Capitaine Jean Armandi

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Si la guerre est longue,

je serai officier...

Guerre 1939 - 1945

Guerre d’Indochine

Guerre d’Algérie

Nice - Août 1995

 

Analyse du témoignage

Écriture : 1991 - Édition Mai 1995 - 180 pages

 

 

 

POSTFACE de Michel EL BAZE

 

"Lorsque dans notre Pays

on parle de Courage et de Grandeur,

c’est vers les Croix de Guerre

que se tournent les regards",

déclarait le Maréchal Juin.

Sans doute aurait-il porté son regard plus particulièrement sur Jean Armandi s’il avait connu son odyssée au service de ce Pays qu’il a choisi pour être le sien :

la France.

 

On reste ébahi à la lecture de ce témoignage d’une aventure exceptionnelle sereinement décidée qui ajoute une pierre de taille au Monument de la Mémoire.

Campagne de France en 1940, cité à l’Ordre de l’Armée.

Prisonnier, il s’évade pour s’engager dans la Résistance.

Arrêté, condamné par le Tribunal Militaire de Lyon, il en sort pour retourner dans la clandestinité.

De nouveau arrêté, torturé par la Gestapo, il s’évade pour, encore, rejoindre l’Armée de l’Ombre.

Pour préparer ses futures missions sur l’Allemagne, il reçoit une formation de parachutiste à Ringway, en Écosse.

Mais la guerre est finie, alors, en Allemagne occupée, Armandi apporte ses compétences à une antenne du Contre Espionnage installée à Wildbad.

 

Dès 1951 en Indochine, il combat les Viêts.

Captif à Dien Bien Phu il ne réussira pas, cette fois, sa tentative d’évasion.

1955

Action Psychologique dans les Mechtas de l’Algérois et de Kabylie et, une fois de plus, une dernière fois, emprisonné pour sa participation active au Putsch des Généraux.

 

 

Croyez-vous que ce destin extraordinaire aurait pu s’accomplir s’il n’avait bénéficié de la complicité

de la connivence

du soutien sans défaillance

d’Irène, sa Reine !..

 

"When people talk about courage and greatness

in our country,

they referring to the Croix de Guerre

first and foremost"

Stated Maréchal Juin.

 

No doubt he would have looked more particularly towards Jean Armandi, had he known his odyssey for this country which he had chosen as his own : France.

One remains amazed when reading this account of an exceptional adventure, serenely decided and which adds a corner stone to the monument of memory.

Campaign of France, promoted to the Order of the Army.

Taken prisoner, he manages to escape and joins the Resistance movement.

Arrested, condemned by the military tribunal in Lyons, he leaves to go back to clandestinely.

Once again he is arrested and tortured by the Gestapo, he escapes once more to go back to the Army of Shadow.

To prepare for his future missions in Germany ,he is trained as a parachutist in Ringway, England.

War being over, then, in occupied Germany, Armandi offers his skills to an antenna of the counter intelligence service located in Wildbad.

As early as 1951, he fights against the Viets.

Taken prisoner in Dien Bien Phu, he will not be able to escape then.

1955 : Pschycological action in the Mechtas of the regions of Algiers and Kabylia, and once more, the last time though he is sent to prison, for taking part in the attempted coup of the Generals in Algiers.

Do you think that this incredible life story would have been possible had he not had the complicity,

the unfailing support of Irène,

his Queen !

 

 

PROLOGUE

 

En prologue à mes souvenirs de guerre, je me présente.

Mon Grand Père paternel était un ouvrier piémontais travaillant à Nice avant 1860. Garibaldien (j’ai encore un portrait de ce Niçois), grand admirateur de Cavour, mon Grand Père garda sa nationalité italienne.

Son épouse m’est inconnue.

Né Italien, mon Père le resta pour ne pas faire 3 ans de service militaire. Apprenti typographe à 12 ans, travailleur, intelligent, il progressa et à 50 ans, lors de ma naissance, il était directeur d’une imprimerie. D’un premier mariage il eut 2 fils et, après le décès de sa femme, épousa ma mère sa cadette de 15 ans.

Ma Mère naquit à Vintimille de parents paysans. À 18 ans elle vint travailler en France, bonne d’enfants, dans une famille juive allemande ayant une fille et un garçon.

Né le 10 janvier 1916 à Monaco, j’y fus élevé sainement mais de façon sévère, spartiate, sans câlins ni bisous. César, mon frère aîné, s’engagea pour la guerre en 1917, Flavius, notre frère intermédiaire, décéda cette même année et je restais seul fils à la maison.

J’allais à l’école publique tenue par des Frères.

Après le Certificat d’Études, je suivis un an de cours complémentaire mais, déjà frondeur, m’étant heurté à un "Cher Frère", je ne voulus plus continuer et en septembre 1929 débutais apprenti électricien.

À l’Entreprise ou j’entrais, à Monaco Ville, il y avait 3 ouvriers et 3 apprentis dont moi. Chaque jour, les apprentis passaient à l’atelier pour prendre le matériel : appareils, tubes, fils nécessaires au travail pour le porter à dos sur les chantiers. Les saignées pour encastrer les tubes nous étaient dévolues, au marteau et au burin.

Le travail était de 8 heures, six jours par semaine.

Mon salaire d’apprenti pendant deux ans, fut de un franc par jour (1 centime actuel), un petit casse-croûte coûtait 1,25 francs. J’étudiais l’électricité sous toutes ses formes et à 16 ans, j’entrais dans l’Entreprise Barbey comme monteur installateur de tableaux : voyants et sonneries d’hôtels.

À 17 ans, M. Champion, constructeur réparateur de postes de T.S.F., m’accepta chez lui ou j’appris un minimum de dépannage de ce qui allait devenir la radio.

Un an plus tard, en 1934 : la crise.

Champion licencie, je deviens ouvrier d’entretien à l’Hôtel Bristol.

Cette même année, je demande ma naturalisation Française, car né à l’étranger de père étranger. Mon frère aîné , né à Nice, était déjà Français.

Mon Père m’approuve.

En mars 1935, je m’engage pour 3 ans au 6ème Dragons Monté (je croyais motorisé), à Paris. La vie y était assez rude pour les "bleus" : une permission de sortie du soir par semaine et le dimanche, abreuvoir des chevaux à 14 heures avant le quartier libre.

Au vu de mes connaissances électriques je fus envoyé, après mes classes à cheval, suivre un stage : radio et téléphonie, à Versailles, puis un autre de Chef de Poste radio à Verdun et je fus nommé brigadier. Je suivis ensuite un stage de chiffre à Latour Maubourg. À deux ans de service, le 1° avril 1937, j’étais nommé brigadier chef, avancement exceptionnel pour cette unité à 75 % d’Engagés.

Mars 1938, mon Père hémiplégique, s’affaiblissait et en fin de contrat, je revins à Monaco. En août j’entrais au Service de Garde de la S.B.M..

En allant prendre mon travail je m’arrêtais souvent à la Brasserie Albert 1er. Simone, la "patronne" me suggéra de m’occuper de sa fille, Jacqueline, revenant de Grande Bretagne. Cette jeune personne avait dans sa malle un journal de Paris avec ma photo en première page ! À Noël précédent l’Armée avait remplacé les transporteurs des Halles en grève, "Paris-Soir" m’avait inclus dans son reportage.

 

Le jour de Noël 1938 mon Père décédait.

Les suggestions de Simone, la photo,... le destin; en mars 1939 j’épousais Jacqueline.

Six mois plus tard c’était la guerre.

 

In prologue to my souvenirs of war, I following.

My Great paternal Father was a worker piémontais working to Nice before 1860. Garibaldien (I have again a portrait of this Niçois), great admirer of Cavour, my Great Father kept his Italian nationality.

He marries is me unknown.

Born Italian, my Father remained it to does not make 3 years military service. Apprentice typographer to 12 years, laborer, intelligent, he progressed and to 50 years, during my birth, he was director of a press. From first marriage he had 2 son and, after the death of his woman, married my mother his cadette of 15 years.

My Mother was born in Vintimille of working family. To 18 years she came to work in France, maid of children, in a German Jewish family having a girl and a boy.

Born 10 January 1916 to Monaco, I was raised there healthily but severe manner, Spartan, without fabulously neither kisses. César, my older brother, is committed for the war in 1917, Flavius, our intermediate brother, deceased this same year and I remained alone son to the house.

Iwent to the public school appearance by Brothers.

After the Certificate of Studies, I followed a complementary course year but, already critical, being knocked to an Dear Brother, I no longer wanted to continue and in September 1929 began apprentice electrician.

To the Enterprise wehre I entered, to Monaco City, there were 3 workers and 3 apprentices whose me. Each day, the apprentice passed to the workshop to take the equipment: machines, tubes, necessary son for the work to carry it to back on yards. The saignées to armour tubes us were for us, to the hammer and to the burin.

The work was 8 hours, six days by week.

My salary of apprentice during two years, was a Franc per day (1 current cent), a small snack costed 1.25 Francs. I studied the electricity under all its forms and to 16 years, I entered in the Enterprise Barbey as fitter editor of tables : clairvoyants and ringings of hotels.

To 17 years, Mr. Champion, constructive repairer of positions of T.S.F., accepted me at him wehre I learnt a minimum of repairing of what was going to become the radio.

A later year, in 1934 : the crisis.

Champion dismisses, I become labor of maintenance to the Hotel Bristol.

This same year, I ask my French naturalization, because born to the foreign father foreigner. My older brother, born to Nice, was already French.

My Father approves me.

In March 1935, I am commit for 3 years to 6ème Climbed Dragons (I believed motorized), to Paris. The life there was enough rough for the blue : a permission of exit of the evening by week and Sunday, trink for horses to 14 hours before the free quarter.

To see my electrical knowledge I was sent, after my classes to horse, to follow an internship : radio and téléphonie, to Versailles, then an other of Chief of radio Position to Verdun and I was appointed corporal. I followed then an internship of figure to Latour Maubourg. To two years of service, 1 April 1937, I was appointed chief corporal, exceptional furtherance for this unit to 75% of Committed.

Mars 1938, my Father hémiplégique, is weakened and in fine of contract, I return to Monaco. In August I entered to the Service of Ward of the S.B.M..

In to be going to take my work I stopped me often to the Brewery Albert 1st. Simone, supports it, suggested me to occupy to her girl, Jacqueline, returning Great Britain. This youth person had in her trunk a newspaper of Paris with my photograph in first page ! To preceding Christmas the Army had replaced carriers of Halles in strike, Paris-Soir had me included in its reporting.

 

The day of Christmas 1938 my Father deceased.

Suggestions of Simone, the photo,... the destiny in March 1939 I married Jacqueline.

Six month later it was the war.

 

 

PRÉAMBULE

 

J'ai écrit ces souvenirs de 1939/1945, de mémoire :

Confortée par mes citations (en annexe) et le livre "La 29ème D.I.A. au combat " pour 1939/1940.

En les confrontant avec ceux de Reine, ma compagne des jours de bonheur et de malheur, des heures d'espoir et de désespoir pour 1943/1945.

Avec l’aide de Roger Lechner pour 1941/1942.

Aymé a d’abord continué avec le Réseau Bertin/Radio Patrie. Le dénommé Prat lui a appris à manier plastic, gélinite, allumeurs, etc., mais, voulant plus d'activités, il adhérera au Réseau Gallia dépendant de Buckmaster, la branche française de l’I.S.

Sa mère, veuve était responsable surveillante du cimetière de Monaco où de beaux et riches tombeaux ont des cryptes avec porte d’accès. Il y entreposera armes, explosifs, documents.

Après le débarquement de Provence, il sera désigné pour accueillir et guider les troupes alliées lors de leur approche de la Principauté.

Sa brillante conduite et le travail effectué dans la Résistance lui vaudront d’être l'un des très rares monégasques titulaire de la Croix de Guerre.

 

J'aurai du écrire plus tôt.

Roland Provence m'aurait servi de mémoire annexe. Il a été ravi à mon estime, mon affection en 1981. J'ai cherché d'autres collègues :

Félix Vérani perdu de vue en 1945 à Paris. Où est-il ?

Notre co-évadé de 1940 : Guintrand est décédé ainsi que Chirouze, le braco de Lamastre.

Eldin le Pasteur et De Pecker, épicier à Antibes, tous deux Brigadiers Chefs du GRD nous ont quittés.

En 1972 j'avais rencontré Barthélémy établi boucher à St Tropez, il n'y est plus.

Bennati a récolté 20 ans de prison en 1948 pour attaques à main armé. Il les a finis au cimetière.

Jove est décédé fin 1948, Dan en 90.

Friend et Fourt ont été arrêtés en 1944, exécutés, m'a dit Maud.

Petit Paul a pris son dernier envol en 1980.

Maud, ex Nanette : Louise Le Mab mariée après guerre avec un médecin vit à Paris. Elle vient nous voir chaque été avec ses petits enfants.

 

Si quelqu'un trouvait une erreur ou un oubli; je m'en excuse. J'ai 76 ans et la mémoire "flanche". Elle a été altérée par :

a/ agression en 1945 à Paris, retrouvé amnésique, plaie à la tête, dans le métro

b/ Assommé en mars 1952 en opération, 2 jours amnésiques à l'hôpital d'Hanoï

c/ Mauvaise arrivée au cours d'un saut à Blida. Trois heures d'amnésie à l'hôpital en 1958.

 

I have written these souvenirs of 1939/ 1945, of memory:

Confortée by my quotations (in annex) and delivers it 29ème D.I.A. to the combat for 1939/ 1940.

In confronting them with these of Reine, my companion of happiness and misfortune days, hours of hope and desperation for 1943/ 1945.

With the assistance of Roger Lechner for 1941/ 1942.

Aymé has approach continued with the System Bertin/ Homeland Radio. The named Prat has learnt it to handle plastic, gélinite, igniters, etc., but, wanting more activities, it will adhere to the System Gallia depending Buckmaster, the French branch of the I.S.

His mother, widow was responsible surveillante of the cemetery of Monaco where beautiful and rich tombs have crypts with door of access. It will store there arms, explosives, documents.

After the landing of Provence, he will be designated to welcome and guide troops allied during their approach of the Principality.

His brilliant conduct and the work undertaken in the Resistance will cost him to be one the very rare incumbent Monacans of the Cross of War.

 

I will have to write him earlier.

Roland Provence would have served me as memory annexes. It has been delighted to my esteem, my fondness in 1981. I have sought others colleagues:

Félix Vérani lost of view in 1945 to Paris. Where is-it ?

Our co-fugitive of 1940 : Guintrand is deceased as well as Chirouze, the braco of Lamastre.

Eldin the Parson and Pecker, grocer to Antibes, all two Chief Corporals of the GRD have left us.

In 1972 I had met established Barthélémy to clog to St Tropez, he no longer there is.

Bennati has harvested 20 prison years in 1948 for hand attacks armed. He has finished them to the cemetery.

Jove is deceased end 1948, Dan in 90.

Friend and Fourt have been stopped in 1944, executed, has told me Maud.

Petit Paul has taken his last takeoff in 1980.

Maud, ex Nanette : Louise Le Mab married after war with a physician lives to Paris. It comes to see us each Summer with her small children.

 

If someone found an error or an oblivion I excuse me. I have 76 years and the memory flinchs. It has been altered by:

a/ aggression in 1945 to Paris, found amnésique, sore to the head, in the metro.

b/ Stunned in March 1952 in use, 2 days amnésiques to the hospital of Hanoï.

c/ Bad arrival in the course of a jump to Blida. Three hours of amnesia to the hospital in 1958.

 

 

 

La mémoire

La mémoire : seul bagage incessible

Jacques ATTALI

 

 

1939 - 1940

La drôle de guerre

Ma captivité

Mon évasion

 

 

 

C’était le dimanche 27 Août 1939.

Au stade Louis II de Monaco se déroulaient les finales des jeux Olympiques Universitaires. J’étais l’annonceur. J’appelais les participants aux différentes épreuves, j’indiquais au public les résultats et ce qui allait se passer sur tel point du stade : concours, courses, match de volley, de basket ou de football.

Vers 17 heures je reçus un message à communiquer aux spectateurs :

"Tous les Français ayant un fascicule de mobilisation portant le numéro 7 en première page, sont rappelés sous les drapeaux I.S.D. (immédiatement sans délai)"

Je le lus au micro puis me rappelant que j’avais ce numéro 7, je dis à mon voisin speaker en Anglais :

- Vous parlerez aussi en français et allais chez moi boucler mon sac. Après trois ans dans la cavalerie (à cheval). Brigadier-chef A.D.L., j’avais été libéré en Mars 38 avec un paquetage de mobilisation type sous-officier. J’aurai dû être nommé maréchal des logis dans les réserves mais avais été oublié..

Depuis près de 6 mois j’étais marié et vivais avec ma femme, chez ma mère. Pleurs des femmes, sourire fanfaron de ma part : je reviendrai avec des décorations et si cette guerre dure comme la précédente, je finirai officier ! Peut-être pas 5 galons mais 4 probables... (je n’en eus que la moitié, et à titre provisoire : ASSIMILÉ)

Vers 20 heures un train m’emmenait à Tarascon ou je devais me présenter au centre mobilisateur numéro 15. J’y fus le lendemain matin et j’appris que j’étais affecté "brigadier trompette" à l’Escadron Moto du G.R.D.I. 34. Képi à galon d’argent, barrette de brigadier-chef sur la veste de combat ; je regimbais et sortis mon livret militaire portant ma nomination : Brigadier chef en Mars 37 et la mention : "A perçu à sa libération son paquetage de mobilisation". Il était aussi porté que le brigadier-chef avait reçu un certificat de bonne conduite ! Mais le scribe de service ne voulait rien entendre, le ton montait. Un Capitaine, rappelé, 45 ans environ attiré par le bruit, trancha.

- Venez brigadier-chef, je suis votre capitaine, je manque de gradés.

J’allais faire voir mes talents de pilote moto et side-car, en suite de quoi je fus envoyé réquisitionner tout ce qui a 2 ou 3 roues, marque Terrot, passerait sur le pont de Beaucaire à Tarascon !

C’était amusant et triste.

Les gens à qui nous enlevions leurs biens, criaient, hurlaient, pleuraient. Le propriétaire d’un Side Terrot tout neuf m’offrit une somme équivalente à celle de son engin ! J’avais 3 conducteurs avec moi, dès que nous eûmes 4 machines nous rentrames au CM.

Nous fiment la même chose l’après midi.

D’autres équipes en faisaient autant sur d’autres routes. Il s’avéra bientôt que nous ne trouverions pas les 49 side-cars 500 Terrot nécessaires et nous reçumes l’ordre de ramener des 202 Peugeot !

Des camions requis arrivaient avec leur chauffeur.

Au premier retour de la réquisition je fis une entrée très remarquée au C.M, franchissant le portail en panier levé et faisant un 8 dans la cour, sourires et... engueulade. Mais je me rattrapais auprès du capitaine en remuant des conducteurs de camions qui faisaient de l’obstruction.

Notre matériel véhicules au complet (avec les 202) j’héritais d’un groupe de combat du 4eme peloton, Lieutenant Veyrac, banquier dans le civil.

 

Le capitaine commandant l’escadron était un industriel. Les tracteurs Douge de Besançon ; brave homme, toujours calme et gai, prisonnier en 14/18.

J’avais un groupe de combat, un side mais pas de conducteur. Un jour d’école de conduite dans la cour, une ballade en colonne jusqu’à Avignon et en avant vers la frontière Italienne. Seul sur ma machine, j’eus droit à une charge de munitions dans le panier. Dans l’Estérel un side prit feu et j’eus droit à un peu plus de munitions, près de 300 kilos au total.

Deux nuits sur la plage de Cagnes et en route pour remonter le Var afin de rejoindre la Division, la 29ème D.I. Alpine. La guerre venait d’être déclarée. Notre Division était constituée par une demi brigade de chasseurs alpins : 24 et 25ème (Villefranche et Menton) d’active et le 65ème de réserve, du 3ème R.I.A. (Hyères) et du 112ème R.I.A. (origine inconnue pour moi). L’artillerie était composée du 94ème R.A.M, artillerie de montagne à dos de mulets et du 294 (réservistes), également à dos de mulets et charrettes tirées par des mules.

Mon escadron faisait partie du G.R.D.I 34, Groupe de Reconnaissance Divisionnaire d’Infanterie, composé en outre d’un escadron de mitrailleuses porté sur camions, d’un escadron à cheval (mais oui) et d’un escadron hors rang de commandement.

Dans la plaine du Var, mon side surchargé plia son cadre au tunnel de Chaudan et je faillis terminer la guerre sur la voie ferrée en contrebas. Déchargé, bricolé, j’amenais l’engin à Guillaume où 2 jours plus tard arrivèrent des renforts.

Grange, un M.d.L. séminariste prit mon groupe et je fus affecté au groupe d’estafettes, motos solos du M.d.L. Chaland qui prit les fonctions de fourrier. Ce groupe, motos 350 Terrot, était composé de braves types : Chirouze, Sandra, Gillet, Vidal, Arcangelo, B... de Ramatuelle dont le nom m’échappe et des Marseillais : Bennati, Capoduro Maria et d’autres que j’ai oubliés. Ces Marseillais formaient une équipe assez soudée, ayant déjà une mauvaise réputation.

Le capitaine m’annonçant ma nouvelle affectation me dit :

- Cogne, bastonne, tu ne les feras obéir qu’en t’imposant. C’est pour ça que je n’y ai pas mis Grange.

Entendu, je m’imposais !

Je fis connaissance avec ces gars, vis leur motos et ordonnais :

- Nettoyage, lavage, je veux les voir impeccables.

Bennati me répondit :

- Je ne suis pas laveur de voitures.

J’étais prévenu, c’était un souteneur, le meneur des Marseillais. Je répliquais :

- Toi comme les autres, je regarderai bien ta bécane.

Un "merde", très retentissant, sorti de sa bouche. Avant qu’il ne l’ait refermé mon poing droit lui arrivait au creux de l’estomac. J’y avais mis toute mon énergie. Il se plia en avant. Je le redressais d’un uppercut et il s’écroula. Je le poursuivis très méchamment de coups de pieds aux côtes et tandis qu’à 4 pattes il se relevait, je lui en donnais un dernier dans les fesses. Il fut atteint à l’entre jambes et s’écroula en gémissant. Deux de ses collègues firent mine de s’approcher, je leur dis "au boulot’ et ils firent demi-tour.

J’ordonnai à Bennati :

- Debout, lave ta moto où je recommence !.

Lentement, gémissant, il se leva et dés qu’il put parler dit :

- Ma première balle sera pour toi !

Je répondis :

- C’est entendu, mais en attendant, lave ta moto !

Il la lava ; je m’étais imposé devant ses amis stupéfaits.

Le Lieutenant-colonel Landriau commandant le GRD était un ancien officier Légion ayant eu son heure de gloire au Levant. Une de ses premières notes stipula que "Groupe de Reconnaissance" signifiait : aller devant la Division. En conséquence, nous sommes allés sur les Pics avec nos engins. Tirant, poussant, portant, nous sommes allés au dessus du lac d’Allos avec nos machines. Il n’y avait pas de route, un sentier muletier jusqu’au lac, parfois trop étroit pour les side-cars qu’il fallait porter, une sente jusqu’au sommet où seules nos motos purent monter à 2600 mètres et plus. L’escadron à cheval du Capitaine Pinsard s’arrêta peu après le lac, l’escadron mitrailleuse ne put y arriver que le matériel à dos d’homme.

Après Guillaume, Saint André les Alpes, une halte à Châteaudouble et nous primes le train, aux Arcs, fin novembre, pour la Marne. Notre escadron cantonna à Pargny sur Saulx, au bord du canal de la Marne au Rhin.

 

Brigadier-chef ADL, j’avais droit à la popote sous officiers . Le capitaine, bon enfant, fit faire popote commune officiers, sous-officiers et les 2 brigadiers-chefs ADL .

 

L’encadrement de l’Escadron est composé de :

- Lieutenant Bornet ,1er Peloton (active sur Gnome Rhône),

- Lieutenant Jourdan, 2e Peloton (202 Peugeot),

- Lieutenant Reynaud 3° Peloton et

- Lieutenant Veyrac 4° Peloton (3° et 4° sur Side Terrot 500) .

Des sous-officiers

- M.d.L. Ayala, active, faisant fonction d’Adjudant d’Escadron, et des Réservistes M.d.L. Chefs Pinaud, Pichot, Etienne, X ..., M.d.L. Casalis, Chalan, Escudier, Grange, de Montredon, Y... Z... (nom oublié), le Brigadier Chef De Pecker et moi .

 

Début janvier 1940, laissant mes collègues aux exercices de traversée du canal, gelé, j’allais faire un stage de 3 semaines au Corps Franc du Lieutenant Agnelly, Lieutenant Joseph Darnand, adjoint.

 

Fin janvier je revenais à temps pour partir avec l’escadron en Alsace. Une nuit glaciale et nous débarquions au petit jour par moins 30° à Brulange. Il fallut chauffer les blocs moteur à la lampe à souder pour les dégeler et remorquer les motos pour faire tourner les moteurs.

Nous prîmes position à Merlebach, l’échelon arrière s’installant à Faulquemont. Gardes, patrouilles, embuscades, le train train de la drôle de guerre, pas un seul contact avec l’ennemi. Les seuls coups de fusils tirés à l’escadron le furent sur des lapins. Je n’arrêtais pas de râler, j’étais parti faire la guerre, je voulais avoir la croix de guerre et je faisais du "travail de garnison".

 

Fin mars

Repli au repos à Passavant la Rochère, Haute Saône ; dans ce bourg c’était la belle vie, logés chez l’habitant nous étions choyés par ceux-ci. La verrerie occupait de très nombreuses filles, peu farouches parait-il. Ma femme était venue me rejoindre, je n’ai pas eu l’occasion d’apprécier.

 

10 mai

Nous apprenons l’invasion de la Belgique.

 

Le 17.

Alerte, départ dans la soirée, escadron moto en tête, tous feux éteints. Les autres suivront, plus lentement. Nous devons aller à Péronne "colmater une brèche, réduire une poche"...

Au jour, à Tergnier, 400 Km dans la nuit tous feux éteints, nous avons le spectacle, le premier, d’un bombardement, la gare est détruite. Nous ne sommes jamais arrivés à Péronne. Depuis Tergnier, nous nous frayons la route à travers des colonnes de civils, fuyant vers le sud accompagnés de centaines de soldats. A 20 Km de Péronne ils nous disent que les Allemands y sont. D’autres affirment qu’ils ne sont qu’à 2 ou 3 Km de nous. Je vais demander au capitaine si je dois continuer à ouvrir la route avec mes motards. Le lieutenant du 1er Peloton veut continuer quand arrive un lieutenant Légion avec une demi douzaine de side-cars, il nous précédait avec la même mission et avait subi le feu d’A.M. allemandes, 2 Km au Nord. Il faisait partie de l’Escadron Moto du GRD 9, Division Nord Africaine venant de l’île de France.

Ayala part vers l’arrière pour avoir des ordres.

Nous établissons des liaisons latérales avec les légionnaires et avec le PC d’un bataillon de réservistes bretons.

Au soir le P.C. de l’Escadron est à Marchelepot, les Pelotons sont à Fresnes-Mazancourt, Misery, Saint Christ, Pargny (il y a 8 communes de ce nom) . Nous devons tenir les ponts de Saint Christ et Pargny et barrer la R.N. 17 .

Depuis Passavant j’avais un adjoint, le Brigadier-chef Provence, originaire de Troyes, travaillant depuis une douzaine d’années à Paris dont il avait pris l’accent et la gouaille.

Dès notre arrivée dans la Somme, et même depuis l’Oise, nous récupérions toutes sortes d’armes abandonnées par des fuyards de l’armée qui était en Belgique. Le PC escadron hérita d’un canon de 25 avec son tracteur et de 2 camions. En 48 heures, 6 de mes hommes eurent 1 FM sur leur motos, presque tous des pistolets. J’eus une mitraillette à crosse bois (MAT 39 ?).

Le groupe d’Estafettes était devenu un groupe de combat, presque un Groupe Franc dont j’étais fier.

Nous fimes des coups de main, parfois très hasardeux.

Roland Provence et moi partions chacun avec 3 hommes vers un village occupé par l’ennemi et faisions mine de l’attaquer avec 3 FM sur 2 côtés. Branle bas de combat chez l’Allemand et nous nous repliions en douce pensant qu’ils montaient une contre attaque. Il nous est arrivé de les voir "allumer" un autre village tenu par leurs collègues.

De temps à autre nous vimes des A.M se diriger vers Marchelepot. Les mitrailleuses les stoppèrent à distance. Provence imagina d’aller placer des mines au bord de la route reliées par une ficelle à un homme couché dans le fossé de l’autre côté. En tirant sur la ficelle il pouvait amener la mine sous les roues d’une A.M... Le capitaine s’y opposa mais, en fin d’après midi, nous entendîmes une explosion et vîmes une A.M arrêtée à 600 m environ. Cet animal de Provence voulait avoir la croix de guerre avant moi ! Il était allé seul essayer son truc. Il fallut aller le chercher pendant que les Allemands s’enfuyaient.

Nous n’avions pas le monopole des coups de main, les pelotons faisaient comme nous.

Dans une reconnaissance disparut le Pasteur Eldin, brigadier-chef lui aussi : Prisonnier.

Je perdis un bien charmant camarade.

Le 2ème Peloton était monté sur 202 Peugeot. Le tireur FM debout, à travers le toit ouvrant, avait son arme sur le toit.

 

Le 23 mai.

Notre Capitaine, apprit que 2 chars étaient arrêtés à 700/800 mètres. Il envoya voir une 202. Elle fut engagée en marche arrière sur un chemin très étroit. Seule la tête du chef de bord dépassait du toit. Cet homme aperçut des chars à 300 mètres mais continua sa progression et il vit les tanks partir.

 

Le 25

L’Escadron "mitraille" bloquait un char et s’emparait des occupants. Le Feldwebel, chef de bord ,dit que l’avant-veille il avait fait demi-tour devant un tank français, type inconnu !

Ces 202 étaient peintes, glaces incluses en camouflage. Il n’avait pas réalisé que c’était une petite voiture en marche arrière.

 

Le 23 mai

Les servants du canon de 25 récupéré, en position sur la RN 17, virent arriver un side-car allemand. Ils tirèrent de trop loin, plus de 200 m. Atteint à la roue du panier, l’engin alla au fossé. Les 2 occupants s’enfuirent, l’un d’eux traînant la patte. Deux hommes allèrent à leur poursuite.

Parti en liaison avec l’E.M. j’arrivais à ce moment sur ma moto.

Rapidement je rejoignis B..., le cuisinier, le plus avancé. Il criait en Provençal :

- T’arrestèrass t’arrestèrass pas, banditt !

Mais sans oser trop approcher du fuyard qui avait un pistolet à la main. J’allais jusqu’à cet homme le bousculant au freinage avec la roue avant. Il jeta son pistolet, je le fis monter derrière moi, ce fut le motif de ma première citation. J’avais ma croix de guerre, le premier du G.R.D. !

B... prit pour lui le pistolet.

Le prisonnier déclara appartenir à la "Division des Spectres" commandée par un "Général Rommel"??

Nous arrêtions des soldats français fuyards (de Belgique) très souvent encore armés et mes voyous, mes nervis, se révélèrent des chefs ! Ils prenaient 10 ou 12 hommes, souvent des gradés, parfois des sous-officiers, à leurs ordres. Pistolet à la ceinture, ils jouaient les terreurs, obligeant les fuyards à tenir une position.

 

Le 27 mai.

Un de mes gars, Capoduro, était avec 2 de ses "esclaves" en liaison à la charnière avec les Bretons. Dans l’après midi nous avons vu un caporal "esclave" arriver sur la moto de Capo qui l’envoyait nous prévenir que les 3 officiers voulaient replier la compagnie. Le capitaine me dit d’aller voir et régler la chose... Bennati qui m’avait promis sa première balle me dit :

- Capo, c’est mon pote, je viens avec toi !

J’eus un soupçon, failli dire non mais, par bravade, je le fis monter derrière moi. Il fallait économiser l’essence... et s’il me tirait pendant que je roulerai (très vite), il risquait très gros dans la course.

En chemin nous eûmes droit à un tir d’artillerie roulant.

Bennati cramponné à moi jurait que j’étais fou et me demandait d’arrêter.

J’accélérais, nous passâmes.

En arrivant, nous vîmes notre ami dans la rue un pistolet dans chaque main, empêchant les 3 officiers qu’il avait désarmés de sortir du garage où il les avaient enfermés. Deux adjudants d’active (les officiers étaient des instituteurs réservistes) prenaient ses ordres.

J’allais voir les officiers, pris leurs papiers, les menaçais du Tribunal Militaire. Ils se résignèrent à tenir leurs rôles. Bennati me dit qu’il voulait rester pour épauler son ami, j’acquiesçais. Il me tendit la main :

- Tu es un homme, je m’en souviendrai !

Il s’en est souvenu en 48, c’est une autre histoire, dirait Kipling.

Cette traversée du tir allemand se sut ainsi que mes ordres aux officiers. Le lieutenant-colonel me convoqua, me félicita et j’eus une 2ème citation...

 

Le 4 (ou 5) juin

Au cours d’une reconnaissance à Hyencourt, précédant un camion portant 8 ou 10 soldats, je vis un homme armé en travers de la rue. Je crus à un légionnaire , mais il me mit en joue et tira. Demi tour au frein, pleins gaz, à plat ventre sur ma moto et zigzags. Un choc sur la tête me fit aplatir encore plus. Le camion qui était à 100/120 mètres derrière moi fit vite demi tour. Constat à l’arrivée : une éraflure de balle sur le casque, une balle dans le sac. "as de carreau" fixé sur le porte-bagages, et une 3ème bloquée dans les ailettes du moteur.

Ce n’était pas mon jour.

Un homme du camion, un réserviste, l’Abbé Lantelme, fut tué ; notre premier mort.

Ce jour là arrivèrent les chasseurs Alpins. Des "Brêles" avaient été portés par les autobus de la TCRP ! Par la plate-forme arrière, seul accès, les bêtes étaient montées et avaient tourné entre les banquettes. Version 1940 des taxis de la Marne.

Le comble fut l’arrivée de nos artilleurs avec leurs mulets dans les plaines de la Somme face aux chars Allemands. Une monstruosité. Les hommes devaient débâter, mettre en batterie, tirer. Pour le repli il fallait 8 à 10 minutes avant que la bête chargée puisse prendre la route. Les artilleurs firent très vaillament leur devoir. Parfois ils ne purent démonter leurs pièces et "débouchèrent à zéro", tir direct sur les chars ou les troupes Allemandes, avant de faire sauter leurs canons.

Des années plus tard, lisant l’histoire de 1939/1940, j’appris que les Allemands avaient marqué un temps d’arrêt sur la Somme par manque de carburant ! Je compris pourquoi notre petit escadron avait pu tenir un front de 5 Km pendant 8 jours, alors que la Division avec ses 9 Bataillons avait lâché après nous avoir relevés. Car la D.I.A. à peine mise sur ses positions devait commencer à se replier, débordée à droite et à gauche. Après notre folle semaine pratiquement sans dormir, nous eûmes 24 heures pour souffler et nous avions une nouvelle mission : couvrir le repli ! Un peloton (ou 1/2) moto et (ou) l’équivalent de l’escadron mitraille, prenait la place des compagnies de fantassins, à la tombée de la nuit et "amusait" l’ennemi pendant que les Alpins retraitaient, à pied bien sûr.

Après avoir fait "pan pan" toute la nuit nous les rejoignions au petit jour alors qu’ils reprenaient une position. Souvent nous fûmes insultés, traités de planqués parce que nous étions motorisés.

Dans la journée nous subissions des attaques de la Luftwaffe. Les piqués des stukas étaient très impressionnants avec leurs sirènes déchirant les tympans. Nous en étions paralysés. Un après midi dans le cimetière de Champien, attendant d’aller relever l’Infanterie pour son repli, une de ces attaques fondit sur nous. J’étais allongé sur le ventre entre 2 tombes lorsque je sentis un coup sur mon casque et une voix me dit : " retourne-toi, un cavalier doit regarder la mort en face ! " C’était le Rat Blanc, le Lieutenant Colonel Landriau commandant le GRD qui allait marchant nonchalamment de l’un à l’autre son stick à la main. Je me levais, saluais :

- Très bien, ne reste pas debout, couche-toi sur le dos.

Et il continua, raide, droit, à petit pas vers un autre homme.

Cet officier, avait les cheveux blanc neige, la moustache aux longues extrémités et une "mouche" au menton, le tout aussi très blanc d’où le surnom de "Rat Blanc".

Le 6 Juin.

La grange où étaient les motos de mon groupe reçut un obus incendiaire. Toutes nos motos et nos paquetages fixés dessus brûlèrent. Par chance lors de ce bombardement, j’étais allé au lavoir me raser. Je sauvais donc ma trousse de toilette.

Le 7 Juin.

Capoduro fut blessé et évacué.

Cette nuit-là je fis le repli avec 2 de mes hommes à l’arrière du camions munitions, plate-forme non bâchée, assis sur les caisses de cartouches. Nous avons traversé Lagny en flammes, c’était hallucinant. Nous avancions au pas avec les flammes à 2 ou 3 mètres du camion. A un moment, nous avons du dégager, à la pelle, des morceaux de charpente en feu tombes sur la route entre le camion nous précédant et le notre. Pétoche, pétoche...

Le soir du 8 Juin.

Nous avons la défense du Pont de Verberie. La route qui y conduit est pleine de civils en fuite. Comment tirer pour défendre l’accès au pont ? Des sapeurs sont là pour le faire sauter, ils disparaîtront avant notre repli ! mais d’autres le feront sauter. En attendant cela nous avons vu arriver l’Escadron Pinsard. D’où sort-il ? Nous ne l’avions pas vu depuis la Haute Saône. Ils avaient rejoint le GRD sur des camions et comme nous ils s’étaient battus dans le repli. Les chevaux très maigres faisaient peine à voir. On ne pouvait plus les desseller, le dos n’étant qu’une plaie, les couvertures sous selle adhéraient à la chair vive.

 

Le lendemain je récupérais un camion Renault abandonné, d’un modèle que je connaissais bien en ayant eu des identiques pendant mon service militaire. J’embarquais là dessus mes hommes et quelques autres. Mais c’était MON camion et je mis Vidal comme conducteur tandis que j’étais chef de bord ! ce camion avait une panne chronique, la pompe à essence désamorçait. Il fallait ouvrir le capot et pomper à la main. Ce pouvait être toutes les 5 minutes ou au bout de 2 heures. La nuit, près de Fleurines, en forêt de Halatte pannes à répétition. Je décide de rouler capot ouvert et de rester sur l’aile pour pouvoir pomper sans retard.

Le Maréchal des logis De Segonzac prend ma place à côté du conducteur. Bombardement d’artillerie, Segonzac est blessé, évacué. Le moteur refuse de repartir.

 

Il était 2 ou 3 heures du matin. Mon "ami" le chef Pineau qui était à l’arrière dit qu’il faut partir à pied. Je refuse, discussion animée, brutale. Je fais partir mes hommes avec lui et cherche la panne dans le noir. Nouveau tir d’artillerie, je me glisse sous le camion et dors. Au jour je trouve : 13 éclats d’obus avaient touché la cabine du camion. L’un d’eux avait coupé le fil du contact d’allumage. Réparation vite faite, je pars au volant à la recherche de l’escadron.

A Fleurines je rencontre Faudier, un Brigadier chef des Spahis avec qui j’avais, en 36, suivi le stage d’opérateur radio Il était à moitié ivre mais avait à manger et boire. En début d’après midi, je retrouve l’escadron. Le capitaine à qui je me présente, tout fier, me dit que je suis sous le coup d’aller au Tribunal Militaire, le Chef Pineau ayant rédigé un motif de punition pour "refus d’obéissance en temps de guerre" ! Discussions, explications et motif de ma 3ème citation au grand désespoir de Pineau qui dut la transcrire et la transmettre.

C’était son emploi.

Toujours des combats retardateurs et le matin du 12 juin nous arrivons près de Paris. Le Raincy, Chelles, La Marne, terrains de manoeuvres et de chasse aux filles quand j’avais 20 ans au 6ème de Dragons. Près du Pont de Neuilly, nous recevons l’ordre de détruire toutes les embarcations pouvant servir à l’ennemi pour franchir la Marne. Le pont ferroviaire doit sauter, il y a une chambre à mine ! Nous avons replié en laissant le Pont intact et beaucoup de bois cassé à la place des bateaux...

Nous continuons ces combats retardateurs en nous méfiant de la 5ème colonne... Tous les prêtres, toutes les religieuses, tous les pompiers sont suspects. Nous perdons un temps fou dans cette pantalonnade.

Sur les routes ce n’est pas la rigolade.

Quelques charrettes à cheval surchargées, mais surtout des colonne de gens à pied se dirigeant vers le sud, traînant, portant des enfants, poussant un chariot ou une voiture d’enfant avec des hardes fixées dessus. Leur détresse nous frappe mais nous ne pouvons rien pour ces milliers de personnes qui nous entourent, encombrent les routes, gênant nos mouvements. Quelle tristesse de devoir les repousser hors des chemins qu’ils obstruent.

Depuis Chelles j’ai hérité d’une moto Gnome Rhône, type armée, au guidon tordu qui a été séparée de son panier très accidenté. Je fais le pilotage de l’escadron à travers la foule qui bloque tous les croisements, tous les carrefours. Le 13 juin je vais en liaison au PC de la DIA. J’en reviens avec l’ordre pour le GRD de s’installer en couverture près de Brunoy, au contact à l’ouest avec une autre DI, (la 24ème peut-être).

En fin d’après midi la DIA (ce qu’il en reste), replie. Le GRD est laissé en arrière garde, c’est l’habitude. On replie toujours. "L’Armée de la Loire" nous attend, est-ce celle de l’an II ? Au nord de la Capitale on nous avait déjà dit que l’Armée de Paris nous attendait... Elle ne nous a pas attendus, Paris ayant été déclarée "ville ouverte" elle s’est repliée avant nous. La veille quand j’étais au PC de la DIA, j’ai entendu le Commandant Petetin dire qu’elle s’était volatilisée ! Baroud le soir, la nuit, repli le matin, nous arrivons au château de Marcilly en Villette. Nous manquions d’essence. Pas d’appros par l’armée, les pompes civiles vides, nous vidions les réservoirs des véhicules abandonnés en panne. Ils étaient nombreux. Le Père Douge ayant entendu dire que dans une caserne d’Orléans il y avait des camions citernes pleins, abandonnés, me dit d’aller voir. J’emmenais Vidal avec moi, mon conducteur P.L.

Nous sommes arrivés à une caserne, nous avons vu des camions mais... il y avait des Allemands autour ! Des coups de feu et nous rentrons bredouilles. Dommage me dit le capitaine, tu aurais encore eu une citation et la Médaille Militaire.

Je crois que nous avons passé la Loire à Jargeau. Je crois parce que la fatigue dépassait nos forces, notre volonté. La nuit nous roulions comme des somnambules. Le jour il fallait combattre. Les pelotons partaient épauler les Alpins, par ci, ou les artilleurs par là, (ils devaient démonter les pièces et rebâter les mulets). C’était incessant. Mon groupe désormais commandé par Provence avec ses 6 FM était à toutes les sauces. Seul motard solo de l’escadron, je roulais sans arrêt. A chaque halte, les hommes s’écroulaient ivres de fatigue, le ventre très souvent vide.

Depuis notre arrivée sur la Somme nous n’avions plus de ravitaillement organisé, nous avions reçu l’ordre de vivre sur le pays. Dans la Somme et l’Oise c’était facile, dans les fermes abandonnées nous trouvions facilement à manger, du lait à volonté. Il suffisait de traire; le pain nous arrivait de Paris. Depuis le contournement de la Capitale, les colonnes de réfugiés étaient passées avant nous. Il n’y avait plus de boulanger dans les agglomérations, le stock de l’intendance était moisi. Les roulantes où il ne restait que 2 cuisiniers ne faisaient plus que du jus ou une soupe avec des légumes que les hommes arrachaient dans les champs. Nous dévalisions tout ce qui était à notre portée. Le vin n’a jamais manqué, les caves étant systématiquement pillées. La fatigue et la faim sont les gros souvenirs de cette deuxième décade de juin.

 

Le 17 nous apprenons la demande d’armistice avec un sentiment de rage et, il faut le dire, de soulagement. Les officiers et sous officiers sont atterrés, la troupe soupire. Dans la nuit du 17 au 18, le PC escadron s’installe à Lamothe Beuvron.

Au jour je vais en liaison avec le ler peloton en position au nord du bourg. Je tombe au carrefour sur une AM Allemande, drapeau blanc sur la tourelle. Deux Allemands à pied, fusil en bandoulière me font signe de m’arrêter sur le côté. Je lance la moto sur eux après avoir fait mine de me garer et pars en courant. Je rejoins le capitaine à qui je raconte le fait. Il me sourit tristement et balbutie :

- C’est fini. Nous avons ordre de déposer les armes.

Il pleure, moi aussi. Il faut obéir...

Nous ne serons pas prisonniers, nous allons nous faire démobiliser... Nous partons laissant nos armes et nos véhicules sur la place. En avant colonne par 3 conduits par nos officiers, nous sommes groupés par unités, de plus en plus nombreux, la colonne des Alpins, des Cavaliers, des Artilleurs s’étend sur des kilomètres. Au début, nous avons un Allemand sur le côté gauche tous les 100 ou 150 m. Après une douzaine de Km, c’est un Allemand de chaque côté tous les 20 m. Nous sommes prisonniers !

Le ler jour rien à manger, j’apprends à Provence à arracher les oignons et à les manger crus. Nous finissons dans un pré entouré de barbelés. Au soir, toute la nuit, des camions phares allumés, sentinelles debout dessus montent la garde. Je rêve d’évasion.

Le lendemain à la Ferté Saint Aubin, je sors du convoi, me glisse dans une maison. Les occupants : 2 couples crient, hurlent, pour que je sorte... Sur la route, vers Orléans, des impacts de balles. Celles tirées il y a 3 jours par des avions à cocardes vert, blanc, rouge : des Caproni !

Un jour encore et nous arrivons à Orléans par le pont ferroviaire. Les Allemands ont enlevé une voie et les camions circulent. Il fait chaud sur la route, nous manquons d’eau. A la sortie d’Orléans des Belges, avec une tonne, vendent l’eau 10 F le litre. Ils se font conspuer, bagarre, les mercantis sont ensevelis sous le nombre, la tonne est vidée gratis.

Enfin nous arrivons à Pithiviers, où nous sommes enfermés au centre mobilisateur. Nous avons un toit et un "sac à viande". Nourriture légère mais nous pouvons "commercer" avec des habitants qui nous vendent, à travers la clôture de barbelés, des plaques de pain d’épices de 3 Kg. Nous apprenons "Rauss", crié par les sentinelles quand nous sommes trop nombreux près des barbelés.

Certains habitants procurent, dans le dos des Allemands, des vêtements, mais il faut payer. Roland Provence ne veut pas encore partir et il n’a pas d’argent. J’en parle avec Félix Vérani, un instituteur de Beausoleil. Il est d’accord. Lui aussi n’a pas le sou mais un de ses collègues, du Var, en a beaucoup. Il nous équipera si nous l’emmenons.

 

Fin juillet.

Darnand qui était prisonnier avec nous, s’évade. Il passera ostensiblement devant le camp, en civil bien sûr. C’est un message : Faites comme moi. Je décide le départ pour la nuit noire de la nouvelle lune : 4 août. J’en parle à mon Capitaine Douge. Il m’approuve. Lui est trop vieux, déjà prisonnier en 1917, il pense ne pas rester très longtemps en captivité. Il me donne l’adresse d’un cousin directeur de l’usine Métadier à Tours avec un mot de recommandation très élogieux.

J’ai repéré un trou dans le grillage d’enceinte. Une sentinelle passe devant et va se retourner plus de 100 m après. Souvent elle s’arrête là pour faire causette avec celle qui vient en face. Suivant les hommes de garde il y a 2 à 4 minutes pour passer la clôture et aller se coucher dans un champ de blé à 40/50 mètres.

22 heures, nuit noire.

La sentinelle disparaît à 30 mètres, je passe le premier, mes collègues suivent à chaque passage de la sentinelle. Nous avançons jusqu’à environ 600 mètres en bordure d’un chemin. Nous dormons et à 08 heures nous nous dirigeons vers Pithiviers, passant fièrement, séparés, devant le camp. Roland au courant de notre départ nous attendait. Il nous voit, tourne le dos et fais de grands signes des bras.

Nous allons à l’église attendre midi, heure du train pour Tours. C’est dimanche nous entendrons 2 messes. Arrivée à Tours en fin d’après midi, la gare est bondée de réfugiés attendant un train pour rentrer chez eux. Il vaut mieux rester parmi eux toute la nuit. Il y a un contrôle Allemand à la sortie. Je suis seul à avoir une pièce d’identité : mon permis de conduire de Monaco sur lequel j’ai ajouté "Italien" après la date et lieu de naissance. Contrôle distrait et je reviens chercher mes collègues par le buffet non surveillé.

Je reverrai ça 2 ans plus tard.

A l’usine "Produits Méta" le directeur, M. Perrin , nous accueille très chaleureusement, s’enquiert de nos besoins et téléphone à son épouse à Bléré la Croix pour qu’elle nous reçoive et prépare un repas. Mme Perrin et sa très jolie fille Marie France sont vraiment très gentilles. Nous faisons un vrai repas, le premier depuis notre départ de la Haute Saône, près de 3 mois ! Elles ont dans le garage, au milieu, un obus Allemand non éclaté, entré par une petite fenêtre. Il est tordu mais intact. Vérani et moi le portons dans une mare, le jardinier le recouvrira provisoirement de terre et pierres.

Ce jardinier nous conduira à travers Bléré et des champs jusqu’en zone libre, 2 Km environ. Nous continuons vers Sublaine et Loche où nous prendrons un train. Après une halte à Lyon entre 2 trains surchargés, roulant à 30 à l’heure nous sommes le surlendemain mercredi 7 août sur la côte.

 

Ma mère a reçu la carte officielle, lui annonçant que j’étais prisonnier.

Elle n’est pas surprise de me voir et affirme qu’elle m’attendait ayant prié Sainte Rita de m’aider. Ma femme est à Saint Germain en Laye chez "Mémère". Une vieille dame qui l’a élevée étant enfant.

Une fiesta a été prévue au Cannet des Maures par notre collègue, fils du garde champêtre de ce lieu. Il s’appelait, je crois Guintrand.

Le 11 août j’y vais avec Vérani.

Dans l’après midi, la femme du boucher, M. Barthélémy nous dit que le fils de son mari, fils d’un premier lit, qu’elle a élevé à la mort de la mère est à Pithiviers. Elle demande mon aide pour aller le chercher .

Elle a une 201 et une réserve d’essence suffisante pour l’aller retour. J’accepte mais j’irai chercher ma femme en attendant qu’il sorte du camp. Vérani veut venir avec nous, c’est d’accord il pourra être utile.

Le 12.

A 4 heures du matin nous partons, nous relayant, Mme Barthélémy et moi au volant. La RN7 est vide jusqu’à Moulins. Nous mettons le cap à l’ouest, le soir nous sommes à Sublaines, nous couchons dans une grange.

Tôt, le mardi 13, en route, Bléré, Tours, Pithiviers et en début d’après midi nous sommes au camp. Un parloir a été installé à l’entrée, on peut communiquer avec les prisonniers à travers 2 barrières séparées de 2 m. Au milieu, il y a des sentinelles Allemandes. A la place de Barthélémy nous voyons un dénommé Ferréro de Beausoleil. Nous parlons en Monégasque.

Notre "client" est parti la veille avec deux amis, chez une tante à Paris. Je vois aussi mon capitaine à qui je confirme la bonne santé, de son cousin, de la famille etc. etc. Il comprend la qualité de la filière évasion.

Nous prenons le train pour Paris ou nous arrivons à l’heure du couvre feu. Nous logeons près de la gare dans un hôtel. Le lendemain Vérani reste à l’hôtel, Mme Barthélémy va chercher les évadés et moi mon épouse. Nous nous retrouvons le soir avec nos collègues évadés.

Le 15.

Direction zone "nono", nous sommes maintenant 7 sur la 201, heureusement décapotable. A Lyon, Barthélémy fils qui a pris le volant coule une bielle. Nous confions la carriole à la SNCF et prenons le train.

Ma mère a quand même été étonnée de me voir revenir avec ma femme. Elle en parle à l’épicier, au boucher, etc., et toute la Condamine apprend mon odyssée. Une femme vient me voir et me propose de l’argent pour aller chercher son mari Charly B... Musicien de l’Opéra, prisonnier à Gien.

J’ai repris mon travail à la S.B.M, Vérani, instituteur en vacances jusqu’à la rentrée scolaire, ira et ramènera le collègue. Nous retrouverons Vérani et Provence, évadé du train qui l’amenait en Allemagne, dans la Résistance.

Au retour de notre expédition, je suis allé me présenter à Nice, Caserne Rusca où je suis reçu par le Commandant Petetin, chef d’État Major de la 29ème Division. Interrogé, j’ai raconté évasion etc. Il rédige aussitôt le texte d’une citation... La 4ème qui ne sera pas homologuée et m’envoie à Orange me faire démobiliser.

Vers la mi décembre.

Des bruits courent sur une invasion possible de Nice par les Italiens. J’avais revu Darnand à Nice. Il était le Chef Départemental de la Légion des Anciens Combattants. I1 m’y avait fait adhérer mais j’avais très nettement dit que je n’étais pas prêt à repartir me battre pour les fuyards de Belgique, ni pour ceux qui avaient dit qu’il valait mieux être Allemand vivant que Français mort et qui se sont faits faire prisonniers sans vouloir combattre.

Darnand m’appelle, il confirme les bruits et me dit vouloir résister. Malgré mes déclarations, j’aurai un groupe de combat... Emplacement Eze, sur la Moyenne Corniche, aux 3 ponts. Je fais connaissance avec 3 anciens du Corps franc dont un tireur FM, j’aurai en plus Vérani et un agent de Police de Monaco. Maurice Boni, fils d’un entrepreneur Travaux Publics nous fournira des explosifs. I1 y avait d’autres groupes prévus.

Rien ne s’est passé.

Ouf !

 

 

 

 

 

1941 - 1942

Les Juifs

La Résistance

Mes prisons

Jove

 

 

6 mois tranquille et en juillet, un matin, peu après 07 heures, quittant mon service au Casino je vois, à environ 1/3 de mille, une barque très chargée avec 2 personnes agitant des vêtements : détresse ! J'ai la surveillance d'un pointu de 5 mètres appartenant à M. Marquet, ancien Maire. Je le prends et vais voir. Sur la barque 3 couples et 5 enfants. Je prends les femmes et les enfants, le bateau allégé peut être écopé par les hommes et je le remorque au port. Ce sont des Juifs fuyant l'Italie, ils ont, disent-ils, acheté le bateau à Vintimille. Sur le quai on nous entoure, des bonnes volontés vont s'occuper des "naufragés", je vais me coucher mais..

Quelques jours plus tard un dénommé Prat, m'embauche pour aider des Juifs. Je ne peux pas résister... J'ai mis un doigt dans un engrenage, un autre, un autre encore. Je fais des choses peu orthodoxe

Ma situation à la S.B.M devient très difficile, je suis en butte aux brimades et vexations de mon Chef de service, très "État Français ", anti Juif.

 

Un dénommé Bertin, rue Pastorelli à Nice me contacte. Il me dira après guerre que c'était le réseau Radio Patrie. Je fais des enquêtes (idiotes). Je rencontre chez lui Marion très mystérieux et Achard jeune bavard. Marion m'envoie récupérer à Lympia un poste émetteur dans un appartement vide. Je le ramène chez Bertin qui explose : J'ai du être suivi je vais le compromettre, etc..... Ce poste pourrait servir, je suis un ancien opérateur : pas question, c'est trop dangereux...

Bertin m'avait donné un pseudo "Abeille ", j’entraîne avec moi Roger Lechner, il continuera sous le pseudo "Ayme", jusqu'à la fin de la guerre. Un des rares Monégasques, il faut le souligner, ses mérites seront reconnus par la Croix de guerre.

Je n'ai jamais mis ma femme au courant de mes activités, je veux la tenir à l'écart, c'est trop dangereux. Mais elle est intriguée, inquiète de mes allées et venues, de mes absences, nous avons des scènes de ménage. Je dors peu, pas souvent à la maison, mon travail s'en ressent. Je triche dans mes gardes de nuit. Un vol a été commis dans un local de la SBM, je suis suspecté, interrogé par la Police. Je veux tout arrêter et quitte la SBM en décembre 1941.

La gendarmerie recrute. On fait miroiter la possibilité de passer Officier, mes titres de guerre donnent des points de bonification. Je mets mon nez dans des livres de droit, ça doit servir. En février je suis à l'école de Gendarmerie de Romans. Chaque semaine, examen, notes, je suis toujours dans les 2 ou 3 premiers. Je joue au rugby sport roi à Romans, pratiqué par le Commandant de l’École et je suis plutôt bien vu.

Début mars.

Un quidam vient me voir, l'homologue de Bertin dans la Drôme a eu mon nom. Je suis chargé de surveiller 2 collègues dont un qui détient les plans d'un fort de Savoie. Son père était le casernier. Je dois les récupérer. Pour camoufler le vol je prends ses cigarettes (je ne fume pas). Fouille générale, les plans bien à plat entre 2 couvertures ne sont pas vus, mais j'ai des cigarettes et tous savent que j'ai cédé les miennes, ce que je fais systématiquement à chaque distribution. Le maréchal des Logis chef Baurés, adjudant de discipline, avec qui j'ai eu des mots, m'accuse. Il est pro Allemand, anti-Juif et des mouchards ont dit que j'étais contre les méthodes du gouvernement et qu'après Montoire je n'avais plus confiance en Pétain

Je ne m'en suis jamais caché ni à l'école ni en ville. Baurès fait état de mes relations antigouvernementales : un Bar Hôtel où loge ma femme. Je dis encore plus ma façon de penser :

Prison.

 

Le 15 mars je suis au fort Montluc à Lyon. Actes et propos pouvant porter atteinte à la sûreté de l’État, vol probable de cigarettes. J'ai toujours nié le vol, le "volé" n'a jamais parlé des plans que j'ai pu faire disparaître. J'ai 26 ans, un peu naïf, je mesure 1,81 m, pèse 79/80 Kg, je joue 2ème ligne au rugby. Ce qui m'arrive m'assomme, je frôle la dépression.

J'insulte le Procureur qui m'interroge, Pétain, le gouvernement, mes nerfs lâchent, je ne me contrôle plus. Je clame mon indignation devant les "Misères" faites aux Juifs et les lâches compromissions de Laval... On a trouvé dans mes affaires un livre "C'est Pétain qu'il nous faut" écrit par un dénommé Hervé et j'ai mis des notes anti Pétain !

Fin avril jugement, les cigarettes ont disparu de l'accusation mais tout ce que j'ai dit aux interrogatoires est amplifié. Une jeune avocate est commise d'office pour me défendre.

Le tribunal militaire est présidé par le Chef d'Escadron Descours qui adhérera un an plus tard à la Résistance et sera, en 1944, chef militaire de la région de l'Ain à l'Isère dont le Vercors hélas bien triste. Bref interro d'identité et lecture de l'acte d'accusation essentiellement constitué par le témoignage Baurés, conforté par mes sottes paroles face au Procureur.

Verdict 6 mois de prison.

Mon passage devant le tribunal n'a duré que 20 minutes. L’avocate constituée d'office a simplement dit :

- Je demande le sursis, l'indulgence du tribunal.

 

Début mai.

J'écris à Darnand demandant son aide.

Vers le 10 mai transfert au camp de Mauzac en Dordogne. Nous sommes enchaînés par 3. Les dangereux au milieu. Je suis classé dangereux; j'ai déjà une évasion à mon actif en 1940 !

Deux nuits de route nous sommes par 6 dans des compartiments de 3ème classe, 2 gendarmes vont et viennent dans le couloir. Ils nous conduisent enchaînés aux toilettes, très commode pour celui du milieu.

Le camp de Mauzac est la prison militaire du Cherche-Midi repliée depuis mai 1940. Nous mettrons 2 nuits et un jour pour y parvenir. A Montluc la nourriture était légère, la faim permanente. Pour la route nous avons eu : Le soir environ 100 gr de pain et une portion "Vache qui rit", le lendemain midi même pain et un demi boudin; soir pain et petit suisse, rien les 2 matins.

A Mauzac le ravitaillement était très triste : Le matin un roux d'oignon dans de l'eau, une tranche de pain 225 gr (théorique) pour la journée. Midi et soir 1/2 gamelle (1/2 litre) de topinambours carottes et rutabagas cuits à l'eau. Tous les détenus étaient très affaiblis certains ne pouvaient monter les 4 marches menant aux chambrées qu'à 4 pattes. Nous étions logés dans des baraques crées pour des réfugiés espagnols, 44 par chambre, 2 robinets, un chiotte 2 places. Personne ne se lavait, douche 1 fois par semaine non surveillée, nous y étions 15 ou 20 sur un millier de détenus. Seule hygiène obligatoire crâne rasé chaque semaine.

Mi-juin.

Je suis victime du vol de mes chaussures. Les "matons" rient lorsque je me plains. C'est la loi de la jungle: débrouille-toi trouve les . Je suspecte un prisonnier, je fouille ses affaires, trouve mon bien, il survient à ce moment, explication devant témoins et je l'allonge pour le compte : plus de 10 mn K.O. Un gardien est alerté, nous interroge, semonce.

Le lendemain le "Maton chef" nous rassemble et je dois raconter mon histoire. Il déclare que je serai chef de baraque et que je devrai faire respecter l'ordre. Sitôt parti le précédent "chef" vient me chercher querelle.

Au sol lui aussi.

Je précise de suite que je n'étais pas très fort mais les autres étaient tous très faibles. Certains échangeaient leur ration de pain contre des cigarettes (nous avions droit à la ration militaire, double de celle des civils) je faisais l'inverse. D'aucuns étaient là depuis 2 ans !

Dans une baraque, proche de celle où j'étais, il y avaient des "huiles" : des aviateurs écossais, le Commandant Breuillac futur Général F.F.L., Pierre Bloch futur député. Ils avaient de la nourriture à volonté. Deux rangs de barbelés nous séparaient, il était interdit de s'en approcher. J'ai un jour lancé quelques mots d'anglais à un grand roux et il m'a donné une boîte de sardines. Je suis souvent revenu le voir mais sans grand succès.

Le 29 juin.

Fin d'après midi, avant le repas (18 heures), je suis appelé chez les "Matons" : Remise de peine, je vais être libéré : Merci Darnand.

Le greffe : il m'est rendu mon alliance, ma chevalière, 10 francs, mes papiers d'identité, et je suis mis hors du camp avec un bon de transport pour Périgueux. Un gardien me dit d'aller voir le Père Cipière, il m'aiderait à continuer ma route.

A la gare, attendant le train, je me pèse : 59 Kg, habillé, chaussé soit 57 nu ! j'ai perdu 23 Kg en 104 jours, je ne le crois pas, le lendemain même résultat en gare de Périgueux

La bonne du Père Cipière me donne un morceau de pain et de fromage, m'indique un asile de nuit, me dit de revenir le lendemain. Je vais à l'asile vers 22 heures. A minuit je me lève et sors. Je me gratte, gratte, je ne peux plus tenir. Je vais marcher, marcher...

A la gare je me déshabille et élimine quelques poux et puces en secouant violemment mes vêtements plusieurs fois. Je me gratte moins et dors en salle d'attente.

A 9 heures je vois le Père, il me donne 25 F et m'indique le service de la Préfecture qui me délivrera le bon de transport pour Romans. Je me gratte encore et après un somptueux repas à 15 F, je mets chevalière et alliance au Mont de Piété.

Le B.G, (Bordeaux Genève), est à 22 heures. Je vais à l'Hôtel Europe et nu, pendant des heures j'examine tous les plis, replis, coutures de mes vêtements. Poux et puces finissent dans le lavabo. Lavé, frotté, savonné je passe de la Marie Rose sur tous mes poils. Rien sur la tête, toujours la "boule à zéro ".

A Romans j'apprends que ma femme travaille à La Chapelle en Vercors. Mon vélo et une malle sont dans un meublé. La Chapelle ce n'est pas loin, une cinquantaine de Km, en 2 bonnes heures j'y serai... Parti à 11 heures, j'arriverai après 18 heures, ayant gravi les côtes à pied, sauf deux accroché à des camions.

Je me souviendrai des Grands Goulets.

Ma femme et moi redescendons le lendemain à Romans et logeons au meublé. Je tourne 20, 30,40 km à la ronde pour trouver du travail, je vais jusqu'à St Fons. Référence ?... vos derniers mois ? : La Prison : Revenez le mois prochain.

 

 

Le 29 juillet.

Le reçois une assignation à résidence à Suze la Rousse. Je suis déprimé, à bout de ressources, physiquement, moralement et matériellement. Un inspecteur goguenard me dit que j'y retrouverai mes amis Communistes !! Je m'insurge vite, silence sinon retour en prison. Seul le Préfet qui a signé l'Arrêté peut l'annuler. Je pars furieux à Valence le voir. Un huissier me rit au nez et me montre la sortie. Pendant qu'il parle au suivant j’entre dans le bureau du Préfet, je montre mon arrêté : "sortez" et il appelle l'huissier. Je ne me contrôle plus, je soulève la partie vers moi de son bureau et la renverse sur mon interlocuteur. L'huissier plus deux personnes, puis des agents me maîtrisent.

Poste de police, prison de Valence.

Je fréquente la faune des prisons, voleurs, fraudeurs, faussaires, meurtriers. Tous sont sûrs de réussir un coup à leur libération. La prison n'arrange rien. Le jour nous sommes en "atelier", une vingtaine de détenus dans une pièce de 40 m2. Nous n'avons rien à faire, nous parlons à volonté.

A 16h30 soupe et à 17h dortoir.

Nous sommes par 12 dans une pièce de 30/32 m2. Les lits sont accouplés par 2 il y a 30 cm entre 2 couples de lit, 1 mètre entre les lits d'en face. Il n'y a qu'une fenêtre d'environ 1 m2.

On étouffe.

Le pire ce sont les punaises. Les châlits en fer sont remplis de ces bestioles. Dès que nous sommes enfermés et jusqu'à la nuit nous secouons les ferrailles et embrochons les punaises avec un clou.

Mon voisin de lit est Tchèque.

Une nuit je l'entends agiter ses mâchoires. Il a un saucisson volé qu'il mange en cachette. Je lui fais la morale, il m'injurie, nous nous battons, il tombe sur un angle de lit, il est assommé, sa tête saigne. Les Matons appelés mettent de l'ordre : le blessé à l'infirmerie, moi au "mitard".

Verdict du lendemain :

12 jours chacun de cachot, cellule sans lumière, un bat flanc, une cruche, une tinette. Tous les matins on sort la tinette, remplit la cruche d'eau, et perçoit un bout de pain. Nourriture normale un jour sur 4, mais on a droit à la messe du Dimanche !

Le 9ème jour, Tribunal.

Un avocat commis d'office, un vieux de 14/18 lit mes citations, demande l'acquittement ou au moins le sursis.

Verdict : 6 mois avec sursis, merci l'Ancien. Une heure après je suis libre. Nous sommes je crois le 12 juillet.

Mon épouse lasse de mes frasques est revenue à Monaco.

Je retrouve mon vélo et vais à Lamastre voir l'ami Chirouse. Il me nourrit et me trouve une place aux cuisines de l’Hôtel du Commerce. Je mangerai à ma faim, plutôt je baffre. Il n'y a aucune restriction, viande, laitages, je me goinfre. Le chef de cuisine est une femme très vexante, un peu avec moi, énormément avec une autre femme qui fait un peu de tout. Plongeur, je refuse de faire autre chose que le matériel de cuisine. Je m'impose à la chef qui se venge sur la souillon. Je prends sa défense et menace la chef. C'est la fille qui est renvoyée. Nous sommes fin août et je suis requinqué, je sors à la chef tout mon répertoire de méchancetés et d'insultes puis vais dire au patron que je m’en vais.

 

Début septembre je reviens à Monaco où, pour manger, je subis ma belle-mère avec qui travaille ma femme. Le réseau se rappelle à moi et me fait faire des bricoles. J'ai retrouvé avec grand plaisir Aymé (Lechner), Adet (Boni) et ma grande bleue où je me glisse tous les jours avec plus de plaisir. L'ami Provence est aux Milles ou il s'occupe d'un camp de réfugiés polonais. Après son évasion d'un train il était inopportun de rester travailler à Paris.

 

Darnand que je vais remercier m'incite très fortement à adhérer au S.O.L. dont il est le chef. Je demande à réfléchir, il insiste, je vais revenir...

Jamais !

Six mois plus tard, le S.O.L. deviendra "La Milice"

Fin septembre (début octobre ?) Dumoulin agent de police a Monaco vient me voir. Il me propose de faire partie d'un groupe préparant l'évasion d'aviateurs anglais détenus au fort de la Drette. Armé d'une lampe torche et d'un sifflet, mon rôle sera le guet vers l’est, sur le CD 46, dans le virage à 200 mètres de la Grande Corniche et, éventuellement, ramener à Monaco quelqu'un sur mon vélo. Le coup bien monté, sera fait, bien fait, je ne verrai personne.

 

Le 15 octobre.

Le docteur Van de P... néerlandais me demande d'aller le voir. Je l'avais connu dans l'aide aux Juifs et ensuite lui avait dit mon adhésion à un réseau.

Pénétrant dans son bureau à l'heure indiquée je tique. Il y a là un inspecteur de police de Monaco, chargé du contrôle des cartes d'identité. Il s'appelle Friend, son accent est très fortement british, en réalité Australien.

Intrigué je l'écoute.

C'est lui qui voulait me rencontrer. Il parle de mes ennuis qu'il connaît bien à Monaco, à Romans, etc. Enfin il vient au but en me demandant si j'étais opérateur radio. Ouf ! Il me propose de travailler en tant que tel dans un réseau anglais. Il met le point sur les risques qui m'attendent, j'accepte. Nous allons ensemble dans un petit Tea Room où nous attend Jove (Jupiter). Un homme grand et fort d'une quarantaine d'années. Lui aussi parle des risques et me propose 3.000 F par mois pour être à temps plein à son service. All right. Il n'a pas de poste radio mais j'aurai d'autres choses très sérieuses à faire en attendant.

All right.

Il me laisse libre une quinzaine pour trouver une "couverture" me permettant de voyager.

Cela me laisse perplexe.

Jove, je l'apprendrai ultérieurement, s'appelait Giovetti. Il arrivait de Grande Bretagne. Père Corse, mère Anglaise, il était parfaitement bilingue. Pilote, mobilisé dans l'aviation française il appartenait à l'I.S. avant guerre.

En 1941, à Bordeaux il avait subtilisé des plans à la Marine. Il était parti à Londres 6 mois auparavant et revenu depuis 2 semaines. Il avait totale confiance en moi, au point de me dire, en mai 1943, son nom et l'adresse de sa femme en France au cas où...

Depuis le ler octobre j'étais aux "Compagnons de France ". Je donnais des cours d'électricité au collège des Broussailles à Cannes. Nous étions nourris, logés, vêtus : short et chemise bleue, béret, cape pour l'hiver. Pas de salaire, une petite indemnité. Ma femme travaillait chez sa mère (Brasserie Albert ler à Monaco) donc pas de souci financier pour elle et indépendance financière pour moi.

Je revis le Dr Van de P. il me suggéra d'aller au garage Melchiore où il me recommanda. Ses propriétaires achetaient des autos pour les Allemands, des grosses américaines. Je serai pris si je pouvais en trouver... Van de P. m'indiqua à Antibes un de ses amis qui en avait une sur cales, affaire conclue pour la bonne cause. Je reçus un certificat d'embauche et un Ausweiss valable 3 mois pour rechercher des voitures dans toute la France, j'avais ma "couverture"

Il y avait 3 frères Melchiore : Seuls les 2 plus âgés trafiquèrent avec les Allemands et surtout l’aîné.

En janvier 1944 il fêta son milliard en banque. A cette occasion, il donna un banquet de 500 couverts. Chaque invité reçu un cadeau : 5 Louis d'or. A la libération, les 2 frères durent fuir en Italie en abandonnant tout. Le plus jeune ne fut pratiquement pas inquiété, il a toujours un garage à Monaco.

Roland Provence avait sa femme Yolande à Cannes. Nous nous rencontrions très souvent. Avant mon embauche par Jove nous avions envisagé de partir en Angleterre. Je lui avais fait part de mes futures activités. Il voulait que je le présente à Jove mais j'hésitais n'ayant pas dû lui en parler. Je n'avais rien dit de ces activités à ma femme par sécurité tant pour elle que pour moi. Roland était sûr. Il était le seul à qui je pouvais me confier. Ma femme allait tous les 6/8 mois voir "mémère". Pourquoi ? N'avait-elle pas là-bas une liaison avec qui elle aurait pu parler ?

Doute.

 

Début Novembre.

Je partis reconnaître un terrain indiqué par mon "patron", c’était sur le plateau des Millevaches. Je trouvais que ce lieu ne correspondait pas aux normes prescrites. Je fis à Jove un rapport qui lui plut. Il avait déjà vu ce terrain et m'avait envoyé pour me juger. J'eus pour pseudonyme : Eugène.

 

8 novembre.

Débarquement allié en AFN, Roland vient me voir tout excité, le 10. Un de ses Polonais a un parent marin sur un cargo qui doit venir à Nice charger du ciment le 13 et partir le 14 pour Sète. Ce marin pourrait faire monter une dizaine d'hommes sur le bateau. En mer nous aurions détourné le navire vers Alger. Tout simple...

Le 11 les Allemands envahissaient la zone "nono", les Italiens avançaient jusqu'au Var. Tous les bateaux étaient bloqués à quai.

Finie l'aventure en mer.

 

 

Je fis 2 liaisons vers Lyon et Toulouse, contrôlé à la gare Perrache, je retins qu'il fallait pouvoir dire où on allait, donc prévoir l'alibi. A Toulouse je vis que la sortie, où les entrées, au buffet, n'étaient pas contrôlées, comme à Tours en 1940. Les S.S. ou les Feldgendarmes avaient consigne de surveiller les sorties, pas le buffet qui donnait sur les quais et l’extérieur.

D'autres liaisons me firent rencontrer d'autres personnes que je devrais oublier aussitôt.

 

Jove ;logeait rue du Congrès à Nice avec sa nièce : Nanette. En réalité sa secrétaire venue comme lui d'Angleterre. Elle était de petite taille et très sûre d'elle. Malgré nos réserves, nous sympathisâmes. J'avais plus souvent affaire à elle qu'à Jupin lequel voyageait beaucoup.

 

 

 

1943

Clandestinité - Gestapo

Évasion

 

 

En janvier 1943, ma femme partit encore à St Germain. Nous habitions toujours chez ma mère, rue Grimaldi, où je suis né.

Le 27 janvier (fête patronale Monégasque). Sortant, descendant l’escalier, j’aperçus en bas 2 hommes regardant les boîtes à lettres. Ils se retournèrent et au même instant, je vis un carabinier Italien sur le trottoir. Sans réfléchir, instinctivement, lorsque un des civils me demanda  : M. A... je réponds là au ler étage. Ils montèrent, j’enfourchais mon vélo, toujours laissé dans l’entrée et pédalais vite, vite.

Deux ou trois jours après mon esquive de la Police Italienne, ma mère reçoit sa visite, peu avant minuit. Elle est laissée, fin janvier, en chemise de nuit, sur le palier, tandis que l’appartement est fouillé. Pas en vain, ma mère prendra froid, mal soignée, elle deviendra tuberculeuse.

Ma nièce demeurant à Marseille vint chercher une valise de vêtements et je devins un proscrit, un clandestin. De temps à autre j’envoyais une carte, de villes différentes, signée du nom de ma mère : Bosio, ou bien j’écrivais à Riri. Celle que j’ai toujours considérée comme ma soeur, 6 mois de moins que moi, élevés ensemble, nous étions toujours ensemble soit chez sa mère fleuriste au rez-de-chaussée, soi chez moi au ler étage. Italienne, elle était secrétaire au Consulat d’Italie. Je reparlerai d’elle.

Depuis décembre il fallait chercher des terrains en partant d’autres données. Les Lysander venaient d’Alger (et bientôt de Corse) il fallait des terrains plus près de la Méditerranée.

Je connus le restaurant l’Escargot, place Ampère à Lyon. J’allai y porter ou prendre des paquets, du courrier départ ou arrivée.

En mars je reçus un paquet informe enveloppé de journaux. Je ne connaissais pas celui qui me le remit. Je devais avoir la revue "Signal" à la main et le pan de la cravate sur l’épaule...? Je rejoignis Jove à Toulouse. Il était en surveillance devant la gare. L’un derrière l’autre nous allâmes à l’Hôtel Moulin Bayard, notre point de chute habituel. Le paquet contenait 3 millions en billets bleus ! À cette époque un instituteur ou un agent de police gagnait 1.000 F par mois, 10 F actuels...

Lors de l’arrivée des Allemands le camp des réfugiés des Milles avait été liquidé. Provence était sans travail. Je parlais de lui à Jove. Rencontre, exposé des vues et motifs, quelques jours plus tard Roland était embauché. Mission initiale : relevé des implantations Italiennes. Je lui avais présenté mes amis et collègues dont Vérani qu’il avait connu à Pithiviers et hélas "Alex". Roland, gaillard de 1,84m, était un calme. Sa devise : T comme tranquille, tranquille comme Baptiste. Le pseudonyme Baptiste vint tout naturellement à la bouche de Jupin.

Né en 14 à Troyes sa famille avait subi l’occupation de la Grande Guerre. Il se disait disciple de Jaurès mais n’était affilié à aucun parti. "Alex" était le frère d’un collègue du 6ème Dragons, Luco de G..., tous deux de Cannes. Il était le filleul de Xavier Vallat Commissaire aux Affaires Juives. Par lui il avait obtenu la gestion d’un commerce saisi, le "Bottier Joseph", avenue de la Victoire (Jean Médecin) à Nice. Cette boutique avait du rendement, deux vendeuses servaient les clients. Le passage continuel de ceux-ci en faisait une excellente boîte aux lettres.

Provence avait trouvé un emploi d’agent immobilier lui permettant des déplacements officiels. Il avait subtilisé quelques feuilles de papier à en-tête de sa boîte pour me faire un certificat d’emploi, ma couverture Monégasque devenant bientôt caduque.

Je continuais à faire des liaisons et connaître des membres du Réseau : "Dan" (Abel Argote) à Bordeaux, "Tom" et le gendarme Gilson à La Réole. Fourt et Bondon " Petit Paul" à Lons le Saunier, à Périgueux "P’tit chef" René Séguy. À Nice le Dr Rosenberg "le Dentiste" et autres dont j’oublie les noms.

Entre deux liaisons j’arpentais des terrains pour d’éventuels atterrissages clandestins. Jeunesse et Montagne, organisation gouvernementale organisait des Meetings d’aviation légère. Pour mes reconnaissances de terrains, j’allais avec la tenue des Compagnons que j’avais gardée et disait être de Jeunesse et Montagne, ça marchait bien.

À Mende dans un restaurant, je connus l’Architecte Départemental et fis pendant deux jours, en sa compagnie, le tour de tous les terrains possibles des Causses. J’ai toujours aimé monter des canulars, mon "travail" m’y aidait. J’étais plus souvent dans un train que dans ma chambre de Cannes.

Un soir de décembre j’arrivais à la nuit, près de la Côte St André, dans une auberge isolée.

Avec beaucoup de réticences, la patronne, jeune veuve de 33/35 ans finit par m’accepter à dîner et coucher. Je parlais de mon travail d’agent immobilier : recherche de vastes propriétés.

Elle m’indiqua un terrain ayant servi pour un meeting aérien en 1938. Le lendemain j’allais voir, c’était idéal : Il devint terrain de la Luftwaffe deux mois après.

C’est l’actuel Aérodrome de St Geoirs.

En avril j’allais à Lyon chercher un émetteur radio, grosse valise de 70 cm de long pesant une douzaine de kilos. En l’ouvrant on avait une valise de soins électriques pouvant fonctionner mais, en tournant un bouton à l’envers, on dévoilait un émetteur. C’était un technicien lyonnais qui avait conçu cet ensemble. Il était délicat à manier et je n’ai jamais pu réaliser une liaison correcte avec Londres. Je devais remettre cette valise à René Séguy en gare de Périgueux. Il n’en voulut pas, "trop lourde pour son vélo", (surtout trop dangereuse en cas de contrôle), je dus la porter à Sarlande, chez lui, où je devais venir m’en servir.

Baptiste bien en place à Nice, nommé chef du Réseau Sud Est, Jove voulait aller au calme. Je partis en Dordogne la prospectant du nord au sud, d’est en ouest pour trouver un domicile pour le PC. Jupin m’accompagnait parfois mais malgré sa volonté et sa force physique il ne pouvait pas souvent me suivre à bicyclette.

À Sarlande où j’habitais épisodiquement, j’étais logé chez la mère de Séguy, propriétaire d’un restaurant avec quelques chambres. Petit chef, grand coureur de jupons avait beaucoup de maîtresses, trop. Pour se débarrasser des plus encombrantes il me présenta à une postière et à une restauratrice de Périgueux. Eva, femme de Séguy en connaissait quelques unes, pour compenser elle me fit des avances sans que le mari paraisse gêné... Je refusais le tout, non par vertu mais pour ma tranquillité d’esprit. Je n’arrivais pas à obtenir un bon rendement de mon émetteur. Il n’était pas piloté par quartz et l’accord sur la fréquence imposée variait sans cesse. J’étais trop tracassé pour joindre le plaisir au devoir.

 

Le 15 mai il y eut le passage du cinéma ambulant. Séguy m’avait. annoncé, pour ce soir là, la venue d’une institutrice de Jumilhac chez qui il pensait que je pourrais emmener mon poste radio qui lui faisait tant peur. Cette jeune femme était veuve. Son mari avait géré à Sarlande un garage appartenant à Seguy. Voulant récupérer la poudre d’obus abandonnés en 1940, Raymond Meynard, ce garagiste, en avait fait exploser un. Le garage détruit, lui décédé, sa veuve qui avait une fille de 5 semaines était partie dans un poste très isolé, Puyger de Jumilhac avec logement, où elle pensait faire des économies pour payer les dettes occasionnées par l’explosion. Son école desservait 4 ou 5 hameaux très dispersés. Séguy, pressé de me voir partir suggérait, sourire égrillard, que j’aille pianoter chez cette jeune femme.

Connaissance, bla bla, nous y allons 3 jours plus tard Séguy, sa femme et moi. Très bon repas, l’institutrice accepte mon travail chez elle. Au retour Eva perce un pneu, le mari emmènera le vélo et moi la femme... (j’aurai fait l’inverse). Le surlendemain je partis à Lyon chercher un nouveau poste émetteur, valise B2 de Londres. J’établis chez Mme Meynard, l’institutrice de Puyger, ma première liaison.

Début juillet.

Jupin s’installe avec Nanette à Saint Yrieix dans une villa avec jardin, située à l’écart du bourg au dessus de la gare, au Bost Saint Hilaire. Quittant avec grand plaisir Sarlande, Séguy, sa femme, je pris pension à l’Hôtel des Voyageurs. Pour tous, je suis le fiancé de la jeune fille des bois : Nanette.

Je ne fais plus que très peu de voyages.

Pébarthe, de Bordeaux, apporte son courrier à Périgueux à Melle Beausoleil, garagiste. Baptiste vient à Saint Yrieix tous les 15 jours ainsi que Delebarre du Nord (Le Cateau). Dan, ancien champion de boxe, assure la plupart des liaisons. Baptiste s’intéresse à l’institutrice, qui ne lui accorde que des sourires.

 

 

Fin juin.

Le patron me demande d’aller chercher son chien en pension à Arzacq, près de Pau. À l’aller, entre 2 trains, à Toulouse je vois ma photo, agrandie, dans une vitrine, place Wilson ! Il y a quelques semaines j’ai fait tirer des photos d’identité. C’est l’une d’elle agrandie, qui est en vitrine, j’ai droit à 2 agrandissements. Emporté par l’euphorie, j’en fais faire 2 d’une autre pose, pour envoyer à ma mère et ma femme, je prends le tout au retour.

Triste idée.

Fin juillet.

Code spécial et quartz étant arrivés, je commence mes vacations chez "Claude" pseudo de Mme Meynard. Mes premiers rendez-vous radio ont lieu à 23 heures et le couvre feu est de 21 heures à 6 heures. Je passe donc les nuits à l’école discutant devant un verre de lait (depuis Noël je ne bois plus d’alcool).

Dans la journée je suis près de ma "fiancée". J’aide à coder courrier et archives. Je n’ai pas de code, Jupin prépare les grilles et je transpose, travail long et fastidieux demandant beaucoup d’attention. Je connais maintenant, comme Nanette, pratiquement tout sur le réseau. Dan nous propose un radio, réfugié Espagnol, ancien des Brigades Rouges. Je dois le tester et le mettre à ma place. Je resterai au PC dont le travail s’accroît chaque jour tout en étant radio disponible au cas où.

Pendant les quelques semaines passées à Saint Yrieix, Jupin tenait à faire 3 rounds de boxe chaque matin. C’était avec Dan, s’il était de passage, mais le plus souvent avec moi. Au cours de mes 3 années (35/38) au 6ème de Dragons, un appelé m’avait initié aux haltères et surtout à la "Savate", j’y ai adjoint le " noble art "

Nous avons Jove, Nanette et moi plusieurs cartes d’alimentation mais nous manquons de cartes d’identité de rechange. "Alex" peut en avoir, j’irai au rendez-vous pour les prendre.

 

 

Le 4 août.

Je suis à la terrasse du Cyrano à Limoges en tenue de compagnon. Saint Yrieix est à 1 heure de train de Limoges, je reviendrai dans la soirée. Un homme jeune m’aborde, nous nous asseyons. Il me demande l’argent, 5.000 F pour 10 cartes, mais au lieu des cartes il sort un pistolet et dans mon dos j’entends : Police Allemande, haut les mains ! I

Ils sont deux derrière moi, armés.

Une traction avant nous amène impasse Tivoli, (devenue Saint Exupéry), siège de la Gestapo avec l’Hôtel Moderne. Le premier homme disparaît, les deux autres me disent être des officiers de l’Abwehr (contre espionnage). Alex a tout raconté : je suis radio, j’ai échappé aux Italiens après m’être évadé de prison. L’un des deux hommes qui parait le chef parle très bien français, l’autre hésite beaucoup. Questions... Où est ma résidence ? Je sais que je dois tenir 24 heures pour que les collègues inquiets déménagent. Je dis Arsacq. Ils ne me croient pas, je ne suis pas venu de si loin sans bagages avec des chaussures de cycliste Je tiens bon, je ne sais rien sur le réseau, ni sur les identités des membres. Je sui