Université de Nice Sophia - Antipolis
Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine
Direction des Archives des Alpes-Maritimes
Commission de lInformation Historique
pour la Paix des Alpes-Maritimes
Association Nationale des Croix de Guerre
et des Croix de la Valeur Militaire
Préparation du Colloque des 14 et 15 Décembre 1990
au Carrefour Universitaire Méditerranéen
65 Promenade des Anglais - NICE
sur le thème :
LES GUERRES DU XXe SIECLE
A TRAVERS LES
TEMOIGNAGES ORAUX
Programme
Exposé du projet
Analyse du corpus
Index général du corpus
LES GUERRES DU XX
e SIÈCLEÀ TRAVERS LES
TÉMOIGNAGES ORAUX
**
Collection Michel El Baze
réalisée dans le cadre de lAssociation Nationale des Croix de Guerre
et des Croix de la Valeur Militaire
2 Place Grimaldi - 06000
Tél. 0493878677
0687143268
Récits de vie des Anciens Combattants,
Résistants, Internés, Déportés, Prisonniers
**
Pour l'enrichissement de la
mémoire collective
Ces documents peuvent être mis en libre communication
Droits de traduction, de reproduction et d'adaptation
réservés pour tous les pays.
Conservateurs
: Ministère des Anciens Combattants - Délégation à la Mémoire et à lInformation Historique - Paris.
Sénat de la République - Département de la Recherche Historique de la Bibliothèque - Paris.
Department of Defense - Department of the Army - Federal Center of Military History - Washington - U.S.A.
Imperial War Museum - Departement of Documents - London - Great Britain.
Bundesarchiv-Militärarchiv - Freiburg im Breisgau - Deutschland.
Hôtel National des Invalides - Musée de l'Armée - Paris.
Conseil Général des Alpes Maritimes - Cabinet du Président.
Direction des Archives Départementales des Alpes Maritimes.
Université de Nice-Sophia Antipolis - Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine.
Ville de Nice - Bibliothèque Municipale.
Ville de Nice - Cabinet du Maire-Adjoint aux Anciens Combattants.
Musée de la Résistance Azuréenne.
Le Témoin.
Exposé du projet
M. Ralph SCHOR
Professeur à la Faculté des Sciences Humaines de Nice
Directeur du Centre dHistoire de la Méditerranée
Depuis plusieurs années, lAssociation Nationale des Croix de Guerre et des Croix de la Valeur Militaire, section de NICE, a organisé, avec laide du Service Départemental de lOffice National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre et des Archives Départementales des ALPES-MARITIMES, une collecte documentaire revêtant un haut intérêt pour lHistoire.
En effet.
LAssociation a recueilli le témoignage de plusieurs dizaines danciens combattants ayant participé aux guerres du XXème siècle. Soldats en uniforme, résistants et maquisards, prisonniers de guerre et déportés, tous ont accumulé un capital dexpériences quil ne fallait pas laisser perdre.
Cest la somme de tous ces destins individuels qui constitue le destin collectif de la nation.
Ce sont ces récits de vie qui tissent la trame même de lHistoire.
Ces témoignages, recueillis, enregistrés, transcrits, offrent une documentation des plus riches permettant une exploitation scientifique originale.
LUniversité de NICE-SOPHIA-ANTIPOLIS, la Direction des Services dArchives des ALPES-MARITIMES, le Service Départemental de lOffice National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre et lAssociation Nationale des Croix de Guerre et des Croix de la Valeur Militaire,. ont donc décidé dunir leurs efforts pour organiser un colloque sur le thème
" LES GUERRES DU XXème SIECLE
A TRAVERS LES TEMOIGNAGES ORAUX ".
Cette rencontre qui aura lieu les 14 et 15 Décembre 1990 rassemblera des archivistes, des historiens, des sociologues, des juristes, des médecins, des spécialistes des sciences de la communication qui, avec les acteurs et les témoins des guerres, étudieront :
- les techniques permettant de recueillir et de conserver les archives orales
- les méthodes dinterprétation et dexploitation de ces documents
- léclairage que leur confère une approche interdisciplinaire
- leur apport humain favorisant le dialogue des générations
- les moyens de prolonger la réflexion par la recherche de nouveaux témoignages et la préparation de travaux universitaires.
Le colloque de 1990 remplira ainsi la mission que doit sassigner toute exploration scientifique de la mémoire collective : décrire et comprendre le passé pour rendre plus intelligible le temps présent.
Interventions :
M. JEAN.LOUIS ARMATI
Directeur Départemental
de l'Office National des Anciens Combattants
et Victimes de Guerre des Alpes-Maritimes
Le Président EL BAZE vous a présenté tout à l'heure mes trois "casquettes". Par souci de commodité je n'en garderai que deux à portée de main, celle que m'a confiée, le temps de ma présence parmi vous et qui m'honore, Monsieur Yvon OLLIVIER, Préfet des Alpes-Maritimes qui marque ainsi son intérêt pour les travaux de votre Assemblée Générale, et celle de Secrétaire Général de la Commission Départementale de l'Information Historique. Je m'acquitterai tout d'abord d'un devoir de courtoisie en vous saluant ainsi que les témoins présents dans la salle qui ont bien voulu répondre à votre invitation, en saluant aussi les personnalités que j'ai à mes côtés sur cette tribune et que votre Président a citées tout à l'heure. Je rappellerai que Monsieur RAYBAUT, en même temps que professeur de l'université de NICE est également Maire de la ROQUETTE sur VAR, commune décorée de la Croix de Guerre, qui détient de ce fait une parcelle de la Mémoire collective.
C'est une tâche particulièrement périlleuse qui m'est assignée aujourd'hui. Aussi, ayant à faire état de réflexions qui me sont personnelles, je considère comme nécessaire de prendre quelques précautions oratoires et parodiant la formule que nous avons assez souvent l'occasion d'entendre ces temps-ci en suivant sur nos chaînes de télévision les séries américaines, je donnerai lecture de mes droits et obligations :
"J'ai le devoir de parler, je n'ai donc pas le droit de me taire. Tout ce que je dirai pourra être retenu contre moi, mais je vous en conjure, seulement contre moi".
Le thème lui-même choisi par le Président pour nous engager à la réflexion à l'occasion de cette rencontre des Croix de Guerre et titulaires de la Valeur Militaire est lourd de menaces : " Enrichissons la Mémoire collective ", dit-il, oui mais qu'est-ce que la Mémoire collective ? Comment, pourquoi et pour qui l'enrichir ?
J'avoue qu'il y a dans ces questions tout le nécessaire pour torturer bien des esprits. J'avoue aussi que je ne possède pas les réponses à ces questions. C'est donc plutôt à la maïeutique que je voudrais recourir, qu'à un exposé de doctrine.
Certains pourraient croire que ma qualité de Secrétaire Général de la Commission Départementale de l'Information Historique pour la Paix me met à l'abri des embûches de la sémantique et des interrogations métaphysiques.
Ce serait mal connaître le Monde Combattant au milieu duquel je vis.
Souvenons-nous que dans l'Antiquité, celle de la Grèce du moins, et bien avant que THUCYDIDE nous relatât la Guerre du Péloponnèse, c'était l'Aède chargé de mettre en vers et en musique les exploits des héros Achéens, qui devenait l'homme-mémoire, celui par qui la mémoire collective déjà se transmettait de bouche à oreille.
Un de nos grands poètes nationaux, VICTOR HUGO, a retrouvé la tradition du poème épique pour conter l'une de nos cuisantes défaites militaires qui évoque la tristesse et fait encore aujourd'hui saigner nos coeurs, je veux parler de Waterloo.
L'Histoire avec un grand H, de SUETONE à TAINE, en passant par FROISSART, PHILIPPE DE COMMYNES, JOINVILLE, que l'on appelait "chroniqueurs", MICHELET et RENAN, a toujours emprunté les mêmes chemins et répondu aux mêmes soucis : celui de transmettre de génération en génération le culte des héros de la cité, de magnifier la geste des Princes, de maintenir la tradition.
Au début était l'oralité que les scribes puis GUTENBERG ont supplanté.
De nos jours, avec le fantastique bond de la communication prise au sens le plus large, le mouvement s'emballe, les documents abondent, venant des sources les plus diverses, les plus contradictoires même. Les historiens du futur risquent d'y perdre la raison, d'emprunter de bonne foi, de fausses pistes. Les révisionnistes le savent bien qui tentent aujourd'hui d'exploiter cette béance, cette immense potentialité offerte par le foisonnement des idées, des signes, des images. Ils utilisent le moindre silence, la moindre lacune, le plus petit non-dit, mais aussi l'absence de signe, l'oubli quelle que soit son origine, mais aussi nos remords, les vides et les silences de notre conscience car, quel peuple peut se vanter de n'avoir pas au moins un cadavre dans son placard ?
Au pessimisme de MAURIAC : "Le meilleur que nous puissions attendre des hommes, c'est l'oubli" et de MONTAIGNE "Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides", il n'est possible de répondre que par un retour aux valeurs et aux sources de l'humanisme et je citerai encore MONTAIGNE pour appuyer mon propos : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".
Il appartient à chacun de réfléchir aux dangers d'une fuite en avant des sciences et des technologies, si elle ne s'accompagne pas d'une éducation humaniste, dont l'Histoire est une composante essentielle.
Pour revenir au concret et à la place occupée dans notre société par la "Mémoire collective", la Mission Permanente aux Commémorations et à l'Information Historique auprès du Secrétariat d'Etat chargé des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, dont découlent les commissions départementales, a pour but :
- de gérer, défendre et valoriser le patrimoine des guerres et conflits contemporains (nécropoles, champs de batailles, monuments et sites) ;
- d'organiser les cérémonies commémoratives (cérémonies légales : journée du Souvenir de la Déportation, 8 mai et 11 novembre) et les cérémonies quinquennales ou décennales (notamment les 40ème, 70ème,100ème de la fin des dernières guerres) ;
- de créer et d'encourager toutes les initiatives qui tendent à développer l'information historique à but éducatif sur les guerres et conflits contemporains (expositions, colloques, publications, concours scolaires ...) ;
- de favoriser la création de matériaux documentaires et leur accessibilité (interview d'acteurs de l'histoire, organisation de journées de témoignages) et d'aider à la consultation des archives ;
- de veiller à la sauvegarde des lieux de Mémoire et aux remises en cause de l'histoire.
Je précise que la Mission permanente et son prolongement départemental se doivent de fuir l'histoire officielle et que leur intention n'est pas de faire de "l'histoire scientifique" si je peux me permettre cette antinomie.
Leur rôle est de charnière : au carrefour de l'image d'Epinal et de l'Histoire il y a place pour des tâcherons chargés de conserver un patrimoine parceque cela correspond à une volonté consensuelle nationale, et d'aider les individus ou groupes d'individus acteurs et témoins d'événements dramatiques survenus en période de guerre à s'exprimer sur ce qu'ils ont vécu.
Ce faisant, nous avons le sentiment de répondre par anticipation à des agressions présentes ou futures dont j'ai cité précédemment un exemple. C'est un devoir de vigilance et de sauvegarde qui nous échoit. Notre mission ne se substitue pas à d'autres, elle est complémentaire de celle des archivistes, des historiens, des enseignants.
Le travail réalisé par la section de NICE de l'Association Nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, avec le concours des Archives Départementales, des collectivités territoriales et le parrainage de la CDIHP, répond à ce besoin d'expression d'un groupe ainsi qu'au devoir de vigilance.
Mais dira-t-on, dans ces témoignages produits qu'en est-il de l'objectivité ?
L'honnêteté nous oblige à reconnaître son absence. Mais au fait existe-t-elle réellement quelque part, l'objectivité ? Pour ce qui nous concerne, la mémoire étant par nature sélective, comment pourrait-il en être autrement ? BETTELHEIM évoque l'"Amnésie sélective" chez les personnes soumises à des conditions particulièrement dangereuses et pénibles, menacées d'être submergées par l'angoisse et les émotions. Mais les troubles de la mémoire ne se constatent pas seulement chez les anciens Déportés. Il existe l'oubli pathologique, l'oubli thérapeutique, mais aussi l'oubli politique, l'oubli diplomatique, le pieux oubli, chez nos contemporains vivant une existence ordinaire. Certains auteurs prétendent même, comme JARRY, que "l'oubli est la condition indispensable de la mémoire".
Même lorsque les faits sont connus, connait-on toujours bien les intentions ? Les faits, les conséquences, les historiens les connaissent le plus souvent mais les intentions et en amont encore les motivations, les causes ne se laissent pas facilement approcher, capturer. RENAN disait que "le talent de l'historien consiste à faire un ensemble vrai avec des traits qui ne sont vrais qu'à demi". Ces témoignages, qu'ils soient rédigés immédiatement après les événements qui les inspirent ou quarante ans plus tard sont des plus utiles. L'important est de savoir la règle appliquée. L'important est de susciter la production de nombreux témoignages sur les mêmes événements de façon à pouvoir pratiquer des recoupements, de supprimer toute censure autre que celle qui découle des lois, je veux parler de l'incitation à la haine et au meurtre.
HALBWACHS a défini la mémoire comme représentation collective, qui filtre, choisissant rétrospectivement, selon les impératifs actuels, ce qui doit être retenu des éléments qui constituent une tradition. L'histoire en revanche, serait produite à partir de documents écrits ou d'autres matériaux contemporains des faits qu'il faut reconstruire.
Dans un cas comme dans l'autre, il s'agit d'interprétations. Ni l'une, ni l'autre ne sont à l'abri de manipulations idéologiques.
La définition du ROBERT n'est ni plus éclairante, ni plus rassurante : l'histoire, c'est la "connaissance ou relation des événements du passé, des faits relatifs à l'évolution de l'humanité (d'un groupe social, d'une activité humaine), qui sont dignes ou jugés dignes de mémoire".
Voilà écarté, par définition, tout rapport à la réalité, à l'objectivité.
J'emprunterai à L. FLEM, psychiatre, l'idée qu'"il n'y a pas de mémoire en soi. Il n'y a que des réseaux d'associations quasiment à l'infini. A l'oubli ne peut s'opposer la restitution parfaite, pure, du souvenir, seulement le récit du passé. Une histoire toujours à réécrire dans le présent".
Mais alors que reste-t-il ? La trame de l'histoire est-elle tissée de toiles d'araignées que le moindre souffle emporte aux quatre vents ?
Il reste la mémoire profonde des peuples que j'appellerai "l'inconscient collectif".
Mesdames et Messieurs les témoins, vous êtes les historiens de l'inconscient collectif.
Encore un point que je veux aborder avant de vous laisser à la réflexion, parcequ'il intéresse notre futur immédiat.
La perspective fin 1992 de l'Acte Unique Européen fait couler beaucoup d'encre et de salive et je vais encore y ajouter. Certains envisagent déjà, pour faciliter l'intégration des populations de l'Europe, de travailler à l'élaboration d'une histoire commune aux européens, telle qu'elle puisse être enseignée, je suppose sans trop heurter les sensibilités nationales, aux petits écoliers de chacun des douze pays formant l'Europe Communautaire.
Est-ce bien raisonnable ? Voilà mise à nu une volonté de réécrire l'histoire, de la plier à un besoin politique. Serons-nous contraints de tordre le cou à la vérité, de gommer les aspérités douloureuses ?
Verrons-nous dans nos futurs manuels d'histoire, comme quelques historiens en quête d'originalité ont déjà tenté de le faire, établir un rapprochement entre NAPOLEON et HITLER, pour, selon la méthode de l'amalgame, atténuer l'horreur des crimes du National-socialisme et diminuer le sentiment de responsabilité, de culpabilité, du peuple allemand ?
Comme cette histoire deviendrait alors dérisoire, insignifiante, opportuniste !
D'autres nous appellent déjà à modifier les paroles de notre hymne national "la Marseillaise" au motif qu'il s'agit d'un chant guerrier dont les paroles vigoureuses pourraient froisser nos voisins.
Rien pourtant n'interdit de créer un nouvel hymne à l'Europe, un hymne de foi et d'espérance en l'avenir de notre vieux continent et de l'humanité. Mais je réponds à ceux qui voudraient voir disparaître la Marseillaise qu'elle appartient à l'Histoire, qu'elle a été le ciment de notre unité, de notre communauté de langue, de culture, de pensée, de joies et de deuils, le creuset d'un lieu de solidarités forgées par l'Histoire, d'un pays qui s'appelle la FRANCE !
Mesdames, Messieurs, je suis convaincu que les riches heures de l'humanité de demain ne se préparent pas sur l'oubli décrété des événements sombres ou glorieux du passé mais sur le maintien et l'exaltation de la mémoire vivante.
M. Jean-Jacques BEUCLER
Ancien Ministre
Chargé de Mission auprès du Président du
Conseil Général des Alpes-Maritimes
LA MEMOIRE COLLECTIVE
Les Anciens Combattants aiment à se regrouper :
450 Associations nationales, 150 dans le seul Département des Alpes-Maritimes en apportent la preuve.
QUELLES SONT DONC LEURS MOTIVATIONS ?
- d'abord l'amitié : les épreuves endurées en commun ont créé des liens qui résistent au temps
- ensuite le témoignage : les circonstances nous ont amené à vivre des moments exceptionnels. Nous avons le devoir de les rappeler, afin que nos enfants en tirent des enseignements.
Nous savons bien que l'expérience est difficilement transmissible ; néanmoins, avec opiniâtreté et conviction, nous pouvons espérer communiquer l'essentiel, en commençant par rappeler :
la continuité de la vie
.Qu'on le déplore ou non, aujourd'hui est l'héritage d'hier et influencera demain. Nos comportements antérieurs, bons ou mauvais, ont entraîné des conséquences dont, ensemble, nous bénéficions ou pâtissons. Les décisions actuelles auront des répercussions lointaines, en mal comme en bien. Mais le message se dénature sans :
l'exigence d'une honnêteté intellectuelle
.Il est impossible de comprendre le Passé, si l'on n'a pas la volonté de se replonger dans son ambiance.
L'époque coloniale en est un exemple typique : jugée sur les seuls critères de 1989, elle a de quoi surprendre. Mais, considérée dans le contexte du moment, elle se révèle avoir été un bienfait, et pour la France, et pour les Pays concernés. Malgré des erreurs inhérentes à toute action humaine, nous pouvons en être fiers et nous avons le devoir de témoigner. Car c'est un domaine où la réalité historique est travestie, truquée, bafouée par de prétendus informateurs, plus soucieux de propagande que de vérité.
Tout bien réfléchi, une lucidité commune, sans distinctions d'âges, nous impose :
la nécessité de concilier évolution et traditions.
La vie est mouvement. Il serait suicidaire de se cristalliser. Cependant on ne bâtit bien que sur des fondations solides. Nous héritons de coutumes, d'habitudes, de principes, qu'il nous appartient certes de dépoussiérer, mais que nous n'avons pas le droit de supprimer, sous peine de perdre notre âme.
- Si l'on en doute, il suffit de démonter le mécanisme de la " guerre subversive ", dont le premier soin est la destruction des valeurs traditionnelles : famille, école, religion, autorité sous toutes ses formes pour parvenir à la disparition de tout esprit de défense.
Avec réalisme, sans ostentation, les Anciens Combattants ont leur rôle à jouer dans l'enrichissement de la mémoire collective :
" Un peuple qui perd ses légendes est condamné à mourir de froid ".
M. Maurice Mouchan
Adjoint au Maire
Représentant M. le Maire de Nice.
Lors de votre dernière Assemblée Générale à laquelle m'avait convié mon ami, votre Président, je vous remerciai de m'accueillir comme délégué de Monsieur Jacques MEDECIN, Maire de Nice, et je vous exprimai tout à la fois mon étonnement et mon admiration.
Habituellement, lors de ces mêmes réunions, j'entends le rapport moral du Secrétaire Général, puis le compte-rendu financier du trésorier et enfin le discours de clôture du Président, souvent suivi des voeux et motions de rigueur.
Or rien de cela ne s'est produit ...J'avouai en être fort surpris.
En revanche, je découvris votre initiative, votre Grand'Oeuvre, devrais-je dire, unique, passionnant et capital: "l'Enrichissement de la Mémoire Collective ".
Vous avez recherché et trouvé les observateurs ou les acteurs d'événements exceptionnels et dignes d'être connus et transmis. Ces hommes ou ces femmes, Anciens Combattants, Résistants, Déportés, Internés, Prisonniers, bien que non professionnels de l'écriture, ont fixé leurs souvenirs pour les pérenniser et les offrir en témoignage aux générations montantes.
Voilà bien une mission admirable et digne de vous, les "Décorés de la Croix de Guerre ou de la Croix de la Valeur Militaire", ces médailles enviées qui récompensent l'audace et la bravoure.
Assurément de nombreux auteurs ont livré au public le récit palpitant de leurs campagnes. Maurice GENEVOIX, Henri BARBUSSE, Jacques PERRET ou Pierre CLOSTERMANN, pour ne citer que ceux-là sont inoubliables; N'existe-t-il pas, aussi, un Salon des Ecrivains Anciens Combattants ?
Mais à la différence des maîtres de la plume ou de leurs émules moins célèbres, vos écrits n'ont jamais été édités dans une intention lucrative et cela ajoute encore à vos mérites.
Témoigner, contribuer à la connaissance d'événements considérables par le récit d'humbles acteurs, faire partager leur angoisse, leurs espoirs et leurs élans, leurs souffrances aussi, par ceux qui les ignoreraient toujours sans ces mémoires des heures noires, voilà votre apport à l'Histoire des Guerres du XXeme siècle".
Comment vous en remercier autrement qu'en vous disant avec émotion: "Vous êtes des précurseurs exemplaires. Poursuivez et achevez votre oeuvre!!"
Mlle Rosine CLEYET-MICHAUD
Directeur des Archives des Alpes-Maritimes
POUR UNE POLITIQUE D'ARCHIVES ORALES EN FRANCE
Depuis une vingtaine d'années, un mouvement s'est dessiné dans le milieu des historiens et des archivistes pour constituer et exploiter ce qu'on appelle généralement des "Archives Orales" et qui sont en fait des collections de témoignages.
En effet, il est apparu aux historiens qu'il était impossible d'établir une politique d'histoire sans recueillir les témoignages de ceux qui ont vécu un événement, paricipé à une action, côtoyé une personnalité. Tous les secteurs de la recherche historique sont concernés : l'histoire des sciences, l'histoire des techniques, l'histoire de l'enseignement et de la recherche, l'histoire de la médecine, l'histoire de la mutualité et de la sécurité sociale, l'histoire de la vie quotidienne, l'histoire littéraire, l'histoire politique, et, bien entendu, l'histoire des guerres.
Il s'agit en fait de constituer une accumulation de témoignages concernant un passé bien défini, d'exploiter une mémoire collective en accumulant des documents qui viendront heureusement compléter la masse des fonds d'archives traditionnelles.
Citons quelques exemples de constitutions de fonds d'archives orales.
Depuis 1974, le Service Historique de l'Armée de l'Air recueille des interviews d'officiers généraux, pilotes et techniciens des deux guerres.
Le Service Historique de la Marine fait de même depuis 1979 dans le domaine de la marine.
La Section Contemporaine des Archives Nationales complète ses fonds d'archives sur support traditionnel par des entretiens avec des témoins.
La Fondation Nationale des Sciences Politiques a recueilli des interviews d'anciens de la guerre d'Algérie, l'Institut d'Histoire du Temps Présent, des témoignages de collaborateurs de Mendès-France et d'hommes politiques l'ayant connu.
Dans la plupart des cas, il s'agit d'interviews et d'entretiens enregistrés sur bande magnétique et conservés sous cette forme. La méthode, adoptée par la Section de Nice de l'Association Nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire, est un peu différente mais participe bien à ce mouvement de constitution de collections de témoignages oraux, dans un secteur d'autant plus intéressant que les archives traditionnelles sur les guerres (provenant de l'Administration ou des autorités militaires) n'apportent en général que des informations assez éloignées de la réalité quotidienne vécue. Seule les correspondances de l'époque, les journaux de combattants, peuvent apporter des renseignements du type que ceux que donnent les témoignages oraux.
M. LE Commandant Charles Argillier,
Président Départemental des Français Libres
Chargé de Mission auprès du Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes
ENRICHISSONS LA MEMOIRE COLLECTIVE
Les Anciens Combattants de 1939-1945, les Résistants et les Déportés s'inquiètent pour le souvenir que les générations futures garderont de cette époque; il est vrai que les manuels d'histoire sont peu diserts sur cette période.
Je ne peux que me réjouir de cette heureuse initiative sur l'enrichissement de la mémoire collective. Elle traduit la nécessité impérieuse de prendre position devant l'approche inéluctable du moment où la disparition du dernier combattant de cette guerre laissera le patrimoine et les valeurs morales de cette époque au bon vouloir des générations à venir et aux fluctuations de l'Histoire, comme à la merci de toutes les tentatives d'amalgame, de récupération quelconque ou de négation totale.
Fort de cette constatation et dans le but d'assurer la pérennité de cette période, je considère qu'il est du devoir de ceux qui ont vécu ces événements de laisser par écrit leurs témoignages, simplement, sans geste de théâtre et sans littérature, pour qu'on retrouve dans leurs récits la vérité sans fard, toute simple et toute nue.
L'Histoire les retiendra tels quels car elle n'est point obligée d'en faire la critique, d'en peser les dispositions et d'en scruter les secrètes pensées.
Ce sont des témoignages simples et sincères.
Cette simplicité même n'a pas nui, ainsi qu'on eût pu le craindre au succès de tels témoignages.
Ce qui charme et charmera les générations futures, ce qu'on aime et qu'on aimera en eux, c'est la sincérité dans le récit, la fidélité dans le souvenir des événements qui furent vécus avec leur cortège de souffrances, de sacrifices et de peines, et aussi parfois de joies, la réalité des moments et leur intensité profonde.
Et si une éthique devait être dégagée à travers l'expression de ces témoignages, elle transparaîtrait forcément dans les motivations de leur auteur.
En effet, il ne sera pas aisé de nier que leur participation à cette oeuvre non exempte de risques ni du sacrifice suprême, ne pouvait découler que d'une volonté spontanée et personnelle prise en âme et conscience ; qu'elle était caractérisée par le désintéressement le plus absolu si ce n'est le combat pour la liberté ou le devoir national et qu'elle était paradoxalement marquée dans ces combats de l'ombre par le sceau de l'authenticité la plus déterminée.
Merci à tous ceux et à toutes celles qui ont apporté et apporteront leurs témoignages, merci à tous ceux et à toutes celles qui les ont aidés et qui les aideront et au nom de la jeunesse d'aujourd'hui et de demain, un grand MERCI car, grâce à vous, ils connaîtront la vérité sur cette partie de notre Histoire.
Et à cette jeunesse, je tiens à rappeler que la liberté est toujours fragile, toujours menacée, que c'est héritage qu'on lui laisse et que c'est à elle de la préserver.
M. Paul RAYBAUT
Professeur à la Faculté des Sciences Humaines de Nice.
Maire de La Roquette sur Var,
Ville Décorée de la Croix de Guerre
Lors dune réunion récente, le Président El Baze sadressant au Ministre Beucler, disait en forme de boutade que loeuvre courageusement entreprise il y a quelques années comptait à ce jour environ dix mille pages publiées mais quil espérait que, dans un avenir quil souhaitait proche, elle atteindrait le chiffre de cent mille. A y regarder dun peu plus près cet objectif nest peut-être pas si utopique quon pourrait le penser. Aussitôt se dessinent un certain nombre de voies pour le réaliser.
Tout dabord reprendre et amplifier le mouvement déjà si bien amorcé de détection dans toutes les armes de ceux qui de près ou de loin ont participé à des actions pouvant faire avancer la connaissance de faits significatifs susceptibles dêtre rapportés dans les récits de vie. A cet égard, cest à partir du plan de publication que le comité de rédaction pourra orienter, intensifier, définir des priorités. Au fil du temps et avec lexpérience, on découvrira très vite des gisements dinformations insoupçonnés et insoupçonnables à première estime.
Le chercheur aguerri sait combien il faut de patience, dinsistance habile, pour que, celui ou celle, qui déclare navoir rien à dire se décide à ramener à la surface des souvenirs dont, de son angle de vue, il ne peut saisir limportance. Un questionnaire simple mais informatisé permettra de situer les personnes et leurs savoirs de façon à ce que, le moment venu, on puisse avec efficacité, rapidité et concertation, recueillir leurs connaissances dans les meilleures conditions.
Je naurai de cesse de répéter, quen matière de témoignage dhistoire, le chercheur doit sattacher, pour rendre correctement compte des faits, aux infimes détails que souvent lHistoire officielle néglige parce que ses objectifs sont autres. Cest pourquoi, il convient doeuvrer en conjonction avec les civils qui ont été mêlés à des actions militaires. Comment par exemple, restituer ce qua été un bombardement, la prise dune ville ou dun village si, côte à côte, on ne produit pas le récit de celui qui agit et de celui qui subit. Là encore quel potentiel dinformations soffre à nous ! Mais aussitôt on est pris de vertige devant lampleur de la tâche. Une fois de plus, sans prétendre tout résoudre, linformatique est capable dapporter son aide en classant, catégorisant, comptabilisant les données brutes et de plus en indiquant ce quil convient dentreprendre en fonction des disponibilités présentes.
Me sera-t-il permis enfin, dévoquer avec prudence, combien il serait souhaitable que figurent en complément ou en juxtaposition aux documents produits, leur exact équivalent par ceux qui se trouvaient être les opposants dhier. Chacun sait combien, la langue, la distance, le temps sont des obstacles considérables à cette entreprise. Est-ce une raison suffisante pour ne pas lévoquer ? Ne peut-on imaginer que sur tel ou tel point jugé essentiel par le directoire de lentreprise de recueil, on prenne les dispositions nécessaires pour se rendre de la sorte aussi exhaustif que possible ?
Par exemple.
LOccupation de Saorge par les troupes allemandes qui sy établirent racontée par les anciens militaires de tous grades que des associations équivalentes rechercheraient outre-Rhin, la vie villageoise racontée par ceux qui se maintinrent au village, lexil en Italie du Nord vu par ceux qui le vécurent, leur retour, tout cela accroché aux récits des combattants de lArmée des Alpes ne formerait pas un tout, dont aucun manuel dhistoire, quelle que soient ses qualités, égalera la valeur et lintensité de témoignage ?
Tout en étant prospectif sachons évaluer nos forces.
Elles sont faibles mais ardentes, hélas le temps travaille contre elles. On ne dira jamais assez combien après avoir évalué limportance du programme et son volume il est de la plus extrême urgence et nécessité davoir le courage de mettre en oeuvre des moyens lourds et adéquats pour le réaliser, ce sont pour lessentiels ceux qui relèvent du domaine du secrétariat de haut niveau.
Il y va du risque de disparition irrémédiable de pans entiers de notre passé résidants dans le seul verbe et non dans des documents et cela, au moment même où la technologie nous offre (magnéto, vidéo, informatique), les moyens de les sauver.
Cest là un paradoxe stupide et inacceptable.
Le sauvetage engagé par les Croix de Guerre démontre quils ont su à temps relever le défi. Aidons-les sans tergiverser, si ce nest à le terminer, du moins à poursuivre son avancement avec célérité.
M. MICHEL EL BAZE
Président des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire
Section de Nice
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Nous naurions, à lévidence, jamais pu accomplir la mission que nous nous sommes imposée depuis 1985 dans le cadre de la Commission Départementale de lInformation Historique pour la Paix sans la confiance que vous nous avez montrée, sans votre collaboration, sans le soutien sans défaillance que nous avons trouvé, Madame, Messieurs auprès de vous.
Nous continuerons avec la pugnacité et le sens du devoir qui caractérise les membres de notre association, nonobstant les difficultés matérielles que je vous laisse imaginer.
Enfin, après les intervenants, je lance un nouvel appel pressant à nos camarades de combat pour quils accomplissent leur dernier devoir en participant à lenrichissement de la Mémoire Collective de notre Pays.
Analyse du corpus
CONSULTEZ LANALYSE DU CORPUS, MIS À JOUR EN MAI 1995,
fichiers n° 000a-b-c de cette collection