VEYRENC RENE
Tome I
078
Ni opprobre, ni oubli.
GUERRE 1939 / 1945
Témoignage
NICE - Novembre 1990
Analyse du témoignage
Commissaire de Police Spéciale de Sûreté temporaire,
en mission durant les hostilités en INDOCHINE
Journal des années tragiques vécues au TONKIN de 1939 à 1946.
Écriture 1990.-. 210 Pages
078 -
Tome I - NI OPPROBRE, NI OUBLI079 - Tome II - NOTES ET DOCUMENTS
POSTFACE de Jean-Louis Armati
Les années difficiles de la deuxième guerre mondiale, René Veyrenc les a vécues en Indo-Chine, occupée par les Japonais, convoitée par le Viet Minh opposé à la présence française et travaillé tant par les forces dOccupation que par le Komintern.
Dès 1940, animé dun patriotisme ardent et sûr de la "mission civilisatrice" de la France en Indo-Chine, il crée de sa propre initiative un réseau dinformation puis est envoyé en mission dans le nord Tonkin, en zone proche de la frontière chinoise. Sa connaissance du pays et de la langue annamite lui permettent dobtenir de brillants résultats dans la lutte contre les bandes armées qui traversent la frontière, pillent les villages, tendent les embuscades et attaquent les postes militaires français avant de se réfugier en Chine.
Lors du coup de force japonais du 9 Mars 1945, René Veyrenc, rendu à la vie civile depuis le mois de Septembre 1942, fait le coup de feu contre lagresseur nippon. Il réussit à séchapper après une première capture, mais est repris le 16 Mars et interné à la citadelle de Hanoï.
Enfin la période troublée de Septembre 1945 à Mai 1946, date de son rapatriement, est particulièrement bien étudiée par René Veyrenc, avec beaucoup dacuité et les événements importants quil traverse sont rapportés avec une grande fidélité.
Avec une grande sagesse, il conclut : "La Vérité nest pas une mais multiple. Á défaut dapprobation nous ne demanderons pas autre chose que la compréhension".
Die difficult years of the second world war, René Veyrenc has lived them in Indo-China, occupied by Japanese, coveted by the Viet Minh opposed to the French presence and worked as much by forces of the Occupation as by the Komintern.
From 1940, lively of a sure and fiery patriotism of the civilise mission of France in Indo-China, he creates on his own initiative a system of information then is sent in mission in the north Tonkin, in close zone to the Chinese frontier. His knowledge of the country and of the annamite language allow it to obtain brilliant results in the battle against armed bands which cross the border, loot villages, tend ambushes and attack French military positions before to flee in China.
During of the Japanese force knock of the 9 Mars 1945, René Veyrenc, rendered to the civil life since the month of September 1942, makes the knock of fire against the Japanese assailant. He manages to escape after a first capturing, but is captured again on the 16 Mars and interned at the citadel of Hanoï.
Finally the disturbed period from September 1945 to May 1946, date of his repatriation, is particularly well studied by René Veyrenc, with much acuteness and the important events that he crosses are brought with a great fidelity.
With a great wisdom, he concludes : "The Truth is not one but multiple. Failing approval we will not wonder other thing that the comprehension".
MISSIONS OFFICIELLES ACCOMPLIES AU TONKIN ET EN COCHINCHINE : AVEC MA PARTICIPATION ENTIERE AUX NOMBREUSES OPERATIONS EFFECTUEES
DE 1940 A 1946 :
- Surveillance étroite des troupes japonaises depuis linvasion du TONKIN au mois de Septembre 1940. Lutte intensive contre leurs activités pour saper lautorité française établie sur le territoire indochinois jusquà leur reddition (Août 1945).
- Pacification des populations indigènes sur les territoires envahis.
- Decellement de lapparition, la création du Parti et des premiers éléments des troupes de guérillas VIET MINH. Lutte intensive contre laction subversive.
- Coup de force japonais. Très violents combats du 9 Mars 1945 et jours suivants.
- Ma capture par la Kampetai et mon internement au camp de concentration de HANOI.
- Prise de contact et collaboration étroite avec un important noyau de la RESISTANCE articulé par le Commandant SAINTENY, parachuté à GIA-LAM en AOUT 1945, fondateur du RESEAU "ALLIANCE" chargé par le Général DE GAULLE dexécuter la "MISSION 5" à HANOI (TONKIN) aussitôt après la capitulation japonaise.
- A SAIGON, création organisation et mise en activité dune nouvelle Administration Publique Française : La DIRECTION CENTRALE DES FINANCES FEDERALES en remplacement de lancienne DIRECTION LOCALE DES FINANCES, totalement démantelée et saccagée par les VIET MINH.
- Mon rapatriement sanitaire en première urgence sur le navire-hôpital "PASTEUR" et ma pénible réinstallation en métropole.
Je dédie ces pages.
A Paulette mon épouse
.Ancienne infirmière diplômée de la Croix Rouge française en ex-Indochine française qui, bénévolement, à ses risques et périls, a participé au Tonkin, dans les villages situés dans le delta du fleuve rouge, à une longue campagne de vaccination contre une désastreuse épidémie de la maladie cérebrospinale qui décimait les populations indigènes, et qui a soutenu moralement, vaillamment mon action pendant la longue séparation qui m'a permis de remplir, au loin, ma mission et mon devoir, en des lieux périlleux de la frontière sino-tonkinoise envahis par l'armée japonaise durant la guerre mondiale de 1939-1945.
A Josette ma fille
.Assistante sociale et infirmière diplômée, profondément dévouée à la chose publique qui, dans sa prime jeunesse, a subi au Tonkin des chocs émotionnels éprouvants, sous les effroyables bombardements des escadrilles japonaises, américaines et britanniques pendant ma longue absence du foyer familial et de mon séjour prolongé sur les lieux lointains des combats.
A ma famille
.Aux nombreux neveux et nièces.
Aux jeunes générations
souvent exposées aux nuisances de la désinformation.
-
Au jeune lieutenant A. Veyrenc de la glorieuse 13° d.b.l.e., tué au combat à l'âge de 25 ans, dans la brousse indochinoise, pour la défense du territoire, des intérêts indochinois et métropolitains en Indochine, Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix dé Guerre, trois palmes (J.O. du 29 mai 1947)-
A mon neveu Daniel Veyrenc, né en ex-Indochine française, jeune capitaine décoré de la Croix de la Valeur Militaire au cours de durs combats dans le djebel pour la défense de l'Algérie française.-
A mon neveu Marcel Veyrenc, né en ex-Indochine française, jeune docteur en médecine qui prodigue ses soins éclairés et très dévoués aux patients français et indigènes qui lui font pleine confiance.-
A mes plus jeunes neveux et nièce : Laurent, Bernard, Jérôme et Maire-Cécile Veyrenc qui terminent leurs études en faculté, et futurs "Soldat de France".
-
A ma nièce Denise Veyrenc, née en Indochine française qui a obtenu brillamment après son rapatriements, le diplôme d'ingénieur h.é.c. (Hautes Etudes Commerciales) à Paris et qui voyage parfois soit au Mexique, soit au Centre Afrique au pays des Touaregs, soit en Chine, soit à Hong-Kong dans le but d'élargir ses connaissances professionnelles et de rehausser le prestige français dans les pays d'outre-mer.-
A feu mon père officier de l'Ordre des Palmes Académiques qui a consacré près de cinquante années de son existence pour contribuer au rayonnement de la France en Extrême-Orient, en installant, avec ma collaboration, l'assainissement des eaux, la production et la distribution de l'énergie électrique et des eaux potables, la force motrice et la glace alimentaire très appréciées par les populations indigènes, dans les régions reculées et insalubres du haut Tonkin et dans les régions du Delta tonkinois.-
A feu ma mère, qui a échappée de justesse à un lâche attentat provoqué le 8 décembre 1945 à Hanoi par les sicaires de la Kempetai (homologue japonaise de la Gestapo) qui me recherchaient.-
A mon plus jeune frère Roger qui, lui aussi, a connu les affres de l'internement dans un camp de concentration japonais à Saigon.-
A mon frère cadet Marcel, ingénieur chimiste directeur des usines de Saigon-Binh-Tay de la s.f.d.i.c. (Groupe Financier Fontaine), l'un des plus grands ensembles industriels de l'Indochine et de l'Extrême-Orient qui a subi et surmonté les plus formidables et les plus désastreux des bombardements aériens anglo-américains (bombes de 500 kgs) et qui a su déjouer toutes les intrigues japonaises visant à s'emparer de l'exploitation de ce vaste complexe industriel, prestige de la France en Indochine.-
Et à tous ceux qui sont morts, pour rien, dans les camps japonais de concentration et d'extermination, dans les champs de batailles, dans les rizières, dans la jungle, dans les forêts d'Indochine, dans les camps d'intoxication viet-minh et que, seuls, les anciens camarades et leurs familles pleurent, et n'oublieront jamais.Les pages qui vont suivre ne sont pas celles d'un roman d'aventure. elles constituent un recueil de témoignages irréfragables des événements que j'ai vécus personnellement et dangereusement, quotidiennement au Tonkin pendant la seconde guerre mondiale de 1939 à 1945.
Elles sont écrites avec rigueur, sans complaisance, en dehors de toute influence pernicieuse. elles ont pour objet d'informer objectivement ma famille ainsi que les générations futures et de mettre les choses au point, face aux détracteurs systématiques de l'oeuvre civilisatrice française en Indochine.
S'il est un domaine où la réalité historique a été profondément et honteusement travestie, truquée et bafouée c'est bien l'Indochine.
Table
Dédicace. 7
LIVRE I - LA MEMOIRE 9
Mon combat 11
Du 4 Mars à fin Septembre 1937 11
De fin Septembre au début Novembre 1939 11
Du début de Novembre 1939
jusqu'au 10 Octobre 1940 11
Le 3 Septembre 1939 13
Le 14 Juin 1940 13
Le 30 Août 1940 13
Le 20 Septembre 1940 13
Le 23 Septembre 1940 13
Le 27 Septembre 1940 14
Le 25 Septembre 1940 14
Le 30 Septembre 1940 15
Le 10 Octobre 1940 15
Le 11 Octobre 1940 16
Du 12 au 25 Octobre 1940 16
Le 26 Octobre 1940 17
Le 28 Octobre 1940 17
Du 18 au 19 Novembre 1940 17
Le 30 Novembre 1940 18
Nuit du 2 au 3 Décembre 1940 18
8 Décembre 1940 19
Nuit du 23 au 24 Décembre 1940 20
Du 24 au 25 Décembre 1940 20
26 Décembre 1940 21
30 Décembre 1940 21
Du 1er Janvier 1941 au 5 Janvier 1942 21
En Décembre 1941 21
Fin Décembre 1941 22
6 Janvier 1942 23
Du 3 Septembre 1942 au 8 Mars 1945 23
Coup de force japonais du 9 mars 1945 25
Attaque et investissement de la Citadelle de Hanoî
par lennemi.
Souvenirs d'un rescapé 25
A - A 19 h 50 25
B - 20 h 00 25
C - Vers 20 h 10 25
D - Vers 20 h 20 25
Vers 20 h 55 26
Le 10 Mars vers 16 h 30 26
E - Le 16 Mars 26
Coup de force japonais
Réminiscences d'une Saint-Barthélémy "historique" 28
Nuit du vendredi 9 au samedi 10 Mars 1945 28
Le 11 Mars 30
Mon internement dans la Citadelle de Hanoi
Du 16 mars au 5 septembre 1945 42
Mon admission dans la Résistance
Extra Métropolitaine en Indochine 45
Du 6 Septembre 1945 au 29 Décembre 1945 45
Le 6 Septembre 1945 45
Le 22 mai 1945 46
Le 24 Juillet 1945 46
Le 6 Août 1945 46
Le 13 Août 1945 47
Le 16 Août 1945 47
Le 1er Septembre1945 49
Le 2 Septembre 1945 49
Le 3 Septembre 1945 49
Le 6 Septembre 1945 51
Le 6 Septembre 1945 51
Le 10 Septembre 1945 52
En fin Décembre 1945 53
Le 26 Septembre 1945 54
Au début du mois d'Octobre 1945 54
Le 25 Novembre 1945 55
Le 8 Décembre 1945 55
Le 23 Décembre 1945 55
Mon départ du Tonkin pour la Cochinchine 56
Le 27 Décembre 1945 56
A la veille du jour de l'an 1946 58
Le 6 Janvier 1946 59
Le 8 Janvier 1946 60
Le 17 Janvier 1946 60
Le 31 Janvier 1946 60
Le 22 Février 1946 60
Le 18 Mars 1946 61
Le 15 Avril 1946 62
Le 11 Mai 1946 62
Le 12 Mai 1946 62
Retour en Métropole 63
Le 14 Mai 1946 63
Le 15 Mai 1946 63
Les 16, 17 et 18 Mai 1946 63
Le 5 Juin 1946 64
Le 6 Juin 1946 65
Le 10 Juin 1946 65
Depuis le 6 Juillet 1946 66
Mais le 18 Août 1946 66
Le 14 Septembre 1946 67
Mais en Octobre 1946 67
Le 23 Novembre 1946 67
Et le 19 Décembre 1946 67
Le 21 Décembre 1946 68
Epilogue 68
Le 3 Octobre 1970 70
L'Histoire falsifiée 71
L'incompréhension 71
La mémoire
La mémoire : seul bagage incessible
Jacques ATTALI
Tome I
DES FAITS OCCULTES ET VECUS SUR LES LIEUX
Extraits de mes calepins de notes prises sur le terrain
au cours des événements.
Mon combat
Du 4 Mars à fin Septembre 1937
Domicilié à Paris au n° 8 de l'Avenue de la Porte de Montrouge (14ème arrondissement) j'exerce les fonctions de Rédacteur-Enquêteur temporaire à la Direction des Affaires Politiques (service c.a.i. : Contrôle et Assistance des Indigènes) au ministère des colonies situé n° 3 rue Oudinot à Paris. Durant les stages effectués dans ce département ministériel je recueille, à Paris, d'importantes informations sur les menées antifrançaises révolutionnaires et sur les hostilités qui se préparent sur le territoire de l'Indochine. Je rends compte de ces sérieuses informations à monsieur Gaston Joseph directeur des Affaires Politiques et à monsieur Geoffroy du Coudrey chef de service du c.a.i.
Plusieurs fois monsieur Marius Moutet alors ministre socialiste des Colonies, m'invite personnellement à converser avec lui dans son cabinet ministériel situé Boulevard des Invalides à l'angle de la rue Oudinot. Il m'interroge longuement sur les activités des dirigeants indigènes des mouvements révolutionnaires antifrançais en Indochine et semble accorder beaucoup de crédit à mes informations.
De fin Septembre au début Novembre 1939
Passager de 1ère classe, en mission, à bord du paquebot N/N "Dartagnan", de Marseille à Saïgon et à bord du caboteur "Claude Chappe", de Saïgon à Haiphong (Tonkin), où je débarque.
Du début de Novembre 1939 jusqu'au 10 Octobre 1940
Domicilié au n° 4 de la rue Bolot à Haiphong, requis dès mon arrivée au Tonkin par les autorités civiles et militaires, j'exerce les fonctions de lecteur-traducteur d'annamite et d'italien à la "Commission Spéciale de Contrôle Postal en cas de mobilisation" prévue par le règlement secret n° 577 d.n. du 10 Novembre 1927 et par l'arrêté municipal n° 173 (Défense Nationale) du 10 juin 1928. Dans ces nouvelles fonctions, par ordre catégorique, je procède quotidiennement au contrôle de tous les courriers postaux franchissant la frontière terrestre sino-tonkinoise (y compris les valises diplomatiques dites inviolables). Je fais la sélection et la lecture de toutes les correspondances rédigées en langues italienne et annamite, émanant des agitateurs révolutionnaires connus, émigrés en Chine, au Japon, en Corée et en u.r.s.s., J'examine en particulier celles des membres du parti nationaliste chinois Kouo Ming Tang de Shang Kai Sekh à Pékin, en liaison avec les nombreuses cellules de ce parti politique en activité dans les cinq pays de l'Indochine française, ainsi que les lettres provenant de multiples congrégations religieuses de missionnaires français et italiens en fonction en Chine, contenant de sérieuses informations sur les activités des révolutionnaires antifrançais résidant en Chine et en Corée, agitateurs d'origines japonaise, chinoise, coréenne ou soviétique en liaison avec les agitateurs agissant dans tout l'Extrème-Orient, notamment en Indochine française.
Dans un rapport officiel confidentiel signé fin Août 1940 par le Résident Maire de Haiphong, je suis désigné comme étant "le traducteur ayant obtenu les meilleurs résultats dans l'exercice de ces fonctions". Je reçois également les félicitations verbales, du Résident Supérieur au Tonkin et celles du Contrôleur Général des Services de sureté Générale et du contre- espionnage au Tonkin.
Spontanément ces encouragements font naître en moi le désir de servir encore mieux mon pays en créant volontairement un réseau d'informateurs impartiaux, personnels et en formant un noyau de résistants indochinois, énergiques et opérationnels bien décidés à faire échec à toutes les forces de domination raciste et à toutes entreprises anti-françaises en Indochine.
A cette époque il n'existait pas au Tonkin une seule trace d'organisation de la résistance civile sérieuse et efficace. Instinctivement mon coeur et ma raison m'ont inspiré le désir de devenir l'un des meilleurs défenseurs de notre civilisation de liberté et de paix en Indochine. Ce même désir à été inspiré également par les sentiments patriotiques du natif d'Indochine que je suis, ami des autochtones, et par la lecture des très nombreuses correspondances provenant des missions étrangères installées en Chine, relatant souvent les déplacements et agissements suspects des principaux agitateurs politiques indochinois.
Mon attention toute particulière a été attirée sur un curieux personnage idéologue et énigmatique. Les auteurs de certaines de ces lettres interceptées au contrôle postal le situaient tantôt à Moscou tantôt dans le sud de la Chine, le long de la frontière sino tonkinoise, notamment à Canton où siégeait parfois le Tong-Bo (Comité Central du Parti Communiste Indochinois), tantôt à Kao-Loon près de Hong-Kong où se rencontraient fréquemment les "leaders" des agitateurs politiques étrangers en Extrème-Orient traqués par la police de Tchang Kai Shek.
J'ai vu une photographie envoyé par un des services secrets de l'ambassade de la Grande Bretagne, représentant le corps d'un homme d'origine asiatique, étendu mort sur le sol d'une prison chinoise, que les services de la police spéciale britanniques "ont identifié formellement" comme étant celui du leader politique Nguyen Ai Quoc alias Ho Chi Minh, auteur d'un recueil de poèmes révolutionnaires rédigé en caractères chinois intitulé "carnet de prison", décédé dans cette geôle chinoise, des suites d'une longue maladie d'origine tuberculeuse.
A la même époque d'autres lettres interceptées mentionnaient la présence de cet agitateur à Paris où il logeait dans un petit local discret du dix huitième arrondissement situé rue Damrémont depuis le jour où il avait pris la parole en faveur des agriculteurs français au congrès de Tours de la IIIeme Internationale Communiste. A cette époque il s'occupait de reportages photographiques pour le compte de journaux communistes.
D'autres scripteurs de lettres interceptées affirmaient, qu'en qualité de "bôy" (serveur) ou de "bêp" (cuisinier), il naviguait à bord de cargos étrangers desservant les lignes maritimes d'Europe, des u.s.a. et d'Extrême-Orient, ce qui lui permettait d'assurer les fonctions d'agent secret de liaison de la c.g.t.u. dans tous les ports où le navire qui le transportait faisait escale.
Ce qui est certain c'est que Nguyen Ai Quoc a quitté clandestinement le Nghé An (province de Vinh), son pays natal, vers 1918. Après avoir voyagé aux Etats Unis et en Angleterre, il est venu en France où il a exercé divers métiers, notamment celui de "reporter photographique". Il a pris contact à Paris avec divers partis politiques, des personnalités françaises de gauche et de nombreux militants des pays d'Afrique et d'Asie. Membre du parti socialiste il opta en Décembre 1920, au Congrès de Tours, pour adhérer à la IIIeme Internationale, collabora à la formation du Parti Communiste Français et aux journaux "l'Humanité" et "la Vie Ouvrière". Il écrivit "Le procès de la colonisation française" et il fonda le journal "Le Paria".
Au début de l'année 1923 il quitta la France pour "l'Union Soviétique" où il fut admis comme élève à Moscou de "l'Université des Travailleurs Orientaux" fondée par Staline. Il étudia l'histoire de la Révolution Française de 1789 et l'histoire de la révolution russe d'Octobre 1917 et se pénétra des idées exposées dans "Le Capital" par Karl Marx et dans les textes écrits par Lénine, qui lui apprirent que seul le "marxisme- léninisme" pouvait être la clé de la lutte libératrice des peuples coloniaux.
Au cours de l'année 1924 on situait Nguyen Ai Quoc avec certitude à Canton près de la frontière sino-tonkinoise où il élaborait les bases d'une organisation révolutionnaire armée en Indochine du type Viet Nam Doc Lap Dong Ming Hoi (Ligue de l'Indépendance du Viet Nam) en vue de promouvoir en Indochine une révolution à l'image de la révolution russe d'Octobre 1917.
Le 3 Septembre 1939
La France déclare la guerre à l'Allemagne.
Cette grave nouvelle parvient tardivement à Haiphong et attriste profondément les populations française et indigènes qui envisagent déjà l'extension prochaine du conflit sur le territoire indochinois.
Dès cette date le Japon installe progressivement le blocus des frontières maritimes de l'Indochine qui, très rapidement, se resserre et devient pleinement efficace dès la mi-Octobre 1939. Aucun navire de commerce français ou autre ne peut arriver à destination de tous les ports indochinois. Désormais les populations locales, civiles et militaires française et autochtones, complètement isolées à 15000 kms de la métropole, sont contraintes à vivre en complète autarcie. Malgré les énormes difficultés qui surgissent, l'économie de la colonie et la résistance à l'ennemi s'organisent pour la défense des libertés et des intérêts nationaux métropolitains et indochinois.
Le 14 Juin 1940
Les français d'Indochine consternés reçoivent la brutale nouvelle, triste et laconique, de l'entrée dans Paris des troupes allemandes qui ont enfoncé la ligne Maginot. La France métropolitaine, en plein désarroi, a signé un armistice avec l'Allemagne.
Le 30 Août 1940
L'ambassadeur japonais Matsumoto signe un accord précaire avec l'amiral Decoux, Gouverneur Général et chef suprême de l'armée française en Indochine, aux termes duquel les Japonais reconnaissent la souveraineté française en Indochine. Cet accord ne sera pas respecté par les militaires japonais.
Le 20 Septembre 1940
Les troupes nippones et coréennes pourvues d'une quantité d'armes modernes attaquent très brusquement en masse, par surprise, tous les postes militaires français de Dong-Khé, That-Khé, Dong-Dang, Loc-Binh, Dinh-Lap, Mong-Kay situés sur la frontière sino- tonkinoise, prennent d'assaut, après de très violents combats, la ville fortifiée de Lang-Son et envahissent une grande partie du premier territoire militaire de Cao-Bang, du deuxième territoire militaire de Mong-Kay et la subdivision militaire de Lang-Son.
Le 23 Septembre 1940
Au lever du jour, à l'embouchure du Song-Koy (Fleuve Rouge), en promenade avec mon chien sur les berges d'un bras de mer, en aval du port de commerce de Hai-Phong, j'aperçois une grande jonque chinoise de haute mer venant du large, de laquelle descendait, pour l'amarrer au quai, un groupe de marins chinois qui, sur mes interpellations me déclarent venir de rencontrer dans le golfe du Tonkin, à quelques milles marins de Hai-Phong, une puissante escadre japonaise composée de plusieurs navires de guerre de transport de troupes, encadrés par plusieurs croiseurs, torpilleurs, contre-torpilleurs, dragueurs de mines, ravitailleurs et d'un porte-avions, dont les énormes canons leur semblaient pointés sur les villes tonkinoises Hai-Phong et Kuen-An. Après avoir tenté vainement, étant donné l'éloignement de cette escadre, de vérifier "de visu" les déclarations de ces Chinois, qui m'ont paru vraisemblables, je bondis sur le plus proche téléphone et j'alerte difficilement, étant donné l'heure très matinale, le Résident-Maire Massimide Hai-Phong et le Résident Ferlande chef de province à Kien-An ainsi que le commissaire de police spéciale Molins à Haiphong qui, après recoupement, font déclencher le dispositif d'alerte à Haiphong.
Le 27 Septembre 1940
Le Japon, l'Italie signent avec l'Allemagne un pacte tripartite. Désormais l'axe, d'obédience à l'idéologie nazie : "Allemagne - Japon - Italie", est constitué.
Le 25 Septembre 1940
Malgré les subtiles tentatives de négociations diplomatiques faites auprès de l'ambassadeur japonais Matsumoto à Hanoi qui échouent, une escadrille provenant du porte-avions japonais de la formidable armada japonaise, survole devant mes yeux, à grand fracas, Haiphong et lâche quelques chapelets de bombes sur les environs du port.
Au même moment, une puissante armée de terre japonaise débarque, sans subir de résistance de l'armée française, sur la côte tonkinoise, par une chaleur torride.
A une cadence extrêmement rapide je vois, sur un quai improvisé, arriver une série de petits chars blindés légers, des quantités d'autres véhicules motorisés blindés, de nombreux grands chevaux de cavalerie, dont plusieurs étaient morts d'insolation à bord des unités de l'escadre. Dans une atmosphère de puanteur, je vois encore débarquer plusieurs milliers de marines d'origine des Iles Kourils et Sakhalines, trempés de sueurs dans leurs uniformes neufs, armés jusqu'aux dents d'armes automatiques modernes. Parmi eux, certains atteints du typhus ou d'insolation sont morts ou mourants. Ils empoisonnent l'air ambiant chargé de miasmes et de puanteurs insupportables qui régneront dans l'air pendant plusieurs semaines.
Profitant d'un certain désarroi parmi les nouveaux débarqués qui s'affairaient en toute hâte, à construire avant la nuit, des abris en bambous et nattes de paille de riz, pour se protéger du soleil brûlant, je m'infiltre dans ce chantier avec un collaborateur annamite sous prétexte d'apporter secours aux mourants et, hors de la vue d'une sentinelle fatiguée, je m'empare, au péril de ma vie, d'une sacoches d'officier japonais, suspendue à un branchage d'un pilier en bambou, remplie de documents écrits en japonais et de cartes géographiques du Tonkin et nous disparaissons dans une demie-obscurité, jusqu'à ma voiture automobile, garée à proximité, dans laquelle nous prenons place. A toute vitesse nous prenons la route coloniale en direction de Hanoi où nous remettons la sacoches au service des traductions de monsieur Georges Nadaud, Contrôleur Général des services de Police de Sûreté Générale, chargé de la direction du Contre Espionnage au Tonkin. La traduction de ces documents a révélé, les dispositifs d'attaque de plusieurs de nos postes militaires et la copie d'une mission confiée au major de l'armée américaine nommé Patty, chargé de négocier un contrat de vente d'armes automatiques à un groupement nationaliste annamite, ainsi que la fourniture d'un train blindé ! En représailles du vol de la sacoches,toutes les cases annamites voisines du camp japonais de débarquement ont été incendiées par la troupe japonaise.
Conscient de la situation devenue si soudainement dramatique au Tonkin, notamment sur la frontière sino-tonkinoise à Lang-Son, Dong-Dang, Loc-Binh et Na-Cham-Cao-Bang, je prends contact avec le Commissaire de Police Spéciale Molins pour le prier de m'introduire auprès du Contrôleur Paul Pujol de la Police Spéciale de Sûreté à Hanoi afin qu'il me reçoive et appuie ma demande à partir comme volontaire dans la zone des opérations militaires en cours sur la frontière sino-tonkinoise, pour organiser et participer à la résistance contre les envahisseurs japonais et à la pacification des populations autochtones soumises au totalitarisme nippon.
Le 30 Septembre 1940
Dès la première heure du matin je suis avisé par un message téléphoné émanant du Contrôleur de la Police Spéciale Paul Pujol de ce que, compte-tenu de mes connaissances approfondies des milieux tonkinois influents (annamites, chinois et hindous) et de ma connaissance de la langue annamite, prouvée par mes trois brevets-diplômes de langue orientale, ma demande d'engagement à prendre part volontairement, à titre civil, aux combats de résistance aux entreprises des ennemis de la France en Indochine, est prise en considération par les autorités supérieures civiles et que mon départ, imminent, sur la frontière sino-tonkinoise est déjà signalé aux militaires en opération sur le territoire des zones d'insécurité, les militaires étant priés de me prêter main forte en cas de nécessité.
L'objet de ma mission est secrètement ainsi précisée : "Recueillir tous renseignements sur les mouvements des troupes d'occupation, détecter les agissements du Service d'Espionnage du Colonel japonais Oka en activité dans le secteur de Lang-Son, situer exactement les lieux de stockage d'armes diverses destinées à être mise en action contre les troupes françaises et indochinoises, ainsi que les lieux de concentration des troupes autochtones armées par les Japonais, en préparatifs d'attaque des postes militaires de la défense française, en faire rapport immédiat aux hautes autorités françaises compétentes. Agir en toutes circonstances dans la légalité en vue de la pacification des populations indigènes influencées par la propagande subversive intensive de l'occupant. Travailler activement pour le maintien de la présence française civilisatrice dans tous les secteurs, au fur et à mesure qu'ils seront libérés par l'ennemi".
Le 10 Octobre 1940
Je suis convoqué d'urgence devant un Tribunal Civil réuni exceptionnellement au palais de justice de Hanoi pour m'entendre prêter serment "d'accomplir loyalement ma mission en toutes circonstances". Je suis revêtu ensuite d'un uniforme d'officier de police assermenté, complété d'une paire de solides brodequins, d'un casque, d'un bonnet de police et d'un képi orné de deux galons argentés semblable à celui d'un officier de police. Je suis armé ensuite, d'une impressionnante mitraillette marque "Mauser" dont le magasin était déjà garni d'un chargeur de dix huit cartouches accompagné de deux autres chargeurs supplémentaires approvisionnés chacun de dix huit autres cartouches de 8 mm. Ainsi paré, en toute hâte, sous une trombe d'eau d'un typhon en voie de comblement, je m'embarque avec deux fidèles émissaires, à la gare de Hanoi, dans un wagon à bestiaux d'un train spécial tracté par une locomotive blindée, à destination du poste militaire le plus avancé, à Dong-Mo en direction de Lang-Son, en bordure de la zone tonkinoise d'insécurité, investie et rasée par les assaillants japonais.
Le 11 Octobre 1940
Dans le bruit confus et lointain d'éclats de grenades et de rafales de mitrailleuses et de fusils mitrailleurs, je débarque à Dong-Mo, village très éprouvé par la guerre, dont la population civile était entièrement évacuée, je prends contact au p.c. du Commandant Marcelin, officier au grade le plus élevé, placé à la tête du 3ème Bataillon du 5ème Régiment de Légion Etrangère en action.
Après un premier échange d'idées, je donne mes instructions à mes deux fidèles émissaires et je les lance sur les pistes ennemies, tout en installant mon lit picot au bivouac situé dans une maisonnette en briques, la moins éprouvée par les combats, mais dont la toiture présentait de béantes ouvertures. Quelques planches prélevées dans une maison en ruines serviront à me fabriquer une table et un banc rustiques. L'intendance pour civil étant inexistante sur les lieux, une touque vide de pétrole remplie d'eau puisée à l'aide de mon casque dans la mare voisine, filtrée avec mon mouchoir et quelques boites vides de conserves pour bouillir l'eau de boisson et cuire mes aliments, constitueront les seuls aménagements très sommaires de mon campement jusqu'en fin Novembre 1940.
Du 12 au 25 Octobre 1940
Tandis que mes émissaires, en quête de renseignements, parcouraient la vaste zone frontalière d'insécurité occupée, camouflé dans l'anfractuosité des rochers situés à proximité d'un pont à moitié démoli (que l'armée japonaise en marche vers le sud devait obligatoirement franchir), je dénombre les effectifs, la qualité et la quantité des armes des troupes nippones franchissant lentement ce pont, déferlant vers la Malaisie britannique, pendant deux jours et deux nuits consécutives, très important mouvement de troupes ayant pour but d'attaquer Singapour par la voie terrestre. Ces renseignements importants recueillis dangereusement au prix d'énormes difficultés, transmis sans délai aux Hautes autorités françaises à Hanoi, ont été très appréciés.
Pendant près d'une centaine d'heures consécutives, les 12 et 13 Octobre 1940, de la lucarne d'une sorte de caverne dissimulée dans les rochers où je m'étais caché, en observateur, à proximité de l'entrée du pont sinistré de Dong-Mo, j'ai pu voir nuit et jour , franchir ce pont par deux cent mille hommes environ de l'armée japonaise, tous armés de sabres, mitraillettes, fusils mitrailleurs, lance-flammes, en transit, venant de la frontière sino-tonkinoise et se dirigeant vers le sud indochinois. Les uns juchés sur des centaines de véhicules de guerre motorisés : autos blindées, petits chars amphibies, petits mortiers, les autres entassés sur plusieurs centaines de camions, les uns découverts, les autres bâchés, bourrés de caisses de grenades. Sur les banquettes de chacun des caissons à munitions d'artillerie, étaient assis les soldats, tenant chacun sur les genoux une caissette couleur blanche, contenant les cendres du corps d'un des militaires japonais tués au Tonkin dans les combats livrés, entre le 20 et le 28 Septembre 1940, contre l'Armée Française devant la forteresse de Lang-Son et devant les casernes de nos postes frontaliers fortifiés de Loc-Binh, Dong-Dang, Thatkhé et Nacham.
Des camions à demi- bâchés qui suivaient la colonne, transportaient plusieurs centaines de ces caissettes blanches destinées à être envoyées au Japon aux familles des victimes de ces combats. On sait que les Japonais, comme les Romains, ont coutume d'incinérer leurs morts. Sur les lieux des combats récents livrés sur le territoire de la subdivision militaire de Lang-Son, les corps de plus de mille cinq cents militaires japonais tués ont été incinérés. Environ soixante mille survivants de cette armée japonaise s'arrêteront, en cours de la route coloniale transindochinoise, seront disséminés sur tout le territoire et occuperont désormais toutes les villes et les lieux stratégiques indochinois, tandis que les autres cent cinquante mille hommes déferleront sur la Malaisie britannique en direction de Singapour.
Au retour de leur mission en zone d'insécurité, mes deux émissaires "Fringant" rapporte :
"En collaboration avec des conseillers militaires japonais, les autochtones anti-français viennent de créer un nouveau groupuscule hostile à la France, intitulé : Viet-Nam Cach Menh Dong Minh Hoi (Parti Révolutionnaire de la Libération du Viet-Nam). ce groupement constitué dans la zone occupé, organise plusieurs unités de combat, armées de fusils, de mitrailleuses, de fusils mitrailleurs et de grenades, prises dans les combats par les troupes japonaises aux prisonniers français et cédées par les Japs aux rebelles annamites. ces unités, massées à Bac Xat et dans les environs, sont prêtes à intervenir contre les soldats français dès que le moment propice se présentera".
Par ailleurs, l'informateur "Nemrod" affirme :
"Un officier supérieur japonais connu sous le nom de Colonel Oka secondé par un ancien émigré annamite au Japon, connu sous le nom de Tran Van An, ancien journaliste en Cochinchine, revêtu d'un uniforme de Colonel de l'armée japonaise, ont organisé un service secret de renseignements ayant pour tâche principale de démoraliser les Tirailleurs Annamites au service de la France et d'inciter à la désertion les légionnaires combattants dans les rangs français".
Il m'apporte quelques exemplaires originaux de ces tracts émis par les services secrets japonais confirmant ce projet de démoralisation de nos troupes. Je me rends aussitôt au p.c. du Commandant Marcelin auquel je transmet ces renseignements.
Le 26 Octobre 1940
Une perquisition dans les paquetages des légionnaires en mouvement dans mon secteur permet de trouver plusieurs de ces tracts. Des mesures sont prises immédiatement pour enrayer cette action.
Le 28 Octobre 1940
Le Commandant Marcelin me demande si je suis volontaire pour conduire un commando de l'importance d'une section de légionnaires, sur les lieux de concentration à Bac Xat où se situent les groupements hostiles et armés, dévoilés par mon informateur "Fringant". Au péril de ma vie j'accepte et, en tête du commando je le dirige sur Bac Xat où un violent accrochage a lieu, mettant en fuite les rebelles qui laissent entre nos mains plusieurs prisonniers ainsi qu'une mitrailleuse, deux fusils mitrailleurs, trois fusils, deux mousquetons et une caisse de grenades que nous ramenons dans nos lignes.
Du 18 au 19 Novembre 1940
Etant toujours cantonné à Dong-Mo, à la tombée de la nuit du 18 Novembre 1940 mon informateur "Fringant" arrive chancelant à bout de souffle jusqu'à moi pour me signaler qu'une forte concentration de troupes du v.n.c.m.c.m.h. bien armées de cinq armes automatiques, six cents fusils et de plusieurs caisses de grenades offensives s'approche du petit poste frontière de Loc-Binh, occupé par une ompagnie de Tirailleurs Tonkinois commandée par le Capitaine Sinou. Je cours au p.c. prévenir le Commandant Marcelin (tué au combat quelques temps après) qui prévient, par message secret téléphoné, le Capitaine Sinou. En même temps l'éventualité de l'attaque est signalée au s.r.m. et au Génésuper à Hanoi qui prend des dispositions pour faire parachuter au-dessus du poste de Loc-Binh des caisses de munitions et des armes automatiques supplémentaires. L'attaque violente a lieu la nuit. Le poste est assiégé, le combat fait rage du 18 au 19 Novembre mais au milieu du jour, l'ennemi ayant subi de lourdes pertes décroche, se réfugie en territoire chinois après avoir laissé sur le terrain de nombreux morts et blessés ainsi que plusieurs armes automatiques. Quelques temps plus tard, le Capitaine Sinou est promu Commandant.
Le 30 Novembre 1940
L'ordre en provenance d'Hanoi arrive à Dong Mo au p.c. du Commandant Marcelin de prendre toutes dispositions de combat pour réoccuper dans les moindres délais le Fort Brière de Lisle de la Citadelle de Lang Son évacuée en grande partie par les troupes japonaises. Le Commandant Marcelin me demande si je voulais participer, sous ma propre responsabilité, à l'opération. J'accepte.
Aussitôt il forme deux colonnes d'attaque.
L'une composée du 3ème Bataillon de Légion Etrangère dont il prend le commandement, l'autre est formée d'un Bataillon de Tirailleurs Tonkinois. La première colonne prend place dans les autos blindées et se dirige sur Lang-Son, par la route coloniale, tandis que l'autre s'embarque en gare de Dong-Mo dans un train blindé dans lequel je prends place. Le train s'arrête, avant de franchir le pont de Lang-Giai que j'ai signalé comme étant miné et risquant de sauter en le franchissant. Après désamorçage des explosifs, le train franchit le pont sans dommage et poursuit son parcours jusqu'à Lang-Son. A notre arrivée dans cette gare, les quais sont déserts. Mais à peine l'ordre de débarquement donné, des rebelles annamites pro-japonais, juchés sur les toits des bâtiments et derrière les murs d'enceinte, ouvrent à la mitraillette un feu nourri sur le train. A la descente des wagons, quelques tirailleurs sont sur le quai, tués ou blessés. Nous fonçons sur les agresseurs qui prennent la fuite, abandonnant quelques armes et munitions.
Nous faisons ensuite la jonction avec la colonne motorisée du 3ème Bataillon de Légion Etrangère et nous pénétrons dans la ville de Lang-Son par l'artère principale (l'Avenue Galliéni) recouverte sur des centaines de mètres par un tapis épais d'un centimètre environ de grosses mouches vertes mordorées qui, à notre passage, s'envolaient en nuages opaques bourdonnants, dans l'air ambiant imprégné d'odeurs pestilentielles. Sur notre parcours, avant de pénétrer dans la Citadelle, nous apercevons flottant à la surface des eaux lentes du fleuve Song-Ky-Cong de nombreux cadavres humains, de buffles, de porcs et de chiens. Sans autres incidents notoires, nous occupons successivement le Fort Galliéni, ensuite le Fort Brière de Lisle et enfin le Fort Négrier de la Citadelle de Lang-Son.
Dès le lendemain de mon arrivée à Lang-Son, escorté par quelques soldats français bien armés, je fais l'inspection des environs, de la forteresse précédemment incontrôlés et que nous venions de réoccuper. Au cours de ces inspections je découvre dans des sentiers isolés, les corps de plus d'une douzaine de Français civils ou militaires dont la tête tranchée avait disparu et, plus tard, plus loin, aux portes de plusieurs petits villages indigènes fortifiés, précédemment occupés par les troupes japonaises d'occupation, vides de tous habitants autochtones, j'ai vu de chaque côté de ces portes d'entrée du village, des têtes de Français empalées au bout de hauts piliers de bambous.
Nuit du 2 au 3 Décembre 1940
A la nuit tombante, alors que j'étais assis autour d'une table pour dîner avec des collaborateurs : Mrs Bournique, Delorge Louis, Jean Veyrenc Inspecteur Général de la Garde Indochinoise et deux officiers du s.r.m., Dans la plus grande pièce de l'immeuble de la gendarmerie bâti sur les rives du Song-Ky-Cong, en direction de la frontière sino-tonkinoise, nous sommes soudainement attaqués, par surprise, par une importante formation ennemie bien armée. Nous essuyons quelques rafales de mitrailleuses tirées dans notre direction, à travers les fenêtres béantes grandement ouvertes. Les balles criblent les murs intérieurs de la pièce où nous nous apprêtions à dîner. Instinctivement nous nous couchons à plat ventre et en rampant nous gagnons les tranchées ouvertes tout le long des rives du Song-Ky-Cong.
L'alerte est donnée. Des renforts arrivent rapidement des deux côtés. La bataille est engagée. Une mitrailleuse lourde est mise en batterie par les légionnaires pour interdire à l'ennemi le franchissement du grand pont métallique de Ky-Lua reliant Lang-Son.
La nuit tombe.
Des armes automatiques ennemies sont juchées à la cime des rochers de Ky-Lua dominant la ville de Lang-Son assiégée, et tirent toute la nuit, en direction de nos positions, des rafales de balles traceuses accompagnées de jets ininterrompus de grenades offensives. Au petit jours, je sors des tranchées suivi par une demi-compagnie du 3/5 Etranger commandée par l'Adjudant Chef Beoeldieu Daubigny. Nous franchissons le pont en direction du camp du Bataillon "Thô" du Commandant Vicaire harcelé, que nous dégageons, et mettons en fuite les assaillants qui abandonnent sur le terrain plusieurs caisses de grenades et chapelets de cartouches d'armes automatiques.
8 Décembre 1940
Dans la nuit du 7 au 8 Décembre , mon émissaire "Nemrod", de retour de Long-Tchéou (Kouang Si-Chine) me rend compte de la présence d'une très importante concentration de rebelles annamites mêlés à de nombreux pirates chinois, bien armée et bien entraînée, cantonnant le long de la frontière, côté chinois, à quelques kilomètres au nord de notre poste avancé de Dong-Dang commandé par le Lieutenant Lavanga (actuellement Colonel en retraite). Selon l'informateur, cette formation rebelle militarisée avait l'intention de s'emparer du poste de Dong-Dang.
Sans perdre un seul instant, je cours au p.c. Du Commandant Marcelin chef suprême du 3/5ème Régiment de la Légion Etrangère pour lui transmettre ce renseignement pris à bonne source. Après une courte discussion, cet officier supérieur décide de faire une démonstration de force dans cette région non contrôlée. Sur le champ, il fait venir le Capitaine Cauvin Commandant la 2ème Compagnie, motorisée du 3ème Bataillon et, en ma présence, lui donne l'ordre de rassembler ses hommes afin d'établir dans les moindres délais une liaison avec le poste avancée de Dong-Dang. Le Commandant Marcelin me demande si je suis volontaire pour guider, sous mon entière responsabilité le Capitaine Cauvin à la tête de sa compagnie, sur les lieux de concentration d'éléments rebelles. J'accepte et, au petit jour, en tête de la 2ème compagnie, aux côtés du capitaine, je prends place dans le side-car conduit par le Sergent-Chef Klein et toute la compagnie motorisée se met en marche en direction de Dong-Dang par la route coloniale r.c.4.
En arrivant au niveau du village de Dong-En, à quelques kilomètres de Dong-Dang, nous tombons dans une embuscade. Tous les nombreux bosquet de gros bambous bordant la route coloniale et entourant le village de Dong-En recelaient des nids de mitrailleuses bien camouflées qui ouvrent un feu nourri sur notre compagnie complètement à découvert, sur terrain plat.
Le Capitaine Cauvin lance aussitôt un ordre impératif de stopper et de prendre les dispositions de combat . Tous les hommes se jettent à terre rapidement à plat ventre et opposent à l'adversaire un feu nourri. Mais à peine le Sergent-Chef Klein avait-il stoppé la moto à side-car qu'il conduisait et que j'occupais, qu'il reçoit, à la base du cou, une balle de mitrailleuse qui lui perfore la carotide et d'où gicle en abondance son sang qui se répand sur moi. En quelques secondes, j'étends son corps derrière le side-car, j'arme ma mitraillette Mauser et je me jette à plat ventre dans la rizière asséchée, bordant la route coloniale, au milieu des hommes de la compagnie placés dans la même position.
De derrière les touffes de bambous sortent, par vagues successives, des rebelles qui jettent maladroitement dans notre direction des grenades qui n'éclatent pas toujours. Le sergent radio de la compagnie lance un s.o.s. Au p.c. Marcelin à Lang-Son, qui, sans doute, l'a transmis à Hanoi, si bien que survient un petit avion de chasse Morane suivi d'un vieux Potez 35 qui, en rase-motte, font plusieurs passages au-dessus du village de Dong-En et des bosquets de bambous environnants, en les mitraillant copieusement, tandis que la deuxième Compagnie de légionnaires précédée par le Capitaine Cauvin et de moi-même à ses côtés, par petits bonds successifs, progresse et encercle le village dont la presque totalité des habitants prennent le fuite, laissant sur le terrain une quinzaine de morts, trois mitrailleuses, plusieurs bandes de cartouches de mitrailleuses et deux caisses de grenades.
Nous investissons le village, faisons quelques prisonniers, dont le chef supposé du village, et nous rentrons à notre base avec quelques blessés légers et un mort : le brave Sergent-Chef Klein qui conduisait le side-car dans lequel j'avais pris place.
Nuit du 23 au 24 Décembre 1940
En reconnaissance, aux côtés du Commandant Dumaine, chef d'un Bataillon de Tirailleurs Tonkinois, nous repoussons, dans les environs du village de Mai-Pha au sud-est de la Citadelle de Lang-Son, sans subir la moindre perte, une violente attaque déclenchée par une importante unité de l'Armée de la Libération du v.n.c.m.d.m.h.
Du 24 au 25 Décembre 1940
Toutes les troupes françaises stationnées dans la zone des opérations militaires, proche de la frontière sino-tonkinoise, sont consignées. Ma demande de permission pour me rendre à Hanoi, afin d'y passer les fêtes de noêl et du jour de l'an auprès de ma femme et de mon enfant m'est rigoureusement refusée. Mais les épouses des officiers et sous-officiers réfugiées dans le delta tonkinois peuvent très exceptionnellement être autorisées à venir voir leur mari à Lang-Son, pour un séjour strictement limité à quarante huit heures. Comme il y avait environ trois mois que mon épouse n'avait pas vu son mari, elle a pu obtenir l'autorisation exceptionnelle de venir me faire visite à Lang-Son. Un wagon de voyageurs raccordé à un train spécial avait été mis, en gare de Hanoi, à la disposition des épouses bénéficiaires de la même autorisation. C'est dans ces conditions que ma femme a pu me rejoindre dans une bâtisse sinistrée que j'avais très sommairement aménagée avec une table, deux chaises et un lit boiteux pour la recevoir, dans le coin de Lang-Son le moins exposé aux agressions.
Dès le jour de son arrivée, à la tombée de la nuit, les bruits lointains coutumiers des fusils mitrailleurs tirant en rafale, se sont rapprochés progressivement de nos retranchements dans la ville, des grenades ont explosé sans répit dans les rues de la ville, des balles perdues sont venues trouer la porte d'entrée du local provisoire où ma femme et moi avions aménagé un abri provisoire. Nos clairons ont sonné le rassemblement et le dispositif d'alerte a été aussitôt mis en place.
Tout au début de l'attaque je quitte mon épouse, visiblement émue mais courageuse, et je m'infiltre dans le réseau des tranchées permettant de rejoindre rapidement mon poste sans trop m'exposer aux dangers de la fusillade, après avoir mis entre les mains de mon épouse deux revolvers bien approvisionnés de munitions, afin qu'elle puisse se défendre, en cas d'agression possible. Les rebelles dissuadés par notre rapide réaction se replient en désordre en direction de la frontière. Le lendemain, dès le lever du jour, par un train spécial formé en gare de Lang-Son, toutes les épouses des officiers et sous-officiers sont repliées en totalité, dans les plus brefs délais, sur Hanoi où régnait encore un calme relatif.
26 Décembre 1940
Mon informateur "Fringant" me rapporte que dans la région de Diém-Hé, les rebelles ont constitué un stock d'armes et munitions important destiné à équiper les troupes rebelles en formation et à l'entraînement. Je transmet ces renseignements au Commandant Marcelin qui me demande si je suis volontaire pour conduire sur les lieux un détachement de légionnaires pour tenter de nous emparer de cet armement. Ayant accepté, le Commandant met à ma disposition un Aftrac et un commando composé de quatre légionnaires et d'un sous-officier du 3/5ème Régiment Etranger, que je dirige sur les lieux où nous nous emparons de deux caisses de grenades et six autres caisses contenant au total huit mille cartouches d'armes automatiques que nous réussissons à ramener à Lang-Son au prix de mille difficultés au moment de traverser un gué de l'arroyo Song-Ky-Ket, sous les rafales d'un fusil mitrailleur sorti de sa cachette. Cette opération réussie a fait l'objet du compte-rendu officiel N° 5845 du 27/12/40 de la Subdivision de Lang-Son.
30 Décembre 1940
Sur dénonciation d'un de mes informateurs occasionnels et avec son concours, j'ai réussi à capturer dans les environs du village Hoi-Hoan près de Dong-Dang, le chef pirate Tran-Trung-Lap surpris les armes à la main, le jour où il venait d'être enrôlé comme officier supérieur dans les troupes révolutionnaires du v.n.c.m.d.m.h. Je possède encore, comme trophée de guerre, une curieuse boussole asiatique saisie sur sa personne et qui lui servait à orienter sa troupe dans la brousse montagneuse de la frontière sino-tonkinoise. Ce pirate sera fusillé quelques jours plus tard à Lang-Son.
Du 1er Janvier 1941 au 5 Janvier 1942
Jétends et renforce mon réseau d'action directe d'investigations, d'information et de pacification, sur toute la zone montagneuse de la frontière sino-tonkinoise envahie, allant de Lang-Son à Ky-Lua, Na-Cham, That-Khé, Dong-Dang, Loc-Binh, Diem, Hé, Hoi-Hoan, Dong-Mo, Lang-Giai, Cho-Vang et Bang-Mac, en collaboration directe, presque quotidienne, avec trois officiers du s.r.m. : Le Capitaine Courthial et les Lieutenants : de Cossette et Houel, dont les rapports écrits, étoffés notamment par de nombreux renseignements confidentiels de ma provenance, sont transmis de la subdivision militaire de Lang-Son au deuxième bureau des s.r.m. qui siégeait sous la direction du Colonel Claverin et du Commandant Guiol, sur le terrain de la concession française située à proximité du théâtre municipal de Hanoi.
En Décembre 1941
Je rédige personnellement un ouvrage de cent cinquante pages intitulé : "Les activités de la Viet Nam Quoc Dong Minh Hoi" (Ligue pour la Libération du Viet-Nam) illustré par de très nombreux documents originaux authentiques et secrets recueillis par moi-même, prouvant les activités secrètes et l'aide déployées par les troupes japonaises aux rebelles annamites pour détruire l'autorité française en Indochine. Cet ouvrage daté du 20 Décembre 1941, édité en six exemplaires, a été remis discrètement par moi-même à monsieur Haelewyn, directeur du cabinet de monsieur le Gouverneur Général de l'Indochine et diffusé parmi les plus hautes autorités françaises : le Gouverneur Général de l'Indochine, le Résident Supérieur du Tonkin, le Général Commandant Supérieur des Troupes Opérationnelles, le directeur de la Sûreté Générale, le Directeur de la Justice et le président de la Commission Criminelle (Haute Cour de Justice Martiale).
La reproduction de la plupart de ces documents secrets illustrent l'ouvrage rédigé par l'Amiral d'escadre Decoux intitulé : "A la barre de l'Indochine" dédicacé par l'Amiral qui décrivit "comme suit" la situation en Indochine au moment des furieux combats maritimes anglo japonais qui eurent lieu le 8 Décembre 1941 à Pearl Harbour : "Le 8 Décembre à l'aube, alors que nous étions encore dans l'ignorance absolue de l'attaque de Pearl Harbour, toutes mesures utiles avaient été prisent par le Japon, non seulement à Hanoi, mais à Saigon et dans d'autres centres nerveux pour paralyser, en même temps que l'action du Gouvernement Général, celle du Haut Commandement et des Etats Majors des forces d'Indochine".
Plus tard, trois de mes amis, monsieur Haelewyn, Résidant Supérieur à Hué et monsieur Delsalle Administrateur des Services Civils Indochinois et son frère Inspecteur Principal de la Garde Indochinoise, très actifs contre les Japonais, sont arrêtés par la Kempetai, internés à Dong Ha, et transférés à Saigon. En cours de route, à Kratié, où ils font une halte, un Lieutenant japonais qui les escortait les emmènent hors de ville et les fait décapiter au sabre tous les trois.
Fin Décembre 1941
Après plusieurs mois de recherches et avec le concours de mes informateurs, j'arrive à détecter les traces sur la frontière sino-tonkinoise, à une centaine de kilomètres de mon poste, du plus redoutable parmi les protagonistes de la révolution indochinoise. Il s'agit de Nguyen Van Thanh originaire du Nghé-An alias Nguyen Ai Quoc (Nguyen qui aime son pays) alias Ho Chi Minh (oncle Hô qui propage le lumière), président du Parti Communiste Indochinois (p.c.i.).
De retour de Moscou, où il a fait plusieurs séjours à "l'Institut des Travailleurs Orientaux" créé par Staline, et dirigé par ses amis professeurs soviétiques, dans laquelle il a reçu des enseignements marxistes-léninistes poussés, Nguyen Ai Quoc, après avoir cheminé longuement en Chine entre Canton, Long Tchéou et Kao-Loon ,lieux de rassemblement des révolutionnaires soviétiques, africains et annamites, fait quelques courtes incursions clandestines au Tonkin, dans les provinces de Cao-Bang et de Lang Son, où il a présidé la 8ème session plénière du Parti Communiste Indochinois (p.c.i.) Au village de Pac-Bo (province de Cao-Bang) situé à quelques kilomètres de la frontière sino-tonkinoise.
Au cours de la séance, oncle Ho a défini le rôle à jouer désormais au Tonkin, par le Parti Communiste Indochinois (p.c.i.) et à ordonné à ses partisans de se ranger sans réserve dans le camp anti-fasciste mondial dont il situe le pivot en Union Soviétique à Moscou. Sous son égide un Comité Central du parti est constitué. Ce comité décide d'entreprendre immédiatement des préparatifs en vue de déclencher une insurrection armée en Indochine. Dans ce but, il préconise de former rapidement des unités de guérillas et d'auto-défense. Dans ce sens, il fait voter à l'unanimité une résolution ainsi libellée :
"Les tâches essentielles du Comité Central consistent à rassembler toutes sources vives du Viet Nam, de tenir ces forces toujours prêtes aux combats, de déclencher de multiples rebellions dans les villes et les villages pour ouvrir la voie à l'insurrection générale".
Un vieil ami de Ho Chi Minh assiste à ce congrès. C'est Dang Xuan Khu alias Truong Chinh (pseudonyme que l'on peut traduire en français par : "Longue Marche"). Il est élu président du comité central du p.c.i. Ce militant s'impose parmi ses pairs comme idéologue marxiste-léniniste convaincu, pur et dur, aussi agissant que son homologue Soviétique Souslov. Truong Chinh est considéré comme le dirigeant historique du Viet Nam, il occupe une place prépondérante au sein du parti politique constitué par Ho Chi Minh. C'est l'artisan principal de la création de Viet Nam Doc Lap Dong Minh Hoi (Ligue pour l'Indépendance du Viet Nam) désignée couramment sous l'appellation Viet Minh. Il est l'auteur d'un ouvrage ultra révolutionnaire intitulé : "La résistance vaincra" particulièrement violent, qu'il dédicace au cours de la séance. Avant de clore son intervention, il propose la mise en fabrication immédiate d'un drapeau rouge orné d'une étoile d'or qui sera l'emblème du Viet Minh. Cette proposition est adoptée à l'unanimité
Dès confirmation de ces renseignements, ils sont communiqués par mes soins au Lieutenant Colonel Jayet commandant la Subdivision militaire de Lang Son et au Contrôleur de la Police Spéciale de Sûreté Paul Pujol à Hanoi.
6 Janvier 1942
Très affaibli, considérablement amaigri, dans un état cachectique, épuisé par le paludisme et la dysenterie amibienne, contractés au cours des opérations de pacification et de résistance aux Japonais et aux autochtones pro-japonais, dans la brousse de la région frontière sino-tonkinoise, à bout de souffle, en l'absence d'un médecin sur les lieux, le Lt-Colonel Jayet, chef de la Subdivision militaire, prend l'initiative de m'évacuer d'urgence de la ville forteresse de Lang-Son, dans une ambulance militaire, où j'ai perdu mon sang en abondance, qui m'a conduit à l'hôpital militaire de Lanessan où je suis admis aussitôt dans une chambre occupée par l'adjudant chef Christle Dirr, du 3ème bataillon du 5ème régiment de la Légion Etrangère dont le corps ensanglanté était criblé par plusieurs balles de mitraillette.
Dans cette chambre j'ai partagé les souffrances et l'infortune de ce camarade de combat, ainsi que les soins attentifs et dévoués des médecins militaires : Capitaine Veyre, Commandant Saint-Etienne et Colonel Riou, célèbre par les résultats acquis par l'application de sa thérapeutique dans les cas d'amibiases sévères.
Après quatre mois de traitement médical, mon état de santé s'étant amélioré, je suis transféré, de l'hôpital militaire de Hanoi (Tonkin) sur l'hôpital militaire de Dalat (sud Annam) où je reçois des soins complémentaires qui me sont donnés efficacement par le Médecin-Chef Commandant Chabaud jusqu'au 2 Septembre 1942.
Du 3 Septembre 1942 au 8 Mars 1945
Apparemment consolidé pour les affections contractées dans la brousse de la frontière sino-tonkinoise, sur ma demande, je suis mis exéat de l'hôpital de Dalat. Invalidé, libéré, rendu à la vie civile et renvoyé dans mes foyers. Je quitte Dalat et reviens à Hanoi où mon ami Henri Rochat, ancien président de la Chambre de Commerce du Tonkin, met à ma disposition une résidence secondaire dont il est propriétaire au 8 rue Do Huu Vy, dans une villa double, habitée par moitié par un vieux commerçant japonais nommé Shimomura, propriétaire d'un "bazar japonais" installé rue Beauchamp sur les bords du petit lac "Ho Hoan Kiem" de Hanoi.
Dès mon arrivée dans ces lieux, je quitte mon uniforme et mon képi d'officier de police temporaire orné de deux galons blancs, dont j'étais coiffé durant les opérations militaires effectuées dans le secteur frontalier de Lang-Son et je revêts une tenue civile. Je range mon uniforme et mon képi dans une cantine que je dépose dans une pièce annexe à mon logement, contigu à celle réservée au cuisinier annamite que je venais de recruter. Je dissimule ensuite soigneusement dans le grenier, hors de la vue de tout indiscret, dans une cachette très difficile à découvrir, entre la base des tuiles et une large poutre faîtière, mes trophées de guerre constitués par une curieuse boussole artisanale chinoise saisie sur le chef rebelle annamite Tran Trung Lap, officier dans l'armée japonaise, surpris les armes à la main dirigées contre moi, ainsi qu'un mousqueton d'artillerie, deux revolvers d'artilleurs et plusieurs chargeurs approvisionnés de nombreuses cartouches, le tout ramassé sur les champs de bataille de la frontière sino-tonkinoise aux mois d'Octobre, Novembre et Décembre 1940.
Le temps que j'ai passé dans les zones d'opérations militaires sur la frontière sino-tonkinoise a donné lieu aux inscriptions suivantes sur la page 34 de mon livret individuel des troupes coloniales :
- Campagne double contre les Japonais, période comprise entre le 20 Septembre et le 15 Octobre 1940, et
- Campagne double contre les Japonais, période comprise entre le 01 Décembre 1940 et le 28 Janvier 1941
En Février 1945
A Yalta s'ouvre la célèbre conférence internationale désastreuse pour la France où siègent Roosevelt président de u.s.a., Staline président de l'u.r.s.s., Churchill président de la Grande-Bretagne.
Au cours des séances ouvertes du 4 Janvier au 11 Février 1945 dirigés par le président Roosevelt, des décisions destinées aux règlements juridiques et politiques de la paix sont prises au détriment de la France non consultée.
Coup de force Japonais du 9 mars 1945
Souvenirs d'un rescapé
Attaque et investissement de la Citadelle de Hanoî par lennemi
Sur le plan géographique de Hanoi ci-annexé, on peut voir les distances parcourues et les positions occupées successivement par le franc-tireur René Veyrenc, indiquées par les lettres de l'alphabet A jusqu'à F, depuis le début des furieux et sanglants combats livrés par les Français et Indochinois pour la défense de la Citadelle, contre les assauts multiples et acharnés des troupes japonaises, jusqu'à sa capture suivie de son internement pour actes de résistance caractérisés accomplis dans les circonstances suivantes :
A - A 19 h 50
Départ de René Veyrenc du grand marché "Dong-Xuan" de Hanoi, chargé du ravitaillement de femmes et enfants évacués sur la montagne Tam-Dao depuis les bombardements aériens des principales villes du Tonkin.
B - 20 h 00
René Veyrenc, revêtu de son habit civil ordinaire, arrive au niveau du grand château d'eau de Hanoi situé au début du boulevard Carnot. A ce moment précis, très soudainement survient une première vague d'assaut japonaise provenant de la digue de Yen-Phu bordant les rives du Feuve Rouge, ouvrant un feu nourri en direction des sentinelles en service qui sont abattues devant le commissariat de police du 2ème arrondissement et devant les bâtiments militaires situés en bordure des remparts nord de la citadelle. Dans la nuit noire, inaperçu des assaillants, René Veyrenc se précipite et se cache dans les tranchées profondes creusées la veille sur les pelouses environnant le château d'eau.
C - Vers 20 h 10
Voyant s'approcher une seconde vague d'assaut japonaise, René Veyrenc sort furtivement des tranchées, se dirige en rampant sous la mitraille et fait la jonction avec une unité du 4ème r.a.c. Mettant en batterie deux pièces de canons de 75 mm de campagne, pointées dans l'axe de la rue Do Huu Vy, en direction du blockauss nord d'où arrivaient d'autres vagues d'assaut nippones. Bien que revêtu d'un habit civil, réserviste n'ayant pas reçu un seul ordre de mobilisation, de sa propre initiative René Veyrenc aide en vitesse à son passage le canonnier "pourvoyeur" à approvisionner en obus les pièces de 75 mm aussitôt mises en action.
D - Vers 20 h 20
Chassé par un sous-officier chef de pièces, René Veyrenc quitte ces lieux et, par petits bonds successifs, en rampant sous le bombardement et la mitraille intensifs, rejoint l'abri situé 8 rue Do Huu Vy où il avait constitué un petit dépôt d'armes défensives, cachées depuis son retour de la zone des opérations militaires de Lang Son auxquelles il avait participé. Saisi d'un mousqueton d'artillerie et d'un pistolet automatique récupérés sur les champs de bataille en 1940, il ouvre un feu continu sur les assaillants Japonais qui tentaient d'approcher de son abri.
Vers 20 h 55
Sur appels angoissés provenant d'un abri situé dans le jardin d'une villa voisine, René Veyrenc rejoint, sous le bombardement et la mitraille de plus en plus intensifs, un petit groupe de francs tireurs franco- indochinois, articulé par un adjudant aviateur qui n'avait pas pu rejoindre la base aérienne de Bac Mai. Dès lors, René Veyrenc poursuit en commun l'action défensive jusqu'à l'après-midi du lendemain, à l'heure où l'on a commencé à entendre le début des sonneries des clairons de l'armée française, provenant des quatre coins des remparts de la Citadelle, transmettant l'ordre de cesser le feu.
Le 10 Mars vers 16 h 30
Les tirs des armes automatiques et de canons s'apaisent. Lorsque n'étaient plus perceptibles que les bruits de quelques coups de fusils tirés de part et d'autres, René Veyrenc et l'adjudant aviateur Gougo sortent de leur abri, les armes à la main parcourent les rues Do Huu Vy, Bourrin, l'avenue du grand Bouddah et le boulevard Carnot jonchés de cadavres de Français et Indochinois, chassent les hordes de pillards annamites détroussant les cadavres et dévalisant les immeubles environnants désertés par les familles françaises évacuées.
Au cours de cette action survient une patrouille composée d'une dizaine de militaires Japonais qui nous arrachent nos fusils des mains, vociférant des cris, nous intimant des ordres impératifs menaçants de la crosse de leurs fusils et nous dirigent sur la porte nord de la Citadelle où nous rejoignons un groupe important de soldats français désarmés prisonniers, auxquels les honneurs militaires sont rendus par une unité japonaise qui leur inflige néanmoins le spectacle navrant et éprouvant de la descente de nos couleurs qui flottaient encore sur la Citadelle et auxquelles les nippons vainqueurs substituent leur drapeau de l'Empire du Soleil Levant.
Dès la fin de cette triste "cérémonie", René Veyrenc revêtu de son habit civil réussit à sortir par la porte nord de la Citadelle et à prendre la fuite. Bien dissimulé dans la véranda d'une villa du boulevard Carnot, René Veyrenc aperçoit, avant la tombée de la nuit, le médecin-Général Botréau-Roussel et le Général Mordant commandant en chef des armées françaises en Indochine désarmés, encadrés par cinq ou six militaires japonais armés, déboucher du quartier des villas françaises situées rue Destenay, qui se rendaient à pas lents sur le terrain vague limitrophe des remparts de la Citadelle en direction d'un véhicule automobile japonais en stationnement.
Arrivés auprès de cette voiture les deux officiers généraux français, toujours bien encadrés de militaire nippons, prennent place dans ce véhicule du type fourgon, qui démarre en vitesse en direction du centre ville où ils ont été internés.
E - Le 16 Mars
Au petit matin, René Veyrenc repéré à Dap-Cau dans sa dernière cachette, appréhendé par cinq gendarmes armés portant le brassard des agents de la Kempetai (organisme similaire à la Gestapo) est transféré au camp de concentration de Hanoi où il est interné jusqu'au 4 septembre 1945.
F - Le 5 Septembre 1945
Près d'une des portes de sortie de la Citadelle de Hanoi, René Veyrenc rencontre incidemment à l'intérieur des remparts et prend contact avec des hommes inconnus, revêtus d'uniformes couleurs kaki portant les galons argentés d'officiers supérieurs de l'armée française, qui lui posent diverses questions auxquelles il répond et lui proposent une mission à remplir ultérieurement, sous leurs ordres, dans le Sud Indochinois. René Veyrenc accepte cette proposition qui sera mise à exécution à partir du 29 décembre 1945 date à laquelle il reçoit un ordre de mission officiel signé par le Commandant Veyrenc de la mission "5", nouvellement promu Commissaire de la République Française.
Coup de force japonais
Réminiscences d'une Saint-Barthélémy "historique"
Nuit du vendredi 9 au samedi 10 Mars 1945
Libéré depuis le 3 septembre 1942, date à laquelle, sur ma demande, j'ai été mis exéat de l'hôpital militaire de Dalat (sud-Annam), convalescent, je me trouve mêlé à la population civile uniquement masculine européenne résidant à Hanoi (Tonkin), car toutes les femmes et les enfants de race blanche avaient été, depuis plusieurs mois, obligatoirement évacués en bloc, sur la station d'altitude Tam-Dao, située à une centaine de kilomètres de la capitale indochinoise, à la suite des alertes journalières continuelles et des bombardements meurtriers fréquemment exécutés par les armées de l'air de nos alliés anglais et américains.
Après avoir, ce soir du 9 mars, fait quelques emplettes pour le ravitaillement des femmes et enfants européens réfugiés sur la montagne Tam-Dao, je reviens de nuit et à pied, en direction de mon abri situé Rue Do Huu Vy, du grand marché couvert Dong Xuan situé dans la Rue de la Soie qui, par ordre du Résident Maire et par mesure de sécurité, était fermé le jour et n'ouvrait ses portes qu'au début de la nuit, les bombardements aériens sur Hanoi n'ayant lieu généralement que le jour et jamais la nuit.
Soudain, à 20 h précises, alors que j'arrive au niveau du Square du Grand Château d'Eau entouré de tous côtés par plusieurs tranchées profondes, aboutissant à des abris souterrains inoccupés, j'aperçois à une centaine de mètres de moi, débouchant de la Rue de l'Hôpital Chinois et se dirigeant vers la Rue Maréchal Joffre, une première vague compacte de soldats Japonais bien armés, ceux du premier rang étaient munis de lance-grenades offensives, les autres de fusils baïonnette au canon, ou porteurs de mitrailleuses légères, tous bien alignés en rangs serrés par dix, chaussés de sandales spéciales en caoutchoucs (appelées "pied de cochon" par les soldats français), groupés en une épaisse formation carrée, très mobile, foncer en masse compacte, et en sourdine, au pas de gymnastique accéléré, en direction des immeubles du Commissariat de Police du 2ème Arrondissement et du grand bâtiment à étages où le Commandement de l'Air français avait établi son p.c., Au début de la Rue Maréchal Joffre.
Cette vision impressionnante ranime subitement en moi le souvenir d'une conversation échangée tout récemment avec mon compatriote et ami Charles Fleutot originaire de Hanoi, avec lequel j'ai co-habité durant plusieurs années dans un même immeuble du boulevard Doudard de Lagrée. Toujours bien informé sur les événements intéressant la défense nationale en Indochine, Charles Fleutot avait reçu des informations secrètes recoupant les miennes, selon lesquelles nous aurions à subir, entre le 8 et le 12 mars, une attaque brutale et généralisée sur tous les fronts de notre défense, en préparation dans l'armée japonaise d'occupation : ces informations avaient été transmises, bien avant cette attaque, aux autorités supérieures de la Sûreté Générale du Tonkin.
Instinctivement, un réflexe spontané me propulse du bord de mon chemin au fond d'une des tranchées profondes, la plus proche, dans laquelle je saute en flèche et sans bruit, échappant ainsi, dans l'obscurité totale, aux assaillants qui me dépassent sans me voir
Du fond de cet abri provisoire, j'entends les cris rauques poussés, sans doute, par l'officier Japonais commandant la troupe en marche, donnant l'ordre d'ouvrir le feu. Simultanément la mitraille et les explosions de grenades illuminent de bruyants éclairs le ciel obscur. Dans le premier quart d'heure de l'attaque, de l'abri de la tranchée que j'occupe, je vois tomber, sous les balles ennemies, successivement toutes les sentinelles françaises et indigènes frappées par surprise, alors qu'elles gardaient l'accès du Commissariat de Police du 2ème arrondissement et celui du p.c. de l'Armée de l'Air française.
Tandis que la première vague des assaillants nippons prenait possession de ces bâtiments, je vois venir une seconde vague d'assaut ayant la même formation que la première, s'enfoncer dans la Rue Maréchal Joffre, le long des remparts de la Citadelle. A ce moment les sirènes françaises implantées dans tous les quartiers de la ville de Hanoi, se mettent à mugir en un concert assourdissant et lugubre mêlé au crépitement des fusils et mitrailleuses, accompagnés d'explosions de grenades et d'obus de mortiers en pleine action.
Les troupes françaises de Hanoi étaient déconsignées depuis quarante huit heures avant l'attaque, malgré les avertissements donnés à toutes les hautes autorités civiles et militaires par mon ami Charles Fleutot, toujours bien informé.
Nos hautes autorités civiles et militaires ne se faisaient pourtant aucune illusion sur les projets belliqueux de l'armée japonaise d'occupation, le nom du code secret qui devait informer les postes français d'une soudaine attaque japonaise avait été choisi depuis longtemps et était sans équivoque celui de "Saint Barthélémy" qui constituait tout un programme.
Cependant, partout où la chose est possible, la résistance civile et militaire individuelle ou collective s'organise.
Le spectacle de cette nouvelle agression nippone qui s'offre à mes yeux, ranime aussitôt en moi, l'esprit du devoir à remplir pour la défense de nos couleurs et de la liberté.
Alors que je n'étais pas sous le coup d'un ordre militaire de mobilisation et que j'étais revêtu d'un habit civil, je décide volontairement de prendre part personnellement et immédiatement, à tous les combats de résistance civile à livrer contre l'envahisseur japonais.
Sans hésitation, je me dirige à l'extrémité de la tranchée étroite débouchant au plus près de mon abri habituel situé Rue Do Huu Vy où j'avais caché les armes récupérées en 1940/42 sur les champs de bataille de Lang-Son, au début de l'invasion japonaise, sur la frontière sino-tonkinoise.
Arrivé au bout de la tranchée, à mi-chemin de mon abri de la Rue Do Huu Vy et de la porte nord de la Citadelle, située boulevard Carnot, j'aperçois une unité du 4ème régiment d'artillerie coloniale qui poussait deux canons de campagne de 75 mm. Instinctivement, sous la mitraille, je rejoins volontairement cette Unité. Sans avoir reçu aucun ordre, j'aide à la mise de la batterie et à l'approvisionnement en obus de ces deux pièces d'artillerie de 75 mm dont les pointeurs en hauteur et en direction, désignés prennent place à leur poste assigné par les chefs de pièces.
Dans le vacarme de la mise en place de cette demi-batterie de campagne je perçois difficilement, entrecoupés et fragmentés par les déflagrations diverses, les ordres énergiques donnés par le Commandant de batterie : "Artilleurs, à vos pièces !". "Devant vous des vagues d'assaut japonaises à huit cents mètres environ - Charges alternatives d'obus percutants et d'obus explosifs" - "Plateau zéro, tambour cent!" "Dans l'axe de la Rue Do Huu Vy, feu à volonté!". Et aussitôt, à une cadence très rapide, une pluie d'obus de 75 mm s'abat au niveau du sol de cette artère principale, en bordure de laquelle se situe mon abri habituel.
Ce premier tir de barrage stoppe un moment la progression des assaillants qui quittent le milieu de la rue et se reforment en deux files distinctes sur les deux trottoirs opposés.
Je profite de cet instant pour franchir, sous la mitraille, en rampant et par petits bonds en avant, la distance qui me sépare de mon abri habituel, situé à moins de deux cents mètres d'une vague d'assaut japonaise.
A plat ventre, par bonds successifs dans la nuit noire, inaperçu de l'ennemi, j'arrive jusqu'à la porte de mon abri, par laquelle je pénètre et m'introduis jusqu'au grenier où j'avais caché mes armes défensives. Dans l'obscurité la plus complète j'extrais de ma cachette un mousqueton d'artilleur, deux revolvers, avec une musette remplie de cartouches et je descends du grenier, ainsi armé, dans la pièce située au premier étage où j'avais laissé, à mon départ en direction du grand marché, la fenêtre grande ouverte donnant sur la Rue Do Huu Vy où se profilaient des vagues d'assaut japonaises.
Accroupi derrière cette fenêtre ouverte, j'aperçois plusieurs petits groupes de soldats Japonais débouchant de la Rue Bourrin qui tentaient de s'infiltrer dans la cour de l'Ecole Normale dont les bâtiments se situent à une centaine de mètres de la porte nord de la Citadelle. Cette troupe traînait plusieurs petits mortiers montés sur affûts minuscules, dont les jantes des roues de 35 cm de diamètre environ, étaient entourées de tresses de paille de riz qui rendaient leur roulement insonore, pour ne pas éveiller l'attention de la défense française.
De derrière cette fenêtre où, camouflé, je m'étais embusqué en franc tireur, j'ouvre un feu nourri en direction des petits mortiers qui reçoivent au même moment un jet de grenades. Les assaillants se replient pour se retrancher ailleurs et abandonnent sur place les mortiers qu'ils véhiculaient mais qui seront repris une heure environ plus tard par une nouvelle vague d'assaut renforcée.
Un petit groupe de soldats Japonais se détache de la nouvelle vague d'assaut et arrive à hisser plusieurs de ces petits mortiers sur les toits-terrasses des bâtiments de l'école normale dominant plusieurs casernes françaises situées à l'intérieur des remparts de la Citadelle, qui seront harcelées sans répit, toute la nuit, par les petits obus tirés par ces mortiers.
D'heure en heure les bombardements s'intensifient, le rythme des vagues d'assaut japonaises augmente. Les canons français mis en batterie devant la porte nord, crachent du feu sans arrêt. Le Général d'Artillerie Massimi fait mettre en batteries près d'une dizaine d'autres canons de 75 mm, pour garder les accès des portes sud, est et ouest de la Citadelle.
La bataille fait rage toute la nuit.
Carnage affreux. Sur tout le pourtour des remparts des attaques d'une violence inouïe se multiplient. La grosse artillerie japonaise massée près du "Banc de sable" sur la rive droite du Fleuve Rouge, un peu en amont de l'immense pont Doumer, dirige ses tirs sur la Citadelle. Dans le ciel embrasé par les obus qui éclatent en séries à toutes les minutes, je vois s'élever des fusées éclairantes de couleurs tantôt rouges, tantôt vertes, tantôt blanches destinées au réglage des tirs d'artillerie.
Pendant toute la nuit, en franc tireur, je ne cesse de tirailler sur les flots d'agresseurs situés à portée de fusil. Peu après minuit des cris, des vociférations, des rumeurs lointaines, d'une amplitude extraordinaire, parviennent à mes oreilles. Elles proviennent de masses considérables d'assaillants Japonais qui viennent de pénétrer à l'intérieur de la Citadelle par une importante brèche qu'elles venaient d'ouvrir à l'aide d'un énorme et très lourd rouleau compresseur, dans la partie la moins épaisse des remparts de la Citadelle, située du côté du boulevard Victor Hugo.
Les troupes blanches et indigènes de l'intérieur de la Citadelle opposent pendant des heures une résistance farouche à l'agresseur. Marsouins, Bigors, Légionnaires, Artilleurs et aussi les vaillants Tirailleurs Indochinois, en particulier ceux de race "radhée" se défendent bâtiment par bâtiment, étage par étage, avec un courage admirable. A un contre dix, ces combats acharnés durent pendant près de deux jours dans le vacarme infernal de la mitraille et des bombardements d'artillerie qui s'abattent à l'intérieur de la Citadelle assiégée.
Le 11 Mars
Vers deux heures du matin, j'ai l'impression que mon poste de combat est repéré par l'ennemi. La fenêtre derrière laquelle je suis retranché devient une cible plus particulièrement visée par l'ennemi parmi tant d'autres. Elle est criblée d'impacts de balles qui s'écrasent sur le mur situé derrière son embrasure. La moustiquaire qui encadre le lit de Hong-Kong dressé devant ce mur est littéralement hachée par la grêle des projectiles qui la transforme en charpie. Je décide d'abandonner ce poste devenu plus que jamais intenable surtout depuis que j'ai pu apercevoir la mise en batterie, sur le balcon de l'appartement du civil Japonais Shinomura, contigu à celui que j'occupe, d'une mitrailleuse braquée en direction de la Citadelle aussitôt mise en action par des soldats japonais.
Je descends dans la cour où pleuvent balles traceuses et éclats d'obus de tous calibres. Plaqué derrière un mur aveugle parallèle à la Rue Do Huu Vy dont le sol est déjà couvert de nombreux soldats français morts ou blessés, j'entends faiblement des paroles inintelligibles et des appels prononcés en langues française et annamite, provenant de plusieurs personnes situées de l'autre côté du mur mitoyen qui me sépare d'une villa occupée habituellement par des militaires français, "mariés" à des femmes annamites. Discrètement nous établissons la liaison verbale et j'accepte de me joindre à eux pour renforcer notre défense commune et créer le maximum d'obstacles aux agresseurs.
De son côté mon voisin français me jette dans mon jardin par- dessus le mur haut de trois mètres environ, une petite échelle légère en métal d'aluminium que je dresse de mon côté contre ce mur mitoyen que j'escalade, emportant avec moi la lourde charge de mon mousqueton, de mes deux revolvers, et de ma musette garnie de munitions, pour faire la jonction avec mes voisins.
Aussitôt après avoir sauté de l'autre côté du mur, je suis accueilli dans le vacarme des armes à feu par un homme jeune, vêtu de l'uniforme de l'armée de l'air français, qui se présente : "Adjudant Gougo de l'Escadrille basée sur l'aérodrome de Bach-Mai (à 12 km environ de Hanoi) en permission de 24 heures chez ma concubine "Thi-Hoa-Sên" accompagnée de son petit frère "Em Nam", armés pour notre défense de fusils de chasse et d'un autre fusil du type 22 Long Rifle, que nous rejoignons dans une tranchée bétonnée profonde, parallèle à une murette d'enclos surmontée d'un grillage, bordant la Rue Do Huu Vy balayée par la mitraille et la canonnade et d'où l'on pouvait risquer d'apercevoir par-dessus la murette, tous les mouvements locaux des combattants.
Chaque fois que les bruits des armes diminuent d'intensité, nous voyons apparaître des équipes d'infirmiers et brancardiers Japonais bien équipés, entraînés et disciplinés, tous munis d'un tampon aseptique filtrant blanc, appliqué sur leur nez et leur bouche, qui se précipitent pour relever les blessés et enlever tous les morts Japonais, tandis qu'ils laissent sur place les morts Français sans apporter le moindre secours aux blessés Français.
Souvent, l'adjudant Gougo sa famille indigène et moi-même, avons tenté de traîner et haler sous la mitraille jusqu'à nous, pour les soigner, les corps des blessés Français allongés et immobilisés sur le sol de la Rue Do Huu Vy, mais, chaque fois des rafales de mitraillettes japonaises nous prenant comme cible, nous ont empêché d'arriver jusqu'aux blessés, et nous ont contraints à rebrousser chemin jusqu'à notre abri, sans avoir pu leur apporter le moindre secours. Aucune ambulance française n'a pu arriver jusqu'à ceux dont nous avons entendu toute la nuit les gémissements, cris de douleurs et râles jusqu'à ce qu'ils soient morts.
Soudain, peu avant le lever du jour du 11 mars, nous sommes secoués dans notre tranchée, par une explosion gigantesque dont le bruit formidable retentit, provenant de la Citadelle, et dépasse amplement le vacarme continu de la canonnade devenu habituel. Nous apprenons plus tard qu'un explosif de gros calibre aurait percuté, en plein milieu, notre poudrière, dépôt d'armes et munitions entièrement détruits par l'explosion. Depuis cette formidable explosion, les bruits de nos canons faiblissent progressivement, les rafales de mitrailleuses, les éclatements de grenades diminuent d'heure en heure, les approvisionnements en munitions étant en voie d'épuisement.
Nous espérions l'arrivée en parachutes, d'un renfort substantiel de nos Alliés américains. mais un seul avion américain venant de la direction de Kun-Ming (Chine du Yunnan) apparut très haut dans la ciel, fit plusieurs tours au-dessus de Hanoi sans intervenir, ni être la cible de la d.c.a. japonaise qui n'a pas réagi. On a pu supposer que des aviateurs américains ont pris simplement des photos des combats qui se déroulaient sur terre avant de retourner en vitesse à leur base.
La défense courageuse de nos soldats a commencé à faiblir sous la poussée considérable et la vigueur des assaillants très nettement supérieurs en armes et en nombre. l'un après l'autre, plusieurs bâtiments situés à l'intérieur de la Citadelle sont investis par l'ennemi.
Réalisant qu'il allait être encerclé par les forces ennemies très supérieures en nombre, le Général en Chef Mordant brûle certains papiers, quitte rapidement les lieux, s'échappe par une brèche ouverte dans les remparts et se replie dans la villa du Médecin Général Botréau-Roussel, située dans le quartier de la Rue Destenay. Peu de temps après ce repli, j'assiste à sa capture et à celle de son hôte le Médecin Général Botréau-Roussel.
Sous mes yeux un détachement de gendarmes japonais, porteurs du brassard de la "Kempetai" les appréhende, les conduit sous bonne escorte armée de fusils baïonnette au canon, jusqu'à un petit fourgon stationné au milieu du terrain vague, face à la brèche récemment ouverte dans les remparts de la Citadelle. Quelques minutes plus tard, je vois partir le fourgon dans la direction de la Cité Policière du boulevard Gambetta où le Général en Chef et son hôte seront probablement immobilisés dans une des villas de la cité, avec plusieurs autres notabilités françaises, civiles et militaires de Hanoi, déjà prisonniers des Japonais.
En fin d'après-midi du 11 mars je perçois faiblement parmi les bruits assourdissants de la canonnade et de la mitraille, celui des clairons français, sonnant sans relâche le "cessez- le-feu" provenant des quatre coins des remparts de la Citadelle. Cette sonnerie se répète sans arrêt pendant des heures. Elle ne réussit à faire taire les armes qu'au moment où les survivants Français ont épuisé leurs dernières munitions. C'est alors que, submergés par les assaillants, ils cessent les combats.
Le bruit des armes à feu ayant cessé progressivement, je sors de la tranchée où j'étais dissimulé à mon poste de franc- tireur, après avoir caché mes armes encore chaudes. Je me rapproche d'un groupe de survivants français désarmés prisonniers, rassemblés derrière la porte nord de la Citadelle, dans la position du garde-à-vous. J'entends un ordre bref formulé par l'officier Japonais commandant l'Unité encadrant les prisonniers français. Très ému, les larmes dans les yeux, je vois amener notre drapeau tricolore qui flottait encore sur la Citadelle, remplacé aussitôt par le drapeau blanc et rouge de l'Empire du Soleil Levant, tandis que les troupes ennemies, pourtant démunies de sensibilité, nous présentent leurs armes et nous rendent les honneurs militaires, reconnaissant ainsi notre courageuse attitude défensive au cours de cette furieuse attaque.
Aussitôt après avoir assisté à ce spectacle cruel et inoubliable, je réussis grâce à des complicités, à sortir de la Citadelle au risque d'être abattu, tout comme ont aussi réussi à sortir notamment le Colonel Vicaire, adjoint au Général Mordant, chef des Services de Renseignements Militaires au Tonkin et plusieurs autres résistants, dont j'ignore encore les noms.
Un plein "cairo" (grand panier annamite) rempli d'éclats d'obus de toutes dimensions, pesant ensemble près de dix kilos que j'ai ramassés après les combats le soir du 11 Mars 1945, sur les terrain de soixante mètres carrés de surface de l'enclos entourant, du 9 au 10 et du 10 au 11 mars 1945 mon poste de combat, a pu donner une idée de l'intensité de la bataille et des bombardements d'artillerie qui ont eu lieu très près de moi durant ces journées tragiques du Coup de Force Japonais dont je suis l'un des rares rescapés.
Au moment du "cessez-le-feu", il y avait déjà de nombreux Français tués et plus de 300 blessés à l'intérieur de la Citadelle. j'ai vu et compté plusieurs centaines de cadavres de militaires et de civils français et annamites, étendus morts sur les voies publiques dans le seul quartier de la Rue Do Huu Vy, à l'extérieur des remparts de la Citadelle.
Pour bien faire voir aux habitants annamites et à tous autres de nationalités asiatiques résidant à Hanoi, la supériorité militaire et l'ampleur de leur victoire sur les blancs, les Japonais vainqueurs et xénophobes, laissent sur place et retarderont très longtemps le ramassage et l'inhumation des Français qu'ils ont sauvagement massacrés.
Ce n'est que plusieurs semaines plus tard que tous ces cadavres longuement exposés à la chaleur tropicale, détroussés par les pillards, réduits à l'état de décomposition avancée, pourront être transportés au cimetière, pour être enterrés sommairement dans de vastes charniers, par un groupe de prisonniers français, dont je fais partie, désignés pour accomplir cette corvée macabre et placés sous la surveillance étroite et la contrainte des sentinelles japonaises armés d'un fusil baïonnette au canon ou d'une mitraillette.
Au cours de cette nuit d'épouvante, l'armée japonaise, très supérieure en nombre et en matériel, a frappé avec une sauvagerie inégalée et au mépris des règles les plus élémentaires de la guerre. Elle a réduit à néant, dans tout le sud-est asiatique le prestige des blancs en général, et des Français en particulier. A partir du 9 mars 1945 la perte de la souveraineté française en Indochine semble inévitable et la situation paraît irréversible.
A la même heure, dans toute l'Indochine française, toutes les villes, tous les postes de défense, toutes les garnisons françaises ont subi et ont succombé aux mêmes attaques, aux mêmes violences, au cours de ce terrible coup de force japonais, crime atroce qui vaudra à l'armée japonaise l'indignation des nations civilisées bien informées.
Dans la journée du 9 mars 1945, l'ambassadeur Matsumoto du Japon avait remis à l'Amiral Decoux, Gouverneur Général, chef suprême de l'armée française en opération en Indochine, un ultimatum inacceptable. Il exigeait : "le rattachement des troupes françaises au commandement nippon et l'assurance de défendre l'Indochine jusqu'au bout, contre toute agression des forces anglo-américaines".
Sans attendre la réponse et l'expiration de cet ultimatum fixée à 21 heures, les troupes japonaises ont lancé sauvagement la totalité de leurs troupes sur l'ensemble de l'Indochine, à 20 heures dès le début de la nuit.
Près de quatre vingt mille militaires Japonais parfaitement armés et aguerris ont attaqué en Indochine six mille soldats français dont l'équipement désuet, périmé comprenait des réserves en munitions mal réparties et ne pouvant permettre plus d'une soixantaine d'heures de potentiel d'actions de feu en défense.
A Hanoi, en position de franc-tireur sous les remparts, j'ai vu dix mille Japonais environ hurlants comme des bêtes sauvages, se ruer en masses compactes successives, dans la nuit, à l'assaut de la Citadelle dont les défenseurs français évalués à six cents hommes environ, se sont battus avec acharnement pendant plus de vingt quatre heures sans discontinuité, durant lesquelles 50 % ont été massacrés. A Dong-Dang (où j'ai combattu et où le colonel Loubet a été abattu par les Japonais à proximité d'un des postes que j'ai occupé en 1940) la garnison de la caserne, victime de l'action de l'artillerie lourde japonaise a été contrainte à cesser le feu.
Le général Japonais qui dirigeait l'attaque de ce poste frontalier a félicité chaleureusement le capitaine Anosse chef de ce poste, pour son courage exemplaire, l'a ensuite assommé avec son sabre et lui a fait éclater la tête d'un coup de revolver. Les 55 combattants survivants, dont 35 indochinois, ont été décapités au sabre.
A Lang-Son (où le 30 novembre 1940 j'ai participé avec le 3ème bataillon du 5ème régiment de légion étrangère, commandé par le commandant Marcelin, à la reprise de possession de cette Citadelle), le général Lemonier à eu la tête tranchée le 9 mars 1945 pour avoir refusé de donner à ses troupes l'ordre de se rendre.
Les 9 et 10 mars 1945 tous les prisonniers, attachés par groupes de dix ont été exécutés à la baïonnette et au fusil mitrailleur, contraints à s'agenouiller au bord d'une tranchée. Les blessés survivants ont été presque tous achevés au sabre ou à la pelle. Un seul, couvert de blessures, aurait peu de temps survécu.
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