R.J. POUJADE
076
Cours martiales dIndochine
Tome I
Un marsouin à la "barre de lIndochine
"GUERRE 1939/1945
NICE - Octobre 1990
Analyse du témoignage
Écriture : 1985 .-.150 Pages
POSTFACE de Jean-Louis ARMATI
Cest un aspect peu connu de la seconde guerre mondiale que nous relate R.J. Poujade dans son récit "Cours Martiales dIndo-Chine" dont les deux volumes "Un marsouin à la Barre de lIndo-Chine" et "Dans la gueule du Ma Koui" sont à la fois étonnants et passionnants :
Les relations coupables du Haut-Commandement français en Indochine avec lOccupant japonais, jusquà la fin de 1944 étaient-elles, comme la affirmé lAmiral Decoux après la guerre destinées à berner lOccupant et justifiées par le "double jeu" ?
R.J. Poujade semble penser le contraire et les exemples quil donne de la férocité avec laquelle des militaires et civils français dont les sentiments gaullistes leur ont valu les pires sévices de la part de concitoyens appliquant aveuglément la politique de Vichy et prévenant même de la manière la plus servile les désirs du Commandement japonais sont bien dans la logique de sa thèse que corrobore le témoignage dun Officier de lÉtat-Major japonais retrouvé par lui après la guerre.
It is a fairly unknown aspect of World War II that R.J. Poujade tells us about in his story "Court Martial of Indochina'', and the two volumes of which, "A marine at the helm of the Indo-Chine" and "In the mouth of the Ma Koui", are both astonishing and gripping.
The culpable relationships between the French high command in Indochina and the Japanese occupier until the end of 1944 were they, as Admiral Decoux claimed after the war aimed at deceiving the enemy and justified by the double game.
R.J Poujade seems to have a different opinion and the examples he gives of the ruthlessness with which some French military and civilian whose Gaullist feelings deserved them the worst type of treatment from our fellow citizens who were blindly applying the policy of the Vichy government and anticipating in the most servile way the wishes of the Japanese commandment are truly in keeping with his thesis which is corroborated by the testimony of a Japanese staff officer whose track he found back after the war.
AVANT-PROPOS Du Témoin
Ce livre, sans doute le premier sur ce sujet, rappellera des faits étonnants, restés méconnus, concernant les résistants d'Indo-Chine de 1940 à 1945.
Après plus de trois mois de navigation hasardeuse autour de lAfrique, et un arraisonnement dans le Détroit de la Sonde, le paquebot "Compiègne" me débarqua avec quelques autres sur les quais du port de Saïgon, en Juin 1941. Le reste des "renforts" poursuivit jusquen Annam ou au Tonkin.
Par des rues détournées, notre détachement gagna la caserne Des Pallières : les colons de la "capitale du Sud" sopposaient au passage de la troupe Rue Catinat Á la fin de 1945, après le coup de force japonais et la prise de Saïgon par le Viêt Minh, les mêmes seront heureux que les "va-nu-pieds" du 11ème RC. - reconstitué protègent leurs précieuses personnes avant larrivée du C.L et du Détachement de la 2ème D.B., puis de la 9ème DC. Marsouins et Bigors railleront alors ces Saïgonais confiant la vie et lhonneur de leurs femmes aux ex-prisonniers hollandais à lempressement émoustillant
Après mes péripéties de lAn 40, que mon ami Gabriel de la Varende a tenu à joindre à ces pages, javais cru, comme dautres, quil serait possible de rejoindre la France Libre depuis notre Indo-chine
Il me fut donné de connaître et de rencontrer la plupart de ceux dont je raconte les aventures en Indo-chine de 1940 à 1945. La censure et la propagande étaient si efficaces que rares furent ceux qui, à lépoque, se doutèrent de ces faits. Le livre du Général Sabattier (Le Destin de lIndo-chine. Plon) est très net au sujet de la propagande éhontée et des sévices. Ce général, qui a toujours cru à la victoire sur lAxe, fut une exception parmi nos généraux d'Indo-Chine à lépoque. (Il fut le héros de la "Longue Marche" à travers le Tonkin, pour rejoindre la Chine, après le coup de force japonais, quil prévint).
Comme tous ceux qui ont connu lIndo-chine, jen ai la nostalgie.
LIndo-chine de 1940 à 1945 reste une inconnue pour les Français et on ne leur fait pas injure en disant quil en est à peu près de même pour les Anciens du moins en ce qui concerne des faits que la désinformation étouffa au cours de ces années. Il est donc nécessaire de commencer ces récits par des rappels.
La défaite de la France en 1940 eut des répercussions sensibles en Extrême-Orient : le Japon, dallié potentiel du IIIème Reich, ne tarda guère à le rejoindre (avec lItalie) dans ce qui devint lAxe Berlin-Rome-Tokyo dont la défaite fut scellée par la capitulation du Japon le 2 Septembre 1945 à Tokyo.
Cette alliance nempêcha pas lEmpire du Soleil Levant de signer avec lU.R.S.S. des accords qui faisaient le pendant aux décisifs accords germano-soviétiques. Cette alliance objective, de deux puissances aux frontières communes en Asie, fut bénéfique pour les deux partenaires, particulièrement à lheure des choix en fin 1941. LU.R.S.S. ne les dénonça quau moment où éclatait le tonnerre de la bombe atomique.
Très tôt, le gouvernement de Vichy avait nommé lAmiral Decoux gouverneur général de lIndo-chine Française (on disait Gougal) en remplacement du Général Catroux (qui rejoignit la France Libre, dont il devint un des chefs). Théoriquement, la difficile politique de sauvegarde de la souveraineté de la France ne changeait pas, face à un Japon tout puissant. Dès la fin de 1941, linterruption des liaisons maritimes avait fait de lIndo-chine une autarcie.
En Septembre 1940, en déclenchant une agression contre Langson et Haïphong, larmée japonaise obtint des "droits" en Indo-chine, sous prétexte que les troupes du Mikado combattaient les armées chinoises du Kuo Min Tang. En Juillet 1941 commença ce quil faut bien dénommer une Occupation, selon le terme même que lÉ.M. japonais utilisait : des bases, en vue dopérations contre les territoires britanniques et américains furent créées en Annam et Cochinchine doù partirent les attaques surprises de Décembre 1941.
En Septembre 1940, à loccasion de ce que lon appela pudiquement "laffaire de Langson", les Japonais avaient reconnu la "souveraineté française sur lIndo-chine" : ils la reconnurent souvent par la suite Cela consolidait notre position vis-à-vis des Indochinois mais, surtout, le Japon y trouvait son compte puisque cette disposition juridique faisait assurer par les Français la sécurité des bases et des transports nippons.
Cette situation était inconfortable vis-à-vis de nos alliés naturels. Des "Accords de Défense Commune Franco-Japonaise de lIndo-chine" institutionnalisèrent une collaboration qui navait pas que le nom, même si, en 1941, elle apparaissait bien théorique. Les Japonais, eux, les prirent au sérieux.
Fin 1944, les événements se précipitant en France, il y eut de rapides et spectaculaires "retournements de vestes" en Indo-chine : ils inquiétèrent les Japonais qui ny virent que félonie envers eux, des autorités quils venaient pourtant de reconnaître à nouveau malgré la disparition de celles de Vichy. (Territoire de lEmpire Nippon à caractère spécial).
Entre autres initiatives intempestives, le discours du Nouvel An 1945 de lAmiral-Gouverneur Decoux fut jugé comme revanchard par lÉ.M. nippon : il fut un des griefs par lesquels le Commandement japonais justifia son coup de force du 9 Mars 1945.
Sommairement, on pouvait distinguer le Nord de lIndo-chine besogneux et administratif et le Sud prospère et affairiste. Tout le territoire fut soumis à une intense propagande officielle que dirigeait un marin chinisant, le Commandant Robbe qui veillait à lorthodoxie des journaux et de la radio. La Légion des Volontaires de la Révolution Nationale parlait en maître et nhésitait pas à dénoncer des "suspects".
LAmiral Decoux, très autoritaire, appliqua toutes les lois de Vichy, y compris les lois dexception qui navaient guère de sens en Indo-chine. Son activisme et sa dureté rare envers les "dissidents" (ce qui pourtant gênait les Japonais) ne se départit à aucun moment.
Bien quil fut des amiraux ayant le plus "promené le pavillon sur les mers", plusieurs exemples démontrent sa difficulté à comprendre les comportements étrangers. En Août 40, la Chine, par lintermédiaire de Chennault, qui commandait les fameux "Flying Tigers", lui proposa, gratuitement, les chasseurs Curtiss que le blocus nippon empêchait de débarquer en Chine : prétextant quil y avait une Mission Française dAchat aux États-Unis, lamiral refusa loffre il préféra quils soient vendus aux Siamois, nos ennemis. Les Américains estimèrent que les "Français d'Indo-Chine" ne voulaient pas se battre et que, sils voulaient acheter des appareils aux U.S.A., cétait peut-être pour les revendre à larmée japonaise ce quils noseraient faire davions offerts. Ce fut une des raisons du comportement américain de Chine envers lIndo-chine.
Le zéle de lamiral le conduisit à préparer la "reconquête de la Nouvelle-Calédonie" par une force amphibie française appuyée par une escadre japonaise (qui devait être suivie de 30000 "travailleurs nippons "). Cest lAmiral de la Flotte Darlan, stimulé par lAmbassadeur des États-Unis en France, qui sopposa, non sans mal, à cette entreprise qui aurait valu le peloton dexécution à lAmiral Decoux
On peut épiloguer sur la meilleure politique pour sauvegarder la souveraineté française en Indo-chine, mais on ne peut trouver dexcuse à loutrance de la répression envers les "dissidents" : la conduite des autorités de Vichy y fut foncièrement indigne et perverse et il y a une analogie entre le procès du Lieutenant Robert et celui du Capitaine Dreyfus. Le Général G. Sabattier - général sans reproche de 1940 à 45 en Indo-chine - stigmatisa la répression, comme le fit le C.V. Poher, Chef dÉ.M. de la Marine.
Certains des responsables dalors ont, comme en France, essayé dexpliquer la dureté de la répression par un "double jeu" : il nétait pas nécessaire à ce sujet puisque les Japonais ne sont pas intervenus dans ces affaires préférant au contraire quil ny ait pas de tensions entre Français, comme ils lont écrit.
La thèse du "double jeu" ne résiste pas à lanalyse :
- Les Japonais nient toute intervention sur ce sujet et le gouverneur général - Amiral Decoux le confirma lui-même par sa conduite, en fin de 1944, en élargissant les "dissidents" à une période où les Nippons se montraient particulièrement sourcilleux.
- Si la "politique du maréchal" nécessitait ces sévices, pourquoi ne pas avoir prolongé le "double jeu" comme lordonnaient les directives du Général de Gaulle ? (sauf sur le point des sévices).
- Pourquoi avoir voulu salir lhonneur des "dissidents", comme lamiral le fit à lépoque et persista à le faire dans son livre - plaidoyer, et ne pas sêtre limité aux condamnations pour avoir voulu rejoindre les Français Libres ?
Il ne sagit pas ici de traiter de la politique de lépoque mais de situer laction de ce livre. Un fait peut aider à comprendre les motivations des responsables de lIndo-chine : dans lacte daccusation dressé contre William Labussière, il est écrit " détention de documents concernant la Défense Nationale". Il sagissait dun organigramme de limplantation dunités japonaises au Tonkin : faut-il comprendre que le Japon était lallié de la France en Indo-chine, et les Anglo-Saxons les ennemis ? Au demeurant, en sacharnant sur ce "déserteur vers une armée étrangère" lÉ.M. des Troupes Françaises d'Indo-Chine impliquait malencontreusement les Japonais dans laffaire.
Le mot "acharnement" est celui qui convient pour qualifier le comportement du gouverneur général, des gouverneurs et du Commandement Supérieur des Troupes envers les "dissidents", puisquils descendirent jusquà sinquiéter de basses mesures de police et de chiourme Lettres de cachet et mises aux fers furent choses courantes.
Après la percée alliée en Normandie, il y eut un rapide et complet "retournement de veste", avec intégration dans ce qui sappela curieusement la "Résistance Officielle" qui, non "dissidente" comme le suppose le qualificatif de "résistant", continuait à appliquer les lois de Vichy : cette reconversion explique que des condamnés à lIndignité Nationale en aient été relevés pour "faits de résistance" tant il est vrai que louvrier de la onzième heure ne perd rien.
La "raison dÉtat", les heureuses dispositions du Statut des Fonctionnaires et la nécessité de ne pas perpétuer les rancunes en permettant de réutiliser des compétences administratives, firent que les sanctions furent très limitées dautant plus que la période dépuration en métropole était déjà du passé. Il convient dajouter - même sil convient de dire quun certain racisme anti-jap y contribua - quil ny eut pratiquement pas de collaboration individuelle comme en France : les traîtres au profit du Japon, sils furent incarcérés, furent soumis à un régime de droit commun avec sorties en ville ce qui ne fut pas le cas pour les "gaullistes".
Aux incarcérations par les autorités de Vichy succédèrent, sous diverses formes toutes pénibles, celles par les "Japs". Dans les cages et les geôles, comme dans les camps, se côtoyaient des Français qui avaient été "pétainistes" ou "gaullistes" avant le coup de force japonais du 9 Mars 1945 : ils furent enfermés en raison de leurs fonctions ou sur dénonciation comme résistants : les uns et les autres peuvent donc être "Déporté" ou "Interné" sans que cela sous-entende "Résistant" (comme en France). Il y eut des Médailles de la Résistance pour les combats du 9 Mars 1945.
Telle fut lIndo-chine dans laquelle se déroulèrent les faits que relate cet ouvrage. Lacharnement envers les "dissidents" étonne toujours : un document allemand éclaire peut-être le fondement de cette conduite par des gens qui étaient persuadés que lAllemagne gagnerait la guerre et se comportaient en conséquence, comme le reconnut le Commandant Jouan.
Devant le Tribunal de Nuremberg, le Ministère Public produisit les instructions secrètes dHitler au Haut-Commandement de la Wehrmacht, que contresigna le Général Jodl le 12 Novembre 1940. Concernant Vichy, on y relève :
- " Le but de ma politique envers la France est de collaborer avec ce pays de la façon la plus réelle dans la poursuite de la guerre contre lAngleterre.
Pour la période actuelle, la France restera une puissance non belligérante
La mission la plus urgente des Français est de protéger définitivement et offensivement les possessions françaises contre lAngleterre et le mouvement de de Gaulle. Cette mission initiale de la France peut conduire à une participation totale à la guerre contre lAngleterre ".
La définition des perspectives de cette politique ne se conçoit que si des contacts franco-allemands au plus haut niveau ont donné de sérieux espoirs daboutir à un accord à leur sujet. Dans la conception dune telle politique, les sévices envers les "dissidents" devenaient des gages de "bonne volonté", cette obsession des responsables de Vichy.
La connaissance de ces sévices inutiles eut une incidence sur les Français arrivés en Indo-chine en 1945 : ils eurent le tort de généraliser envers les Anciens, mais il est évident que ces sévices injustifiables étaient la preuve, pour ceux qui avaient connu la Légion des Volontaires, les Milices et autres services de Vichy, que les responsables d'Indo-Chine, voire tous les Anciens, sétaient conduits en "Collabos".
Il est intéressant de comparer le comportement des autorités d'Indo-Chine à celui dun territoire "dissident". Le 19 Septembre 1940, la Nouvelle-Calédonie se rallia à la France Libre. La semaine suivante, ceux qui déclarèrent vouloir demeurer sous lobédience de Vichy furent embarqués sur le navire des Messageries Maritimes "Pierre Loti" qui les déposa à Sydney. De là, avec leur chef le Colonel Denis (ex-Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie qui sétait fait appuyer par laviso "Dumont dUrville"), ils furent acheminés sur lIndo-chine. Ils y devinrent dardents propagandistes de la Révolution Nationale et censeurs attentifs de la presse : cela se passait avant que des sévices soient infligés aux "dissidents" d'Indo-Chine. En 1946, ces exilés volontaires furent rapatriés sur la Nouvelle-Calédonie : ils furent très étonnés de ne pas être lobjet de la moindre mesure
Jai parfois fait référence au livre du Colonel Legrand "LIndo-chine à lheure japonaise" (pour quelques points concernant lAmiral Decoux) et à celui de Pierre Boulle "Aux sources de la Rivière Kwaï" (surtout pour le Docteur Bechamp) jai utilisé les rapports établis en 1945 par les prisonniers gaullistes en Indo-chine et les "Mémo" de certains responsables de ladministration dalors (écrits en 1945) jai consulté différents documents darchives de la Commission de lIndo-chine ou des autorités locales de lépoque jai relevé les condamnations sévères des traitements indignes infligés aux "dissidents", - par le Général Sabattier et le Capitaine de vaisseau Poher, non suspects de sentiments "anti-Decoux" - jai consulté des archives britanniques des services du Général D.D. Gracey qui représentait les Alliés à Saïgon en fin 1945 (jai appartenu moi-même à un de ses services).
Jai eu la chance, plusieurs années après, de retrouver (entre autres à Paris) le Capitaine Mazakazù Konishi, Officier-Interprète de la "Mission Japonaise à Saïgon" (office dont les "indications" étaient des incitations à obtempérer). Je lavais rencontré à Phnom Pehn et à Saïgon (dont le surlendemain du coup de force) et je lavais retrouvé comme interprète à la Mission de Contrôle Interalliée de Désarmement de larmée japonaise à Saïgon (érudit et francophile).
Jai surtout eu loccasion et le plaisir de mentretenir avec la quasi-totalité de ceux qui, évoqués en ces pages, connurent les différentes prisons et geôles du proconsulat de lAmiral Decoux. Je rencontre encore assez régulièrement certains dentre eux, et non des moindres comme Boulle, Labussière, Longelin, Robert, Rudoni, etc. Jai soumis à chacun le récit de leurs captivités, pour éviter de mécarter de la vérité.
Jai également conservé des notes, documents et souvenirs de cette période vécue essentiellement dans le Sud de 1941 à 1946.
On ne sétonnera pas de ne pas voir traiter la politique de lAmiral Decoux envers lOccupant : tel nétait pas lobjet de ce livre et elle ne nécessitait nullement les mesures inhumaines.
This book, no doubt, the first one on this subject, will remind us of some astonishing facts, about the Resistants in Indo-China from 1940 to 1945.
After several months of hazardous navigation around Africa, and a boarding in the straight of the Sound the liner "Compiègne" brought me along with a few others on the Quay of the port of Saigon in June 1941. The rest of the reinforcements continued as far as Annam in Tonkin.
Going through round about roads our party managed to get to the "Caserne des Pallières". The settlers of the South capital were opposed to the soldiers crossing the Rue Catinat.... At the end of 1945, after the Japanese intervention and the seizure of Saigon by the Viet-Minh, those same settlers will be happy that those "vagrants" of the 11 RC, reconstituted protect their precious persons before the arrival of the C.L. and of the detachment of the 2nd D.B. The Marsouins and the Bigors will then join forces with those people from Saigon entrusting their life and the honour of their wives to the former Dutch prisoners and their exhilarating eagerness.
After my adventures of the 1940s which my friend Gabriel was very keen to see added to those pages, I thought just like many others, that it would be possible to get back to Free France from our Indochina...
I was given the opportunity to know and meet most of the people whose adventures in Indochina from 1940 to 1945 I relate.
Censorship and propaganda were so efficient that those who were aware of those facts were very few. The book from General Sabattier (The Fate of Indochina - Plon), is very clear on the subject of barefaced propaganda and cruelty. This general who has always been confident in the victory over the Axis, was an exception amongst our general in Indochina at the time. (He was the hero of the long walk through Tonkin to get to China after the Japanese attack which he pushed back).
As all the people who knew Indochina, I still feel nostalgia for it.
Indochina from 1940 to 1945 remains unknown to the French people and it is not an insult to say that it is roughly the same for the older people, at least for the facts that des-information covered up during those years. It is therefore necessary to start those accounts by a few reminders.
The French defeat had important repercussions in the far east, Japan, the potential allied of the III Reich did not wait long to join it with Italy in what was to become known as the Axis Berlin-Rome-Tokyo whose defeat was materialised by the Japanese capitulation on the 2nd of September 1945 in Tokyo.
This alliance did not prevent the Empire of the rising sun from signing some agreements with USSR which were not unlike the decisive ones signed between Germany and USSR. The objective alliance between two powers with common borders in Asia was beneficial for both partners particularly at the time of choice at the end of 1941. USSR only denounced them when the thunder of the first atomic bomb blasted up.
At a very early stage the Vichy government had appointed Admiral Decoux governor general of Indochina (Commonly referred to as Gougal) instead of General Catroux who joined the Free France and became one of its leaders. In theory the difficult policy of protecting French sovereignty was not changing faced with an all powerful Japan. As early as the end of 1941 the interruption maritimes connections had made Indochina and autarky.
In September 1940 launching an aggression against Langson and Haïphong the Japanese army got some rights in Indochina under the pretext that the troops of the Mikado were fighting the Chinese army of the Kuo Min Tang. In July 1941, what one has to call occupation had started on the very terms that the Japanese were using ...bases meant for operations against the British and American territories were created in Annam and Cochinchina from where were launched the lightning attacks of December 1941.
In September 1940, on the occasion of what was modestly called the "Langson affair" the Japanese had recognised French sovereignty over Indochina, they recognised it often afterwards...that strengthened our position with the Indochinese but most of all was beneficial for Japan since this judicial provision was entrusting the French with the security of the bases and of the Japanese transporting.
This position was uncomfortable towards our natural allies. agreements on a common Franco-Japanese defence of Indochina institutionalised a collaboration which was not just a word, even if in 1941 it was appearing more like a theory. The Japanese took it seriously.
In 1944 the pace of events accelerated in France, there we swift and spectacular changes of opinion, they worried the Japanese who only saw there felony towards them from authorities that they had just recognised once more, despite the disappearance of the Vichy authorities (Territory of the Japanese Empire with special status).
Among the awkward attempts the speech for the New year 1945 by Admiral-governor Decoux was regarded as revanchist by the Japanese authorities. It was one of the grievance through which the Japanese government justified its aggression of the 9th of march 1945.
Roughly, in Indochina, one could distinguish between the North laborious and administrative and the south prosperous and making money. All the territory was subjected to an intense propaganda which was lead by a Chinese speaking sailor, Commander Robbe which was taking care of the faithfulness of the press and of the radio. The Legion of the volunteers for national security were talking as master and never hesitated to arrest the suspects.
Admiral Decoux who was very authoritarian enforced all the Vichy laws including that of the Exception laws which did not quite make sense in Indo china. His activism and his ruthlessness towards the dissidents (what disturbed the Japanese though) never flinched.
Although he was one of the admiral that had the most carried the flag around all the sea, several examples show his difficulty at understanding the behaviour of foreigners. In august 1940, China through Chennault, who was leading the "Flying Tigers", offered for free the Curtiss fighters which the Japanese blockade prevented from landing in China : taking the pretext that there was a French buying mission in the U.S. the admiral refused and preferred to see those fighters sold to the Siamese our enemies. The American considered that the French in Indochina did not want to fight and if they wanted to buy some aircrafts to the U.S.A. it was to sell them back to the Japanese army what they would not dare to do with aircrafts offered to them. This was one of the reasons of the American behaviour in China towards Indochina.
The zeal of the admiral led him to prepare the reconquest of New Caledonia by a combined French force supported by a Japanese navy fleet ( which was to be followed by 30,000 Japanese workers). It is the Navy Admiral Darlan prompted by the US. ambassador who opposed with great difficulty this enterprise which would have deserved the firing squad for Admiral Decoux.
One can expatiate on what should have been the best policy to preserve French sovereignty on Indochina, but one can find no excuse to the excesses of the repression against the "dissidents": the behaviour of the Vichy authorities was thoroughly shameful and perverse, and there is an analogy between the trial of Lieutenant Robert and that of captain Dreyfus. General G. Sabattier, spotless general from 1940 to 1945 in Indochina, criticised the repression just like C.V. Poher head of the fleet.
Some of the people in power at that time, just as in France tried to explain the rashness of the repression by a "double Game". It was not necessary in that respect as the Japanese did not intervene in those problems as they did not want any tensions to occur between the French people, as they wrote it.
The thesis of double play does not stand to the analysis.
- The Japanese deny any intervention on that subject and the governor general Admiral Decoux confirmed himself by his conduct, at the end of 1944, by releasing the dissidents at a period when the Japanese where particularly fussy.
- If the policy of the "Marechal" needed those tortures why then should not have the double play continued as the directions set by General De Gaulles stated (except as regards brutalities).
- Why should one have wanted to tarnish the honour of the dissidents as the admiral did at the time and kept on doing in his book, plea, and not have limited himself to the condemnations for those who wanted to join the Free French ?
The purpose here is not to deal with the subject of the policy of that time but rather to situate the story of this book. A fact can help us understand the motivations of those in charge in Indochina :In the charges brought against William Labussière, it is stated "holding of documents regarding national defence". It was a flow chart for the implementation of Japanese units in Tonkin: Does that mean that Japan was allied with France in Indochina and that the Anglo-Saxons were the enemies ? On top of that by picking on this "deserter to a foreign army" the head of the French army ion Indochina was unfortunately involving the Japanese in that affair.
The word picking is the one that befits the behaviour of the governor general, of the governors, of the high command towards the "dissidents" since they went as far as taking care of low police and jail measures....arrest warrant and jailing were common facts.
After the allied advance in Normandy there was a rapid swing of opinion with the integration in what was curiously referred to as the "official resistance", which "non dissident" as the word resistant stresses, continued to apply the Vichy laws. This swing explains the fact that some people doomed to national indignity were spared from it by deeds of resistance, in so far as the belated worker never looses anything.
The state necessities the fortunate dispositions of the status of the civil servants and the necessity not to perpetuate grievances by reusing administrative competencies, made it so that the sanctions were very limited, all the more so as the period of epuration was already over in the mainland. One has to add, even though a certain racism against the Japanese contributed to it, that there was hardly any individual collaboration cases as in France, the traitors to Japan, when they were jailed, were submitted to a civilian regime, and were allowed to go to town, which was not the case of the Gaullists.
After the jailing carried out by the Vichy authorities there were the ones carried out by the Japanese, all painful. in the prisons and the camps one could find side by side Petainists, Gaullists before the Japanese strike of the 9th of march 19456. They were jailed because of their function or upon denunciation as resistant. Each one could be deported or locked up without that meaning always Resistant, unlike France. There were medals of Resistance for the fighting of the 9th of march 1945.
That was Indochina in which took place the facts narrated by this book. The special picking on the dissidents is still puzzling, a German document casts some light on the origin of this behaviour by people who were convinced that Germany would win the war and were behaving accordingly, as commandant Jouan acknowledged.
In front of the Nuremberg court the public ministry showed some secret instructions from Hitler to the Werhrmacht on the 12th of November 1940, also signed by General Jodl regarding Vichy, one can note...
- "...the purpose of my policy towards France is to work with this country in the most real way in order to continue war against England.
For the time being France remains a non belligerent power.
The most urgent task for France is to protect definitively and offensively the French possessions...against England and against the De Gaulle movement. This initial mission of France can lead to a total participation of France in the war against England...".
Being aware of those useless tortures had an incidence on the French people who got to Indochina in 1945. They had the drawback of spreading among the older ones, but it was obvious that those unjustifiable tortures were a proof for those who had known the Legion des Volontaires, the militias, and the other Vichy activities, that those in charge in Indochina, not to say all the older ones were had behaved as collabos.
It is interesting to compare the behaviour of the authorities in Indochina with that of a dissident territory. On the 19th of September 1940, New Caledonia sided with France Libre. The following week those who declared that they wanted to remain faithful to Vichy were put on the boat of the Sea transportation "Pierre Loti" who landed them in Sydney, from there with their head, captain Denis (former governor of New Caledonia who had been supported by the ship "Dumont DUrville" they were send to Indochina, there they became active propagandists of the National revolution and watchful censors of the press, that took place before tortures were inflicted upon dissidents in Indochina. In 1946 those who had willingly chosen exile were repatriated to New Caledonia. They were very astonished not to be subjected to any measure...
I sometime referred to the book by Colonel Legrand, "Lindochine à lheure japonaise", for a few points regarding admiral Decoux, and to that of Pierre Boulle, "Aux sources de la rivière Kwai" for Doctor Bechamps. I have used the reported established in 1945 by the Gaullist prisoners in Indochina and the memos of some chiefs in the civil service of that time in 1945. I have worked on several archives of the Indochina commission or of the local authorities of that period. I have noted the severe condemnation of the cruel treatments inflicted to the dissidents by General Sabattier and Captain Poher, who were not suspect of anti Decoux feelings. I looked into the British archives of the sections of General D.D. Gracey who represented the allied in Saigon at the end of 1945 (I myself worked in one of those sections).
I had the opportunity several years later to meet (in Paris among other) Captain Mazakazu Konishi, officer interpreter of the Japanese mission in Saigon (an office the indication of which were orders to obey). I had met him in Phnom Penh and in Saigon, the day following the strike, and I had found him again working as an interpreter at the interallied control mission of the disarmament of the Japanese army in Saigon (a learned and francophile person).
I have had especially the opportunity and the pleasure to maintain with the quasi-totality of these who, evoked in these pages, have know the different prisons and jails of the proconsul of the Admiral Decoux. I meet again enough regularly some between them, as Boulle, Labussière, Longelin, Robert, Rudoni, etc. I have submitted to each the account of their captivity, to avoid me to part the truth.
I have equally preserved notes, documents and souvenirs of this lived period essentially in the South from 1941 to 1946.
One will not surprise not to see to process the policy reverse the Occupant of Admiral Decoux : such was not the object of this book.
A Monsieur Huchet,
Au Capitaine Graille,
Au,Commandant Rousson,
mes patrons dans la Résistance Clandestine en Indo-chine -,
A ceux qui ne sont pas revenus
R.J.P.
Shikishima-nõ yamatõ gorokõ wo hi tõ
towaba Asahi
ni niù yamà zakùrà banà
Personnellement
si on me demande ce qui est le coeur du Japon
je répondrais
que cest le parfum des fleurs de cerisier sauvage au Soleil Levant
poète Norigana Motoori
La mémoire
La mémoire : seul bagage incessible
Jacques ATTALI
Chanceux et malchanceux:
Des évadés
dont on parle peu
Jubelin et Pouyade sont les plus connus en France de ceux qui, après sêtre évadés dIndo-Chine, sillustrèrent dans les combats de la France Libre. Rarement ont été évoqués leurs prédécesseurs dans lévasion, comme Zergrat, Bouillet ou le Q.M. Chapuzot que capturèrent les Siamois et que les Anglais firent libérer. Dautres, moins connus, réussirent leur évasion par voie de terre, mer ou air, comme Bollot.
Plusieurs se retrouvèrent dans les geôles ou les camps dIndo-Chine, comme Rudoni, Longelin, Eggenspieler, Richard et bien dautres. Il y eut même le paradoxe de militaires jugés "indignes de porter luniforme" parce quils refusaient le serment de fidélité à "la Personne du Maréchal Chef de lEtat", et qui se retrouvèrent fonctionnaires de la Sûreté, comme ce fut le cas de Clerge à Saïgon.
Il convient de ne pas oublier de mentionner ceux qui, malgré leur désir manifesté de continuer le combat dans les F.F.L., reçurent lordre formel de la Mission Militaire Française de la France Libre en Chine de rester à leur poste pour assurer la liaison : ce fut le cas de plusieurs membres de réseaux de la Résistance, alors en poste à la frontière du Tonkin, doù il leur était relativement facile de passer en Chine. Le cas typique est sans doute celui du Lieutenant Mac Carthy, parent du Général Catroux dernier gouverneur général de lIndo-Chine et alors une des personnalités de la France Libre : à la demande du lieutenant, le général répondit par un refus motivé, écrit.
Pour la petite histoire, signalons ceux qui ne furent pas sanctionnés, sans explication logique, se retrouvant simplement bloqués dans leur grade ou envoyés au vert: jen fis lexpérience et il me fut dit, par la suite, que cette mansuétude était due au fait que javais été emprisonné en France pour "gaullisme". Curieuse logique
Addy Zergrat
Né de père français et de mère anglaise fixés à Singapour, Addy se présenta aux autorités militaires françaises dIndo-Chine, lors de la mobilisation générale dAoût 1939. Il reçut une affectation spéciale à Hué, dans des bureaux où il revêtait rarement luniforme de Marsouin.
Lorsque le Maréchal Pétain eut annoncé sa volonté de "mettre fin aux combats" et rompu lalliance avec la Grande-Bretagne, Zergrat tenta de rallier un territoire britannique pour sy engager dans les forces du Général De Gaulle. Il eut le tort den parler, au moment où lopinion évoluait rapidement : au matin de son départ, la police le cueillit chez lui. Il fut interné.
Bouillet
Ce Sergent dInfanterie Coloniale, en service au 11ème R.I.C., fut le premier gaulliste mort en Indo-Chine en voulant rallier les Forces Françaises Libres. Ce sous-officier au franc-parler et bon vivant était un gradé qualifié : une "figure" connue de Marsouin.
Il ne cachait pas son opinion sur labandon du combat en France et la rupture de lalliance franco-britannique, ni sur la politique indochinoise de Vichy rompant avec la Grande-Bretagne en Asie. Il entreprenait les officiers ralliés au gouverneur général nouvellement nommé par Vichy, et nhésitait pas à les contrer avec vigueur. Il estimait en outre avoir une "dette dhonneur" envers les Britanniques : un "Tommy" lui avait sauvé la vie.
Avec quelques amis, il prépara un départ collectif pour rejoindre les F.F.L. à partir dun territoire dépendant de lAngleterre. Ses maladresses verbales layant fait repéré, il fut surveillé et se retrouva aux arrêts de rigueur. Convoqué par son commandant, il se vit sommer de cesser sa propagande pour le "traître de Londres".
Malgré la surveillance, il réussit à prendre le train, puis des cars chinois, et à rejoindre la frontière siamoise, en moins dune semaine. Il navait emporté que du linge de rechange et son revolver. Par extraordinaire malchance, il fut intercepté par hasard par une patrouille cambodgienne qui nétait même pas sur le trajet désigné. Arrêté, Bouillet passa trois jours en prison, en attente de transfert sur Saïgon : linculpation était de "désertion en temps de guerre, avec abandon de poste et en emportant son arme de service", ce qui était passible de la peine de mort.
Au cours de son acheminement vers Phnom Pehn, il bondit soudain hors du camion, mais fut rattrapé. Echappant à limproviste à ses gardes, il sauta dans le ravin bordant la piste : il se tua dans la chute. Sil avait réussi à passer en Thaïlande, il aurait probablement connu le triste sort de laviateur Barbier, que les Siamois capturèrent et exhibèrent dans une cage : lAmiral Decoux refusa dintervenir; ce qui encouragea les Siamois à récidiver envers les prisonniers quils nous firent au Cambodge après la fin des hostilités.
Clerge
Caporal au 11ème R.I.C., Henri Clerge refusa de signer son allégeance à la Personne du Maréchal; estimant quil avait déjà un contrat dengagement dans larmée, et que cela suffisait.
Devant son obstination à ne pas se soumettre aux nouvelles dispositions de lEtat Français, il fut chassé du régiment et fut "récupéré" par la Sûreté à Saïgon, où il y avait un noyau de gaullistes.
Bollot
Il fut un des "aventuriers", comme les appelaient les vichystes, de la filière vers la France Libre à partir dune navigation en direction de lExtrême-Orient.
De 1940 à Juillet 1941, des navires purent transporter en Indo-Chine des militaires ayant combattu en France en 1940, ainsi que de la main-doeuvre indochinoise rapatriée. Malgré lévolution du conflit, les autorités de Vichy avaient obtenu cette possibilité, après des tractations étonnantes tant avec les Allemands quavec les Anglais. Au Führer, elles avaient exposé leur volonté de se donner les moyens de repousser une attaque de la "perfide Albion", dont toute la presse française dénonçait les noirs desseins. Au Gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, elles avaient fait valoir lintérêt commun du renforcement de nos troupes en Extrême-Orient menacé par les Japonais; qui sétaient déjà manifestés directement à Langson en Septembre 1940 et indirectement, par Siamois interposés, début 1941.
Jusquen Juillet 1941, Marsouins, Bigors, Marins et quelques "Métro" ou "Armée dAfrique" et Légionnaires, avec quelques aviateurs, embarquèrent pour lExtrême-Orient. Un insigne distinguait ces troupes non comprises dans lArmée dArmistice : un écusson aux deux ancres de marine croisées, rouges, du type porté par les matelots de la Marine Nationale. Certains de ces soldats étaient des "engagés spéciaux pour lIndo-Chine", âgés au moins de 27 ans. Les navires, isolés ou navigant en convoi, quittèrent les côtes de France jusquau ralliement du Japon à lAxe (Avril 1941). Ils portaient les marques distinctives du navicert : une bande jaune peinte sur chaque flanc et un pavillon jaune sous le national. La nuit, des projecteurs les éclairaient. Ces navires étaient susceptibles dêtre arraisonnés.
Beaucoup de Français crurent trouver là une filière pour rallier les Forces Françaises Libres : les occasions sannonçaient relativement nombreuses : arraisonnement de contrôle à Gibraltar ou dans le Détroit de la Sonde; escales prévues ou obligées; ou autre fortune de mer au cours dun voyage qui dépassait parfois trois mois. En fait, les occasions se révélèrent extraordinairement rares et nos alliés, particulièrement les Hollandais, ne facilitaient rien.
Michel Bollot sétait trouvé à la Roche-sur-Yon en Juin 1940, envoyé à lEcole dAspirants par son régiment, le 2ème R.I.C. Fait prisonnier, il sétait évadé et était passé en zone non-occupée pour chercher à passer en Angleterre. Grâce à des amis, il put embarquer à Marseille en qualité de "pilotin" à bord du "Pierre L.D." de la Compagnie Dreyfus, en partance pour lExtrême-Orient. Le navire arriva sans encombre en Indo-Chine et fit escale à Saïgon.
Il apparut bien vite à Bollot quil ne trouverait pas loccasion de réaliser son projet, à partir de ce pays qui semblait acquis à la Révolution Nationale. Il en était à espérer plus de chance au retour, lorsque le "Pierre L.D." reçut ordre daller mazouter à Manille. Avec ses camarades de bord Racine, Demouy et Lefebvre, Bollot profita de cette escale technique pour descendre à terre en fraude et sy présenter aux autorités américaines.
Ils demandèrent à être mis en rapport avec un représentant du Général De Gaulle. Les Américains leur suggérèrent de trouver plutôt un emploi sur place. Devant leur obstination, ils finirent par leur indiquer le bureau de la France Libre à Manille. Ils y manifestèrent à nouveau leur volonté de combattre et signèrent leur engagement dans les F.F.L.
Michel Bollot rejoignit le Moyen-Orient. Il combattit dans les rangs du fameux BIM, le Bataillon dInfanterie de Marine et du Pacifique, particulièrement à Bir-Hakeim et à El-Alamein, où il fut très grièvement blessé : il venait davoir 21 ans.
Sept dun coup
Lhistoire défraya la chronique, tant à Tchung King et Calcutta quau Tonkin. A la fin de 1944, sept aviateurs sengouffrèrent en Potez-sanitaire, un des derniers encore en état de voler. Ils rallièrent les Indes, via la Chine. En fait, les autorités dIndo-Chine sétaient enfin déclarées en faveur du G.P.R.F., à lheure de cette "évasion spectaculaire" qui ne démontrait quune chose : en dépit de ses déclarations, le Général dAviation Tavera ne contrôlait pas son personnel.
La Résistance intérieure, déjà en action bien avant le ralliement de létat-major, "suggéra" à notre base indienne de la Force 136 de faire suivre un entraînement de parachutistes SAS à ces "dissidents", puis de les parachuter en mission sur lIndo-Chine : façon déterminante de les jauger.
Dautres Français rallièrent les F.F.L. à partir du Tonkin, en mission de la Résistance; ainsi des Français Libres, Administrateur Vallat ou Médecin-Capitaine Kernevez, sans oublier le Capitaine Milon envoyé prendre contact à Alger en 1944 par le Capitaine Levain du Réseau Maupin-Levain
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Envol du Pélican
Retour du Triomphant:
Amiral JUBELIN
Jubelin fut un précurseur célèbre dans le ralliement à la France Libre à partir de lIndo-Chine. Ce méridional souriant, pilote de lAéronavale débutante, avait affronté très tôt les réalités de la vie. Je lentends encore
En 1940 il était le Directeur de Tir du croiseur "Lamotte-Picquet", un bâtiment ancien mais le plus important de notre petite escadre hétéroclite dIndo-Chine. (Elle devait cependant mettre hors de combat la plus moderne flotte du Siam, devenue Thaïlande, à la bataille de Kho Chang livrée le 17 Janvier 1941 : le seul combat naval dune escadre française au cours de la deuxième guerre mondiale ). Officier très populaire à bord, il y avait constitué une équipe de boxeurs qui, au gré des escales extrême-orientales, avaient généralement vaincu leurs adversaires. Il était lui-même un adepte de ce sport qui, lors des interminables escales à quai à Saïgon, se pratiquait sur la plage avant.
Comme certains membres de létat-major et de léquipage, Jubelin ne pouvait accepter lidée de la défaite définitive de la patrie, alors que son allié poursuivait le combat. Il en discutait avec tous, ce qui comportait quelques risques à la fin de 1940 en Indo-Chine : au "gaullisme" affiché du début, y compris par lAmiral Decoux avant quil ne soit nommé gouverneur général au nom de lEtat Français, avait succédé un "maréchalisme" omniprésent et tatillon.
Jubelin sétonnait ouvertement que, pour une politique dont on vantait si bien le réalisme et le mérite, il soit nécessaire de tant multiplier les serments dallégeance Il en vint à décider de poursuivre la lutte en rejoignant la France Libre. Il était devenu suspect et fut soumis comme tel au contrôle de la Sûreté. On ne lavait pas arrêté car, lui avait dit lAmiral Decoux, "ce nétait pas nécessaire puisquon ne pouvait sortir du territoire de lIndo-Chine".
Avant le coup qui devait faire la "une" des journaux de tout lExtrême-Orient, le Lieutenant de vaisseau Jubelin fit plusieurs projets qui ne purent avoir de suite : il pensa sérieusement - fort de son ascendant et des sentiments exprimés par beaucoup - à semparer du croiseur pour rallier la marine de la France Libre. Les ardeurs sétaient émoussées; les volontaires pour accomplir un "acte de piraterie" manquèrent. Il envisagea une évasion par mer en partant de Hâ Tien en sampan sur le golfe du Siam; mais il fut vite évident que la concentration dun équipage dEuropéens et les absences inexpliquées aux appels à bord ne passeraient inaperçus à Saïgon.
Il fallait se montrer moins ambitieux quant au nombre des "dissidents" à rallier à "Ganelon" (surnom donné à De Gaulle par la propagande vichyste). La route terrestre, elle aussi, était à proscrire : quarante-huit heures de trajet ferroviaire, plus que le temps dalerter la police qui aurait tout loisir de le cueillir dans le train ou au débarquement. La voie maritime avec un équipage réduit à deux ou trois hommes, navigant à la voile, était aussi aléatoire à la réflexion : il ne restait que celle des airs, que le pilote de lAéronavale étudia.
Théoriquement, il y en avait deux, aussi risquée lune que lautre du fait des moyens dérisoires dont on pouvait espérer disposer pour un long raid. Le survol de jour du territoire indochinois était exclu et on ne pouvait, même de nuit, imaginer un vol vers la Chine à partir de Saïgon : lalerte serait vite donnée, provoquant lintervention de la chasse. Restait le raid maritime.
Jubelin étudia les possibilités de vol au-dessus de la mer, vers les Philippines, Bornéo ou la Malaisie. Le Siam, inféodé au Japon, était exclu : il venait de se rebaptiser abusivement "Thaïland" dans lindifférence mondiale, malgré la menace hégémonique que cela impliquait. De côte à côte, les distances à parcourir étaient comparables et de lordre de celle de Paris à Tanger. Les Philippines et surtout le Bornéo hollandais ne parurent pas engageants, alors que Singapour signifiait la présence de la Grande-Bretagne et la continuation de la guerre. Il faudrait aussi tenir compte, sur une telle distance, de la mousson.
Singapour fut choisie comme première escale vers les Forces Navales Françaises Libres. Les volontaires ne manquaient pas. Compte tenu du nombre très réduit de places possibles, Jubelin décida de nembarquer que des spécialistes, comme le recommandait lAppel du Général De Gaulle. Il retint deux volontaires de ses amis : Arnoux et Ducorps. De même quon avait dû renoncer à semparer dun avion dAir France, il fallut abandonner lidée "demprunter" un avion de larmée ou de la marine. Il ne restait quà se rabattre sur un appareil daéroclub; ce qui ne devait pas poser de problèmes insolubles.
Il arrivait à Jubelin de louer un "zinc" sur laérodrome de Saïgon, pour se rendre sur une plantation amie : il était bien connu à Tan Son Nut dont il était un habitué. Il retint ce moyen pour sortir dIndo-Chine. Létude du plan mettait en lumière les impossibilités successives quil faudrait cependant surmonter, si on ne voulait pas abandonner avant dentreprendre. Le choix se porta sur un multiplaces "Pélican". Ce robuste appareil, conçu pour transporter plusieurs passagers, donnerait la possibilité de laménager pour un long raid. Il ne fallait pas envisager pouvoir effectuer un vol sans escale avec un tel avion, mais, en le bricolant, cela serait peut-être possible.
Le projet dadjoindre des réservoirs supplémentaires, comme lavaient fait de célèbres "raideurs" des récentes années, ne pouvait être envisagé : lappareil ne serait pas "mis à disposition" avant le départ et les travaux attireraient la curiosité de la police. Il parut à léquipe quil ne restait quune possibilité : constituer un stock de réserve en bidons traditionnels de cinq litres, quil faudrait ensuite vider un à un dans le réservoir à partir du bouchon situé sur le toit. En plein ciel.
Léquipage entreprit à la fois lentraînement aux transvasements et à la constitution dun stock clandestin dessence. Ce nétait pas une mince affaire dans lIndo-Chine policière où les "purs" de la Révolution Nationale commençaient à se découvrir une âme dinquisiteur, comme le mal nommé "Impartial" de Saïgon. Le départ pour la grande aventure fut prévu du terrain de fortune de Kompong Trach, localité cambodgienne proche de Hâ Tien (Cochinchine) et sur laxe du raid.
Lentraînement au "ravitaillement en vol" ne passa pas inaperçu. Les Annamites et Chinois du marché de Tu Duc, un certain matin, se dirent que les Français étaient décidément des "din cai dâu", des "fou-la-tête" : à lheure du marché, juste au-dessus de leurs têtes, un avion sinclinait dune aile sur lautre et on voyait, à lextérieur et suspendu à une corde, un homme qui essayait de profiter du ballant pour mettre le pied sur la roue gauche ! Cétait Arnoux.
En "essayant le truc", il avait glissé. Le harnais fait dune corde passée sous les aisselles et fixée au "zinc" lavait retenu dans sa chute. Jubelin navait trouvé dautre solution que de "jouer au bilboquet" avec lui, pour quil puisse prendre appui sur la roue doù se hisser à bord en sagrippant. Un vrai numéro de meeting aérien, involontaire et intempestif. Lexpérience avait été toutefois concluante: en ralentissant au maximum, il était possible de ramper sur le toit jusquau bouchon du réservoir. Le passage des bidons devait pouvoir se faire en y mettant le temps et lon pouvait espérer, moyennant quelques précautions, que leffet de succion pourrait être combattu.
Jubelin navait pas mis au courant ses bons amis Affre - auxquels pourtant la police de lamiral-gouverneur fera bien des misères - de son projet de rejoindre les F.F.L. par la voie des airs. Il sen était ouvert au Colonel Magnan, Chef dE.M. du Commandant de la Division de Cochinchine-Cambodge. Le Général De Rendinger, comme le colonel, était un gaulliste convaincu : tous deux seront rapatriés doffice, dordre de lAmiral Decoux (le Général Magnan sera fait Compagnon de la Libération).
Par le Commandant Martin, vieux Marsouin brestois blanchi sous le harnois et Major de Garnison très compréhensif envers les "gaullistes", le candidat à lévasion recevait des renseignements sur les zones où pourraient évoluer des troupes inopportunes. Cest presque sans difficulté que fut constitué le stock dessence, très loin du terrain denvol initial. Jubelin mit au point un plan destiné à égarer les policiers mis constamment à ses trousses. Un code téléphonique fut adopté entre les trois hommes. Comme ils sétaient souvent montrés ensemble pendant la période de préparation, il fut décidé quils se disperseraient à lapproche du grand envol.
Jubelin avait imaginé de "sexhiber" à Dalat. Il se rendit donc jouer lofficier de marine en permission dans cette station climatique, inspirée du Vichy-balnéaire, que lamiral-gouverneur commençait à transformer en capitale fédérale (à cause de sa température tempérée et pour quitter lambiance de Hanoï et, plus encore, de Saïgon). Bien quil fut descendu incognito au très sélect hôtel "Lang Bian", lévadé en puissance fut vite accaparé par les rendez-vous de bridge ou de soirées plus ou moins prometteuses dans ce monde où les femmes esseulées ne manquaient pas. Cela nétait pas pour lui déplaire : il avait ainsi un excellent alibi face aux curiosités policières qui se multipliaient.
Le moment était venu; la mousson venant de changer, les vents dominaient maintenant du côté de la Mer de Chine. Il devenait dangereux de tergiverser : lopération fut décidée vers le 2 Novembre 1940. Dans la semaine, les "Japs" avaient attaqué Langson par traîtrise à partir de la Chine. La place avait été rapidement conquise, mais grâce aux subtils jeux de la diplomatie nipponnes laffaire fut minimisée : les Japonais, outre des accords qui aboutiront au coup de force quils déclencheront le 9 Mars 1945, obtenaient, de fait, doccuper toute lIndo-Chine pour y préparer leur proche agression dans le Sud-Est asiatique. (Ladministration de lAmiral Decoux refusa aux tués des combats menés à Langson la mention "Mort pour la France" : ainsi les veuves des sous-officiers et hommes de troupes se retrouvèrent dans une situation désastreuse dont les conséquences morales sont à porter au débit de la politique du Gougal).
Les dés étaient jetés pour le trio. Du Lang Bian, Jubelin appela Saïgon où Louis Ducorps vaquait normalement à ses affaires habituelles. Cest avec ce Breton du Léon que lultime décision devait être prise. Les mots quils échangèrent dans leur code ne pouvaient les trahir. La réponse fut "oui" : le Lundi prochain 4 Novembre, chacun aurait sa part de matériel pour lenvol du petit terrain de Kompong Trach. Ce serait ensuite à la grâce de Dieu !
Pour meubler le temps, Jubelin jeta quelques confidences sur un carnet pour lequel il avait prévu une cache. Lerreur fut courante à lépoque : une semaine plus tôt, en France, un camarade et moi avions été confondus par la Police dEtat de Vichy à cause du carnet tenu par mon ami, où sétalaient nos espoirs de rallier le Général De Gaulle
Jouant parfaitement son personnage dofficier de marine en congé, Jubelin accepta la souriante invitation, pour une soirée au Lang Bian, dune belle oisive abandonnée. En fin daprès-midi de ce Dimanche, comptant que cet alibi féminin vite colporté détournerait les soupçons immédiats, il embarqua dans sa voiture et, à toute allure dans la crainte dêtre suivi par des argousins, roula vers Saïgon.
Les rizières succédèrent à la forêt puis la nuit tomba, tôt et rapidement comme toujours sous ces latitudes. Il entra dans la capitale de la Cochinchine où lair sentait encore bon lherbe mouillée après les trombes deau qui sétaient déversées vers cinq heures de laprès-midi, comme à laccoutumée. Les pieds des tireurs de pousses claquaient dans les flaques deau de lasphalte, et les lumières quaucun black-out ninterdisait sy reflétaient en milliers détoiles. La vie grouillait partout, Européens et Asiatiques de toutes conditions se croisaient dans les rues ou se rencontraient dans les lieux de jeux.
Pour donner le change, Jubelin alla dîner à la "Pointe des Blagueurs". Madame Durand, la patronne omniprésente de létablissement, linstalla de façon quil soit visible sur la terrasse savançant au confluent de la Rivière de Saïgon et de lArroyo Chinois : la vue sy étendait sur le fleuve bien au-delà de la "Pointe des Flâneurs". Un ami vint ly informer que la police venait de prendre de ses nouvelles à son hôtel. Georgetti, le patron, avait répondu que " le commandant est dans les environs, car je lai vu il y a peu".
Cette inquisition constante amena Jubelin à brouiller sa piste dune façon radicale. Il nimagina pas supprimer les deux "flics" chargés de sa surveillance et quil lui arrivait de prendre dans son automobile pour leur faciliter le travail. Il ne nourrissait pas de pensées assassines et cherchait seulement à les neutraliser un temps : il pensa à son "écurie" de boxeurs.
Quittant la Pointe des Blagueurs, il dirigea sa promenade vers le quai Le Myres de Villiers où traînaient encore des matelots. Par le quai de lArgonne, il gagna la masse grise du "Lamotte-Picquet" dont un projecteur éclairait léchelle de coupée. Le factionnaire sétonna un peu en le saluant, mais son arrivée à bord navait rien danormal en dépit de lheure. Un de ses "poulains" boxeurs était son filleul : Quartier Maître Lombardo. Il le fit appeler.
Le marin fut vite près du commandant, qui sollicita de lui un service que tout matelot normalement constitué ne demande quà rendre avec joie : neutraliser les deux "flics" en "planque" au voisinage de la coupée. Juste pour lui laisser le temps de disparaître. Après un "adieu" qui ne trompait personne, le filleul et ses copains rameutés furent rapidement sur le quai. La mission fut remplie avec efficacité et célérité; le factionnaire étant justement occupé à regarder dans une autre direction.
Quand la très spéciale "Compagnie de Débarquement" eut regagné le bord, Jubelin, le coeur gros, quitta son navire sur un dernier salut, malgré lheure tardive, que remarqua lhomme de coupée. Il regagna le "Saïgon Palace" après avoir contourné les bâtiments de la Diartie. Seules quelques lumières brillaient encore dans lhôtel lorsquil rejoignit sa chambre pour mettre ses affaires en ordre. Dehors, la Rue Catinat était sillonnée de pousse-pousse et de cyclo-pousse lancés dans des courses impressionnantes. La rue était encore pleine de vie. "Champs-Elysées" de la capitale de la Cochinchine, la Rue Catinat était lorgueil des Européens dautant plus infatués quils étaient de modeste origine : sur pétition, ils avaient réussi à la faire interdire aux soldats ! Sur les marches du théâtre, trois Marsouins du 11ème R.I.C. semblaient discuter de philosophie en faisant de grands gestes nobles et imprécis en direction du Boulevard Bonnard. La vie continuait.
Avec laube courte arriva lheure du départ. Rendez-vous avait été pris avec Arnoux à Trang Bang où la Route Coloniale bifurque à la limite de la frontière de Cochinchine. Avec son chargement de bidons dessence plus ou moins bien camouflés dans sa voiture, Arnoux avait déjà parcouru les 300 kilomètres pour être prêt à embarquer. Tout au long de ce trajet, au passage dune demi-douzaine de bacs, un contrôle par militaires ou miliciens était toujours à craindre : tout se passa bien. Il ne rencontra pas non plus de ces faux "commis voyageurs nippons" qui étaient des espions à la recherche de terrains pour de futurs camps ou pistes daviation pour larmée japonaise.
(Dans un an environ, à partir des aérodromes de Cochinchine et du Cambodge, leurs appareils senvoleront pour attaquer Singapour et la Malaisie : ils couleront lescadre de lAmiral britannique "Tom Pouce". En remerciement, les "Japs" déploieront des banderoles : "Merci pour votre collaboration" et lamiral-gouverneur recevra lOrdre du Soleil Levant de 1ère Classe, la plus haute décoration impériale).
Arrivant au bas de lescalier de son hôtel, Jubelin constata avec satisfaction que ses "suiveurs" nétaient pas là. On se lève tôt "à la colonie" et le patron du "Saïgon-Palace" était debout dans le hall. Georgetti, qui avait si souvent informé lofficier de marine des activités des "sbires à Decoux", ne paraissait pas étonné de voir son client debout à laube et porteur dun léger bagage. Ils échangèrent quelques mots de politesse banale : lémotion, la reconnaissance aussi, et probablement un sentiment indéfinissable au moment de franchir un pas décisif, firent que Jubelin prit congé en annonçant quil sévadait dIndo-Chine pour aller combattre avec De Gaulle.
Georgetti reçut la nouvelle sans manifestation apparente. Il dit simplement quil ne fallait pas partir sans argent pour une telle aventure et lui remit une barre dor ! (la valeur dun salaire annuel douvrier). Il fut impossible à Jubelin de refuser, tant le regard du Corse témoignait de la reconnaissance et de la sympathie pour cette marque de confiance en une telle période. On se quitta sur une dernière et chaleureuse poignée de main et un "au revoir".
Par les rues où les senteurs de "soupes chinoises" commençaient à se mêler aux multiples odeurs asiatiques, le lieutenant de vaisseau prit la route de laérodrome de Tan Son Nut. Il arriva bientôt, malgré la circulation intense des cyclos, "boîtes dallumettes" entraînées par de nerveux petits chevaux roux, "pousse-pousse" tirés par de maigres coolies aux vastes chapeaux coniques et dans lencombrement des immenses paniers dosier que des paysannes affairées portaient sur de flexibles balanciers et des petits comptoirs ambulants tout fumants de soupes ou de teintures noires ou brunes.
Il y avait déjà du monde sur la piste, dont ses amis quil avait alertés sans leur donner de raison particulière. Décontracté en apparence, Jubelin salua puis déclara quil venait louer le "Pélican" pour se rendre à linvitation dun planteur du côté des Trois Frontières. Nul ne sen étonna : lendroit, où cet excellent fusil de William Baze chassait volontiers avec lEmpereur Bao Daï ou de riches amateurs venus dEurope ou dAmérique, était réputé pour son gibier de taille respectable; Gaur, tigre, voire éléphant.
Le chef-mécano du club, Repesse, ne laissa guère percer denthousiasme pour laisser voler ce "coucou" : il arrivait à lextrême limite de ses heures de vol avant révision complète et il avait durement volé. Il nétait pas prudent, selon lui, de prendre lair avec cet appareil; au moins, faudrait-il suivre une voie terrestre fréquentée. Jubelin répondit quil nétait pas spécialement casse-cou et assura quil ferait le nécessaire pour faciliter les recherches en cas de panne ou datterrissage forcé.
Comme lofficier-pilote de lAéronavale avait une solide réputation de compétence, Toulza, le moniteur du club, autorisa la sortie. Il nen prodigua pas moins des recommandations dextrême prudence, demandant de prévenir de larrivée et insistant sur le fait quil ne fallait pas sobstiner si le coucou faisait des difficultés pour prendre le chemin du retour. En pince-sans-rire, Jubelin promit quil suivrait ces recommandations et que Toulza reverrait son "zinc".
Ecourtant les adieux comme sil sagissait dun vol de routine, le pilote sauta promptement à bord et mit les gaz. Lappareil prit lair normalement. Virant sur sa gauche, il mit le cap au Nord; ce qui correspondait, en suivant les voies recommandées, à sa destination annoncée de Quan Loï. Très vite cependant, au niveau de Thudaumot où il voyait les Marsouins du 11ème patauger dans les rizières, Jubelin vira encore à gauche pour prendre son vrai cap, lOuest. Un incident, en fin de virage, le contraria plus quil ne linquiéta : le vent avait décollé la carte de la tablette, lavait plaqué au fond de la carlingue où il ne pouvait aller la récupérer en vol.
Il pilota à lestime en essayant de se remémorer les paysages quil admirait lors de ses vols dentraînement. La chance devait être avec lui : il découvrit facilement le petit terrain de Trang Bang, dans la forêt à côté de la petite localité cochinchinoise, à la frontière près de la bifurcation de la route. Une fumée de brindilles faisait office de manche à air, donnant la direction et la force du vent au sol. A côté, Arnoux et ses amis Affre faisaient de larges signes damitié.
Jubelin atterrit près de lauto et, moteur au ralenti, sauta dans lherbe. Tout fut vite fait, y compris ladieu au couple ami qui découvrait la raison de ce rendez-vous insolite. Quelques signes damitié et lavion senvola face à lEst, avant de repasser sur le terrain pour un dernier adieu et prendre le vrai cap, à lOuest. Le soleil levant dissipait les nuages et le vent de la mousson, soufflant de lEst depuis quelques jours, faisait augmenter la vitesse sans fatigue pour le moteur : cest ce quavait prévu celui qui nétait plus le Directeur de Tir du croiseur "Lamotte-Picquet".
Le sol défilait à 150 km/h et lon reconnut bientôt létrange division du Mékong à louverture de son delta. Cela annonçait Chaudoc où des yeux indiscrets pouvaient veiller. La capitale provinciale de cette région du Royaume Khmer colonisée par les Annamites juste avant larrivée des Français, fut contournée avec prudence. Suivant la frontière que rien ne marquait spécialement, lavion fut bientôt en vue de Kompong Trach. La petite ville cambodgienne, paisible et nonchalante comme toutes celles de ce pays bouddhique, était proche de la province cochinchinoise de Hâ Tien dont la capitale du même nom marquait lextrémité au bord du golfe du Siam qui faisait sa richesse.
Rendez-vous avait été pris avec Ducorps sur le petit terrain choisi parce que cette région, peuplée de Cambodgiens, avait été jugée plus sûre : les sujets de Sa Majesté Sianouk nayant pas la réputation de moucharder. La présence de Ducorps avait soulevé un certain intérêt. Quelques badauds, le cheveu court et le sampot noué à la ceinture, supputaient quelque distraction inhabituelle venant du ciel. A peine lavion au sol, les curieux commencèrent à se rassembler. Lair bon enfant ils se montraient aussi envahissants que les gamins qui senhardissaient en éclatant de rire. Impassibles, des bonzes vêtus dune robe safran et le parapluie serré sous le bras, regardaient sans mot dire ces Européens remuants qui venaient troubler la sérénité quaime le Bouddha.
Un sous-officier de la Garde Indochinoise courut se "mettre aux ordres du capitaine". Cela ne lempêchait pas de poser des questions qui commençaient à devenir gênantes, car le métis semblait avoir du flair. Jubelin argua "dennuis mécaniques mineurs auxquels il allait promptement porter remède". Là-dessus, il suggéra à Arnoux, fort de son grade de lieutenant qui impressionnait le garde, de détourner lattention du sous-officier. "Mon lieutenant", prenant une désagréable voix de service, demanda que lui soient présentées les "installations de Défense Passive" : consternation du chef des gardes qui, dans cette province reculée du delta, avait ignoré les consignes en ces temps calmes et "coups de gueule" homériques de Arnoux menaçant de "donner promptement de ses nouvelles !".
Pendant ce temps, Jubelin faisait le plein du réservoir à partir de bidons stockés, en grimpant sur le toit, tandis que Ducorps traçait la piste denvol dans les hautes herbes en faisant rouler la voiture et recherchait déventuels obstacles pouvant gêner les roues. La foule sétait encore accrue, piaillant et jacassant. Il y avait même deux Chinois bedonnants, vêtus dun tricot de peau et dun short blanc, qui devaient supputer une affaire commerciale bien juteuse tant elle était tortueuse. Les pieds bien calés dans les claquettes, ils parlaient sans geste en inclinant parfois la tête. Deux non plus, il ny avait guère de délation à craindre. Les Cambodgiens de tous âges commençaient à devenir gentiment envahissants par leur curiosité de tout et leur façon de scruter de près.
Pour alléger lappareil, les fauteuils inutiles venaient dêtre jetés sur le côté quand, le plein enfin effectué, le sous-officier revint : dun air à la fois soumis et arrogant, il déclara que le "Résident convoquait le capitaine". En même temps, il jetait un coup doeil qui se voulait finaud sur les bidons attendant dêtre chargés. Jubelin répondit quil allait se rendre tout de suite à la Résidence, puis écarta le garde en le "priant daller téléphoner au Résident pour lui annoncer sa prochaine arrivée, mais accompagné du lieutenant", il ajoutait de préciser que "le capitaine et le lieutenant se permettraient de sinviter à déjeuner" (ce nétait là que manière tout à fait habituelle à la Colonie).
Le répit fut court : le sous-officier, vite de retour, déclara quil "avait le regret" de devoir arrêter les aviateurs "sur ordre de Monsieur-Résident". Il sétait fait accompagner par dautres miliciens. Dévidence, le responsable local de ladministration finissait par sinquiéter des intentions des passagers de cet avion intempestif : léquipage ne pouvait plus tergiverser. Le gradé commençait à sinterroger ouvertement sur les bizarreries constatées dans et hors lavion.
Le pilote estima que seule lintimidation pourrait lui permettre de senvoler : ostensiblement mais sans provocation, il fit passer son volumineux revolver dordonnance dune poche à lautre, bien en vue du milicien. Fixant le sous-officier dans les yeux, il murmura "ne pas faire lidiot ". Cela dut provoquer une réaction salutaire, car il neut pas dautre observation, ni en français ni en annamite. La voie était libre !
Le moteur partit à la première sollicitation. La foule sécarta, amusée et attentive. Rebondissant plusieurs fois à cause de sa charge, le "Pélican" prit lentement son vol : assurément, son allure justifiait le nom. Après avoir dangereusement frôlé la cime des arbres, puis décrit un large demi-cercle, il mit le cap sur Singapour; descendant en rase-mottes pour éviter dêtre repéré. Les "dissidents" pouvaient voir la foule encore rassemblée sur le terrain et faisant des signes du bras, tandis que le sous-officier de la G.I. courait rendre compte au Résident : en désordre, ses miliciens suivaient, jetant parfois un regard vers le ciel.
Sortant de lhorizon, lîle de Phù Quoc, réputée pour son noc-mam, fut très vite en vue. A droite apparut la ville cambodgienne de Kampot, au pied de la Montagne des Eléphants, où la marine entretenait une base dhydravions. Ceux-là seraient dangereux si lalerte avait été donnée, avec la bonne direction. Le ciel était uniformément bleu au-dessus dune mer bleue, légèrement houleuse et semée de quelques crêtes décume. Le moteur "tournait rond". Le vent de la mousson aidant, lavion volait à 150 km/h sans fatiguer. Le dernier point fut fait sur lîle de Poulo Paujang, loin à lest : il révélait une légère dérive vers la droite.
Vers 10 heures, cette ultime terre de la péninsule indochinoise sestompa et disparut : le "Pélican" était seul au-dessus de la mer et sous le ciel, sans même une jonque chinoise ou un sampang de pêche en vue. Jubelin se fit la réflexion que, en cas damerrissage forcé, les chambres à air embarquées en guise de bouée ne seraient guère de quelquutilité : 700 km sétendaient jusquau but, vers le sud
Alors que les conditions météorologiques avaient jusque-là semblé satisfaisantes, soudain droit devant se dessina peu à peu lénorme amoncellement nuageux dun orage tropical. Les cumulus étaient impressionnants : un mur immense, dont on ne distinguait pas le sommet, barrait lhorizon de sa masse noirâtre. On ne devinait pas les extrémités et vouloir le contourner risquait de conduire à la panne sèche.
Inutile dessayer de passer dessous; les pluies de la mousson, diluviennes, donnent limpression dêtre exposé directement à un jet dincendie : il faudrait passer à travers, par le haut, en espérant que la masse nuageuse dangereuse serait moins profonde que son front sinistre. Il fallait que le vieux coucou veuille bien y consentir malgré sa surcharge : il ny avait pas dautre solution à moins de faire un demi-tour qui était totalement exclu dans leurs esprits.
Jubelin tenta la manoeuvre. Lentement, peinant manifestement outre mesure, lappareil grimpait péniblement. Assez vite, le moteur émit un ronronnement syncopé de mauvaise augure et des gouttes dhuile noire fusèrent. Le moteur se mit à cogner. Soudain, alors que la température de lhuile affichait 100 degrés, une longue giclée vint frapper le pare-brise. Lavion nétait encore quà mi-hauteur du nuage. La situation devenait très sérieuse. Il allait falloir se résoudre à pénétrer dans lorage avec ce vieux coucou qui nétait pas fait pour cela. Devant, cétait la fantasmagorie digne des visions les plus saugrenues des romantiques du XIXème siècle : même les trouées, étroites et hautes failles mouvantes, nétaient guère engageantes.
Léquipage décida de faire un plein avant daffronter le danger. Lavion décrivit une courbe pour venir défiler devant les nuages et permettre deffectuer la manoeuvre de transvasement dessence. Lopération tenait de lacrobatie aérienne particulièrement risquée. Lappareil surchargé était bien trop lourd, malgré le temps de vol écoulé. Pour le ravitaillement, il fallait monter sur le toit pour vider un à un les bidons stockés à lintérieur : sans matériel spécialisé.
Les difficultés rencontrées à vouloir ouvrir la porte en cette zone perturbée incitèrent Jubelin à sacrifier un peu le matériel, pour permettre une manoeuvre moins risquée. Il fit découper un trou dans le toit, de façon à ménager le passage dun homme. Ce fut vite fait, après quelques réticences de ses compagnons, plus "respectueux du matériel à eux confié" : imaginaient-ils quils auraient à en "rendre compte" à un intendant pantouflard choqué par cette "détérioration de matériel" ? Que pouvaient avoir à craindre les trois "déserteurs" quune Cour Martiale allait promptement condamner à mort et à la confiscation des biens, à Saïgon ?
Le trou fait, Ducorps se glissa à lextérieur, ceint de la corde, et rampa jusquà lorifice de remplissage en luttant contre le vent violent. Le bouchon noffrit guère de résistance. Saidant des dents pour maintenir le tuyau du siphon, le "préposé" prit un à un les bidons dessence que lui passait Arnoux, les transvasant puis les jetant dans le vide. Contrairement à leurs craintes, peut-être à cause de la vitesse réduite, le phénomène de succion neut pas lieu et il y eut peu dessence de perdue. Le réservoir était plein à nouveau et il restait encore quelques bidons de secours qui permettraient sans doute de parvenir au but, sil ny avait pas de "pépin".
On reprit le bon cap. Jubelin essaya dengager lavion dans ce qui ressemblait à un impressionnant et sombre "canyon" aux falaises sinueuses, dune très grande hauteur. Chahuté sans cesse, le "Pélican" peinait : lhuile monta à nouveau à 100°. Presquaussitôt, une longue giclée noire, plus forte que celle précédente, vint sécraser sur le pare-brise en seffilochant sur la vitre de côté en de brunâtre tentacules sinistres.
Heureusement, une pluie dorage se mit à cingler lavion : les larges gouttes éclataient avec un bruit de mitrailleuse sur la tôle, dans un vacarme de fin du monde. Leau ruisselait littéralement : elle avait lavantage de faire baisser la température de lhuile. Peu à peu, le moteur reprit un rythme plus rassurant. Autant que le permettait la pellicule deau, il fut bientôt possible de voir à travers le pare-brise. Lavion continuait à être violemment malmené, du moins les grains qui se succédaient à courts intervalles maintenaient-ils une température convenable du moteur.
Carte en main mais navigant maintenant à lestime, Arnoux traçait une route dont il était de moins en moins certain. Dans lintention de gagner deux heures, il proposa de changer de cap et dobliquer vers Khota Baru. Cela permettrait aussi déviter de "rater" Singapour en passant à lest de létroite péninsule dont le port marquait lextrémité. Il estimait que lavion était à peu près à mi-parcours et légèrement à droite de sa ligne prévue de vol. Décision prise, lappareil mit le cap vers le N.-O. Le "Pélican" se retrouva dun coup à 300 mètres au-dessus dune mer verte, striée de blanc, puis à 200 mètres; ce qui le fit passer sous la masse des nuages où il fatigua moins. Par moments tombait une pluie légère qui navait dautre inconvénient que de limiter lhorizon.
Il fallait espérer que les calculs du navigateur étaient corrects : il eut été dangereux de se retrouver au Siam, dont le territoire poussait une pointe sur la côte N.-E. de la péninsule malaise. Jubelin connaissait la triste histoire de Chapuzot. Ce nom évoque celui dun héros de livre "troupier" : cétait celui dun quartier maître fusilier du "Lamotte-Picquet" qui tenta de rejoindre la France Libre par le Siam, au début de Juillet 1940. Il fut enfermé et exposé dans une cage en bambou, avant que les Anglais interviennent fermement auprès des autorités thaïlandaises; alors que lAmiral Decoux avait refusé de se manifester.
Le vol continuait normalement quand, soudain, sans rien dautre que les estimations de Arnoux le laissât prévoir, la terre fut en vue sous un ciel éclatant de lumière. Sur la mer calme, saffairaient des flottilles de pêcheurs. Elles venaient sans doute des îles caractéristiques que lon distinguait au loin : Great Readang, Lang Tengan et les Perhentian couvertes au N.-O. par des îlots tâchetant la mer. Il ny avait aucun doute, lavion se présentait à Khota Baru, capitale de lEtat de Kélantan, qui porte le nom du majestueux fleuve aux rives verdoyantes.
Coulant du sud vers le nord, son cours se déverse dans le Golfe du Siam, un peu au sud de la frontière avec la Thaïlande inamicale. Légèrement au-dessous du 6ème parallèle, la ville sétalait devant eux sur une rive du fleuve, encore éloignée. Ils avaient quitté la terre au 10ème et Singapour est proche du 1er : ils étaient à quelque 600 km de leur but initial. La montagne confirmait que lon arrivait au port choisi : le sommet du Ménungaï se détachait, isolé sur limmensité verte et plate, un peu en avant de la chaîne.
Du Batil dominant à 1508 mètres, la montagne descend vers le Yong, à 655 mètres, en passant par le Témiang à 1237 mètres. Là étaient les Anglais et, à défaut de militaires, on pouvait être certain de rencontrer de ces planteurs qui introduisirent lhévéa dans cette riche contrée, comme les Français en Indo-Chine, mais y importèrent également leur "way of life". La carte signalait quun terrain se trouvait dans les parages.
Comme la recherche pouvait durer longtemps, il fut décidé de faire un dernier plein en vol. Estimant sans doute que son tour était venu de se livrer aux acrobaties aériennes et den connaître les griseries, Arnoux passa promptement par le trou. Ceint de la corde, il sinstalla prêt à la manoeuvre. Le plein fut terminé tandis que le "Pélican" passait la ligne verte du rivage de leur terre promise : sil y eut des curieux à regarder lavion, ils ont dû se poser des questions sur ce que pouvaient bien manigancer ces gens dont on apercevait les silhouettes sur le toit du "zinc".
Tout de suite, sur la gauche, apparut la manche à air signalant une piste sur un terrain immense par rapport aux besoins de lavion. La mollesse de la "biroute" indiquait un vent léger au sol; ce que ne démentait pas lUnion Jack qui caressait le mât de pavillon de ses plis. Après dix heures de vol, dont une bonne partie dans un orage tropical, Jubelin posa correctement son appareil, roula vers les baraques et coupa le contact : mission accomplie, léquipage se trouvait en territoire britannique, prêt pour le combat dans les Forces Françaises Libres. Le ciel resplendissait et la joie illuminait les visages. On se congratula.
Tout dabord, ils ne remarquèrent aucun signe de vie sur le "field". Ils commençaient à sen étonner en plaisantant, quand il se passa quelque chose qui leur parut extrait dun film hollywoodien sur la légendaire Armée des Indes. Sortant dun bungalow, un Major de Sa Gracieuse Majesté le Roi George le VI° - il y a partout un Major britannique - le stick coincé sous lavant-bras gauche replié contre le ceinturon au cuir astiqué, venait à grandes enjambées : nul doute lAngleterre était là ! Lofficier fit quelques pas saccadés, sur place, et simmobilisa soudain, raide comme un piquet et le menton levé : ses yeux brillaient.
Il était coiffé dun immense feutre de brousse au kaki tirant sur le brun, dont le côté relevé sornait dun de ces étonnants insignes que les Britanniques arborent sans complexe. Il porta la main à la coiffure, dun geste dautomate, et sinclinant légèrement, sadressa aux "sirs" descendus du "Pélican"; comme sil sagissait là dune rencontre amicale de routine entre partenaires dun même club très sélect : "Avez-vous fait bon voyage ?".
A quelques pas, dressés derrière un talus de sacs de sable et camouflés sous les feuillages qui dissimulaient et ombrageaient leur poste de D.C.A., deux "Indous" encadraient une mitrailleuse "Lewis" vaguement pointée vers le ciel.
Après cette randonnée et les excursions sur le toit de lavion, shorts et chemisettes avaient perdu toute fraîcheur. Laccueil fut charmant, très "british" aussi; cest-à-dire empreint dune curiosité retenue qui laissait cependant percer létonnement et ladmiration pour lexploit sportif et la détermination patriotique. On se dirigea vers le mess dont les murs blancs soulignaient le toit en paillote. Lombre devait y être la bienvenue lorsque tapait le soleil de Malaisie. On était à lheure du fugace crépuscule des tropiques. Une dernière peur rétrospective cloua un instant le trio de Français avant de franchir le seuil : un mécanicien qui sétait précipité vers cet étonnant "zinc" revenait vers eux en les hélant : "Hello, sirs !". Excité, lhomme montrait une branche darbre coincée dans le train datterrissage ! Le brave "Pélican" avait manqué de peu un magnifique "cheval de bois", ou pire, à lenvol de Kompong Trach : quelle torche cela aurait fait avec toute cette essence Le danger navait pas été moindre à latterrissage à Kota Baru.
Après une nuit passée au bungalow des officiers, lheure vint de se préparer à poursuivre jusquà Singapour. Ils avaient peu dormi, car il avait fallu répondre aux questions des militaires enthousiasmés par lexploit et la farce faite à lamiral. Le voyage sannonçait comme une promenade, le temps était beau et il suffirait de se guider sur les routes ou la voie ferrée qui longe la côte jusquau grand port. Jubelin demanda de vérifier sommairement lappareil, sollicitant un complément de plein et un coup doeil sur le niveau dhuile.
Tel le pélican de la fable, loiseau de laéroclub de Tan Son Nut avait donné bien au-delà du maximum quon pouvait espérer de lui : il était à bout; il avait rempli son contrat et réclamait le repos complet. Il refusa obstinément de démarrer et il fallut se résigner à le laisser là. Rappelant la promesse quil avait faite, Jubelin obtint que lavion soit emballé et dirigé vers Singapour pour y embarquer vers Saïgon.
Ainsi, comme promis, reviendrait-il sous lautorité de Soulza et entre les mains expertes de Repesse et, selon leur recommandation "sans quon se soit obstiné à le faire démarrer". En 1940 on avait de ces délicatesses. Les Britanniques firent comme promis.
Cest en wagon-lit, en parcourant le centre de la Malaisie, que les trois "dissidents" gagnèrent confortablement Singapour. Dans un an environ, les Japonais allaient parcourir la distance à un train infernal. Leur réception ne passa pas inaperçue : radio et journaux avaient annoncé leur arrivée acrobatique qui survenait comme un défi. Lamiral commandant limportante base et le général commandant la place forte étaient fait représenter chacun par un officier de leur état-major.
Avec étonnement, les trois héros du jour les découvrirent sur le quai. Ils portaient la grande tenue, sabre au côté, dans ces uniformes que seuls des Britanniques peuvent porter sans ridicule. Précédant une exubérante bande de Français Libres locaux, les deux officiers supérieurs accueillirent les trois "officiers français dissidents" en les félicitant de leur raid audacieux dont ils semblaient bien apprécier surtout le côté sportif. Ils leur annoncèrent que Radio-Singapour avait raconté leur odyssée.
Les représentants des autorités suprêmes, considérant avec étonnement les "damned frenchies", se mirent cordialement à leur disposition. Jubelin et ses camarades, qui avaient dû voyager sans bagage, dirent que le problème durgence était celui de leur habillement : ils ne possédaient que les chemisettes et shorts quils avaient sur eux et, bien sûr, le matériel sommaire de toilette quon navait pas manqué de leur donner en arrivant à Khota Baru : ne convient-il pas quun Européen puisse se raser et se laver les dents ? Avec un short-à-rallonge typiquement Armée-des-Indes et une coiffure française nettement moins fraîche aux galons déformés Jubelin tranchait par rapport au comité daccueil.
Les nouvelles vont vite "à la Colonie" : dès le lendemain, ils se trouvèrent submergés de tout ce qui peut se porter sous ces latitudes; si bien quils durent organiser, à leur tour, une distribution ! Ils étaient devenus la coqueluche de la société européenne; ce qui ne faisait pas deux des clients des charmantes volontaires de la Y.M.C.A., qui auraient bien voulu leur apporter leurs services. Sen étonnant un peu, ils samusaient de cet accueil si chaleureux et simaginaient les têtes à Saïgon où Radio-Singapour était écoutée par tous : ils savaient déjà que la propagande de lamiral laisserait entendre quils étaient "partis avec la caisse", avaient fui lire dun mari jaloux, ou autre vilenie.
Ils avaient hâte de rejoindre la France Libre et leur place au combat contre lAllemand qui occupait la patrie. Dès leur arrivée, ils avaient insisté pour prendre le premier navire qui leur permettrait de gagner lAngleterre. Après quelques jours de repos enchanteur au mess de Royal Air Force, lembarquement se fit le Vendredi 13 Décembre 1940. Le bâtiment mixte "Sarpeton" fit escale à Durban : Jubelin y retrouva son "fistot" commandant laviso "Savorgnan de Brazza" des Forces Navales Françaises Libres, qui relâchait dans le port. Enfin ils se retrouvaient entre vrais Français. Ils ne savaient pas que, dans un an, les Japonais débarqueraient en force à Khota Baru, par grande tempête de mousson, au lendemain de Pearl Harbour.
Le "Sarpeton" poursuivit sa route vers Capetown. Les trois évadés y furent débarqués pour prendre passage à bord dun transport plus rapide, "Orion", qui transportait 3000 hommes de renfort. Ils y rencontrèrent une demi-douzaine de matelots français qui, pour continuer le combat, avaient quitté la douce quiétude de notre escadre consignée à Alexandrie. A la mi-Juillet, dix officiers et une cinquantaine de marins de cette force navale qui avait choisi de cesser le combat, rallièrent les F.N.F.L. avec DEstienne dOrves qui se faisait appeler "Châteauvieux". Une surprise attendait lancien officier de tir du "Lamotte", à bord de "lOrion" : lancien officier de liaison britannique quil avait connu à bord de son croiseur, au temps où les deux marines collaboraient en Extrême-Orient, était aussi du voyage.
Après une traversée qui fut, du moins pour lui, sans histoire, le transport "Orion" toucha lEcosse à Greenock le 1er Février 1941 : une centaine de ballons dun barrage antiaérien oscillaient au bout de leurs câbles au-dessus des navires encombrant le port. Le 4, Jubelin se présenta au "Patron" des Marins et Aviateurs de la France Libre : lAmiral Muselier était un autre homme que lAmiral Decoux; sachant prendre des initiatives rapides devant des situations que les règlements nimaginaient pas. Le contraire dun "homme aux ordres" comme lavait remarqué depuis longtemps lAmiral Darlan.
Le Commandant Jubelin espérait, en tant que pilote réputé de lAéronavale, être affecté dans une escadrille défendant le ciel de lAngleterre et la liberté. La France Libre avait très peu dofficiers de marine ayant rang de commandant : notre pilote dut oublier ses ailes et accepter de devenir le "Pacha" du vieux cuirassé "Courbet", bien connu des Lorientais, qui, transformé en base et couvert de D.C.A., ne hantait plus le Port de lOrient où il "fumait sur le Blavet". La vieille "baille" ne savait pas encore quelle était destinée à la gloire du "D.Day" sur la côte normande, une certaine aube, le 6 Juin 1944.
Le 5 Février 1941, Jubelin eut une entrevue avec le Général De Gaulle, qui le questionna sur lIndo-Chine. Pendant ce temps, à Saïgon, lire de lAmiral Decoux sabattait sur ses amis. Elle népargna même pas ceux qui navaient appris la nouvelle que dans les pages de "LImpartial", le mal-nommé qui menait une campagne collaborationniste virulente. Par contumace, les "déserteurs" furent traduits devant une Cour Martiale et condamnés à mort au cours dune audience pénible
Après des succès remarqués en D.C.A., Jubelin réussit enfin à se faire affecter en escadrille dans la Royal Navy (R.N.). Consécration rare, le 11 Juin 1941, à titre très exceptionnel comme tinrent à le préciser par note les Lords de la Mer, il reçut le droit de porter linsigne de la "Fleet Air Force", à condition quil nen portât pas une autre en même temps. Peu après, il prit le commandement dune escadrille "Free French" sur "Spitfire". Avec elle il se couvrit de gloire, avant de reprendre la mer le 8 Août 1942, comme commandant de laviso "Savorgnan de Brazza". A la même époque, dans le Sud-Pacifique les Américains débutaient leur reconquête "île par île" des Salomon, en commençant par Guadalcanal; à partir des territoires français ralliés à la France Libre. Il devint une "figure" entre les "pachas" des F.N.F.L., qui nen manquaient pas.
Son commandement fut digne de son prédécesseur, lorsquil prit ensuite celui du croiseur léger F.N.F.L. "Triomphant". Quelques mois plus tôt, sous le Commandant Gilly, cet ex-aviso avait provoqué ladmiration de la Royal Navy : une référence ! Difficile à étonner, la marine de Sa Gracieuse Majesté la lui avait manifesté dune façon étonnante, typiquement britannique : en plein Océan Indien infesté de sous-marins japonais repérés dans les parages. Alors que notre bâtiment présentait encore une gîte importante après sêtre rétabli, dans un typhon, dun naufrage arrivé à sa phase finale, deux navires de guerre "H.M.S. " avaient défilé à contre-bord, équipages rangés à la bande et criant des "Hourra !" enthousiastes, pavillons claquant au vent et haut-parleurs tonitruant une "Marseillaise" à laquelle le vent donnait du roulis. Ça ne soublie pas
Dure succession à prendre, mais que Jubelin réussit avec brio. Une entrée de nuit, avec "ses cargos" et sans que la capitainerie du port malgache sen aperçoive, le rendit légendaire dans lOcéan Indien. Ce "coup" lui valut une lettre de félicitations du commandant de lescadre britannique dans lOcéan Indien, pleine dhumour. Vint le temps de la modernisation du navire, alors que le IIIème Reich finissait dagoniser. Le "Triomphant" fut désigné pour combattre contre le Japon dans lOcéan Indien et le Pacifique. Entre temps, Jubelin avait reçu, le 5 Janvier 1943, les confidences de lIngénieur général Kahn. Partant pour lExtrême-Orient, le Commandant du "Triomphant" était ainsi des privilégiés à savoir que la guerre se terminerait probablement par lemploi de la bombe "A". Son ami lui avait dit que Einstein, entre autres, travaillait sur ce projet aux U.S.A.
Le Reich venait de capituler lorsque le "Triomphant" quitta la France pour rejoindre notre cuirassé "Richelieu", le plus important "battle ship" de lescadre britannique qui pilonnait les côtes de Birmanie, de Malaisie et dIndonésie tenues par les Japonais. Cest dans ces eaux que la capitulation du Japon surprit le navire. Lorsque lordre vint au "Triomphant" daccompagner le "Richelieu" qui escortait deux navires navigant vers lIndo-Chine, Jubelin reconnut que la boucle allait être bouclée : il revenait en vainqueur à Saïgon et il y serait le premier arrivé !
Au début de laprès-midi du 3 Octobre 1945, la petite escadre française mouilla au Cap Saint Jacques, à lembouchure de la Rivière de Saïgon. Les nouvelles venant de la ville étaient alarmantes, malgré un début de dégagement, il y avait une semaine, par nos soldats qui sétaient libérés des camps japonais. Depuis un mois, le Viêt Minh se livrait à des massacres. A cause du manque de profondeur et de la largeur du fleuve dans les coudes, il ne pouvait être question de le faire remonter par le cuirassé.
Le "Triomphant" embarqua le Commando Ponchardier qui avait voyagé sur le "Richelieu". Par les méandres de la Rivière de Saïgon, entre les épaves de bateaux japonais victimes des avions des Task Forces, se couchant dans les virages tant il donnait de la vitesse, le croiseur battant pavillon tricolore remonta jusquau débarcadère dhonneur, au coeur de Saïgon. Son arrivée avait été annoncée et le bâtiment des F.N.F.L. était attendu par une foule enthousiaste et bigarrée que sa présence parvenait déjà à rassurer, mais qui commençait à se poser des questions sur déventuelles représailles. Civils, militaires, marins et policiers étaient là, serrés derrière la Compagnie dHonneur en short et chemisette bleue, commandée par un Brestois : la Marine-Indo-Chine accueillait un de ses déserteurs
Il ny avait alors, pour la défense de la capitale de la Cochinchine, que les squelettiques Mission Cédile, désarmée, et Mission De Riencourt (B.C.R.A.) avec la Compagnie "A" du C.L.I. (Corps Léger dIntervention, basé aux Indes); sans oublier les hommes du 11ème R.I.C.-reconstitué. Ce Régiment dInfanterie Coloniale était composé de deux bataillons de Soldats des Troupes Coloniales (Français) et dun bataillon de Marins : les uns et les autres sortaient de six mois de captivité des Japonais, souvent après combats, et sétaient libérés eux-mêmes lorsque le Viêt Minh commença les massacres. Il y avait également un détachement britannique de la fameuse 20 th. Indian Division, venant de Birmanie, dont la mission était de désarmer les Japonais. Dordre des Américains, les Gurkhas et Penjabis de ses compagnies ne pouvaient alors intervenir contre le Viêt Minh : elles ne le pourront que lorsque le Colonel U.S. Dewey, fils du Maire de New-York, se sera fait abattre bêtement à Tan Son Nut par un Viêt ricanant de sa prétention de se couvrir de sa qualité de "libérateur américain". (Débarqué en Normandie, il a une plaque à son nom dans la cathédrale de Bayeux. En haut et à gauche).
Dans la rivière, émergeaient les superstructures de ce qui avait été le "Lamotte-Picquet", coulé le 12 Janvier 1945 par des avions dune Task Force de lU.S. Navy. Les autres navires sous le commandement de lAmiral Berenger sétaient sabordés, dans les terres, lors du coup de force japonais du 9 Mars 45; à lexception dex-vedettes des Douanes de la Baie dAlong. Pas un navait su essayer de rejoindre une de ces Task Forces qui faisaient la loi dans la Mer de Chine. (Vainqueur brillant de la flotte siamoise à Kho Chang en 1941, il avait en 1942 donné lordre aux E.M. et équipages des navires de commerce français, réquisitionnés par les Japonais, de rester à bord sous pavillon nippon. Il avait préparé la "reconquête" de la Nouvelle-Calédonie ralliée à la France Libre).
La foule européenne et métisse se pressait sur le warf et sur le quai. Evoluant gracieusement, équipages et commandos en armes à la bande, le "Triomphant" accosta par tribord, létrave en direction de lembouchure : la Marine-Indo-Chine présenta les armes. Jubelin et Ponchardier saluèrent de la passerelle. Les militaires, sur le quai, saluaient et certains reconnaissaient danciens camarades. De la foule montait une acclamation soutenue "Vive Jubelin !"; à croire quil ny avait là que des gaullistes brimés depuis cinq ans.
Une gêne se remarquait, surtout chez les officiers de marine qui attendaient que les premiers marins de la France Libre mettent pied à terre. Ils avaient devant eux la preuve quil y avait eu un autre choix à faire à lheure où la discipline avait peut-être été un confortable alibi. Que pouvaient penser des officiers et membres déquipage qui sétaient laissés séduire par les sirènes défaitistes et les accusations sordides envers ceux qui continuaient le combat et qui, aujourdhui revenus en vainqueurs, allaient peut-être leur demander des comptes ? Peut-on "servir la marine" hors du combat contre lennemi qui occupe le sol de la patrie et qualifier de "déserteur" celui qui poursuit ce combat ? On pouvait comprendre le choix quils avaient fait, alors que sévissait la propagande, mais il y avait ceux qui "en avaient remis", et la marine nen manquait pas, ici comme ailleurs.
A Xuan Loc, entouré de son E.M. civil et militaire, lAmiral Decoux vivait les dernières journées de son internement relativement confortable, dans des villas réquisitionnées par les Japonais. Depuis le 18 Août, il savait que lEmpereur du Japon avait imposé la capitulation : le Capitaine Maza