azerou Kellal. La 1ère Compagnie effectue une patrouille de nuit sur Taourirt Amokrane et la 2ème Compagnie réalise deux liaisons à ski, l’une avec le I3 ème R.T.S., l’autre avec les gendarmes, au village de Koukou.

Le lendemain, la 3ème Compagnie reconnaît le village et l’école de Taddert Oufella.

Le 9, la 4ème Compagnie visite Tandjtout et Aït Ali, tandis que les 1ère et 3ème Compagnies inspectent Affensou, et que la 2ème prend liaison avec le I3ème R.T.S. à Iril Arbi.

Le I4, patrouille d’une section de la 4 sur l’itinéraire Michelet - Taskenfout - Azerou Kellal, et retour par les crêtes à l'Ouest de la route. Bouclage et fouille par la 1ère Compagnie du village d’Aït Ali. Récupération d’un revolver 6,35 et de cartouches.

Patrouille au col d’Aït Mellal par la 2ème Compagnie.

La 2 descend à skis d’Aït Ichem à Michelet pour rendre les honneurs au Général Olié.

Dans la soirée du 22.

Alors qu’un groupe de la 1ère Compagnie, commandée par le Sous Lieutenant Parès, effectue une patrouille de sécurité aux abords du village d’Azouza, un coup de feu, un seul, est tiré depuis le ressaut de terrain qui supporte le cimetière arabe. Le Sous Lieutenant Parès s’écroule, atteint de deux chevrotines à la poitrine. Il a encore la force et le courage d’ordonner à ses hommes de s’abriter et d’alerter par signal son Commandant de Compagnie. Malgré des soins rapidement prodigués, PARèS expirera au cours de son transport à l’hôpital.

Le 28, un contrôle permet de récupérer des munitions dans le car Tizi Ouzou - Michelet. Trois suspects sont remis à la gendarmerie.

Azouza est le village d’origine d’Abane Ramdane, l’un des chefs historiques de la rébellion..

Citation à l’ordre de l’Armée du sous Lieutenant Parès :

"Jeune officier ardent et courageux, profondément animé du sentiment du devoir.

La patrouille de nuit qu’il commandait étant tombée dans une embuscade, a été très grièvement atteint par le premier coup de feu. A néanmoins eu encore la force de caractère et la présence d’esprit de faire abriter ses hommes et de leur faire alerter le commandant de compagnie avant de perdre connaissance."

Cette citation accompagne la nomination au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Mars

Le début du mois de mars voit le mouvement de la 1ère Compagnie de Fort National à Michelet, et celui de la 3ème Compagnie d’Azouza à Tizi Bouifed, sur un éperon à l’Est de Michelet.

Les trois mois à venir, jusqu’à la relève, le 3I Mai, par le 6ème B.C.A., verront l’action incessante du bataillon dans son quartier de Michelet où il est maintenant entièrement regroupé : patrouilles, embuscades, contact avec les populations, grenouillage de jour et de nuit, bouclage et fouille des villages et la corvée bi ou tri hebdomadaire des convois de ravitaillement à Tizi Ouzou, par une route semée de traquenards et d’embuscades, et régulièrement minée ou coupée par les rebelles.

Le convoi de la 3 qui effectue des navettes fréquentes entre Tizi Bouifed et Michelet sur une piste en corniche entourée d’un maquis impénétrable, sera leur cible favorite.

Ce travail, commencé depuis Janvier sous le commandement du Lieutenant Colonel Parisot, va se continuer "sans mollir" sous celui du Chef de Bataillon Vuillemey, nouveau Patron du 22ème B.C.A. depuis le I2 Mars.

Cérémonie sobre et émouvante s’il en fut que celle de la passation du commandement sur la petite place de Michelet, devant le monument aux morts, où une section de chacune des compagnies du bataillon formaient le carré.

ORDRE DU JOUR

Lorsque j’ai reçu le Fanion du Bataillon des mains du Commandant Lajouanie partant pour l’Indochine où il devait trouver une mort glorieuse, à la tête du prestigieux Régiment de Corée, je n’espérais pas pouvoir garder mon commandement au delà des deux ans réglementaires.

Je l’ai gardé trente mois, au milieu de toutes sortes de vicissitudes qui n’ont eu d’autre effet que de m’attacher davantage à un écusson plusieurs fois menacé, entre temps, de disparition.

C’est ainsi qu’il a fallu faire face à la reconstitution du 17ème Bataillon de Chasseurs, puis, à peine rétablis de la grave ponction d’effectifs nécessitée par cette remise sur pieds, nous avons dû contribuer, dans des proportions encore plus importantes à la formation d’un Bataillon de Marche, confié au Commandant Vuillemey, qui va être mon successeur, et qui est parti pour l’Algérie avec nos voeux ardents et nos espoirs.

Pratiquement réduit à une unité de traditions, le 22ème B.C.A. aurait alors végété à Nice, si ses cadres, dont une partie récupérée après la dissolution du Bataillon de Marche, et ses Éclaireurs acharnés à maintenir notre présence en montagne et à porter haut nos couleurs dans les compétitions, ne m’avaient soutenu de leur foi profonde.

C’est grâce à cette foi que nous avons pu rebâtir ensemble une Salle d’Honneur et célébrer avec un éclat inattendu avec de si piètres moyens, le Centenaire de notre glorieux Bataillon.

Nous ne pouvions disparaître, il fallait que notre commune ténacité fut récompensée, elle l’a été par notre reconstitution, à plein effectif, avec des éléments rappelés disparates dont vous avez su, officiers et sous-officiers, grâce à votre inlassable dévouement et par la vertu de votre exemple, faire un Bataillon qui s’est révélé, au Maroc Oriental, digne de nos Traditions.

Renouvelé une fois de plus dans sa presque totalité, avec un contingent d’active qui a donné très vite l’impression, grâce à vos efforts, de n’avoir jamais, lui aussi, porté que la tenue bleue, le Bataillon ne s’est pas montré, en Grande Kabylie inférieur à son prestigieux passé.

Je m’incline pieusement devant nos glorieux Morts, qui ont versé leur sang pour le maintien de nos couleurs sur cette terre qui est celle de Sidi Brahim.

Officiers, Sous Officiers, Caporaux, Clairons et Chasseurs.

La peine profonde que je ressens de devoir vous quitter est tempérée par la fierté que je garderai toujours d’avoir eu l’insigne honneur de ramener au feu, dans le cadre de montagnes qui lui convient, le 22ème Bataillon de Chasseurs Alpins.

Lieutenant Colonel Parisot

ORDRE DU JOUR N° 1

Officiers, Sous Officiers, Caporaux Chefs, Caporaux, Clairons et Chasseurs.

C’est avec beaucoup de joie, une grande fierté, et un peu de crainte aussi que je prends aujourd’hui le commandement du Bataillon.

Joie d’avoir à commander des hommes tels que vous, fierté d’avoir été jugé digne d’être votre chef, crainte aussi quand à la succession que je prends.

Vous formiez avec le Lieutenant Colonel Parisot un seul corps, un seul coeur, une seule âme ; il va me falloir maintenant me faire adopter, sachez que déjà je vous suis entièrement acquis.

Pieusement j’embrasse le Fanion du Bataillon, plein de la gloire de nos Anciens et de celle que nos Morts, et vous, fidèles à la tradition du 22éme continuez à lui acquérir.

Je m’efforcerai de mériter l’Honneur d’être votre Chef.

Chef de Bataillon Vuillemey

Et le soir, au cours d’un repas de corps, le nouveau Patron remettait à son prédécesseur le Fanion sous lequel le Bataillon avait servi depuis trente mois.

Dans la nuit du 12 mars.

Des tireurs isolés harcèlent le poste de Souk El Djemaa.

Le 17, les 1ère et 2éme Compagnies participent à une opération dans le sous secteur de Tizi Rached.

Une patrouille de la 3ème Compagnie surprend, le 24 au petit jour une équipe de "cantonniers kabyles encadrés par des hors la loi en armes, occupés à creuser des "touches de pianos" en travers de la route d’Aït El Mansour.

Affolement, débandade parmi les fourrés;un rebelle, blessé d’un coup de feu abandonne son arme qui est récupérée.

Le lendemain, l’équipe d’ouverture de route découvre, au col de Tizi Bouiren un ingénieux montage de mines et bombarde à allumage électrique, qui, heureusement n’a pas fonctionné.

Le 27, les 1ère et 2ème Compagnies se joignent au 7éme B.C.A. pour une opération dans le Douar Kouriet.

Avril

Deux tireurs isolés lâchent quelques coups de feu, le soir du 2 avril, contre le poste de Tizi Bouifed, et s’enfuient sans attendre la riposte.

Le 4, un contrôle du village d’Aït El Mansour permet d’arrêter le chef de l’organisation terroriste du village ainsi que deux de ses hommes, et de récupérer deux fusils de chasse et un pistolet automatique.

Les terroristes ont jusqu’alors choisi leurs victimes parmi la population kabyle employés de l’administration ou anciens combattants.

En quelques jours une grenade, dont seul, le détonateur explose, est lancée dans un restaurant européen.

Puis, Monsieur Bighetti de Flogny, adjoint de L’Administrateur Civil, est attaqué et blessé, dans les rues mêmes du village alors qu’il rentre chez lui pour le repas de midi. Son agresseur réussit à s’enfuir.

Le 5 Avril vers I3 H I5, alors que j’effectue une liaison dans le centre de Michelet, je suis blessé d’une balle dans le dos par un terroriste qui s’est approché de moi en courant. Malgré ma blessure, je fais face à mon adversaire que je mets en fuite, et l’abat.

Dans la soirée, au moment du départ d’une patrouille de la 1ère Compagnie, le Sergent Collonge blesse accidentellement le Sergent Beausoleil.

Le Colonel Sourd, commandant la 4ème D. B.C.A. vient en inspection au P. C. du bataillon le 7 avril.

Une bande fortement armée attaque dans l’après midi du 9 le car postal Tizi Ouzou - Michelet, à hauteur du village d’Icherridène, et le bascule dans un ravin après l’avoir incendié.

Le 11, opération du bataillon sur le village de Maragna. Bouclage et fouille qui permettent l’arrestation de sept suspects et récupération d’armes et de munitions.

Le Général Olié, commandant civil et militaire en Kabylie, inspecte le bataillon le I3 Avril.

Dans la soirée, une patrouille de la 2ème Section de la 4ème Compagnie opère dans la région du pont de Souk El Djemaa, déjà saboté la veille. Elle se heurte à un guetteur qui tire dans sa direction pour alerter le groupe de saboteurs affairés à miner le pont. Le Chasseur Joseph Pina est grièvement blessé. L’équipe de sabotage se disperse après avoir mis le feu à une charge explosive qui provoque quelques dégâts au tablier du pont. Deux autres charges qui n’ont pas fonctionné sont neutralisées. Sur les lieux de l’accrochage on retrouve un pistolet automatique 7,65 et des cartouches de chasse chargées de chevrotine. Malgré des soins rapides, PINA succombe à ses blessures.

Le village de Tamdjout est fouillé le I5 : deux carabines, un revolver à barillet et des munitions sont saisis.

Le convoi Tizi Ouzou - Michelet est harcelé dans l’après midi du I7, près d’Icherridène par des tireurs isolés qui décrochent rapidement. Le même jour, au col de Tizi Bouiren, le convoi de la 3 tombe dans une embuscade montée par un groupe d’une douzaine d’hommes armés de P.M., fusils de guerre et de chasse.

La riposte est brutale.

Le Gendarme Belim de la Brigade de Michelet qui se trouve dans la dernière Jeep, blesse un hors la loi qui est abattu d’une nouvelle décharge alors qu’il tente de s’enfuir malgré sa blessure. Les autres s’égaillent dans le maquis très dense, abandonnant un fusil de chasse, un pistolet et sept grenades. De larges traces de sang laissent supposer qu’il y a d’autres blessés parmi les assaillants.

Mai

Citation à l’ordre de l’Armée accompagnant la Médaille Militaire décernée au Sergent Bienvenu Jacques. :

"Jeune sous officier d’un allant et d’un dynamisme exceptionnels. Chef de groupe éprouvé, a toujours fait partie de la section d’intervention de sa compagnie. A trouvé la mort à Michelet (Grande Kabylie) le vendredi 4 Mai I956, traîtreusement abattu alors que, seul, il effectuait une liaison commandée avec une unité voisine."

La route de Tizi N’djemaa, coupée au cours de la nuit du 8 au 9, tandis que le poste était harcelé au fusil, est réparée dans la matinée par la population locale.

Le 11, le bataillon s’enrichit d’une 5ème Compagnie, composée uniquement de rappelés et commandée par le Capitaine Gatti. Cette compagnie qui arrive de métropole, s’installe dans les cantonnements laissés vacants par la 1ère Compagnie.

Embuscades de jour et de nuit dans les sous quartiers, les I2 et I3 Mai. Échange de quelques coups de feu avec des isolés qui viennent "tâter" les postes.

Le I4, contrôle du village de Bou Messaoud et arrestation de 3 suspects.

Le I5 Mai est la journée des mines.

On n’en avait jamais tant vu. Une première explose sur la route de Tizi Bouifed, à 8 heures du matin, au passage d’un Dodge et blesse légèrement le Chasseur Daver. Cinquante mètres plus loin l’équipe de détection en repère une seconde, qui est détruite sur place, et l’on repart. À 8 h 30, alors qu’il arrive à hauteur du village de Haddouche, le Dodge de tête du convoi déclenche une troisième mine : dégâts matériels seulement, mais de quoi dégoûter le chef du garage !

Une patrouille du poste de Tizi N’djemaa, commandée par le Sergent Soulignac, tombe dans une embuscade sur la route du col de Tirourda, à 2 km du poste, dans la matinée du I6.

Les rebelles, postés dans les rochers qui dominent la route, ouvrent le feu à bout portant sur les huit hommes du groupe. Dès les premiers coups de feu, le Chasseur Dolcini, qui riposte, bien que déjà blessé, est mortellement touché. Le Sergent Soulignac, le Caporal Aurensan, les Chasseurs Aubert, Cavanna et Giordano sont mis hors de combat presque aussitôt, atteints chacun de plusieurs blessures, car les Fellaghas tirent à chevrotines. Déjà les rebelles se redressent pour venir achever les blessés et récupérer les armes.

Le Chasseur Maurice Lau, seul indemne, qui a pu s’abriter sur le bas coté de la route, commence sur eux un tir ajusté gui leur interdit d’avancer. Il donne à Giordano, qui est en retrait, l’ordre de rejoindre le poste pour donner l’alerte puis, chaque fois qu’une tête se lève derrière les rochers, il l’oblige à disparaître. Cavanna qui a récupéré, tire lui aussi. Le temps leur semble terriblement long, lorsqu’apparaît un groupe commandé par le Lieutenant Vincent, leur chef de section. Les rebelles se sauvent dans la montagne, entraînant leurs blessés. De larges traînées de sang témoignent que les coups ont porté.

De nouveaux secours arrivent. Par véhicules et hélicoptères les blessés sont emmenés à l’hôpital de Michelet. Tous seront sauvés. Une opération de contrôle des villages voisins permet l’arrestation d’une quarantaine de suspects.

Le Chasseur Maurice LAU, à la suite de cet exploit, a été nommé caporal, à titre exceptionnel, par ordre n° 22I, à compter du 1er Juin I956.

Il aura l’honneur de représenter l’INFANTERIE, le I4 Juillet I956, lors de la prise d’armes présidée par Monsieur René Coty, président de la République Française, sur l’esplanade des Invalides.

Il y sera entouré par le Colonel Cuffaut, de l’armée de l’Air, le Colonel Bigeard, des parachutistes coloniaux, le Quartier Maître Chevalier, des Commandos de la Marine.

Le Président Coty lui remettra la Médaille Militaire et la Croix de la Valeur Militaire avec palme qui accompagnaient sa citation à l’ordre de l’Armée:

"Grenadier Voltigeur d’élite, qui a toujours montré un courage et un sang froid exemplaires au cours des opérations de maintien de l’ordre depuis son arrivée en Algérie le I6 mars I956. Le I6 mai, la patrouille dont il faisait partie s’étant heurtée à une bande rebelle, son chef et cinq de ses camarades mis hors de combat, a fait preuve des plus belles vertus militaires. Bien que blessé à la face, a continué un combat qu’il savait inégal. A repoussé deux tentatives rebelles pour s’emparer des armes de ses camarades, blessant plusieurs adversaires. A assuré jusqu’à l’arrivée des secours la protection de la patrouille et contraint les rebelles à la retraite."

Le Chasseur Dolcini Rodolphe était cité à l’Ordre de l’Armée et recevait la Médaille Militaire :

"Grenadier Voltigeur d’élite, ayant participé depuis son arrivée en Algérie le I6 Mars I956 à toutes les opérations de maintien de l’ordre menées par son unité.

Le I6 mai I956, sur la route de Tirourda, commune mixte du Djurjura, a fait preuve d’un courage et d’un esprit de sacrifice incomparables. La patrouille dont il faisait partie étant tombée dans une embuscade, et bien que grièvement blessé au début de l’engagement, a continué à faire feu sur les rebelles avant d’être mortellement atteint."

Les Chasseurs Cavanna Elie et Giordano Jean, étaient cités à l’ordre du Corps d’Armée; le Caporal Aurensan à l’ordre de la Division.

Le I7, la route est sabotée vers Tizi N’jemaa, et la conduite d’eau qui alimente Michelet est sabotée.

Le I8, la Jeep du Capitaine Pennachioni est endommagée par une mine.

La 1ère Compagnie réalise un raid de Tizi N’dema à Souk El Djemaa par la grotte du Macabbè et Aït Mislaine.

Dans la matinée du I9, un gendarme de la Brigade de Michelet, qui effectuait des achats dans un magasin du village, est blessé d’une balle de pistolet par un terroriste qui l’ajuste à travers la vitrine. Le Commandant Vuillemey fait immédiatement effectuer le bouclage de l’agglomération par les éléments du bataillon. Tous les hommes sont rassemblés sur le Souk et la fouille commence, chaque groupe de fouille étant commandé par un officier ou sous officier et accompagné d’un gendarme.

Le butin sera de neuf fusils de chasse, sept pistolets, deux carabines et un bon paquet de munitions.

Le 20, les 1ère et 5ème Compagnies participent à une opération dans le quartier de Fort National. La troisième Compagnie, qui commence à en avoir l’habitude, relève deux mines entre Tizi Bouifed et Tizi Bouiren. Le soir, les sentinelles de la compagnie de commandement reçoivent quelques coups de feu depuis la cote I075.

Dans la soirée du 2I, la 1ère Compagnie est harcelée pendant une heure par une assez forte bande tirant depuis les lisières du village de Taourirt Amrane.

Le Sergent Comparetti du G.M.P.R. 22 est assassiné dans les rues de Michelet, le 23 mai vers midi. Son agresseur s’échappe par les ravins Sud du village malgré les tirs effectués depuis l’école de Taourirt Amrane par les postes de la 1ère Compagnie.

Le lendemain, alors que la 1ère Compagnie se rend à Fort National pour participer à une opération de quartier, les véhicules de tête du convoi se trouvent nez à nez avec quatre individus qui tendaient des fils de fer en travers de la route. L’équipage ouvre le feu. L’un deux, blessé, est capturé.

Sur renseignement, la 2ème Compagnie effectue un coup de main sur le village de Bou Messaoud et récupère sept fusils de chasse et un revolver. La 3ème Compagnie relève une mine sur la route de Tizi Bouifed. Le soir, une de ses patrouilles accroche vers l’école de Tizi Guefress, un groupe d’une dizaine d’hommes. Après quelques coups de feu les rebelles se replient.

La 1ère Compagnie est de nouveau harcelée, dans les soirées des 27 et 29 par des tirs provenant du village de Taourirt Amrane. Dans l’après midi du 29 un G.M.C. de la 3ème Compagnie avait été endommagé par l’explosion d’une mine.

La conduite d’eau de Michelet est sabotée vers Tifferd0ut.

Un hélicoptère est envoyé au Commandant Vuillemey par le général commandant la 27ème D.I.A. pour le conduire au P.C. de Tizi Ouzou. Là, il apprend avec stupeur que des plaintes ont été déposées contre lui entre les mains du Préfet de Tizi Ouzou pour la mise à sac de Michelet, le I9 Mai, par le 22ème B.C.A., mise à sac agrémentée de brutalités, voies de fait, viols, vols et pillage.

Le 22ème B.C.A. prend contact avec l’arme favorite des arabes : le mensonge. C’est une chance que la fouille de Michelet ait été entourée de toutes les garanties légales par la présence des gendarmes de la brigade locale.

Malgré tout, les autorités civiles et militaires croient de bonne politique d’envoyer le bataillon à Bouira, de l’autre coté des montagnes du Djurjura. Il y relèvera le 6ème B.C.A. qui, lui, le remplacera à Michelet.

Cette période de cinq mois passée sur le versant Nord de la montagne kabyle a été pour le bataillon le rude apprentissage du contact avec une rébellion qui y vit dans son élément naturel. Elle a révélé la valeur individuelle des hommes, à toutes les places de la hiérarchie, et la cohésion des groupes, sections et compagnies.

Le 22ème B.C.A. est vraiment devenu UN BATAILLON.

Il a pris connaissance de la structuration, de l’organisation politique et militaire locale. Les renseignements commencent à arriver, leur exploitation est en cours.

Seuls n’ont pas encore été réalisés les contacts approfondis et suivis avec la population locale, disséminée dans les villages bâtis sur les éperons rocheux de la montagne, et d’accès difficiles.

Le 3I Mai, les 1ère et 5ème Compagnies partent par la route pour Bouïra.

 

 

 

1956

1er Juin / 31 Décembre

Bouïra

Le mouvement du 22ème B.C.A. vers Bouïra s’échelonne sur plusieurs jours au rythme des relèves de poste.

La 2ème Compagnie, avant de quitter Aït Ichem, effectue un dernier raid sur Bou Messaoud, le renseignement était bon, mais la cache était vide.

La 3ème Compagnie, restée sur place la dernière, a encore le temps de neutraliser une mine au col de Tizi Bouïren le 1er Juin et, le 2, une seconde mine, tandis qu’une troisième explose sous le Dodge de tête du convoi, sans causer de dégâts.

La ville de Bouïra est une sous Préfecture, à la population européenne importante, située dans une petite plaine entre la chaîne du Djurjura au Nord et la forêt des Ksars au Sud.

Le quartier imparti au bataillon comprend les douars Haïzer et Innesmane qui couvrent le versant Sud de la montagne entre la ligne de crêtes du Djurjura au Nord et la route Bouïra - Maillot au Sud.

Leur superficie est de 140 kilomètres carrés, sur lesquels vit une population de 18.000 personnes, en presque totalité Kabyles; il touche à l'Est au quartier de Maillot et à l'Ouest à celui d’Errich.

Les compagnies s’installent:

- P.C. et Compagnie de commandement, en ville, à l’école coranique.

- 1ère Compagnie, sous la tente, sur le piton de Merkalla (930 m. d’altitude), en surplomb du village du même nom, au pied de la "Dent Du Lion, qui culmine à 2.123 mètres.

- 2éme Compagnie, dans de très beaux locaux de la colonie de vacances des C.F.A. à Tikjda, 35 km à l'Est de Bouïra, 1.500 m d’altitude, au milieu d’une magnifique forêt de cèdres.

- 3ème Compagnie, dans la salle des fêtes de la ville, puis dans les fermes Catala et Goetz, dans la plaine, sur la route de Tikjda.

- 4ème Compagnie, à la Ferme Marcellin, dans la plaine, au départ de la piste qui grimpe à Merkalla.

- 5ème Compagnie, à la maison forestière d’Aïn Allouane, à 1.O1O m d’altitude, à mi chemin entre Bouïra et Tikjda.

Quelques jours plus tard, le P. C. et la C.C.A.S. doivent abandonner l’école coranique à l’E.M. de la 20ème D.I. qui s’installe à Bouïra, et va s’abriter à la Ferme Porcher, à la sortie de la ville sur la route de Tikjda.

Le bataillon fait alors partie de la 20ème Division d’Infanterie.

Au moment où il arrive à Bouïra, le F.L.N. contrôle entièrement les douars Haïzer et Innesmane, à l’origine d’obédience messaliste, à la suite de deux violents combats avec les groupes armés M.N.A, l’un vers Izemourène l’autre vers Tanagount.

À Innesmane, à l’issue des combats, quatre habitants du village d’Alouane ont été publiquement exécutés, pour l’exemple.

En Haïzer, au village de Tirilt N’seksou, Karoun Abdelkader et Mekkar Saïd, qui refusaient de payer la dîme à la rébellion : "Arbaïn Douros", soit quarante pièces de cinq francs, ont été égorgés devant le village rassemblé, le 5 Mai 1956.

Le pont de Sélim, au pied de la côte, sur la route de Tikjda, a été deux fois saboté par explosifs, et deux embuscades tendues à cet endroit contre des convois militaires.

L’école d’Irhorat, construite en 1954 au coeur du douar, a été saccagée et partiellement incendiée en Décembre 1955 par la bande commandée par Reski Mouloud, et de nouveau endommagée le 23 Février 1956.

Tous le poteaux téléphoniques ont été sciés depuis Tikjda jusqu’à l’entrée de Bouïra

Dans la ville même, plusieurs attentats ont déjà eu lieu, tant contre des Musulmans que contre des Européens.

Juin

L’implantation du 22ème B.C.A. ne parait pas avoir l’heur de plaire aux rebelles qui, pendant quelques jours, vont faire beaucoup de bruit pour rien.

Ils attaquent la Ferme Bastos la nuit même de notre arrivée et en incendient les dépendances.

Dans la nuit du 6 Juin, le poste d’Aïn Allouane (5ème Compagnie), est harcelé au fusil et au P.M. de 22 heures à 5 h 30 du matin.

Le 14 Juin, vers 22h 30, le poste de la 1ère Compagnie, sur le piton de Merkalla, sert de cible à un groupe embusqué à 300 mètres au Nord du poste.

Une riposte immédiate, au mortier de 60, ramène le calme, la même nuit, à peu prés à la même heure, le poste de Tikjda (2ème Compagnie), reçoit quelques rafales de F.M. tirées depuis la croupe boisée du Djebel Taouialt, situé à 700 mètres au Sud de la colonie de vacances.

C’est que, dés le premier jour, alors qu’une partie de l’effectif se préoccupe de l’aménagement et de la défense des postes, les patrouilles, reconnaissances et embuscades ont commencé.

Le 4 Juin, la 2ème Compagnie est allée récupérer un stock de 4.000 litres d’essence à Tigounatine, le 5, elle pousse une reconnaissance à l’Akouker et inspecte l’installation, partiellement détruite, de la remontée mécanique.

Le Général Gouraud, commandant la 27ème D. I. A. inspecte, le 6, 1a 1ère Compagnie qui a commencé à se fortifier et à construire, en dur, le bordj qui portera le nom du sous-Lieutenant PARèS, tombé à Azouza.

La 4ème Compagnie effectue, plusieurs jours durant, la tournée des fermes kabyles et européennes, des hameaux et villages de la plaine.

Au cours de la nuit du 10 au 11, une embuscade de la 3ème Section de la 2ème Compagnie, voit arriver un individu armé d’un fusil de chasse; une courte rafale de F. M. met un terme à sa mission et les messages qu’il portait font le bonheur de l’O.R.

Les 11 et 12, inspection du colonel commandant le secteur de Bouïra, tandis que l’O.R., accompagné d’un élément de la 4ème Compagnie, exécute un raid sur une ferme de Sidi Sala qui sert de point de ravitaillement à la rébellion.

Le fermier est remis à la Gendarmerie, cependant qu’un poste de la 4 s’installe dans une partie des bâtiments.

Le bataillon effectue, le 16, le bouclage du village de Tanagount qui a servi, l’hiver précédent, de garnison aux rebelles; on y récupère un fusil de chasse, et quatre suspects réclamés par la Gendarmerie sont arrêtés.

Pendant ce temps, un attentat avait eu lieu en ville contre un Européen.

L’Adjudant Flattot, de la C.C.A.S., rameutait alors secrétaires et plantons du P.C. et se lançait à la poursuite du bandit, celui-ci, acculé au fond d’un oued, ouvrait le feu sur ses poursuivants, ratant de peu l’adjudant qui l’abattait après un bref corps à corps

La 3 quitte la Ferme Catala, où elle maintient une base arrière, pour aller assurer la protection des récoltes, au Sud de Bouïra, dans la région des fermes Ponsada, Prieur et Marco.

La 5ème Compagnie, au matin du 21 Juin, trouve la route coupée au pont de Sélim.

Les habitants des mechtas voisines, que les Fellaghas ont réquisitionné pour ce travail la nuit précédente, sont invités à prendre la pelle et la pioche et à remettre le tout en état.

Le 27 juin, l’O.R. signale à la 4ème Compagnie un ravitailleur à arrêter au hameau de Tenouichi, une patrouille s’y rend à l’heure de la sieste et provoque la fuite éperdue d’une quinzaine de H.L.L.

La fin du mois voit l’ouverture d’un chantier de débroussaillage des abords de la route d’Aïn Allouane, entre Guendour, le pont de Sélim et le pied de la côte, à l’emplacement habituel des mines et embuscades

Les habitants des mechtas voisines, réquisitionnés, ne cherchent pas à se soustraire

Peu à peu, au fil des jours, à l’occasion d’une cigarette offerte, les conversations s’engagent.

Des contacts amicaux se nouent avec les anciens combattants, avec des hommes qui ont travaillé en France.

Le premier pas dans la pacification du douar vient d’être fait.

La zone qui se prête le mieux aux contacts avec la population est sans conteste le sous quartier de la 4ème Compagnie, qui couvre la presque totalité de la plaine, aux nombreux villages et hameaux : Sidi Sala, Agercif, Irhorat, Tifticine, El Massar, Izemourène , Aït Houari; l’intervention rapide sur véhicule y est praticable sur tous les points, les possibilités de dissimulation des groupes rebelles y sont assez restreintes.

Le Capitaine Mondoloni et ses chefs de sections visitent les agglomérations et entament les palabres avec les habitants du lieu.

Lorsqu’il sera appelé aux fonctions d’adjoint du chef de Corps, son successeur, le Capitaine Nodot, poursuivra et développera son oeuvre, d’autant mieux qu’il parle l’arabe "comme une mosquée".

Chaque commandant de compagnie effectue d’ailleurs le même travail, on serait tenté de dire le même sacerdoce, mais dans des zones montagneuses, de pénétration moins facile et qui ont de ce fait, subi la présence plus fréquente des groupes armés rebelles et l’endoctrinement politique au cours des mois précédents.

Petit à petit, le Capitaine Pennachioni, et la 1ère Compagnie à Merkalla et Tessala, la 5ème du Capitaine Gatti à Aïn Allouane;, Taougni, Sélim et Guendour, le Lieutenant Gaston et la 2ème Compagnie à Tikjda, gagnent la confiance et l’amitié des habitants, mais cela ne se fait pas en un jour.

Juillet

Le mois de juillet commence par la découverte, qu’effectue en montagne une patrouille de la 2ème Compagnie, d’un cadavre de Messaliste, abattu vraisemblablement par un groupe F.L.N.

La compagnie pitonne sur les sommets de Djurjura, au profit du 7ème B.C.A., capture un Fellagha armé qui conduit les compagnies du 7ème à des grottes servant de repaires et dépôts où l’on récupère, entre autre, un important stock d’explosifs, détonateurs et mèche lente.

Pendant ce temps, au Sud de Bouïra, dans la zone des fermes, une patouille de la 3ème Compagnie préposée à la surveillance des récoltes, tombe à l’improviste sur un groupe d’une quarantaine de rebelles qui se sauvent en tiraillant.

Le Sergent Lespiauc, chef de patrouille, malgré son faible effectif, les poursuit au travers d’un terrain très coupé et couvert, jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans les bois.

Une quinzaine de suspects, arrêtés dans les environs devaient permettre, au cours des jours suivants, d’identifier et de mettre hors de nuire les chef terroristes de la cellule d’Aïn Seredj.

Le 8 juillet, un convoi de permissionnaires de la journée, appartenant à la 2ème Compagnie, descend de Tikjda à Bouïra avec deux Dodges.

Le convoi, aux ordres du sous Lieutenant Maire doit remonter vers 16 heures.

En début d’après midi, le Lieutenant Carrète, officier de renseignement du bataillon doit effectuer une liaison à Aïn Allouane; un convoi léger de trois Jeeps et un scout-car est formé.

En tête, la Jeep du Lieutenant Ribette, armée d’une mitrailleuse, suivie de celle du Lieutenant Carrète, chauffeur Serre; passagers, le médecin Lieutenant Quilichini et le Caporal Huberscwiller; en troisième position, moi-même dans ma Jeep, qui emmène deux gendarmes de la brigade de Bouïra, en mission.

Le scout-car ferme la marche, les véhicules se suivent à trente mètres l’un de l’autre.

Le temps est splendide.

Le convoi entame, entre les plantations d’oliviers, la courte descente vers le pont de Guendour.

Alors que la Jeep du Lieutenant Ribette aborde le pont, elle est prise à partie, au fusil de chasse et au P.M. par des tireurs embusqués derrière les murettes des terrasses, des deux cotés de la route.

Elle passe, fait demi tour un peu plus loin, et le lieutenant commence à arroser à la mitrailleuse les positions ennemies.

La Jeep du Lieutenant Carrète a été atteinte au moment où elle arrive dans le virage à l’entrée du pont, elle se trouve bloquée sur le bas coté droit de la route.

Le Lieutenant Carrète reçoit une balle dans la cuisse alors qu’il saute du véhicule, le Caporal Huberscwiller est touché à son tour.

Protégé par la Jeep qui fait écran, le Docteur Quilichini leur prodigue les premiers soins, tandis qu’avec beaucoup de calme, le chauffeur Serre arrose au P.M. les adversaires qui décrochent.

La troisième Jeep aborde seulement la descente lorsque ses passagers entendent les tirs.

Tout le monde saute à terre et ouvre le feu sur des rebelles qui se sauvent vers le Sud, dans le ravin de l’oued Guendour.

Les pièces du scout-car, qui a rejoint, ouvrent le feu à leur tour.

Le Lieutenant Ribette traverse le pont en sens inverse, et revient, tandis que le Lieutenant Carrète et le Caporal Huberscwiller sont embarqué dans le scout-car qui les ramène au P.C. du bataillon.

Les permissionnaires de la 2ème Compagnie, qui reviennent de Bouïra, arrivent peu après et se déploient sur les lieux de l’embuscade.

Prévenu par les blessés, le Commandant Vuillemey alerte les 2ème et 5ème Compagnies et forme sur place un élément de secours avec la section Engins de la C.C.A.S

Dés leur arrivée sur place, quelques tir au 75 sans recul sont effectués sur la piste de repli des assaillants.

Un peloton d’automitrailleuse du 3/19ème R.C.C., arrive à son tour, en même temps qu’une escorte de half-tracks de la 2ème Compagnie qui descendent de Tikjda.

Le convoi des permissionnaires franchit le pont pour rejoindre Tikjda.

Le Dodge de tête déclenche alors une mine de fabrication locale qui arrache le pneu avant droit, et transforme en noir bon teint le Médecin Auxiliaire Pascal, assis à coté du chauffeur.

Plus de peur que de mal.

Le Lieutenant Ribette, dont la Jeep a franchi deux fois le pont au cours de l’embuscade, se sent verdir rétrospectivement.

Cette affaire, qui coûte deux blessés au bataillon, a causé des pertes à l’adversaire

Des bruits, difficilement contrôlables, qui circulent les jours suivants parmi la population indigène, font état de 8 ou 9 blessés, dont trois seraient morts des suites de leurs blessures.

Parmi ces blessés, très vraisemblablement Amar Ouamrane, l’un des chefs historiques de la rébellion, qui a été vu la veille à Tanagount, puis à El Massar, où il a rendu visite à son vieux camarade de régiment, le Caporal Chef Degui, qui fera par la suite un excellent sergent de la Harka d’Irhorat.

Par ailleurs, il est certain que l’objectif de l’embuscade était le convoi des permissionnaires de la 2.

Ses pertes auraient pu être sévères s’il était arrivé le premier.

L’interrogatoire des habitants de Guendour et des mechtas voisines va permettre à l’officier de renseignement, en un mois de travail et de recoupements, d’établir l’organigramme politico-militaire de la rébellion dans le dour Haïzer.

Apparaissent pour la première fois les noms de Mohamed Demouche, Toumi Tahar, Amzil Ali, Aberkane Hammouche, Hadid Saïd, Aïgoun Ali, dit "Tarzan", qui vont devenir pour chaque chasseur ou cadre du bataillon, des ennemis personnels.

La 2ème Compagnie reçoit, le 10 Juillet, le renfort d’une formation du Génie qui vient créer des pistes et réparer les routes de la région que les rebelles s’obstinent à endommager.

Le 11, 1e Général Robert Simon, commandant la 20ème D.I. inspecte le P. C., la C.C.A.S. et les 1ère et 4ème Compagnies.

Le 12, tandis que le bataillon opère à nouveau dans la région de Tanagount, la 3ème arrête un H.L.L. et récupère ses armes et munitions ; le lendemain elle abat un rebelle également armé.

La prise d’arme du 14 Juillet rassemble sur le terrain du souk de Bouïra des détachements de tous les corps de troupe du secteur.

Au cours de la cérémonie, la rosette de la Légion d’Honneur est remise au chef de bataillon Vuillemey, commandant le 22ème B.C.A.

La 1ère Compagnie hérite, le 16, d’un bulldozer, pour aménager une piste lui permettant d’intervenir rapidement vers Tanagount.

Le 19, un convoi comprenant les 2ème, 4ème et 5ème Compagnies et un P.C. opérationnel, part à 3 h 30 pour Palestro où se déroule "l’Opération 203".

De Palestro les compagnies sont transportées en hélicoptères sur leurs emplacement de bouclage.

L’appareil transportant la section de protection du P.C. qui devait aborder le premier piton rocheux très chaotique coté 650, ayant pris du retard, le personnel transmissions et infirmiers est largué, en pointe, tel un commando de choc.

Par chance l’endroit est désert.

En cours d’après midi, une patrouille découvre un Fellagha dissimulé un peu plus loin dans les rochers.

Un bref accrochage se produit au cours duquel le Chasseur Mostachtti, de la 4ème Compagnie est grièvement blessé; pour pouvoir le ramasser, il faut se présenter entre deux rochers, comme au milieu d’une porte, en face de l’adversaire qui, de surplus, est protégé par un surplomb rocheux.

L’Aspirant Bazin, chef de section du blessé, fait couvrir sa progression par l’Adjudant Knitel.

Il se présente dans le créneau, essuie deux coups de chevrotines qui lui arrachent le béret de la tête, et abat son adversaire d’une rafale de P.M.

Le docteur Quilichini, qui suivait au plus prés, prodigue les premiers soins au blessé.

Celui ci est enlevé par un hélicoptère dont le pilote effectue un vol stationnaire de haute précision, malgré la proximité de la paroi rocheuse, tandis que l’on hisse le brancard à bout de bras.

De son coté, la 5ème Compagnie a récupéré des munitions cachées dans une mechta fortifiée.

Les unités passent la nuit sur place et sont enlevées par hélicoptères, le 20 au matin, pour être transportées au Sud de Palestro.

Les pistes sont rudes, cahoteuses et montantes, et le soleil tape dur.

Le bataillon se regroupe le soir pour un bivouac sur le terrain.

Le lendemain la promenade se poursuit à travers vallées et collines pour se terminer vers midi au lieu de rendez vous avec les camions qui ramènent le bataillon à Bouïra.

Dés le 22, les patrouilles et embuscades locales reprennent.

Le 30, le convoi de ravitaillement de la 5ème Compagnie détecte deux mines dans la remontée vers Aïn Allouane, et les détruit sur place.

Août

Le 1er Août, mines à profusion sur les routes des 2ème et 5ème Compagnies.

Un half track et un G.M.C. de la 2 y laissent chacun un pneu, entre Bouïra et Aïn Allouane.

Deux autres mines sont détectées et récupérées, tandis qu’un half track du Génie laisse également un pneu au dessus de Tikjda.

Pendant ce temps, le bataillon, renforcé d’une Compagnie de Marche du 2ème R.I., embarque par camions et fait mouvement vers Palestro en vue l’opération 601.

Cette opération va se dérouler pendant une semaine entière dans les douars où ont été effectués les mouvements des deuxième et troisième jours de l’opération 203.

Au cours de cette semaine plusieurs centaines de français musulmans seront contrôlés, cent cinquante hors la loi et suspects arrêtés, des armes saisies, l’organisation politico administrative du douar Maala mise à jour, ses chefs identifiés et un drapeau fellagha saisi.

Ce drapeau, sur demande pressante du Général Simon commandant de l’opération, sera envoyé à Palestro pour être offert à Monsieur Max Lejeune ministre d’État aux Forces Armées, venu inspecter les troupes en opération.

À Bouïra, la base arrière de la 5ème Compagnie découvre et détruit encore deux mines le 3 Août

Le 4, la piste est harcelée de très loin par des tireurs que quelques obus de mortier mettent en fuite.

L’opération 601 se termine le 9 août par le bouclage et la fouille de la ville de Palestro.

La 4ème Compagnie reste encore quelques jours sur le piton de Bou Richa en attendant sa relève par une unité de l’Infanterie Coloniale.

Le 17, une section de la 1ère Compagnie part pour le centre de repos de Dellys, une semaine de "bulle" sur les bords de la Méditerranée.

Une opération de ratissage de la région de Guendour est montée le 18 août, avec bouclage au Sud par le troisième escadron du 19ème R.C.C.

La 5ème Compagnie, dés le départ, tombe sur un petit poste de guetteurs rebelles qui s’enfuient aux premiers coups de feu.

Les éléments de tête de la 4ème Compagnie voient, de leur coté, s’enfuir un groupe d’hommes armés, la fouille se poursuit méthodiquement.

La nuit est passée sur les positions.

Le 19, fouille du village lui-même, onze suspects fichés sont arrêtés, deux fusils récupérés.

Les 1ère et 4ème Compagnies gagnent, le 24, les sommets du Djurjura, pour opérer un bouclage au profit du 7ème B.C.A.

L’opération, prévue pour 24 heures, se poursuit trois jours, durant lesquels le manque d’eau est durement ressenti.

Le 28 août, plusieurs opérations de contrôle sont effectuées, à El Massar, Tenouichi et Sélim.

Le bataillon, composé d’un P. C. opérationnel aux ordres du Capitaine Mondoloni, des 3, 4, et 5ème Compagnies, et d’une batterie de marche du 410ème R. A. A. rejoint Tazmalt pour une opération héliportée de plusieurs jours.

Septembre

Le premier septembre, l’Aspirant Bazin, dont la section procède à une réduction de blockhaus est blessé d’une balle dans l’épaule.

Le Lieutenant Ribette, qui commande la 4ème Compagnie est blessé à son tour, avant que le fortin ne soit nettoyé.

Le 2, le Lieutenant Dubois est blessé par une grenade piégée.

Le butin de l’opération est de 8 armes, des munitions et des documents.

Le bataillon regagne ses cantonnements le 4 dans la nuit.

Les jours suivants, les patrouilles reprennent dans tout le quartier, un G.M.C. de la 5ème est endommagé par une mine le 6.

Premier résultat de l’action de pacification entreprise, le 8 septembre, quatre fusil sont remis à des habitants du village d’Aguercif, proche du poste de la 4ème Compagnie, volontaires pour assurer la défense de leurs familles contre les exactions rebelles.

Le 12, nouvelle mine sur le passage des camions de la 5éme Compagnie.

Le 13, opération héliportée dans les Beni Ouaggag.

Cette région, au relief tourmenté et couvert, est connue comme zone de cantonnement permanent des groupes armés F.L.N.

L’incendie, qui couvait depuis quelques jours dans la forêt de cèdre qui entoure Tikjda, oblige les chasseurs de la 2, à se transformer pendant 48 heures en soldats du feu.

La 5ème Compagnie trouve encore des mines le 17. Une patrouille de la 1ère Compagnie, accroche un petit groupe qui se disperse.

Le 18, le convoi de la 5 trouve toujours des mines et essuie une rafale de F.M. la réaction de l’escorte met immédiatement fin à l’attaque.

Opération de bataillon, le 19, dans la région de Tanagount, Bou M’charof et Ighil Guofrane. Avant même d’atteindre Tanagount la première compagnie à subi un premier accrochage, mais à bousculé la résistance. Vers midi, la 4ème est au contact dans le ravin de Bou M’charof. Les sections des sergents chefs Sales et Michau mènent l’affaire. Le Sergent Marsan, le Caporal Palmieri, entraînent leurs groupes au corps à corps. Les Chasseurs Lemay, Meyer, Moll, Arrighi, Verneyras et Galéazzi se distinguent particulièrement.

L’adversaire s’enfuit, abandonnant huit cadavres sur le terrain. Les fuyards butent alors dans la 5ème Compagnie. Le Caporal Chef Guerrard, qui entraîne son groupe au milieu des rocher est atteint d’une décharge de chevrotines. Les chasseurs de son groupe abattent trois fellaghas deux autres sont tués un peu plus loin en cherchant à forcer le passage.

C’est la première fois que le bataillon réussit à accrocher et à étriller l’insaisissable bande du Sergent Chef Reski Mouloud, dont le cadavre gît au milieu de ceux de ses hommes, à coté de celui de son adjoint politique, parmi les armes et le drapeau de sa section. Dés que connu, le résultat de ce combat produit une forte impression dans les mechtas du douar. Les documents récupérés permettent de voir plus clair dans la structure de l’organisation rebelle

Les douars Haïzer et Innesmane font partie de la Willaya 3, willaya de Kabylie, elle-même subdivisée en Mintakas (zones), celles-ci en Nahias (régions), et les régions en secteurs ou Kism. Suivant leur importance, ces derniers sont à leur tour scindés en fractions.

Les douars Haïzer et Innesmane forment la fraction 3, du secteur 1, de la région 3, Mintaka 3, Willaya 3 : soit fraction 3 du Kism 333/1.

À chaque échelon, le commandement est exercé par un chef, secondé par trois adjoints, chargés chacun d’une de trois branches : Politique, Militaire, et Liaisons - Renseignement.

La Willaya est commandée par un colonel, ses adjoints ont le grade de commandant.

La Mintaka est commandée par un capitaine, ses adjoints sont lieutenant.

La Nahia a pour chef un sous lieutenant, secondé par des aspirants.

Le chef de secteur est un adjudant, ses adjoints trois sergents chefs.

Dans tous les villages existe une O.P.A. (organisation politico - administrative) chargée des collectes de fonds, de l’intendance, du renseignement et de la mobilisation des mousseblines ou terroristes locaux.

Il existe en principe une Katiba, (compagnie régulière), par région.

Au plus fort de la rébellion, en I958, le chef de la Willaya 3 disposera en outre d’un Bataillon de Choc à trois compagnies, constituant un renfort opérationnel pour les actions d’envergure.

Les patrouilles et embuscades reprennent de plus belle : Tikjda, Forêt de Tigounatine, où, le 29, une section de la 2 allume de loin, un groupe armé qui se disperse : Tirilt N’sksou, Forêt de Bouïra, contrôle du douar Innesmane. Et, de nouveau, patrouille sur patrouille.

Un hangar de la Ferme Hildebrantd est incendié au cours de la nuit du 29 au 30 septembre.

Le bataillon rejoint la région de Beni Mansour, au carrefour de la vallée de la Soummam et des Portes de Fer, où se développe, à partir du 3 Octobre, une opération qui vise à détruire les groupes qui minent régulièrement la voie ferrée Alger - Constantine. Dès le début de la progression, la 2ème Compagnie découvre un cantonnement fraîchement abandonné et le démolit. La 4ème ouvre le feu sur des fuyards. Un second camp est découvert et détruit.

On passe la nuit sur place.

Dès la reprise de l’action, la 2 accroche un groupe d’une vingtaine de H.L.L. qui réussissent à se disperser. Le ratissage continue le lendemain, après une nouvelle nuit passée sur le terrain.

Le bataillon regagne Bouïra, le 6, avec 10 fusils, un revolver, une pleine valise de matériel divers et une douzaine de mines de fabrication locale.

Et les patrouilles "de routine" reprennent dans le quartier.

Le profane ne se rend pas très bien compte, sur le papier, de ce que cela représente, les patrouilles "de routine". Sur le terrain c’est la présence constante qui empêche le fellagha de faire son mauvais coup. C’est la piste, le djebel, la chaleur, la poussière, la fatigue ; c’est l’attention toujours soutenue pour détecter l’embuscade possible, chaque buisson, chaque rocher fouillé du regard. Et la piste qui monte, et la piste qui descend, et le caillou qui roule sous le pied, et la sueur et la soif. Le pain quotidien du patrouilleur, le voilà,

La 3ème Compagnie, sa mission de protection des récoltes terminée, rejoint son cantonnement de la Ferme Catala.

Le 23, participation à une opération en forêt de Babor.

Le 25, la 4ème Compagnie s’envole en hélicoptères vers Tigrine, pour rentrer, en camions, sous une tornade de pluie.

Le 28, en appui de 6ème B.C.A., opération dans les douars Illilten et Ittourar, proches de Michelet. Vers I6 H 30, la troisième Compagnie prend le contact au Sud du village de Zougba. Sous le feu, les rebelles décrochent. Le Sergent Pariset, à la tête de son groupe, se lance à leur poursuite. Un fellagha embusqué derrière un rocher l’ajuste à bout portant avant de s’enfuir. Il est abattu par une section voisine, du 6ème B.C.A. Malheureusement, Pariset a été tué sur le coup. Depuis le village, l’ennemi tire toujours. Un réglage de mortier l’oblige à se disperser.

La nuit est passée sur place.

La fouille continue le lendemain. Des armes sont récupérées.

Un groupe de recrues de souche algérienne arrive le 3I.

Il va constituer une nouvelle section de la 4, sous le commandement de l’Adjudant Chef Trédemy, plus connu sous le surnom de "Père Pingouin".

Novembre

Le 3 novembre, le bataillon passe au peigne fin l’inextricable fouillis de chênes verts et de broussailles qu’est la forêt des Azerou.

La progression est très lente.

En début d’après midi, le Chasseur Pépin, éclaireur de pointe de la section du Sergent chef Sales, se trouve nez à nez avec un rebelle qui, à bout portant, l’ajuste au pistolet. Bien que blessé à l’épaule gauche, Pépin empoigne son adversaire pour l’empêcher de tirer à nouveau. Les deux hommes roulent par terre. Le Sergent chef Sales, arrive en courant, dégage PÉPIN, qui vient d’être blessé une seconde fois, et abat l’adversaire.

Mais il y a un deuxième fellagha dans une cache protégée par un impénétrable entrelacs de buissons, et qui refuse de se rendre. Il faudra vider un jerricane d’essence sur la cache et y mettre le feu pour avoir raison de cet obstiné.

Il s’agissait de deux mousseblines du douar Tighrempt.

La 4ème Compagnie ramasse deux fusils et deux pistolets, tandis que l’hélicoptère emporte PÉPIN vers l’infirmerie.

Le Chasseur Maillet, qui était en convalescence au Cap Djinet, se noie accidentellement le 5 novembre, entraîné par une vague, alors que, dans l’eau jusqu’à la ceinture, il photographiait un camarade de baignade.

Une pénible surprise attend, le 15 au matin, les gens du douar Haïzer qui viennent au marché de Bouïra. Deux pendus, dont une vielle femme de 70 ans, se balancent aux arbres qui bordent la route. Ils ont été exécutés, à titre d’exemple, sur ordre du commissaire politique du secteur 4, pour dissuader la population locale de s’engager dans la voie de la coopération avec l’armée française. Ces crimes ont un effet diamétralement opposé, et les habitants du douar viendront nombreux, les jours suivants, demander aux commandants des différents sous - quartiers des armes pour se défendre.

Le 16, un détachement de 60 officiers et hommes de troupe gagne Alger en vue de leur rapatriement en métropole.

Au cours d’une opération de ratissage entre Tanagount et Bou M’charof, le 19 la 4ème Compagnie est harcelée de très loin, par un petit groupe rebelle. En fin de journée, deux suspects fichés sont appréhendés. Leur interrogatoire fait ressortir qu’avec les autres membres de la cellule de Tanagount, ils ont pris part à l’enlèvement de l’un des pendus.

Le Lieutenant Carrète, O.R., et la 1ère Compagnie, montent une opération sur le village.

Le 21, à une heure du matin, Tanagount est encerclé sans bruit. Le chef de cellule et ses acolytes sont tirés du lit, quatre fusils et une centaine de cartouches sont saisis.

Le 11 Novembre, le Chef de Corps, le Fanion du bataillon et une compagnie prennent part aux cérémonies et défilé à Bouïra, cependant qu’un détachement commandé par le Capitaine Coulaud, défile à Alger.

Opération de contrôle, le 12 à Guendour et Moulin d’Afoud, le 14 à Tifticine et Tirilt N’seksou.

Le 17 le convoi de Tikjda trouve une mine sur la route, prés de Sélim.

La 3ème Compagnie, alertée arrête à son domicile l’artificier qui fabrique ces engins et le remet à la police judiciaire de Bouïra.

Un renfort de 47 gradés et chasseurs, venant de Nice, rejoint le 29. Et le 30, le bataillon se retrouve en opération dans la région de Beni Ouaggag. Dés le début du ratissage deux rebelles armés se rendent, après un échange de quelques coups de feu. Trois autres sont abattus pendant la progression. Au cours de la nuit, éclairée comme en plein jour par les avions lucioles, il semble qu’une bande très diluée essaie de forcer le bouclage. Une unité voisine repoussera plusieurs tentatives de passage, abattant plusieurs fellaghas.

Au petit jour, la marche reprend. Un gourbi, servant d’infirmerie, est découvert et détruit, des documents ramassés. Un fuyard, harnaché en guerre, est tué.

Le 21, cent quatre officiers, sous officiers et chasseurs rappelés sont dirigés sur Alger en vue de leur rapatriement. Depuis six mois, malgré le handicap des origines diverses: artillerie, arme blindée, train, transmissions, ils ont participé à toutes les activités du bataillon, et, sans renier leur arme d’origine, ils sont devenus "biffins", chasseurs et 22ème à cent pour cent.

Sur renseignements, l’O.R. et une section de la 3ème Compagnie sont héliportés au Sud de la forêt des Azerou, où un chef fellagha permissionnaire, le Sergent Cherarak Ahmed a été signalé dans sa famille. Le gibier est parti depuis peu, sans doute en voyant tourner le premier appareil qui cherchait une D.Z. où se poser.

Et de nouveau patrouille et embuscades... et la neige tombe en abondance. Une première tentative pour rendre la route de Tikjda à la circulation échoue. Le chasse neige des Ponts et Chaussées tombe en panne entre Aïn Allouane et Tikjda. Le ravitaillement doit être porté à dos d’homme entre ces deux postes, distants d’une dizaine de kilomètres, avec, par endroits, des congères de deux mètres de hauteur, qui barrent la route et ça recommence le lendemain. Et tous les jours, quatre jours durant, jusqu’à ce qu’un nouveau chasse neige soit fourni par les Ponts et Chaussées.

Décembre

Le 7 Décembre, deux agents de liaison F.L.N. sont arrêtés et remis à la police.

Le 11 c’est le tour de deux chefs de cellules du douar.

Les 13 et 14, un renseignement permet d’arrêter un chef moussebel du douar Tighrempt et son adjoint.

Deux fusils et cartouchières sont saisis.

Noël est fêté dans les compagnies.

Le réveillon se termine à peine, vers les 5 heures du matin, qu’arrive l’ordre d’embarquer en camions pour une opération dans la région de Tablat. Cinq jours de pistes et de mauvais temps, pluie très froide et brouillard, pour le maigre résultat de trois fellaghas abattus et la récupération d’un jeune arabe de Palestro, qui assure avoir été enlevé par les rebelles.

 

 

1957

Le premier Janvier a été un jour comme les autres : "Patrouilles et embuscades dans tous les postes du quartier", dit le Journal de Marche du Bataillon, qui omet de compléter..."sous la neige"

Il en est de même les jours suivants pour toutes les compagnies.

Janvier

Le 9, le nommé Addar Ali, signalé par les Gendarmes comme complice de pose de mines sur la voie ferrée est arrêté et remis entre leurs mains. Au cours d’un contrôle de population la 4ème Compagnie interpelle Menni Moussa et Menni Akli, connus comme ravitailleurs des rebelles.

Le 12, trois compagnies participent à une opération dans le Douar Harchaqua, commune de Laperrine.

Et, tandis que la 2ème Compagnie poursuit activement le déneigement des routes de son sous quartier, le Capitaine Nodot, qui commande la 4ème Compagnie, intensifie les contacts avec les habitants de tous les hameaux et villages de son fief.

Le 16, Berrouche Saïd ben Mohamed, chef de la cellule F.L.N. de Tirilt N’seksou, est arrêté avec sept de ses acolytes.

Le 17, le capitaine officialise l’existence d’une école coranique, et met en place une Djemaa de trois membres représentant les habitants du village.

Les jours suivants, il procède à l’ouverture de deux chantiers rétribués de construction ou de mise en état de pistes entre son P.C. de la Ferme Marcellin et les villages de Tirilt N’seksou et El Massar.

Le 26 Janvier une opération aux ordres du Colonel de Carini, commandant le 19ème Régiment de Chasseurs à Cheval, entraîne le Bataillon en forêt des Azerou. Au cours de cette affaire, deux hommes du commando du 19ème R.C.C. sont blessés, quatre fellaghas abattus et deux capturés. Six fusils de chasse, deux pistolets sont récupérés, dont deux fusils et un pistolet par les éléments du bataillon.

Une seconde opération est effectuée dans les Azerou les 28 et 29, à l’issue de laquelle les compagnies du 22ème B.C.A. remettent à la Gendarmerie cinq suspects, tandis qu’elle s’emparent de quatre fusils de chasse et d’un P.A. de 9mm.

Une fouille de l’agglomération de Bouïra, menée conjointement avec la Gendarmerie et la police d’état à lieu le 30 Janvier. Elle entraîne la saisie de 54 fusils de chasse, 4 carabines, 10 pistolets automatiques, d’effets militaires et de munitions diverses.

Février

Un cadavre non identifié est découvert, le 2 Février, par une patrouille de la 2ème Compagnie à proximité du chalet du C.A.F. la victime a été exécutée d’une décharge de chevrotines.

La 1ère Compagnie, au cours d’une patrouille, accroche, le 5 Février, un groupe F.L.N.. au abords du village de Tanagount. Un rebelle est abattu, originaire de Taguemount N’aït Ergane. Il appartenait à la section du Sergent Amzil Ali.

La 2ème Compagnie, qui opère sur les crêtes du Djurjura, prend à partie, le 10 Février, à proximité du lac Goulmine, un petit groupe qui s’enfuit immédiatement.

Le 12, elle intercepte un groupe d’habitants du village d’Agouni Oufours situé sur le versant Nord de la montagne, qui sont dépourvus d’autorisation de circuler.

Le 13, le Général Schumacher, adjoint au général commandant la division, et Monsieur le sous - préfet Vignon sous - préfet de Bouïra, accompagné de plusieurs personnalités civiles et militaires, président la remise d’armes, effectuée par le chef de bataillon Vuillemey commandant le 22ème B.C.A. aux membres de l’autodéfense du village d’Aguercif.

Dans chaque sous quartier on ne connaît pas de relâche.

Le 19 Février, contrôle des fermes et hameaux de la forêt d’Haïzer, entre Oued Emmeroudje et Oued Tessala. Au cours de l’opération deux suspects sont arrêtés, dont le chef de l’O.P.A. du Douar Bou Nouh, Mohamed ben Toutha.

Le 3ème escadron du 19ème R.C.C. assurait, à son habitude, le bouclage Sud de l’opération.

Le 3/19 R.C.C., commandé par le Capitaine de La Pontais, Écuyer du Cadre Noir de l’École de Cavalerie de Saumur, est basé à la Ferme Bel Air, prés du terrain d’aviation de Bouïra, sur la falaise qui domine l’Oued Ed Douss, au Sud du quartier du 22ème B.C.A.

Les rapports, strictement opérationnels à l’origine, se sont transformés en lien de franche camaraderie, et le 3/19ème est devenu compagnie à part entière du 22ème B.C.A.

Un simple coup de téléphone de l’un à l’autre déclenche une réaction immédiate d’intervention dans la zone limite entre les deux unités. Le 3/19 s’est, en outre, chargé d’une mission très appréciés des compagnies du 22, lors des opérations effectuées en commun : le ravitaillement en eau des unités de ratissage lorsque, enfin, elles arrivent à hauteur des blindés qui ont effectué le bouclage du terrain.

L’armement de l’auto défense d’Aguercif n’est décidément pas du goût des responsables F.L.N. du secteur. Au cours de la nuit du 23 Février, deux mechtas d’Aguercif sont incendiées, tandis que des tentatives d’incendie ont lieu contre les fermes Hildenbrandt et Goetz.

La 2ème Compagnie intercepte, le 26 Février, un convoi de ravitaillement destiné à la zone interdite de Kouriet.

Depuis quelques jours, sur la longueur d’onde de travail du bataillon, des émissions radio en langue arabe ont été repérées. Elles cessent aussi soudainement qu’elles avaient commencé.

Les patrouilles de la 1ère Compagnie arrêtent trois suspects fichés, le 28 février, et s’emparent d’un fusil de chasse.

Mars

La 2 est mise à la disposition du secteur voisin pour une opération dans le Kouriet les 2 et 3 Mars.

Le 4, le bataillon participe à une opération dans la région de Takerboust. Par suite du transfert de l’état major de la 20ème D.I. à Aumale et de modifications territoriales qui en découlent, le secteur de Bouïra est rattaché à la 27ème Division d’Infanterie Alpine, que commande le Général Gouraud.

La première Compagnie explore, plusieurs jours durant, les parois rocheuses du Djebel Heidzer, pour dresser l’inventaire des grottes et abris qui s’y peuvent trouver. Elle reçoit, le 11 Mars, l’inspection, au poste de Merkalla, de monsieur le sous préfet de Bouïra.

Le même jours, la 4ème Compagnie est mise à la disposition de la police judiciaire d’Alger, et des éléments du 2ème R.E.P., venus procéder à l’arrestation d’habitants de la ville de Bouïra, membres d’un réseau d’aide à la rébellion.

Vers 7 h 15, le 12 Mars, deux sections de la première Compagnie, qui effectuent une patrouille entre Tanagount et Aït Haouart, sont accrochées à mi chemin entre ces deux villages.

Dés le premier échange de coups de feu, le Chasseur Robert Manlli est blessé par balle à la tempe droite. Un rebelle en uniforme, armé d’un fusil U.S.M.I., est abattu. En même temps qu’il alerte le P.C. du bataillon, le Capitaine Pennachioni fait occuper rapidement, par les éléments de sa compagnie, la ligne de crêtes 1083, 1073 et 1019, à l'Est d’Aït Haouari, pour empêcher la fuite dans cette direction. La 4ème Compagnie est immédiatement envoyée par véhicules jusqu’à Tanagount. La 3ème se porte en renfort de la 1ère sur la ligne de bouclage. La section d’intervention et la section d’engins de la C.C.A.S. arrivent au Sud d’AIT Haouari, tandis que les blindés du 3/19 R.C.C. viennent compléter le bouclage sur la piste qui, par les crêtes déjà occupées, rejoint Tanagount à Tirilt N’seksou.

Un appui feu est demandé à l’aviation, qui intervient aux roquettes dans la zone encerclée. La première Compagnie qui, depuis le début, a maintenu le contact, a, pendant cette mise en place, abattu trois fellaghas et récupéré leurs armes. Les sections de la C.C.A.S., qui abordent par le Sud le village d’Aiï Haouri, sont accueillies par des coups de feu et des grenades provenant des maisons de Drissi Yahia, responsable politique en fuite depuis 18 mois, et Aouali Saïd ben Mohamed, "Rais Nidham" du lieu. Aprés intervention du 75 sans recul, l’assaut est donnée et quatre rebelles abattus. La fouille systématique du village révèle les traces du passage d’une soixantaine d’hommes. Deux fusils de chasse, des munitions, des grenades, effets militaires et documents sont saisis.

Les documents confirment que l’on a affaire à la Katiba régionale, commandée maintenant par Aigoun Ali, dit "Tarzan", justement originaire d’Aït Haouari.

La 4 abat un rebelle et récupère son revolver, dans le ravin entre 990 et 960. Les sections voisines de la 1ère et de la 3 se heurtent à de nouvelles résistances. Un fellagha, armé d’un P.M. Mat 49, est tué par la 3 dés le début de ce nouvel accrochage. Deux autres sont abattus par la 1ère Compagnie.

Alors qu’il effectue un bond en avant, le Sergent René Ziza, de la 1ère Compagnie, est blessé il tombe et demeure étendu sous le feu adverse. Le Chasseur Giola, de la 3, s’élance vers lui et s’effondre, touché à la tête. Trois nouveaux fellaghas sont abattus, tandis que le Chasseur Lucien Gariglio, de la 1ère Compagnie, est atteint au cou et à la tête, en essayant de dégager les deux blessés.

Un char du 19ème est poussé en avant pour les couvrir, et un hélicoptère demandé pour l’évacuation. Après neutralisation au canon du nid de résistance, les trois blessés sont récupérés et évacués par l’hélicoptère. Gariglio et Giola ne survivront pas à leurs graves blessures. Vers 16 heures un Sikorski amène une équipe spécialisée du génie de la 27ème D.I. dotée do lance flammes et d’explosifs. Après traitement des fourrés au lance flammes, deux autres cadavres sont découverts sur les lieux de l’accrochage précédent. Quatre nouveaux rebelles sont abattus. Les maisons de Drissi Yahia et Aouali Saïd sont détruites à l’explosif par le génie divisionnaire. Le bataillon pleure deux généreux garçons Gariglio et Giola qui se sont sacrifiés pour porter secours à un camarade blessé, et deux blessés, le Sergent Ziza et le Chasseur Manelli.

Les deux tiers de la bande, et son chef, ont réussi à s’enfuir par le Sud Est de la zone de combat, avant que la 1ère Compagnie n’ait poussé ses éléments à la côte 1019 et que la C.C.A.S. ne soit arrivé en bouclage au Sud du village. La Katiba 3 avait tendu, trois jours plus tôt une embuscade à une patrouille du poste de l’usine électrique d’Illiten, appartenant au 50ème Régiment d’Artillerie, dont le P.C. est à Maillot.

Un artilleur blessé avait été capturé après s’être courageusement défendu (d’après des documents récupérés à Aït Haouari). "Tarzan" l’avait fait exécuter, ne voulant pas s’encombrer d’un prisonnier blessé, malgré les ordres formels de l’Aspirant Si El Hachemi adjoint politique au chef de la Nahia 3.

Le 15 mars, le Sergent Brougat, de la 1ère Compagnie, fait une chute de moto et se blesse grièvement. Transporté à Alger par convoi spécial, il décéde pendant le transport. Les patrouilles des 1ère, 3ème et 4ème Compagnies se multiplient dans la zone où se sont déroulés les combats du 12 Mars, tandis que la 2 pitonne sur les sommets du Djurjura. La 1ère assure, le 18 mars, un bouclage des pentes ouest et Nord ouest du Djebel Heidzer, au profit du secteur voisin.

Le 21, le nommé Karou Amar ben Saïd, d’El Massar, impliqué dans l’affaire du 12 mars, est intercepté alors qu’il tentait de quitter le village, il est abattu après sommations.

Les villages de Tanagount et Aït Haouari sont évacués, et leurs habitants regroupés dans les villages de la plaine.

Au cours d’un ratissage de l’Oued Bou Bsri, le 22 mars, la section de pointe de la 1ère Compagnie est accrochée, dés les premiers pas dans le ravin. Le Chasseur Claude Cambus est mortellement blessé par balles. Il semble que l’on ait affaire à une bande d’une quinzaine d’hommes, en tenue de combat Le terrain, excessivement coupé et couvert d’un maquis très dense, ne permet pas d’effectuer un bouclage continu. Malgré l’arrivée d’un renfort de la 2ème Compagnie, de la 5ème, du 3/19ème R.C.C. et un straffing de l’aviation de chasse sur la zone occupée par les rebelles, le gros de la bande réussit à s’enfuir. La fouille du terrain permet de retrouver deux cadavres, dont celui du "Garde Forestier" F.L.N. du Douar, Amroun Saïd, et de récupérer deux fusils de chasse et un revolver, des étuis de cartouches de 7mm5 et de 9mm sont retrouvés sur les lieux.

Conséquence du résultat des combats du 12 mars et du 22 mars, soixante hommes des villages de Tirilt N’seksou, Tifticine, El Massar, Irhorat et Tixara se présentent le 24 mars au Capitaine Nodot, commandant le sous quartier et demandent que des armes leurs soient remises pour assurer leur défense et celle de leurs familles.

Au cours de la nuit du 27 mars, la 4ème Compagnie est alertée. Des fellaghas attaquent les habitants d’El Massar et de Tirilt N’seksou. Une section portée intervient immédiatement. Les rebelles s’enfuient à son arrivée entraînant trois personnes qu’ils considèrent comme animateurs du mouvement de ralliement et en abandonnent sur place une quatrième, blessée d’un coup de baïonnette.

Quelques jours plus tard un Kabyle de 25 ans environ se présente au P.C. du bataillon. Il est accompagné de sa femme;et déclare qu’il vient se rallier à la suite de l’enlèvement et de l’exécution par le F.L.N. de son beau père, un ancien combattant d’El Massar nommé Douane, l’une des trois personnes emmenés par les fellaghas le soir du 27 mars. Lui même était jusqu’à ce jour l’un des meneurs de O.P.A. Locale. Il s’appelle Terrak Ahmed, dit "Hamitouche". Il veut venger son beau père.

Le 28, cent vingt cinq gradés et chasseurs de contingents 55/2C et 56/2A sont mis en route sur le 1er Bataillon de Voltigeurs à Aïn Taya. Cette mutation entre dans le cadre de la dissolution de la 5ème Compagnie, qui ramène le 22ème B.C.A. au type normal de bataillon à quatre compagnies de combat et une C.C.A.S.

Le Capitaine Mondoloni, commandant provisoirement le bataillon, le fanion du 22, la Section d’Éclaireurs et une compagnie, participent, le 29 mars, à la prise d’armes d’adieux du Général Gouraud commandant la 27ème D.I.A. et à la prise de commandement de son nouveau chef, le Général Guérin.

La 4ème Compagnie, agissant sur renseignements, se saisit de trois fusils et d’un pistolet Mauser 7mm 65. Le cadavre du nommé Aberkane Arab, père du commissaire politique Berkane Hammouche est découvert en bordure de route, prés de Tixara, exécuté par le M.N.A.

Le 30, au cours d’une reconnaissance de grottes dans les falaises de l’Oued Guendour, dans la forêt des Azerou, le Sergent Daniel Haccart, de la 3ème Compagnie, fait une chute d’une dizaine de mètres dans le lit de l’oued, atteint d’une fracture de la colonne vertébrale, il est transporté par hélicoptère à l’hôpital d’Alger.

Avril

Le premier avril, alors que le rythme des patrouilles et embuscades se maintient, le Tirailleur Foudad Mohamed, originaire de Tizi Mellal, capturé le 3 février par les hors la loi alors qu’il se trouvait en permission, se présente au bataillon. Il déclare s’être évadé à l’occasion d’un bombardement par mortiers, effectué le 29 mars au cours d’une opération du 7ème B.C.A. à Timerrhas. D’après ses dires, deux prisonniers français de souche se trouvaient en captivité avec lui.

Et le 11 avril, au cours d’une prise d’armes présidée par monsieur le sous préfet de Bouïra et le Colonel Besson, commandant le secteur, les commandants des 1ère et 4ème Compagnie remettent deux cent trente cinq armes de chasse aux groupes d’auto défense constitués dans les villages:

- 1ère Compagnie: Merkalla - Tassala : 120 fusils.

- 4ème Compagnie: Tirilt N’sekou - El Massar - Tifticine : 115 fusils.

La pacification du Douar Haïzer vient de prendre son rythme de croisière, la riposte du F.L.N. ne se fait pas attendre. Le lendemain, une Jeep de la 1ère Compagnie saute sur une mine, au lieu dit Moulin d’Aguercif, au pied de la piste de Merkalla. L’Aspirant Michel Gillet est légèrement blessé, mais le Chasseur Bataillou, très gravement atteint, meurt pendant son transport en hélicoptère à l’hôpital d’Aumale.

Le lieu de l’attentat est bien choisi, à proximité du village où s’est constitué le premier groupe d’auto défense du douar. Il y a là intention flagrante de nous pousser à suspecter la loyauté et la sincérité des habitants du village, et nous inciter à prendre des mesures de rétorsion à leur égard. Ni le chef de bataillon Vuillemey, ni les Capitaines Nodot et Pennachioni ne se laissent prendre au piège. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’une de ces mines de fabrication locale auxquelles nous sommes habitués, et sur lesquelles les véhicules perdent habituellement un pneu. Les dommages causés à la Jeep ne peuvent avoir été provoqués que par une forte charge d’un explosif puissant.

Le 15 avril, au cours d’un contrôle du village d’Izemourène, le nommé.Mazouz Saïd ben Mohamed tente de forcer le bouclage. Il est abattu. Il était porteur d’un pistolet automatique.

Le même jour, la 4ème Compagnie participe à une opération dans la région de Talamine, au Sud Est de Bouïra..

La 1ère Compagnie opère, le 19, au Nord du Djebel Heidzer, en liaison avec le 159ème R.I.

Dans l’après midi, le P.C. est alerté par la 4ème Compagnie. Un jeune berger a observé, au cours de la matinée, deux individus qui posaient une mine dans le fond d’un oued desséché traversé par la piste qu’empruntent les véhicules de la 4 qui vont à Irhorat. Le Lieutenant Carrète se rend sur les lieux désamorce l’engin et le récupère. La mine est composée d’un pain de un kilo de T.N.T. enveloppé dans un papier d’emballage.

Les numéros de série du lot figurant sur le bloc d’explosif sont transmis à la division.

La réponse est immédiate.

Il s’agit d’explosif faisant partie des charges utilisées par le Commando du Génie le 12 mars à Aït Haouari. Une charge non explosée a été récupérée par les fellaghas, qui s’en servent maintenant contre nous. C’est une mine de même puissance qui, le 12 avril, a détruit la Jeep de la 1ère Compagnie. Les charges employées à Aït Haouari étaient de quatre pains de un kilo. En comptant celui qui vient d’être récupéré et celui qui à détruit la Jeep, le 12 avril, il en reste encore deux dans la nature. Les convois vont devoir redoubler de vigilance.

Le 23 avril, une section de la 3ème Compagnie, commandée par le Sous Lieutenant Martin s’installe en point d’appui dans l’école d’Irhorat, dont la reconstruction commence, avec l’aide des habitants des villages voisins. Ceux-là même qui, sous la menace du F.L.N. avaient entrepris de le détruire. À la 1ère, ouverture de chantiers de débroussaillage. Nomadisation de la 2ème Compagnie vers le lac Goulmine. Le Commandant Vuillemey inspecte le poste de Merkalla le 28.

Le 30, les commandants des sous quartiers effectuent une distribution de farine et de céréales aux membres d’autodéfenses du douar.

Mai

À compter du premier mai, la 5ème Compagnie est dissoute.

Le Capitaine Gatti est mis à la disposition du chef de corps en attendant une vacance. la 3ème prend possession de la maison forestière d’Aïn Allouane, ne laissant qu’un groupe de gardiennage à la Ferme Catala, où s’installe l’atelier du maréchal ferrant du bataillon.