Alice Nugues-Bourchat

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Mon époux

Hongrois d’Honneur

GUERRE 1914 / 1918 ---- GUERRE 1939 / 1945

Résistance extra-métropolitaine

 

Nice - Octobre 1987

 

Analyse des témoignages

Edition : Octobre 1987 - 152 pages

 

POSTFACE de Michel EL BAZE

Comment perpétuer la mémoire de celui qu'on a tant aimé, sinon en lui érigeant un Monument ?

C'est ce qu'a entrepris et réalisé Alice Nughes-Bourchat, en rassemblant les documents, les écrits épars de son cher époux, afin que sa famille, les générations futures, l'Histoire, connaissent ou n'oublient les actions de celui qui fut un héros: cité à l'Ordre du Régiment à Verdun, en 1916, puis de la Brigade en 1917, en Serbie, et encore, à l'Ordre du Corps d'Armée pour ses actions dans la Résistance Extra-Métropolitaine, en 1944, à Budapest alors qu'il avait été maintenu sur ordre à la tête des Services Consulaires de la Légation de France, en Hongrie.

Ce témoignage est un acte d'amour.

L'Histoire retiendra, certes, le courage exemplaire et l'esprit d'abnégation de Jean-Sylvestre Nugues-Bourchat, mais surtout l'affection, le soutien de sa compagne, de son amie, de son épouse, de celle enfin sans qui rien n'aurait été possible.

How can one perpetuate the memory of somebody one loved but in erecting a monument for him  ?

This is what undertook and achieved Alice Nughes-Bourchat, by collecting the documents, the scattered notes of her dear husband, so that her family, the future generations, history know or do not forget the actions of this man who was a hero. He was nominated to the "Ordre du Regiment" in Verdun in 1916, then to the "Order de la Brigade" in 1917 in Serbia, and then to the "Ordre du Corps d’Armée" for his actions in the overseas resistance in 1944, in Budapest while he had been kept by order at the head of the consular service of the French legation in Hungary.

This testimony is an act of love.

History will obviously retain the exemplar courage and the abnegation of Jean-Sylvestre Nugues-Bouchat, but most of all the affection and support of his partner, his girl friend, his wife, she whose presence was essential, and without whom nothing would have been possible.

 

Préface

Pour comprendre l’esprit qui a animé mon époux tout au long de son existence, il est nécessaire de rappeler (ce que je fais dans le second Livre de cet ouvrage) les origines de sa mère, d’abord, celle par qui est assumée la tradition familiale.

Son plus lointain ancêtre retrouvé est Pietro DE ANGELIS, originaire de CADIX (ESPAGNE), émigré en ITALIE, au début du 16ème siècle Gouverneur du Municipe de ROME au CAP CORSE.

Félicia D’ANGELIS (1863-1939) épouse donc Alexandre NUGUES-BOURCHAT et donne naissance, en 1895, à Jean Sylvestre, mon mari.

1915

Mon beau-père, Officier de Carrière sorti de St CYR, Commandant au 359e R.I.A., tombe le 8 Juillet 1915, à LA FONTENELLE (Vosges).

Il est cité à l’Ordre de l’Armée et décoré de l’une des premières Croix de Guerre qui a été créée le 8 Avril de cette même année.

1916

Neuf mois plus tard, Jean Sylvestre, son fils, relève le flambeau à VERDUN.

Le 9 Avril, au bois d’ARCOURT, à la tête de sa Section, il entraîne crânement ses hommes à une contre-attaque sur une position où l’ennemi venait de prendre pied.

Il est cité à l’Ordre du Régiment.

1917

Le 17 Mars, il est à LESKOVETZ, en SERBIE où il est blessé "en montant à l’assaut d’une position ennemie avec le plus grand mépris du danger, donnant ainsi à sa demi-section l’exemple d’un courage au-dessus de tout éloge".

Démobilisé après le Traité de Paix, au grade de Lieutenant de Réserve, il entama sa carrière civile en 1921, au Consulat français de BUDAPEST.

Suivirent quarante années dans la carrière, dont trente à l’étranger et vingt-cinq en HONGRIE.

Nous nous sommes rencontrés le 14 juillet 1933 à BUDAPEST alors que je participais à une manifestation de bienfaisance de l’Amicale FRANCE - HONGRIE dont JEAN-SYLVESTRE était président-fondateur. Dès le premier regard, nous avons su que nous étions liés pour la vie et c’est pour honorer sa mémoire que je continue aujourd’hui à NICE, modestement, son action en faveur des associations dont le but est de faire le bien.

Cependant, bien que liés par nos serments, JEAN-SYLVESTRE ne pouvait pas m’épouser, car la règle de l’époque interdisait à un consul de se marier avec une fille du pays où il exerçait. Ce n’est qu’en 1944 que cette interdiction fut levée et nous en profitâmes pour nous marier.

Au mois de Septembre 1939, Jean-Sylvestre, Capitaine de Réserve occupe un poste spécial à la Légation de France en HONGRIE. Dans les mois qui suivent, il viendra en aide à des milliers de soldats polonais réfugiés en HONGRIE en les faisant passer en FRANCE par la YOUGOSLAVIE, en vue d’y constituer une Légion Polonaise.

Après la débâcle française en Juin 1940, le Consulat connaîtra des jours plus calmes. Il s’occupera à ce moment-là du rapatriement secret des prisonniers de guerre français évadés des camps allemands et passés en HONGRIE, et ce avec le soutien des fonctionnaires antinazis des Autorités hongroises compétentes.

Jusqu’à la première moitié de l’année 1942, une cinquantaine de prisonniers de guerre français évadés purent ainsi quitter la HONGRIE, munis de passeports établis par le Consulat à de faux noms.

Le 11 Novembre 1942, les troupes allemandes occupent la zone libre de la FRANCE. Le chef de la mission diplomatique française de BUDAPEST nommé par le Gouvernement de VICHY, le Comte Robert de DAMPIERRE, démissionne en signe de protestation. Les autres diplomates se trouvent devant un dilemme : dans leur premier moment de consternation, ils s’apprêtent à suivre l’exemple de leur supérieur. Mais comme, même celui-ci se trouve dans l’impossibilité de quitter la HONGRIE, ils ne bougent pas. A partir de ce moment, Jean-Sylvestre commence à fournir aux Autorités de la France Libre des renseignements sur la situation économique et militaire en Europe centrale.

Après le 19 Mars 1944, date de l’Occupation de la HONGRIE par les forces allemandes, quand le nombre des évadés français dépasse déjà huit- cents, ses tâches se font plus pressantes : un nombre croissant de gens demande un passeport français. Les évadés en font également partie. De ces passeports, la situation militaire est absente : il s’agit uniquement de Français en situation civile. Dans certains de ces titres de voyage, un visa pour la SLOVAQUIE est apposé.

Des Français sont en route vers BRATISLAVA.

Juin 1944 :

On prépare le soulèvement antifasciste de la SLOVAQUIE. Les organisateurs français effectuent leurs déplacements, munis de passeports fournis par mon mari (C’est ce qui a permis, dans les mois qui ont suivi, à quelques deux-cents évadés français et belges, réfugiés en HONGRIE, le passage en SLOVAQUIE pour y prendre les armes contre les nazis).

Dans les compagnies stationnées en HONGRIE se trouvaient un bon nombre d’Alsaciens enrôlés dans l’armée allemande. En automne 1944, ceux-ci commencent à déserter. Le bureau militaire, fonctionnant à la Légation - mis sur pied avec l’accord du Ministère hongrois de la Défense Nationale et constitué de prisonniers de guerre évadés - s’entend avec les professeurs de l’École primaire franco-hongroise des Frères Maristes pour recueillir les déserteurs alsaciens. La disparition en série des Alsaciens éveille les soupçons des Allemands. Ceux-ci envoient un provocateur qui s’infiltre à l’École mariste : se disant déserteur, il est sans méfiance recueilli par les religieux et confié aux soins de l’un des collèges. La nuit même - le 19 décembre - les S.S. occupent les bâtiments de l’école et du collège et, le lendemain matin, la Légation française connaît le même sort.

Les multiples activités de l’organisation de la résistance sont découvertes :

Non seulement des Alsaciens, mais aussi des Juifs traqués, y ont trouvé refuge. Les S.S. arrêtent près de quarante militaires français, quatorze personnes civiles de nationalité française et plus d’une centaine de Hongrois

Mon mari est le seul diplomate français à rester en poste.

Les autres fonctionnaires de la Légation et du Consulat ont déjà quitté BUDAPEST ou se sont réfugiés chez des amis hongrois. Le service de sécurité nazi, procédant à une perquisition et à une méthodique mise à sac de la Légation de France, n’arrête pas d’emblée Jean-Sylvestre, celui-ci doit seulement lui remettre ses clefs. Mais les bureaux et coffres-forts, une fois ouverts, regorgent de preuves nouvelles : Mon époux a fourni de très nombreux faux passeports à des déserteurs Alsaciens, ainsi qu’à d’autres personnes traquées ; on retrouve les restes d’un poste de radio secret démonté en hâte, puis des revolvers, de grandes quantités de vivres et, finalement, derrière la provision de bois, une grande caisse remplie de képis militaires français. La Gestapo en conclut que la Légation française songeait sérieusement à organiser le maquis en HONGRIE.

Imaginez mon inquiétude quand un soir, mon mari n’est pas rentré à la maison, puis mon désespoir quand, téléphonant à SCHUSTER, le portier de la Légation, celui-ci me chuchota que la Gestapo l’avait amené.

Dès le lendemain j’ai entrepris des recherches, me rendant chez le Nonce apostolique, au siège de la Croix Rouge et aussi à la Légation de SUISSE et à celle du DANEMARK en priant toutes les personnalités rencontrées de m’aider à trouver la trace de mon époux, que finalement je sus être emprisonné.

Il ne fait aucun doute que Jean-Sylvestre se soit entendu avec le bureau militaire et les maristes. Lui aussi connaîtra la prison de la Gestapo, partageant le sort des membres arrêtés du groupe de résistance franco-hongrois, et ce jusqu’au 12 Février 1945.

Il est vrai que, pendant toute la durée des hostilités beaucoup de hongrois ont caché des français chez eux au péril de leur vie. Un livre blanc a d’ailleurs été rédigé après la guerre qui décrivait les événements de ces temps malheureux et dans lequel les Français rescapés remerciaient leurs sauveteurs.

Lorsque l’Armée Rouge vient libérer les prisonniers, mon mari, affaibli par les privations et le scorbut, à peine remis de sa blessure causée par un éclat d’obus, soutenu par un de ses compagnons de captivité, le frère mariste Albert PFLEGER, lui-même chancelant, se rend au bâtiment brûlé de la Légation Française, où les rescapés se rencontrent.

Convalescent, Jean-Sylvestre se remet aussitôt à ses tâches consulaires. Auprès du Comité National De Gaulle, créé pour représenter les intérêts de la France, puis de Paul GIRAUD, reconnu comme représentant de la FRANCE par le Comité de contrôle des Alliés - et seul ancien diplomate de la Légation - il continue à occuper le poste de consul jusqu’en Juin 1946.

Il retournera en FRANCE en 1951 et travaillera pendant dix ans encore au Ministère des Affaires Étrangères.

A son retour, il est décoré Commandeur de l’Ordre National du Mérite et Grand Officier de la Légion d’Honneur puis on lui remet les deux plus hautes distinctions de la Résistance française : en 1958, la Croix du Combattant volontaire de la Résistance extra-métropolitaine et, en 1959, la Médaille des Internés de la Résistance.

En 1971, le Consul général Près l’Ambassade de Hongrie à PARIS lui remet la Médaille d’Honneur du Mouvement pour la Paix,

"en reconnaissance de ses activités

dans la Résistance à l’Occupation Allemande"

Enfin, il est cité à l’Ordre du Corps d’Armée au titre de Capitaine dans la Résistance extra-métropolitaine avec la Citation suivante :

"Maintenu sur ordre en 1944 à la tête des services consulaires de la Légation de France en HONGRIE au moment de l’Occupation Allemande, a mené au péril de sa vie une action de résistance des plus efficaces : délivrance de passeports à des militaires Français évadés en HONGRIE et à des Alsaciens déserteurs de l’armée allemande, coopération à la mise sur pied d’un maquis franco-slovaque, groupement de renseignements d’agents, etc. Dénoncé à la Gestapo, a été emprisonné dans la capitale investie pendant 45 jours de la bataille de BUDAPEST dans les conditions les plus terribles. Sa santé a été longtemps ébranlée par les souffrances et les privations endurées au cours de cette période".

L’état de santé de Jean- Sylvestre est allé en s’aggravant ces dernières années, fatigant son coeur, son pauvre vieux coeur, qui a battu si fidèlement pendant 25 ans à BUDAPEST, pour les Hongrois, et a continué à le faire ici, à l’Étranger

Car mon mari se tenait

et s’est toujours tenu

pour "Hongrois d’honneur".

A.N.B

 

 

 

 

La mémoire

La mémoire : seul bagage incessible

Jacques ATTALI

 

 

SECTEUR DE FLIREY (15 mars - 15 mai 1915)

L'évocation de FLIREY laissera au Régiment une impression des plus profondes, des plus poignantes qu'il ait jamais éprouvé.

La campagne de FLIREY dura 10 mois, dix longs mois de combats extrèmement pénibles et d'une guerre de tranchées ou l'ennemi, à la tenacité et au courage duquel il faut rendre hommage, n'a cessé de nous harceler pour essayer de racheter ses échecs.

Les deux artilleries ont fait rage dans ce secteur qui n'était plus à un moment donné qu'un fouillis inextricable de ronces métalliques et de tranchées démolies.

La souffrance du Poilu y atteignit son maximum à cause surtout de la longueur de l'épreuve, à cause aussi de l'intensité des combats qui se renouvelaient sans cesse et des pertes provoqués par une artillerie monstrueuse.

Le Régiment perdit dans cette campagne plus de la totalité de son effectif (40 officiers, 3300 hommes).

Le 15 mars nous occupons les tranchées du Bois de Jury (ouest de FLIREY).

Pendant les premiers jours nous organisons le secteur et le tâtons par de nombreuses patrouilles.

Dans la nuit du 2 au 3 avril, nous parvenons, en attaquant sans préparation d'artillerie, à gagner sans pertes une avance de 80 mètres ; nous établissons notre première ligne.

L'artillerie gronde cependant de plus en plus. Le secteur devient mauvais. L'ennemi veut probablement nous intimider, mais nous prenons les devants.

Le 5 avril, le 157ème doit attaquer à 9 heures et s'emparer des tranchées qui se trouvent au sud du bois de MORTMARE et à l'ouest de la route FLIREY-ESSEY.

Nous avons pour mission, en restant dans nos lignes du bois de JURY de protéger et de soutenir par nos feux cette opération.

A l'heure prescrite le 157ème sort et avec un entrain digne d'éloges atteint son but et s'empare de la ligne de tranchées. Il y reste malgré le bombardement, mais est obligé peu après de céder devant une violente contre-attaque et de revenir à son point de départ.

Le 163ème reçoit dans l'après-midi l'ordre d'avoir à renouveler cette attaque le lendemain matin.

 

Combat du 6 avril 1915

Les 1er et 2ème Bataillons sont désignés pour fournir les Compagnies d'assaut. Ils relèvent le 157ème pendant la nuit du 5 au 6 et s'installent dans la parallèle de départ (6ème et 7ème Compagnie, vague de droite, 1ère et 2ème vague de gauche, 4ème et 8ème en soutien, 3ème et 5ème en renfort).

A droite, nous appuyons sur la route de FLIREY à ESSEY et sur le 257ème.

A gauche, le 4ème Bataillon, dans les tranchées de JURY, doit nous protéger par ses feux. Le 3ème Bataillon est en réserve dans les bois de la HAZELLE.

L'heure H fixée d'abord à 9 heures est reportée à 10 heures puis retardée jusqu'à 12 heures.

Pendant toute la matinée, comme s'ils se doutaient de nos intentions, les Allemands bombardent violemment tout le secteur. Le ravitaillement en munitions sur la ligne de départ s'effectue difficilement et avec pertes.

A 11 heures 40, notre artillerie commence à cracher selon le terme usuel, puis donne son plein jusqu'à 12 heures.

Les hommes, le fusil approvisionné, baïonnette au canon sont prêts à enjamber le parapet.

Au signal fait par le Chef du 2ème Bataillon qui se tient dans la parallèle de départ, toute la vague s'élance, les officiers en tête.

A ce moment, le capitaine AULOIS commandant la 7ème compagnie, en tête de ses hommes, se tourne à demi pour leur dire :

- Mes amis, ajustez vos jugulaires ; nous allons avoir l'honneur de charger la garde ! En avant et vive la FRANCE (O/Général n°168 de sa citation à l'armée).

Lui-même, pour la circonstance avait revêtu sa tenue n°1.

Sous l'impulsion produite par ces quelques mots, les poilus de la 7ème et, par contre-coup, toute la ligne, s'élancent en répétant :

" Vive la FRANCE " !

Le capitaine AULOIS toujours en tête arrive avec ses hommes dans la tranchée ennemie malgré la fusillade et un bombardement extrêmement meurtriers.

Mais hélas ! un instant après le brave capitaine tombe mortellement atteint d'une balle à la tête, dans la tranchée conquise qui s'appela depuis la tranchée AULOIS.

La 6ème Compagnie n'est pas moins belle que la 7ème dans cette action. Son chef, le lieutenant HERVE montre dans la circonstance un entrain et un sang-froid dignes d'admiration. Il est tué également au moment ou il atteint son but.

Les 1ère et 2ème Compagnies parties aussi avec un élan merveilleux sont cependant, après un premier bond, prises en écharpe par des feux nourris de mitrailleuses qui leur causent des pertes très fortes et empèchent la progression. La 4ème Compagnie appelée en renfort permet un nouveau bond mais tous ses officiers tombent blessés. Le Commandant de la 1ère Compagnie est tué.

Pendant ce temps les 6ème et 7ème Compagnies organisent les tranchées conquises. L'ennemi réagit très sérieusement. Il fait donner le plein de son artillerie et prononce ensuite des contre-attaques très violentes.

Deux premières contre-attaques échouent. Les officiers de la 6ème Compagnie tombent tous l'un après l'autre mortellement atteints. Ces deux compagnies n'arrivent pas.

Une troisième contre-attaque menée avec une violence particulière oblige ce qui reste des Compagnies dans les tranchées conquises à se replier jusqu'à leur parallèle de départ.

Les deux compagnies demandées pour remplacer les vides arrivent à ce moment, mais il est trop tard. Leur lenteur à venir de la 3ème ligne provient du barrage ennemi extrêmement dense et de l'encombrement des boyaux par les blessés et les cadavres. (En une heure nous avions perdu 11 officiers dont 8 tués; 171 hommes tués, 342 blessés).

Combat du 7 avril 1915

Après une nuit passée, sous un bombardement continuel, à évacuer nos morts et nos blessés et à tenir la position, l'ordre arrive d'avoir à renouveler l'attaque à 10 heures du matin.

Un bataillon d'assaut est constitué par les 3ème, 5ème, 9ème et 10ème compagnies (ces deux derniers formant soutien) sous les ordres du Capitaine HUILLET commandant la 3ème compagnies.

Les autres Compagnies du régiment sont en réserve au bois de JURY et au bois de la HAZELLE. Trente minutes avant l'heure H notre artillerie commence la préparation.

A l'heure H les 3ème et 5ème compagnies s'élancent hors des tranchées formant la droite de la vague d'assaut ; la gauche est formée par deux compagnies d'un bataillon du 157ème.

La 3ème compagnie et un peloton de la 5ème sont, au cours de la progression, pris en écharpe par quatre mitrailleuses ennemies. Les hommes sont obligés à un moment donné de s'abriter dans les trous d'obus.

Des renforts sont demandés pour contre-battre les mitrailleuses et remplacer les vides. Mais la compagnie qui doit renforcer, gênée par l'encombrement des boyaux est obligée de les enjamber et se fait décimer par le barrage ennemi ; elle ne peut inutilement secourir l'attaque. Le Commandant de la 10ème compagnie tombe grièvement blessé. L'officier qui reste tombe également blessé.

Pendant que la gauche piétine péniblement, la droite constituée par l'autre peloton de la 5ème compagnie a plus de succès et réussit à s'emparer de la tranchée allemande.

Les pertes sont cependant très fortes et le peloton réduit à quelques hommes demande du renfort pour tenir dans la tranchée conquise.

On ne peut envoyer qu'un peloton. Le peloton n'est pas encore complètement arrivé qu'une violente contre-attaque allemande se déclanche. Le sous-lieutenant FOISSAC chef du peloton est tué ; un 2ème sous-lieutenant est blessé.

Il ne reste plus qu'un sergent comme gradé et quelques hommes qui se battent vaillamment mais qui devant la supériorité considérable du nombre et l'intensité du feu, se replient dans leurs tranchées respectives et tiennent là l'ennemi en respect. Le lieu du combat est jonché de cadavres et de blessés.

Le bombardement continue de part et d'autres toute la journée. (Les pertes de ce combat furent en 1 heure 1/2 de ; 1 officier tué, 3 blessés ; 172 hommes tués, 268 blessés. Si l'on tient compte des effectifs engagés on voit que les pertes furent considérables.)

Le secteur reste très agité les jours suivants et la moyenne de nos pertes quotidiennes en dehors des combats est de 70 à 80 hommes dont 1/4 de tués environ.

Combat du 20 avril 1915

Le combat du 20 fut une brillante action d'éclat menée avec un entrain merveilleux et qui donna le résultat demandé.

Ordre est donné au 163ème d'enlever dans la matinée la ligne de tranchée ennemie en avant de la tranchée Barrin. Effectif; 1 Compagnie 1/2 (heure H = 9 heures).

Sont désignés ; la 16ème Compagnie et un peloton de la 14ème. Après 5 minutes de préparation d'artillerie nos braves poilus ayant décidé de marcher en chantant s'élancent au signal convenu en entonnant la Marseillaise.

L'ennemi en éveil actionne mitraillettes et mitrailleuses et ouvre le feu sur la troupe qui avance quand même et toujours.

La 16ème Compagnie, officiers en tête, arrive en tourbillon dans la tranchée, s'en empare après un violent corps à corps et commence à l'organiser aussitôt. Le peloton de la 14ème Compagnie un instant arrêté par des feux de flanc rejoint la 16ème.

La réaction ennemie se produit peu après. Trois contre-attaques sont énergiquement repoussés. La garnison de la tranchée conquise les accueille à grand rencfort de grenades et fait subir aux Allemands des pertes très sérieuses.

Un officier d'état-major du Corps d'Armée venu pour se rendre compte du gain compte plus de 300 cadavres Allemands (les pertes de ce combat furent de 1 officier tué, 43 hommes tués, 123 blessés).

Les jours suivants l'ennemi manifeste son mécontentement par un bombardement systématique et continue, mais il ne renouvelle pas ses contre-attaques.

Combat du 14 mai 1915

Le 13 mai au soir, en prévision d'une attaque qu'il doit effectuer le lendemain le 3ème Bataillon désigné va occuper les tranchées de m Mortmare d'où il partira. Objectif ; tranchée ennemie en avant du secteur.

A 7 heures 55 au moment ou notre artillerie commence son tir l'ennemi déclanche une vive fusillade dans la tranchée de départ. On voit les boches baïonnette au canon dans leurs tranchées ; ils se sont méfiés et attendent les assaillants.

Ordre est donné à la gauche et au centre de la 1ère ligne de ne pas bouger. La droite seule s'élance en avant très bravement et occupe les tranchées ennemies qu'elle avait comme objectif.

L'assaut général est alors déclanché. Toute la 11ème Compagnie et un peloton de la 9ème se portent en avant.

En quelques minutes les poilus atteignent la ligne allemande et l'occupent. Les Allemands s'enfuient ou tombent sous les grenades.

Aussitôt prise la tranchée est retournée face aux boches. L'ennemi nous harcèle et se prépare à contre-attaquer. Son premier coup de bélier à lieu à 11 heures ; il se heurte avec pertes à nos baïonnettes.

A 15 heures nouveau bombardement, nouvelle contre-attaque. Nous parvenons encore à faire refluer les Allemands vers leur point de départ. Ces derniers ne perdent cependant pas courage. Ils recommencent à 17 heures avec des effectifs renforcés, les vagues se suivant d'assez près.

Devant ce flot humain qui se renouvelle sans compter, nos sections déjà très éprouvées ayant lutté pendant 9 heures consécutives sous un bombardement " abrutissant " ne peuvent plus tenir et se replient sur la tranchée AULOIS d'ou elles étaient parties.

(Nos pertes dans ce combat étaient de 1 officier tué, 49 hommes tués, 179 blessés).

FLIREY - du 15 mai 1915 au 9 janvier 1916

La période intense de FLIREY a vécu.

Les 8 mois qui suivent sont un peu plus calmes en ce sens qu'ils n'enregistrent pas d'actions offensives comme les précédentes. C'est notre deuxième période de guerre de tranchées sur laquelle nous allons jeter un coup d'œil général basé sur les impressions du secteur ou 3 saisons nous voient à peu près dans les mêmes tranchées.

Nous sommes en été ; les jours sont bien longs, le temps est clair.

C’est la guerre d’observation.

Tous les P.O. (postes d'observation) ont des yeux, des jumelles qui repèrent les travaux faits, les boyaux fréquentés, le passage des corvées de soupe ; il ne faut pas se montrer. Les artilleurs font du réglage ; ça sent le coup de main ou l'attaque.…

Les avions ont beau jeu… Ils espionnent, repèrent, photographient. Il faut toujours se cacher…

Le temps est lourd ;

la tranchée sent mauvais…

un relent de cadavre mal enterré… parfois un membre pourri qui sort du parados !……

Le cimetière est à la 3ème ligne… un pauvre cimetière qui n'est pas à l'abri du bombardement !

Les croix de bois sont bien rangées et replacées parfois chaque jour ; des bouteilles renversées contiennent les papiers trouvés dans les poches du cadavre.

Là, dans un coin, ils sont 30 entassés ensemble et tués le même jour.

Quelques tertres sont sans bouteilles, sans nom !

Nous sommes bien peu de chose… !

Le poilu ne tient pas trop à rester dans la terre quand il fait beau . Par un savant camouflage il organise une table au jour invisible à l'œil des aviateurs. Il fait si humide et si noir dans les cagnas !…

Il veut écrire et s'installer confortablement pour mieux rêver aux siens, à son pays.

L'homme de soupe apporte la correspondance ;

- " Aux lettres ! ". C'est toute l'ame du poilu qui vibre. Une lettre tient tant de place dans la vie des tranchées !

C'est le moment où l'on oublie la guerre pour vivre quelques instants l'atmosphère du foyer des Mamans, fiancées, femmes, enfants vous ne saurez jamais de quelle façon on vous a aimés aux tranchées !

Le poilu endurci par les longs mois de guerre, qui regarde sans broncher le cadavre déchiqueté d'un camarade et qui reste insensible aux bombardements les plus forts, redevient à la lecture d'une lettre l'homme qu'il était avant la guerre, et cette transformation le rend mélancolique et rêveur.

Le poilu cherche à se distraire. Il fabrique des bagues, des briquets, des souvenirs pour les siens.

Le temps passe ainsi et occupe les accalmies, car on ne s'ennuie que lorsque le secteur est calme.

Il y a aussi les jours à compter ; dès le premier jour de secteur on pense à la prochaine relève et aux petits plaisirs de la 2ème ou 3ème ligne ; dès qu'on est au repos, on pense à la prochaine montée aux tranchées…

La vie est ainsi faite !……

Nous sommes en automne…

on monte aux tranchées ce soir, il pleut.

On est triste comme le temps.

On fait des kilomètres de boyaux dans l'eau…

on est toujours dans l'eau.…

La capote, les musettes, le fusil, tout est couleur de boue. Certains boyaux sont absolument impraticables ; il faut enjamber le parapet et passer en courant à découvert.

En arrivant aux tranchées, le premier travail qui se revouvelle constamment consiste à vider l'eau qui revient toujours !…

Voici le brouillard ! Tant mieux ! l'ennemi ne peut pas nous voir ; on en profite pour placer du fil de fer en avant des lignes pendant le jour ; on voit au moins ce que l'on fait.

C'est la saison ou les feuilles tombent ! il n'y a pas de feuilles ici, il n'y a même plus d'arbres. Les obus ont tout rasé !…

Le paysage est lamentablement triste… un fouillis de décombres… de la ruine partout !…

On éprouve un serrement de cœur !

C'est l'heure de la soupe… C'est l'heure des torpilles… C'est la course effrénée dans les boyaux… Vite au carrefour !… Là on s'arrête et on observe… On entend le " tac " particulier du départ… on voit l'énorme projectile monter en courbe et redescendre à pic. On juge en un clin d'œil de la direction ; on bondit à droite, à gauche, en avant, en arrière et on se plaque pendant le formidable éclatement.

On se relève sitôt après, on scrute la nouvelle torpille et on recommence ainsi 20 fois, 30 fois, 100 fois jusqu'à la fin du tir si on est encore debout.

Le gros " minen " est encore plus terrible, et surtout le " minen retardé " qui s'enfonce à 3 ou 4 mètres sous terre et qui lance une gerbe énorme de terre et de débris à 50 mètres de hauteur par son éclatement foudroyant. Le minen a démoralisé les plus courageux.

La tranchée du Chapeau, dans les bois de Mortmare, fut creusée sous les torpilles et les minens. Le Chapeau est un vaste entonnoir à la lisière du bois que nous devons occuper à tout prix. Il faut creuser une tranchée qui y accède et qui défende la lisière.

L'endroit est battu quotidiennement par les gros engins. Les nombreux volontaires qui on répondu à l'appel tombent en grand nombre tous les jours et sont remplacés par d'autres.

La tranchée terminée, on a placé un pancarte à son entrée ; " Le Chapeau ! La Redoute des Braves - 163ème " Chaque mètre de cette tranchée nous a couté 15 morts en moyenne.

C'est l'hiver ! il neige…

On patauge dans les boyaux glacés. On ne sent plus ses pieds… ils sont froids comme le sol. Il n'y a pas moyen de les réchauffer ; pas de feu, pas de lumière…

La nuit est bien longue. Comme la " cagna " est couce cependant après la faction aux créneaux par nuit noire. On casse la croûte.

On s'allonge… les deux heures de repos sont vite passées et on retourne au créneau.

Les fusées illuminent le sol.

Tout parait désert dans le pâle et lugubre éclairement des 30 secondes…

Et cependant on veille…

on veille partout.

Un mouvement là-bas… ! un cliquetis d'armes… Est-ce une patrouille ? Une attaque surprise ? Il fait noir on ne voit rien… Soudain une fusée de barrage, une belle chenille monte en tournoyant… une minute s'écoule… Le vacarme commence, le barrage donne son plein.

Ce serait beau tout de même si ce n'était pas la guerre un vrai feu d'artifices avec orchestre aux sons variés mais un peu trop assourdissant par exemple !

On est relevé ! Ah le bon moment ! On ne sera cependant tranquille qu'à 10 ou 12 kilomètres des lignes. Il y a des coins dangereux à traverser.

Il fait une nuit noire… on n'y voit pas à deux pas ! on passe les consignes… On souhaite ;

Bonne chance et au revoir à ceux qui restent.

On est prêt… on descend dans les boyaux profonds, à la queue leu leu… en silence ; on évite le moindre bruit, les paroles… on se cogne dans l'obscurité, on tombe… C'est un méchant fil de fer posé en travers, c'est un trou, un escalier on monte, on descend. On entend de temps à autre l'éternel refrain :

"On ne suit pas, faites passer".

Nos artilleurs tirent justement ce soir-là ! Comme on les maudit !

Enfin ! voici la route ! on est éreinté… mais on ferait encore 20 kilomètres ; on est si content de pouvoir parler haut, s'agiter, marcher, courir !…

Pendant cette longue période le régiment a recu à plusieurs reprises de chaleureuses félicitations du Général DELETOILE Commandant le C.A. pour les actions d'éclat accomplies par les Compagnies ou les sections. Le Général a constaté l'audace croissante, l'énergie, le sang-froid déployés et le grand ascendant que le régiment possède sur l'ennemi. (Note 1635/3 du 17 novembre / du 21 avril 1915 au 1er janvier 1916 le régiment a perdu ; 4 officiers tués, 19 blessés, 237 hommes tués, 1385 blessés).

Le régiment est relevé des tranchées le 9 janvier 1916 il va au repos en arrière du secteur et exécute des travaux en 2ème position (Est de NOVIANT à RAMBUCOURT. Il fait entre temps des manœuvres de bataillon, de régiment et de division.)

Le 13 mars le régiment est alerté et se tient prêt à partir.

VERDUN - 22 mars - 12 avril 1916

Le 14 mars, le régiment embarque en camions et va cantonner à LIGNIERES, LOXEVILLE, TRICONVILLE, ERNECOURT.

Il se porte ensuite par étapes vers JUVELCOURT et ses environs (Sud ouest de VERDUN) ou il arrive le 21 mars. Le lendemain il doit monter aux tranchées en avant d'AVOCOURT, par la côte/04, dans le secteur ; HAUCOURT - MALANCOURT (Nord ouest de VERDUN).

Tous ces noms si souvent répétés dans les communiqués évoquent chez nous les combats sanglants et terribles de la dernière attaque allemande, les infernales et monstrueuses canonnades de VERDUN.

Nous sommes impressionnés, plus impressionnés que lorsque nous serons en pleine fournaise.

Le 22 nous partons, de JUVELCOURT à 6 heures. Direction ; DOMBASLE en ARGONNE.

Nous nous rendons dans le bois de LAMBECHAMP, au camp des travailleurs civils (18 km de JUVELCOURT). Le 2ème bataillon doit relever le soir même un bataillon du 3ème Régiment d'Infanterie dans HAUCOURT - MALANCOURT. Il part à la nuit tombante, vers 19 heures avec un guide par Compagnie. Itinéraire ; MONTZEVILLE - ESNES - côte 304-avant-postes.

Cette relève est extrêmement pénible… il faut marcher pendant 10 heures dans les boyaux défoncés ou la boue atteint parfois près d'un mètre ; des hommes ne parviennent pas à se dégager, il faut les aider.

La canonnade fait rage et gronde partout… Les sifflements des obus se suivent et s'entrecroisent ; il y a toute la gamme…

Le guide explique. Ici le ravin est mauvais, il faut passer vite… on se presse, mais les hommes sont déjà éreintés… Le ravin est battu en effet… Quelques hommes tombent. Là-bas dans un autre ravin ce sont les obus à gaz. Il faut mettre les masques et se presser toujours. Nous traversons ESNES. Le village est violemment bombardé. Il en est toujours ainsi dit le guide. Nous passons rapidement mais non sans pertes…

Plus loin ce sont des trous énormes, de vastes entonnoirs qui nous indiquent le calibre habituellement employé ; ce sont des enchevètrements de fils de fer, de matériel de toute sorte démoli par les bombardements.

Nous traversons ce qui fut un bois. Il ne reste que quelques piquets brisés… Tout a été rasé.

De temps à autre nous passons près d'un charnier d'où se dégage une forte odeur de cadavre.

Nous sommes abasourdis par les écroulements formidables sans doute des éclatements de 420 en avant de nous.

A un moment donné le guide s'est perdu ! Cela n'est pas étonnant dans un fouillis pareil. On revient sur ses pas, on prend à gauche, on reprend à droite… Au bout d'une heure de chemin inutile, on est sur la piste.

On arrive enfin aux avant-postes. Les hommes sont rompus. Les boches nous y rendent les honneurs par un bombardement soigné. Il est 5 heures du matin.

Le soir, les autres bataillons vont relever ; le 3ème, le 141ème d'Infanterie ; le 4ème, le 210ème. Le 1er reste en réserve à ESNES. Même itinéraire que le 2ème bataillon, mêmes difficultés.

Une patrouille de la 15ème Compagnies envoyée pour faire la liaison se heurte à une patrouille allemande, l'attaque, tue un patrouilleur et fait les cinq autres prisonniers.

La 3ème Compagnie (du bataillon en réserve) reçoit l'ordre pendant la nuit de se rendre à la Redoute n°3 (R3) avec la mission de reprendre R2 et de s'assurer si les ouvrages VAUCLUSE et MARTIN sont occupés par l'ennemi.

Arrivée à R3, la 3ème Compagnie prend ses dispositions, attaque R2 occupé par l'ennemi, s'en empare sans trop de pertes et pousse des reconnaissances vers VAUCLUSE et MARTIN. Ces reconnaissances sont attaquées, mais leur mission étant remplie, elles se retirent en bon ordre.

La 3ème Compagnie est citée à l'ordre de l'Armée pour son brillant succès.

Le 24 mars le Régiment se trouve aux emplacements suivants : (secteur HAUCOURT-MALANCOURT) ;

1er Bon à ESNES (3ème Cie à R2).

2ème Bon ; 5ème Cie (Centre Braconnot droite)

6ème Cie (TI, centre Xermameuil et Reduit Malancourt)

7ème Cie (Réduit et barricade Malancourt)

8ème Cie (Centre Braconnot gauche - Réduit Braconnot)

3ème Bon ; 9ème Cie (Réduit Malancourt-Haucourt)

10ème Cie (Ouvrage Payrou)

11ème Cie (Ouvrage Vassincourt)

12ème Cie (Réduit d'Haucourt)

Le 4ème Bon à la disposition du 210ème au Bois Camard. Les Compagnies mitrailleuses sont reparties au Blockhaus " Courant d'air, Blockhaus bec de gaz, centre 20 Haucourt, Blockhaus Malancourt. "

Tout le secteur est continuellement bombardé. On vit dans le vacarme étourdissant des sifflements, des éclatements de tous calibres.

C'est à devenir fou.

Attaque allemande du 28 mars 1916

Le sous-secteur occupé par le 2ème bataillon était extrêmement dangereux en ce sens qu'il formait une hernie, un fer à cheval très cintré qui était pris de trois côtés par les feux allemands ; de front, en enfilade et à revers. Le Commandant du 2ème Bon en avait rendu compte dès le premier jour dans un rapport.

Mais en ce temps-là l'ordre était de ne jamais lacher un pouce de terrain et de conserver les lignes telles qu'elles étaient (avec leurs imperfections) à n'importe quel prix.

Le 28 mars, un peu avant la pointe du jour, tout le secteur est pris violemment à partie par l'artillerie ennemie. Les grosses pièces tapent en plein sur nos lignes et particulièrement au centre Braconnot et au Réduit Malancourt. Le bombardement est infernal.

A 15 hs 45 une forte attaque allemande se déclanche, le tir est légèrement allongé et arrose notre deuxième position.

Les Allemands débouchent en masse du Nord-Est prenant nos positions à revers en passant entre deux centres, par une ligne non occupée mais battue par des feux de flanc.

Nos hommes sont à leur poste, aux aguets. Nos mitrailleuses ouvrent le feu ; le barrage d'artillerie est déclanché.

L'ennemi surpris est arrêté. Il tournoie sur place et finit par se replier en désordre vers le Nord-Est. Cela n'est qu'une feinte car pendant ce repli qui n'est que partiel, un groupe important s'est glissé sans être vu dans certaines maisons inoccupées de Malancourt où il s'installe. A la faveur de la nuit, ce groupe se renforce d'éléments prévenus par lui ; ces éléments s'organisent solidement et entourent notre ouvrage de Braconnot ainsi que le réduit de Malancourt fermant ainsi le fer à cheval et coupant toutes communications avec le gros du Régiment.

Une partie des 5ème, 7ème et 8ème Compagnies était ainsi encerclée. Cette opération ennemie s'était faite très adroitement sans que qui que ce soit se doutat de la chose.

Le Commandant du 2ème bataillon, en envoyant des ordres aux Compagnies, s'aperçoit que les agents de liaison des 3 Compagnies ne reviennent pas . Ils sont tués ou pris très habilement par l'ennemi qui occupe la brasserie de Malancourt.

Le secteur est bombardé sans répit ; il est difficile de se rendre compte de ce qui se passe.

Le chef de bataillon envoie des patrouilles qui se heurtent à des feux nourris et à nos défenses accessoires déjà organisées et retournées.

Le Colonel donne l'ordre au 2ème bataillon qui est réduit à 1 Cie et 3 pelotons d'attaquer pour rétablir la liaison. (On sait que la garnison encerclée se défend et tient sa position).

Mais les Allemands se renforcent et l'attaque se heurte à des obstacles très puissants et à des feux très violents.

Une deuxième attaque est ordonnée.

Les poilus s'élancent avec une vaillance héroïque. La plupart tombent tués ou blessés. (Le chef de Bon est tué). Leur bravoure se brise encore contre l'obstacle et le feu.

Le lendemain l'ennemi occupe définitivement le centre Braconnot et le réduit Malancourt. Nos pertes de ce jour sont de 4 officiers tués dont le chef du 2ème Bon, 10 blessés, 96 hommes tués, 315 blessés, 1 Cie et 3 pelotons disparus.

Il est a peu près certain que pendant la nuit les Allemands ont pu maîtriser les deux réduits encerclés, l'un après l'autre malgré leur résistance et qu'ils ont pris les hommes qui ne se sont pas fait tuer.

Le soir de ce jour le Régiment est relevé à 20 heures par le 69ème Régiment d'Infanterie.

Cette relève plutôt douloureuse s'effectue en plein bombardement et nous occasionne de nombreuses pertes. (13 tués et 128 blessés). Le Régiment se dirige vers le camp des travailleurs civils dans le bois de LAMBECHAMP.

Le Commancdant IMHAUS du 3ème bataillon est resté aux tranchées avec sa liaison pour passer les consignes.

Le 30, à la pointe du jour, les Allemands déclanchent une attaque dans son secteur et s'emparent d'une tranchée.

Le Commandant IMHAUS réunit sa liaison, une vingtaine d'hommes et s'élance avec eux baïonnette au conon, lui même sabre au clair pour reprendre la tranchée :

En avant ! mes amis s'écrie-t-il, c'est pour la FRANCE !

La tranchée est reprise en un clin d'œil et gardée mais le Commandant tombe mortellement atteint, après avoir accompli ce glorieux fait d'armes.

Jusqu'au 7 avril le Régiment ménage la 3ème position. Le 7 avril, il reprend les tranchées au secteur d'AVOCOURT.

Attaque du 9 avril

Nous prenons les avant-postes dans les tranchées conquises par la 34ème Division. La consigne est de garder ces tranchées à tout prix car les contre-attaques ne se sont pas encore produites. Le bombardement est incessant. Sous les obus nous organisons la première ligne qui n'est pas encore défendue.

Le 9 à 5 hs 30, les obus de gros calibres, précurseurs d'une attaque, pleuvent sur notre première ligne, sur l'ouvvrage des Rieux et sur nos tranchées de soutien. Après 6 heures de tir les Allemands débouchent en vagues compactes (2 bataillons) de la lisière Ouest du bois carré et du Nord et Nord-ouest de l'ouvrage des Rieux.

La 1ère vague parvient à prendre pied dans ce dernier ouvrage.

Aussitôt les 2ème et 4ème Cies contre-attaquent à la grenade et après un long et dur comtat qui dur jusqu'à 15 heures finissent par avoir complètement raison de l'ennemi et le chassent des tranchées en lui infligeant de dures pertes. (Nos pertes qui démontrent la violence de ce combat sont de 2 officiers tués , 11 blessés ; 60 hommes tués,317 blessés).

Cette opération est la dernière d'une certaine importance dans ce secteur.

Du 10 au 12 nous subissons toujours le même bombardement, l'infernal concert de VERDUN, ou l'on deviendrait fou si la fièvre du combat ne vous tenait en haleine.

Le 12 nous prenons le secteur d'AVOCOURT qui est plus supportable que le précédent. Il ne s'y produit aucune attaque.

Le 23 nous sommes enfin relevés par le 2ème Régiment de tirailleurs. Haves, sales, le visage défait et noirci par la poudre, pleins de boue, la capote déchiquetée par les barblelés, les poilus qui descendent de cet enfer ne sont que des loques, de pauvres loques qui viennent de fournir un effort surhumain. A les voir descenddre ainsi péniblement et aussi malfichus, on se demande si c'est " ça " les héros ! Certes, nous sommes loin des beaux cavaliers gantés, cravatés, en tenue brillante qui piquent une charge irrésistible sur leur noble coursier… C'étaient des braves sans doute…

Mais combien plus héroïque et plus noble est le poilu d'aujourd'hui, ce poilu humble, ignoré, crasseux et plein de poux, qui ne s'est ni lavé, ni changé depuis 15 jours et qui pendant ces 15 jours n'a peut-être pas mangé 8 fois mais a vu la mort le froler cent fois, mille fois !

Quelles tensions nerveuses, terribles, n'a-t-il pas supportées. Le voilà le vrai héros, l'anonyme des tranchées, le poilu !

Il descend de la fournaise. (Pertes du Régiment à VERDUN ; 9 officiers tués, 30 blessés ; 200 hommes tués, 1360 blessés).

LES VOSGES (23 avril - 5 décembre 1916)

Après un repos d'un mois à GIMECOURT, LIGNIERES, COURCELLES AU BOIS, MENIL AU BOIS, repos bien gagné après VERDUN nous embarquons à NANCOIS-TROUVILLE à destination de BRUYERES et LAVELINE dans les VOSGES. Nous restons encore 15 jours au repos à GRANVILLERS, FREMIFONTAINE, VIMENIL, GUGUECOURT ou le Général de VILLARST Commandant la 7ème Armée vient nous rendre visite le 29 mai.

Le Lieutenant Colonel RIVAS promu Colonel le 30 prend le commandement de la 89ème brigade. Le Lieutenant Colonel JACQUART prend le commandement du Régiment.

Le secteur de St Jean d'Ormont.

Le 8 juin, le Régiment se rend par étapes à St Jean d'Ormont et ses environs où il est mis pendant 10 jours à la disposition de la 132ème Brigade pour éxécuter des travaux dans le secteur.

Pendant cette période, d'après le règlement qui vient de paraitre, les bataillons sont formés à 3 Compagnies ; on leur adjoint une Cie mitrailleuses.Le dépot divisionnaire est constitué par les 4ème, 8ème,12ème et 16ème compagnies du Régiment.

Le 20, le Régiment relève la 132ème Brigade dans le secteur de St Jean d'Ormont. Le 3ème Bon au bois en y, le 2ème à la Fontenelle, le 3ème à Launois-Hermanpère.

Après VERDUN ce secteur devient pour nous un secteur de tout repos. En raison du calme relatif, les petites actions occupent une plus grande place. Le 26 une patrouille ennemie vient attaquer un petit poste de 2 hommes. Le petit poste tue un boche et met les autres en fuite. Les patrouilles sont très actives de part et d'autre. Nos visites nous sont régulièrement rendues.

Le 10 juillet, le 253ème d'Infanterie au repos à gauche de notre secteur fait un coup de main au " Cerisier ". Il fait 7 prisonniers. Cela nous vaut des contre-offensives locales (sur notre 1ère ligne que nous repoussons aisement).Le 21, l'ennemi déclanche une assez forte attaque sur nos tranchées. Après une heure de lutte assez vive, nous mettons l'adversaire en fuite en lui infligeant de sérieuses pertes.

Le secteur du Violu

Le Régiment est relevé le 26 août pour aller occuper le secteur du Violu (à droite de St Die). Le 1er Bataillon relève le quartier de la Cude (Regnault, Le Collet, La Rotonde). Le 2ème le quartier du Violu (Nord, Centre, Sud et Le Meze). Le 3ème est détaché au quartier de la Tête des Faux (tranchée Grethner, carrefour Duchene, camp Valentin).

Le Violu et la Cude sont des secteurs à coup de main. Il s'en produit régulièrement au moins un de part et d'autre par semaine. Les Allemands n'ont pas beaucoup de chance dans leurs opérations. Leur premier coup de main assez violent échoue devant nos balles le 10 septembre.

Le 23, ils recommencent avec plus de forces et d'apparat mais sans succès. Nous leur infligeons de sérieuses pertes. Nous recevons les félicitations du Général de VILLARET Commandant l'Armée (note 5318/3).

Le 30, nouvelle répétition de la part des boches avec gros orchestre. Leur échec est encore complet. Ils nous laissent leurs cadavres pour compte dans nos barbelés.

Cependant il convient de leur donner tout de même une bonne leçon. Le colonel décide de faire un coup de main le 12 octobre à l'Est du Violu centre. Deux groupes avec chacun un officier sont chargés de l'execution. Ils ramènent 10 prisonniers et du matériel (Félicitations du Général FRANCHET D'ESPEREY). Les boches sont furieux ; ils se vengent en redoublant leurs bombardements.

Outre la spécialité des coups de main, le secteur possède aussi le désavantage de quelques mauvais coins où bombes, torpilles et gros minens se donnent rendez-vous. Cela vient gater le charme (très relatif d'ailleurs) de notre séjour. (Nos pertes sont jusqu'ici de 3 officiers blessés,30 hommes tués, 169 blessés).

Le 1er novembre, la 97ème Brigade est dissoute… Le 163ème passe (pour ordre) de la 76ème à la 161ème Division secteur 107, commandée par le Général BRECARD.

Le 3 Décembre, le Lieutenant Colonel CARLIER de l'Etat major de la 6ème Brigade des chasseurs alpins prend le commandement du Régiment.

Le Régiment est relevé les 5 et 6 décembre par le 67ème chasseurs alpins, se rend à FRAIZE et le lendemain au camp d'Arches pour y accomplir une période d'instruction selon les nouvelles méthodes de guerre. Cette période va du 8 au 25 décembre et se termine par une manœuvre de Division.La 76ème Division comprenant les 157ème, 210ème et 227ème Régiment d'Infanterie dont l'ancien 4ème Bataillon du 163ème R.I. est désigné pour l'Armée d'Orient.

 

 

 

1939 - 1945

A la déclaration de la guerre, en Septembre 1939, je me trouvais en résidence à BUDAPEST depuis mon entrée dans la carrière consulaire, en Janvier 1921. J’étais, depuis le 1er Mai 1929, Chargé de la Chancellerie de la Légation de FRANCE. Président de l’Amicale Française de BUDAPEST et Secrétaire-Trésorier de la Société française d’Assistance en HONGRIE, j’étais en rapport constant avec les membres de la Colonie française et avec des Hongrois, sincères amis de la FRANCE.

Officier de Réserve d’Infanterie, Ancien combattant de VERDUN et de MACEDOINE, deux fois blessé, deux fois cité, Chevalier de la Légion d’Honneur pour faits de guerre, mon ordre de mobilisation me plaçait en affectation spéciale à mon Poste de Fonctionnaire des Affaires Etrangères.

Les premiers effets de la guerre se manifestent par l’arrivée de nos collègues du Consulat Général de VIENNE et du Consulat de BRATISLAVA, partis à temps en auto avant la fermeture des frontières. Après quelques semaines de séjour à BUDAPEST, ils rentrèrent en FRANCE par l’ITALIE dès que l’attitude de non-belligérance de ce pays fut confirmé, à l’exception de deux Secrétaires de Chancellerie du Consulat Général de VIENNE, qui seront employés dans les Services de la Légation.

Quelques Français de la Colonie ou de passage en HONGRIE surpris par la guerre, quelques jeunes Français mobilisables -Officiers de Réserve de moins de 45 ans, Sous-Officiers et hommes de troupe de moins de 40 ans- non affectés au Poste de l’Attaché Militaire, partirent aussi pour la FRANCE.

Dès la fin du mois de Septembre.

Arrivent, en masse, des soldats et civils polonais, obligés de quitter leur pays devant la foudroyante offensive des Allemands. Les soldats sont désarmés et internés, mais la Légation de POLOGNE avait bientôt la possibilité, avec l’accord tacite des Autorités hongroises, de les faire évader par petits groupes, leur délivrer des passeports et de les diriger vers la FRANCE par la YOUGOSLAVIE pour qu’ils puissent reprendre la lutte dans les formations polonaises, organisées aux côtés des Armées françaises et anglaises. C’est ainsi que pendant l’hiver 1939-1940, j’eus à viser les passeports d’environ une dizaine de milliers de militaires polonais.

D’autre part.

Les Tchécoslovaques réfugiés en HONGRIE depuis l’occupation de leur pays par les troupes allemandes et qui passaient encore clandestinement la frontière slovaque hongroise, demandaient à partir en direction de la SYRIE où se formait une Légion Tchécoslovaque. Je m’occupai de faciliter leur départ d’accord avec un Fonctionnaire de la Légation de TURQUIE : sujet tchécoslovaque, spécialement autorisé, qui me donnait les renseignements nécessaires sur l’identité et le loyalisme de ses compatriotes. Il arrivait souvent que des policiers hongrois, à la demande de la Légation d’ALLEMAGNE, surveillaient les abords de la Légation pour arrêter des Tchécoslovaques jugés suspects.

C’est ainsi qu’un jour, plusieurs Tchécoslovaques se trouvaient à la Chancellerie et ne pouvaient sortir car deux détectives se tenaient en faction. Plusieurs fois déjà, on les avait fait partir dans des voitures des membres de la Légation, sortant de la cour intérieure par la porte cochère de MARGIT RAKPART et les détectives avaient fini par s’en apercevoir. Cette fois, on usa d’un stratagème. Une voiture de la Légation sortit avec quelques membres de la Légation à toute vitesse et fut … bientôt suivie par l’auto de la Police. Peu après, les quelques Tchécoslovaques sortaient tranquillement de la Légation.

La drôle de guerre s’installait alors avec la période d’hiver, mise à profit par les Allemands pour compléter les préparatifs de l’offensive du printemps.

Le Blocus était alors la préoccupation principale des Gouvernements français et anglais et un service spécial s’installait à la Légation pour surveiller les importations, exportations hongroises et de contrôler les déclarations de non-exportation en ALLEMAGNE des marchandises françaises, importées en HONGRIE.

Les Services de l’Attaché Militaire, augmentés en personnel des Français de la Colonie mobilisés sur place, prenaient de l’importance et s’occupaient à renseigner l’Armée française d’Orient de WEYGAND destinée, disait-on, à intervenir en temps voulu dans les BALKANS.

Le printemps de 1940 arrivait et allait bientôt faire sortir les Armées de leur torpeur. Attaque des Allemands au DANEMARK, NORVEGE, HOLLANDE et en BELGIQUE. Les cinémas de BUDAPEST donnent les dernières actualités de la guerre de l’U.F.A. et les membres de la Légation, les Français de BUDAPEST peuvent constater, avec stupeur, la force écrasante de l’Armée allemande qui, par ses avions et ses chars en quantité innombrable, pulvérise et anéantit toute contre-attaque des Armées alliées en BELGIQUE.

C’est ensuite la course à la mer des Divisions motorisées allemandes qui emploient la nouvelle méthode de guerre éclair et l’Armée française du Nord, coupée de ses communications, est acculée à DUNKERQUE.

Nous sommes au mois de Juin.

On s’attend, d’un moment à l’autre, dans l’anxiété la plus grande, à l’attaque de la nouvelle ligne de défense, établie par le Général WEYGAND.

C’est le coeur étreint que je pense à mon jeune frère, Chef de Section dans un Régiment alpin d’une Division, réservée maintenant en ligne sur l’AISNE, et qui va se trouver sous l’avalanche.

Les jours sombres arrivent.

Rupture de la ligne de l’AISNE, prise de PARIS, dislocation des dernières Divisions françaises sur la LOIRE puis… l’ARMISTICE.

La nouvelle de l’ARMISTICE jeta la consternation parmi les membres de la Légation et de la Colonie française de BUDAPEST. Tous étaient cependant confiants dans les destinées de notre pays. L’Armée française se reformerait en AFRIQUE du Nord et la lutte reprendrait bientôt. Tel était le sentiment général.

En même temps, l’Appel du Général DE GAULLE était entendu à la radio de LONDRES. L’Attaché de l’Air, quelques jeunes compatriotes de BUDAPEST partirent en direction de la SYRIE pour se mettre à la disposition du Général dans les forces combattantes.

Pour ma part, fils et neveu d’Officiers de Carrière Morts pour la FRANCE pendant la guerre 1914-1918, Officier de Réserve ancien combattant, animé d’un esprit militaire et d’un profond sentiment patriotique, j’aurais aimé partir pour servir encore mon pays par les armes. Mais il fallait me rendre à l’évidence que je ne pouvais être, à nouveau, un vrai combattant du Front : seule raison de servir en ce moment ! Mon âge est de 45 ans passés, mon aptitude physique est diminuée du fait de mon invalidité pour blessures de guerre et, plus sérieusement encore, par des attaques rhumatismales dans les jambes qui m’obligeaient à renoncer à mon impulsion. Mais mon devoir de Fonctionnaire était, aussi bien, à mon Poste d’affectation spéciale, comme précédemment, où je pouvais être utile pour la défense des intérêts de mes compatriotes de BUDAPEST.

Deux années s’écouleront dans l’attente des évènements.

Avec quelle satisfaction ! Quelle joie mes amis et moi apprenions à la radio les progrès de la cause de la FRANCE combattante, à travers le monde ! Et, d’autre part, quelle anxiété nous causaient les avances foudroyantes de nos ennemis sur tous les points de l’EUROPE !

Ainsi, au printemps de 1941, nous assistâmes, le coeur serré des fenêtres de la Légation, au défilé pendant trois jours consécutifs des Divisions motorisées allemandes, longeant le DANUBE en direction de la YOUGOSLAVIE.

C’est aussi, avec un chagrin profond, que nous vîmes, quelques mois plus tard, l’entrée en guerre de la HONGRIE contre les Russes aux côtés des Allemands et cela bien contre le sentiment de la majorité des Hongrois.

La nouvelle du Débarquement Allié en AFRIQUE du Nord, en Novembre 1942, fut accueillie avec une joie délirante par les membres de la Légation et de la Colonie française. On sentait déja, avec la présence effective des Américains sur le théâtre de la guerre, la promesse d’une Victoire peut-être encore lointaine, mais certaine.

D’autre part, la jonction aux Alliés de notre Armée d’AFRIQUE, sous le commandement du Général GIRAUD, suscitait un grand enthousiasme : ainsi, la force française entrait de nouveau en action pour la libération du pays.

Après l’occupation totale de la FRANCE, il paraissait évident que le Gouvernement français de VICHY était complètement et irrémédiablement sous la férule allemande. Les paroles du Chef du Gouvernement, les actes de ce Gouvernement tendaient de plus en plus vers une politique d’étroite collaboration : soit par l’envoi de travailleurs français en ALLEMAGNE, soit par des mesures prises contre les Alliés et contre les Français patriotes troublaient la conscience de chacun des membres de la Légation. De plus, la victoire des Russes à STALINGRAD, des Alliés en TUNISIE prouvaient, à tout esprit sensé, que la force allemande offensive était à bout de souffle et que, par contre, les forces neuves - sans cesse grandissantes des Alliés - devaient avoir raison de l’ALLEMAGNE et de ses pays satellites.

Se mettre à la disposition du Gouvernement provisoire d’ALGER, qui venait de se constituer, était le désir de la plupart des membres de la Légation, ne voulant plus servir une politique aussi nettement "antifrançaise"

Pour cela, il fallait tout d’abord pouvoir arriver en TURQUIE. La mission n’était pas si facile à exécuter ! Les Allemands occupaient les BALKANS, la ROUMANIE, la BULGARIE et la YOUGOSLAVIE : pays de transit. Les passeports des personnes, se dirigeant vers la TURQUIE, étaient examinés de près. Un Agent diplomatique, ou consulaire surtout, pouvait, sans ordre spécial de VICHY, aller en TURQUIE et courait le risque d’être immédiatement arrêté comme suspect.

Notre Ministre, M. de DAMPIERRE, avait bien démissionné, mais se trouvait obligé de rester en HONGRIE avec l’autorisation du Ministère hongrois des Affaires Etrangères. Toutefois, un Attaché de la Légation, Mr LUC, parti un jour dans le plus grand secret, avait pu parvenir en TURQUIE, avec sa femme d’origine anglaise, après un voyage sûrement bien préparé.

Des prisonniers français évadés d’ALLEMAGNE arrivaient sans cesse et, eux aussi, se trouvaient bloqués en HONGRIE depuis qu’il n’était plus possible de les faire rentrer en FRANCE, zone libre, par l’ITALIE avec de faux passeports établis par la Chancellerie. Leur nombre devait atteindre près d’un millier dans le courant de l’année 1943 et leur entretien nécessitait des fonds importants, versés par la Chancellerie de la Légation pour le compte du Ministère de la Guerre. Leur situation en HONGRIE, pays encore heureux, loin des théâtres d’opération de guerre, véritable îlot dans l’EUROPE bouleversée, n’était pas à plaindre. Ils jouissaient d’une grande liberté, de la sympathie de la majeure partie de la population hongroise et, surtout, ils bénéficiaient d’une nourriture abondante et saine : soit qu’ils fussent "internés" dans le camp des bords du lac BALATON - villégiature - soit que, munis de contrats de travail, ils fussent employés dans des entreprises hongroises ou chez des particuliers. Beaucoup contractèrent un mariage avec des Hongroises, après les formalités faites à la Légation, avec l’autorisation de l’Autorité Militaire.

Malgré cette vie facile et sans risques des Officiers et Sous-Officiers de Carrière, des Réservistes patriotes ne pensaient qu’à l’occasion de partir pour reprendre la lutte dans la nouvelle Armée française. Un petit nombre seulement avait pu parvenir en TURQUIE avec de faux passeports; cependant que d’autres, moins heureux, avaient été arrêtés en ROUMANIE par les Allemands.

Ma situation se compliquait du fait que j’avais la charge d’une caisse importante pouvant atteindre un million de pengos et des comptes divers, complexes avec les services supplémentaires du temps de guerre et non d’Attaché de Consulat ou d’Agent de Carrière, à qui je puisse, d’un jour à l’autre, passer mon service sans accrocs dans la comptabilité.

Je me trouvais pour ainsi dire rivé à mon Poste et ne pouvais maudire le sort, voulant que je me trouvasse en ce moment décisif dans le guêpier de l’EUROPE Centrale; alors que, dans tout autre Poste, il m’eut été facile de mettre mon désir à exécution.

Il me restait cependant la possibilité de demander un congé pour rentrer en FRANCE et de me faire mettre, par la suite, en disponibilité, comme le firent les deux Secrétaires de la Légation, Mr SEYDOUX et Mr de VAUCELLES, dans le courant de l’année 1943.

Je me confiai alors à mes compatriotes pour savoir ce qu’ils pensaient de ma présence à la Légation, sous le Régime de VICHY. Ils étaient unanimes à dire que mes fonctions étaient administratives et que je ne pouvais être comparé à mes collègues secrétaires et attachés, qui étaient tenus dans leurs paroles et actes de se conformer aux directives de la politique de Collaboration.

Je ne devais pas avoir de remords de conscience, faisant mon devoir de Fonctionnaire pour le bien de mes compatriotes. Si je quittais mon Poste, un autre Agent prendrait forcément ma place, nommé directement par LAVAL et, de ce fait, déjà antipathique aux membres de la Colonie. Cet Agent, pour se faire bien voir du Ministère, appliquerait à la lettre les circulaires du Département, prescrivant de signaler les Français "Gaullistes" de la Colonie et d’envoyer un rapport sur chacun d’eux. Le refus du passeport, qui était la sanction en attendant le retrait de la nationalité française, n’aurait pas manqué d’attirer des ennuis avec les Autorités locales à une grande partie des Français de BUDAPEST.

C’est ainsi que, suivant les affirmations de mes compatriotes, je me consacrai, la conscience tranquille, à ma tâche de Chancelier et de Comptable des deniers publics.

Cependant, M. de CHARMASSE -Conseiller d’Ambassade depuis plusieurs années à BUDAPEST- restait à son Poste. Grand mutilé de guerre, ses sentiments étaient bien connus de tous ses collègues de la Légation et il ne pouvait être soupçonné d’"esprit collaborationniste". Chargé d’Affaires depuis la démission de M. de DAMPIERRE, on avait ainsi, à la tête de la Légation, un Agent qui ne pouvait faire que des actes dans l’intérêt de la FRANCE et des Français de la Colonie, en ne tenant pas compte des instructions de VICHY.

Le 1er Mai 1943, j’étais nommé Consul non certes par une faveur spéciale du Ministre des Affaires Etrangères car Vice-Consul depuis 12 ans et demi, je devais être parmi les plus anciens dans le grade, alors que j’aurais dû normalement être compris dans les vastes promotions de 1940 et 1941.

Un Inspecteur des Postes Diplomatiques et Consulaires, qui avait déjà eu l’occasion d’apprécier mes services avant la guerre, s’était étonné lors d’une tournée en automne 1942 de me voir encore à BUDAPEST, dans le même grade et d’accord avec le Ministre Mr de DAMPIERRE. Il intervint à son retour à PARIS à la Direction du Personnel. Mon grade, ainsi acquis, ne changeait d’ailleurs pas mes fonctions à la Légation.

Je restai Chargé de la Chancellerie de la Légation !

En Juillet 1943.

Un nouveau Ministre M. BREVIE, ancien Gouverneur Général des Colonies, est nommé à BUDAPEST. Il vient, accompagné d’un Secrétaire de l’Administration Coloniale. Tout dévoués au Maréchal, ils furent regardés, dès leur arrivée, avec une certaine suspicion, par les autres membres de la Légation et dans la Colonie française. Ils se rendirent bien vite compte des sentiments des Français de BUDAPEST. Aimables et serviables avec tous leurs compatriotes, ils se gardèrent bien de faire des actes qui auraient pu être mal jugés.

D’ailleurs M. de CHARMASSE, redevenu Conseiller, ne manquait pas de donner son avis sur toutes les questions et d’influencer toutes les décisions. C’est ainsi que M. de CHARMASSE conseilla au Ministre de demander au Département des crédits pour l’entretien de quelques réfugiés civils, qui n’étaient que des travailleurs Français déportés et évadés d’ALLEMAGNE. Ces crédits permirent, étant donné leur élasticité, de pourvoir, par la suite, à l’entretien de près d’une cinquantaine de prisonniers pendant le 4e trimestre 1944.

Pendant ces deux années 1943 et 1944 l’écoute de la radio de LONDRES était l’occupation favorite de mes soirées. J’avais un poste excellent et bien souvent des amis Français et Hongrois qui ne pouvaient déjà plus écouter librement les émissions étrangères sous peine des sanctions les plus sévères me priaient de leur donner cette satisfaction.

Le débarquement en SICILE et la capitulation de l’ITALIE furent des nouvelles qui renforcèrent notre foi inébranlable en la Victoire. Pour ma part la libération de mon pays, la CORSE, où se trouvait mon frère depuis sa démobilisation était d’un intérêt tout particulier et me causa une joie profonde. Par la suite les progrès des anglosaxons en ITALIE, les rapides avances des Russes, le développement de la résistance en FRANCE alimentèrent nos conversations optiéistes entre Français et Hongrois amis de la FRANCE.

Le 19 mars 1944 les Allemands occupent la HONGRIE.

La Gestapo s’installe à BUDAPEST.

Les jours sombres commencent alors pour ce pays.

Plusieurs Français de la Colonie sont arrêtés : Mme de DAMPIERRE, Mme ANCEL, M.P. GIRAUD, M. GRENET, M. de la RIVIERE. Notre ancien Ministre M. de DAMPIERRE averti à temps qu’on le recherchait se réfugie à la Légation. Melle du PAVILLON secrétaire à la chancellerie diplomatique qui était partie en congé en FRANCE au début de 1944 est arrêtée à PARIS par une fourberie de la Légation d’Allemagne à BUDAPEST et déportée en ALLEMAGNE.

Les Français prisonniers évadés d’ALLEMAGNE voyaient maintenant leur situation s’aggraver. Il ne se passait pas de jours qu’on apprenne à la Légation l’arrestation de plusieurs d’entre eux pour des motifs futiles sous prétexte de propagande anti-allemande

Les Français d’origine juive subissaient du fait des lois raciales nouvellement ordonnées sur le modèle Allemand toutes sortes de vexations ( port de l’étoile jaune, confiscation de biens, ghetto, déportation en ALLEMAGNE ). Je faisais chaque jour une démarche nouvelle auprès des Autorités Hongroises pour que les administrations appliquent à nos compatriotes des mesures plus clémentes.

Le Ministre M. BREVIE et son secrétaire partis en congé en FRANCE dans le courant du mois de mai ne purent revenir en HONGRIE par suite des évènements.

Le 6 juin 1944

C’est enfin la nouvelle du débarquement allié en NORMANDIE, l’invasion si attendue. C’est le cœur battant que nous sommes à l’affut de toutes les émissions de la radio sur le développement des opérations.

Quelques semaines après, la libération de PARIS par les Forces Françaises de l’Intérieur et par la division du Général LECLERC nous donnait un sentiment de fierté nationale intense qui s’extériorisait en public.

En ce temps nous subissions presque quotidiennement, depuis que les troupes allemandes occupaient la HONGRIE, des raids de bombardement des aviations américaine le jour et anglaise la nuit partant des bases nouvelles en ITALIE. Les usines de guerre, les gares, les voies de communication étaient visées et sérieusement endommagées.

Un matin revenant en auto de ma résidence d’été à une vingtaine de kilomètres de BUDAPEST sur le bord du DANUBE où je trouvais la nuit une tranquillité relative, je fus surpris par l’alerte dans un faubourg industriel. Je ne pus me réfugier que sous le bombardement dans une cave abri d’une maison bordant la route et à la fin de l’alerte je fus réquisitionné avec mon auto pour transporter les blessés à l’hôpital.

C’est M. de CHARMASSE qui est encore le Chef de la Légation pendant cette période tragique et difficile où nous nous trouvons isolés de FRANCE et où de jour en jour on voit la tempète approcher des frontières de la HONGRIE.

Durant l’été plusieurs Français prisonniers de guerre évadés d’ALLEMAGNE partent pour la TCHECOSLOVAQUIE se joindre aux groupes de partisans Tchécoslovaques en liaison avec les Armées rouges de GALICIE.

Des Français déportés en ALLEMAGNE pour le travail viennent en HONGRIE avec des groupes de l’organisation TODT pour travailler dans les usines hongroises pour la machine de guerre allemande. Lorsque l’approche des Russes oblige cette organisation à rentrer en ALLEMANGNE une trentaine de Français environ sur l’incitation de la Légation abandonnèrent leur groupement et reçurent à la chancellerie toute l’aide nécessaire pour subsister et se camoufler à BUDAPEST.

Pendant cette période d’automne, des Français internés militaires sont ramenés en ALLEMAGNE, des Français de la Colonie sont déportés dans les sinistres camps de Dachau, Mauthausen et autres. Ce sont MMrs RENOULT, BUCHER, GRENET, de la RIVIERE, Mme ANCEL.

Au début d’octobre 1944

Les Russes entrent en HONGRIE par la frontière Roumaine et occupent SZEGED. Déjà du fait de leur avance rapide en direction de la plaine hongroise et de BUDAPEST on pouvait escompter une libéraiton prochaine sans grands combats.

Le 15 octobre.

Le Régent HORTHY demande l’armistice.

Malheureusement les Allemands déjà prévenus avaient pris toutes les mesures pour enrayer les effets de cet acte. Ils prenaient le résolution de défendre BUDAPEST jusqu’au bout pour arrêter l’avance Russe sur le DANUBE.

D’autre part le Chef des Croix fléchées Szalasi, mis au pouvoir par les Allemands, allait, avec ses acolytes faire subir à ce pays un régime de terreur dont beaucoup de Français auront à patir (spoliation de biens, pillages, emprisonnements, fusillades).

M. VOREUX pour avoir favorisé des prisonniers Français employés dans son usine, M. E. GIRAUD pour avoir caché des internés militaires dans ses bureaux sont arrêtés par les Nyilas. M. DEVAWRIN est dépossédé de son usine, Mme REMOUSSIN, Mme de la RIVIERE d’origine juive sont déportés. M. DELORME a sa maison pillée et d’autres encore. La Légation intervient dans chaque cas, mais déjà sans grande autorité.

C’est alors que les Allemands s’intéressent de plus en plus à l’attitude des membres de la Légation et à leur activité. Ils ne cachent pas à des fonctionnaires du Ministère Hongois des affaires étrangères qu’il fraudra aller faire un tour un jour ou l’autre pour voir ce qui se passe dans cette Légation.

On avait appris un jour au début de novembre que la Gestapo allait faire irruption à la Légation. En hâte on avait brulé un certain nombre d’archives et fait disparaitre des objets compromettants. Cependant l’opération avait été remise à la dernière minute à la demande du Ministère Hongrois des affaires étrangères qui ne désirait tout de même pas que l’on arrive à cette extrémité avec la Légation de FRANCE. Quelques jours après, les attachés militaires étaient convoqués au Ministère de la Guerre convocation à laquelle ils se gardèrent bien de répondre dans la crainte d’arrestation et allèrent aussitôt se cacher chez des amis Hongrois.

C’est pendant cette période critique que je pris la décision de me marier.

Ma fiancée depuis plusieurs années Alice de LESZKAY, fille d’un sous-préfet de COMITAT DE DEBRECEN était hongroise. Or, un règlement de Ministère des affaires étrangères édicté en 1940 prohibant le mariage des agents diplomatiques et consulaires avec une étrangère m’avait obligé à ajourner mon projet. Cependant étant donné les événements j’avais cru pouvoir aller à l’encontre d’un règlement pris sous le régime de VICHY et avec la seule approbation du Chargé d’affaires, me dispenser de l’autorisation du Ministère impossible à consulter dans les circonstances actuelles.

C’est que les raisons étaient de force majeure.

D’une part ma fiancée connue par ses sentiments froncophiles et anglophiles pouvait craindre à tout moment sur simple dénonciation une descente de la Gestapo ou de la Police Nyilas dans sa villa du Rozsadomb. D’autre part il était nécessaire que ce mariage se fasse avant l’occupation soviétique dans l’incertitude des évènements qui pouvaient nous séparer pour longtemps et de l’avenir de la HONGRIE.

Le mariage fut célébré dans la matinée du 11 novembre 1944 à la mairie du 2ème arrondissement de BUDAPEST alors que le grondement du canon se faisait entendre du côté de CSEPEL : pointe avancée de l’Armée rouge.

Pendant ce mois de novembre les Russes poussent facilement vers le lac BALATON par la HONGRIE méridionale après avoir traversé le DANUBE. La bataille de chars de DEBRECEN se termine par la victoire des Russes qui foncent en direction de la TCHECOSLOVAQUIE pour déborder BUDAPEST par le nord du côté d’ESTERGOM. Des avants garde de l’Armée du centre sont en pointe jusqu’aux faubourg de BUDAPEST.

Dans les premiers jours de décembre le Chargé d’affaires M. de CHARMASSE déclare au Ministre Hongrois des affaires étrangères, en réponse à une question posée, ne pas reconnaître l’autorité de la Commission Gouvernementale Française en ALLEMAGNE et se considérer simplement comme le représentant des Intérêts Français en HONGRIE.

La Légation reçoit alors bientôt l’ordre de cesser toute activité. M. de CHARMASSE devra avec tous les membres de la Légation rejoindre CELLDOMOK résidence désignée en HONGRIE occidentale non loin de SZOMBATHLY résidence du Gouvernement Hongrois. Les employés de la chancellerie devront être congédiés.

Pour tâcher de sauvegarder les archives et les biens de la Légation le Chargé d’affaires demanda au Ministre l’autorisation de laisser à BUDAPEST un membre de la Légation pour la garde de l’immeuble diplomatique. Cet agent ne pouvait être un autre que moi-même de par mes fonctions de secrétaitre archiviste et de comptable et d’ailleurs il n’y avait pas d’autres agents de carrière. Un employé Français devait m’être adjoint en la personne de M. CASPAR qui habitait la Légation. L’autorisation était accordée avec l’assentiment des Allemands.

C’est ainsi que le 7 décembre au matin après le départ du Chargé d’affaires et de l’Attaché commercial en automobile devant la Légation (départ surveillé et convoyé par un fonctionnaire des affaires étrangères qui avait pu ainsi constater la défection de plusieurs membres de la Légation), je prenai pour ma part la lourde responsabilité de la garde de la Légation avec un sentiment d’angoisse ayant déjà comme un pressentiment de ce qui allait se passer les jours suivants.

Les fortifications que l’on construisait en hate devant la Légation sur le quai du DANUBE (nids de mitrailleuses reliés par un système de tranchées, camouflages, chevaux de frise, barbelés, fossés anti chars) et les charges d’explosifs placées de distance en distance sur les chainons des ponts suspendus, reliées par tout un système de fils électriques de couleurs différentes gardées par des sentinelles, ne laissaient pas de doute que la Maison de FRANCE allait se trouver en première ligne d’un jour à l’autre.

Déjà les Russes parvenus aux faubourgs de Pest canonnaient le jour Bude tandis que des escadrilles bombardaient la nuit tous les quartiers de la ville. On avait cependant encore l’espoir que les Russes encercleraient BUDAPEST par le Sud comme le mouvement se dessinait du côté de SZEKESFEHERVAR sur la route du Balaton et que la chute de la capitale serait accélérée.

Les jours qui suivirent .

Je me rendis à mon bureau comme d’habitude de 10 heures à 14 heures et de 17 à 19 heures . Je fis à plusieurs reprises avec M. CASPAR des rondes dans la Légation pour savoir si à notre insu ne se cachaient pas la nuit des prisonniers Français évadés qui auraient pu donner motif à une intrusion Allemande. Je mettai aussi M. CASPAR au courant des comptes de la chancellerie consulaire, du secret d’ouverture du coffre-fort, du montant des fonds en caisse, de l’inventaire des dépots en nature, etc… pour le cas où un malheur m’arriverait au cours des bombardements. D’ailleurs pour le cas où la situation deviendrait plus critique j’avais envisagé de m’installer à la Légation dans une chambre du rez-de-chaussée et j’avais dans cette éventualité fait des provisions de bouche pour le cas d’un siège de quelques jours.

Pendant deux semaines mes nerfs furent mis à une rude épreuve tant par la marche lente des opérations militaires que par les évènements qui se déroulaient dans une ville en état de siège sous le régime des Croix Fléchées et livrée au commandemant militaire Allemand.

De lamentables colonnes de Juifs, marqués de l’étoile jaune s’écoulaient lentement toute la journée, le long du "MARGIT RAKPART", encadrés par de jeunes Nyilas armés. On amenait les uns, les plus jeunes, dans un lieu de rassemblement -une briqueterie- avant de prendre le chemin de la déportation en ALLEMAGNE, les autres dans le ghetto de PEST, derrière la synagogue. D’autres étaient plus simplement mitraillés à la faveur de la nuit sur les quais du DANUBE et jetés dans le fleuve.

Un jour, j’apprends que mon ami MOVSCHOVITZ, joaillier français qu’on avait tâché de préserver, jusqu’à présent, en le comptant comme Secrétaire de Chancellerie à la Légation, avait été avec sa femme et sa fille âgée de 8 ans emmené par une bande de Nyilas qui avaient fait irruption dans son domicile.

Bien que n’ayant aucun pouvoir officiel, je fis aussitôt une démarche au Ministère des Affaires Etrangères, qui ne comptait d’ailleurs en service à BUDAPEST qu’un Conseiller Ministériel Nyilas, en uniforme du grade de Commandant, chargé de la direction de tous les services. On répondit que des recherches seraient faites. J’avais, d’autre part, recours aux services d’un Avocat qui avait bien voulu consentir à s’occuper d’une affaire concernant des Juifs.

Mais, pendant ce temps, mon ami, sa femme et sa fille devaient trouver la mort dans des conditions encore inconnues à ce jour.

Il avait été entendu avec le Chargé d’Affaires, avant son départ, que je ne devais pas prendre "à la lettre" la prohibition d’activité de la Chancellerie Consulaire. Des Français pouvaient venir, durant cette période critique, demander aide ou conseils et je ne pouvais, bien entendu, refuser de recevoir mes compatriotes. D’autre part, une grande partie des militaires français internés n’avaient pas encore reçu le passeport qui devait leur permettre de séjourner en ville, chez des Hongrois sûrs, jusqu’à l’arrivée des Russes et, ainsi, de ne pas rejoindre le camp de rassemblement de KOMAROM comme l’avait prescrit l’Autorité Militaire.

J’avais reçu ainsi pour mission de leur remettre ce document, déja préparé, signé et, en plus, de régler leur solde du mois de Décembre en avance pour leur permettre de subsister, durant ce mois d’attente.

C’est ainsi que chaque jour se présentaient des internés militaires qui ignoraient d’ailleurs que les Services de l’Attaché Militaire étaient supprimés et qui, traqués par les Allemands et les Nyilas, avaient besoin de papiers et de subsides.

Le 19 Décembre, au matin.

Je suis avisé que des détectives surveillent de derrière les fenêtres de la maison d’en face les personnes qui entrent ou sortent de la Légation, par la porte de FOUTCA.

Justement sont dans la Chancellerie Consulaire le Capitaine ROOS, plusieurs Officiers et des Secrétaires du Service des Internés Militaires. Je ne manque pas de leur signaler, à nouveau, le danger de venir à la Légation et, surtout, de laisser venir les internés militaires dont le séjour à BUDAPEST est interdit par les Autorités Militaires.

Je n’avais accepté la charge, d’accord avec le Chargé d’Affaires de remettre les passeports et de régler les soldes que, dans l’espoir que tout pourrait être réglé en deux ou trois jours. Or, la plupart des internés sont déjàcachés en lieu sur et ne tiennent pas à risquer, dans la Rue, les investigations de la Police Nyilas, en venant à la Légation.

Ceux qui viennent sont en petit nombre, mais ils risquent beaucoup car ils ne savent pas que la Légation a dû cesser son activité et est sûrement surveillée.

Ceux qui sont venus, pour la plupart, se sentent plus particulièrement traqués par la Gestapo ou la Police Nyilas et ont besoin de leur passeport; ou des évadés d’un convoi, en route vers l’ALLEMAGNE, se trouvant à nouveau sans vêtements chauds, sans argent et viennent chercher des subsides.

Je demande instamment aux Officiers, étant donnée la situation actuelle, de trouver le plus tôt possible un moyen de prévenir les internés qui ne se sont pas encore présentés de leur distribuer des passeports et leurs soldes, en dehors de la Légation.

Le Capitaine ROOS, d’accord avec les Officiers, décide que des Agents de liaison feront le nécessaire dans chaque secteur de BUDAPEST.

Il était, hélas, trop tard !

Le 20 Décembre, à 8 heures du matin.

Des Agents de la Gestapo font brusquement irruption dans la Légation, suivis d’une dizaine de SS armés de mitraillettes.

Le Chef des détectives rassemble aussitôt les habitants de l’immeuble diplomatique. Il demande à M. CASPAR, gardien de la Légation, de lui livrer les clefs de tous les locaux pour exécuter la perquisition ordonnée par la KOMMANDANTUR. Ces clefs -sauf celles du grenier- sont dans le coffre-fort de la Chancellerie Consulaire, qui ne peut être ouvert que par le Consul qui arrivera seulement à 10 heures, à la Légation.

Les détectives bondissent alors immédiatement au grenier, en entraînant M. CASPAR qui n’a même pas eu le temps de s’habiller et est en pyjama avec un manteau sur l’épaule. Ce grenier est vaste et fait le tour complet du bâtiment. La partie donnant sur le DANUBE avait servi de logement à des prisonniers évadés d’ALLEMAGNE, traqués les derniers jours par la Gestapo.

C’est seulement le 7 Décembre dernier que la vingtaine de Français, réfugiés à la Légation, avaient évacué ces mansardes, obéissant -non sans récriminations- aux ordres donnés par le Commandant du Détachement des Internés en exécution, des prescriptions du Chargé d’Affaires pour l’évacuation de la Légation. Des traces d’occupation sont encore visibles et ça ne manque pas d’éveiller les soupçons des détectives, qui font une visite approfondie de tous les compartiments.

Une fois l’opération terminée, les détectives veulent continuer par le troisième étage où se trouvent les locaux des Services de l’Attaché Militaire; mais comme je ne suis pas encore arrivé à la Légation, le Chef des détectives WALKER décide d’aller me chercher en auto, à mon domicile, surtout par crainte que, prévenu, je renonce à aller à la Légation.

C’est ainsi que vers 9 heures, alors que j’étais sur le point de sortir on sonne à la porte de ma villa. M. CASPAR s’est introduit, suivi de WALKER qu’il me présente en disant que la KOMMANDANTUR a ordonné la perquisition de la Légation et que je suis prié, en conséquence, de me rendre aussitôt à la Légation.

Le détective ajoute, peut-être pour me rassurer car mon visage doit paraître terriblement bouleversé, que cette mesure ne me vise pas personnellement et que je serai libre, dès l’opération terminée.

Après avoir pris congé de ma femme qui, dans l’escalier, a entendu la conversation, je sors avec mes visiteurs et, en quelques minutes, la petite voiture grise de la Gestapo file à toute vitesse et arrive devant la Légation.

Rien d’anormal aux abords de l’immeuble si ce n’est qu’un détective a pris la place du portier, à l’intérieur, et ouvre aussitôt à notre arrivée la porte d’entrée de la FOUTCA !

En passant à droite dans les locaux de la Chancellerie Consulaire, je peux déjà constater la présence, dans la salle d’entrée, de SS armés de mitraillettes. Dans la première pièce où je jette un coup d’oeil sont rassemblés les domestiques de la Légation, dans un silence impressionnant.

J’entre, suivi de WALKER, dans la deuxième pièce : celle des archives où un Officier du Service de Sûreté se tient debout près d’un SS-Secrétaire en train de taper sur la machine à écrire.

Il tend le bras pour saluer et me fait connaître l’ordre de réquisition. Il me demande, pour ne pas être dans l’obligation de forcer les portes et de faire des dégâts matériels, de remettre toutes les clefs de l’immeuble diplomatique à M. CASPAR, qui ouvrira lui-même les portes.

Je ne puis, pour ma part, assister à la perquisition et devrai, pendant ce temps, demeurer dans mon bureau. A cette injonction, je ne pouvais que rentrer dans mon bureau -la pièce voisine- ouvrir mon coffre et remettre, à M. CASPAR, les clefs des locaux.

Un SS, mitraillette sur la poitrine, entre alors et se poste devant la porte en me disant qu’il m’est défendu de téléphoner et d’ouvrir tiroir ou dossier. La température de la pièce est froide car le chauffeur du calorifère n’a pu faire son travail ce matin.

Je fais les cent pas pour me réchauffer et m’assieds de temps en temps dans un fauteuil.

Toutes sortes de pensées traversent mon esprit.

Quelles sont les affaires compromettantes qui peuvent être trouvées à la Chancellerie Consulaire ?

Ce que je vois de plus sérieux, ce sont les passeports aux internés militaires, établis sur feuille simple. Il en reste peut-être encore une cinquantaine que les intéressés ne sont pas venus chercher probablement parce que déjà dans l’impossibilité de venir sans risques à la Légation. Je ne les ai pas mis dans mon coffre car je pensais qu’en cas de perquisition, ce serait le premier endroit à visiter, mais plutôt entre les feuilles d’un dossier au titre sans intérêt, dissimulé parmi tant d’autres dans la Salle des Archives. Il y a aussi des pancartes de protection et des certificats d’identité rédigés en russe, dans un tiroir de mon bureau fermé à clef.

Si je pouvais, je ferais bien disparaître quelques notes qui se trouvent sous mon sous-main ! Mais mon gardien est toujours devant moi, ne se déplaçant que pour entrouvrir, de temps en temps, la porte qui communique avec la pièce des archives. J’ai pu ainsi apercevoir des Français soumis à l’interrogatoire, tandis qu’un SS tapait la déposition.

Vers midi.

La sentinelle, ayant ouvert la porte à un bruit de bottes, m’annonce le "Kommandeur" qui entre, suivi du détective WALKER : c’est un homme jeune, de haute taille. Il vient à moi, l’air souriant :

- Vous êtes le Consul de FRANCE ?

Il jette ensuite un regard dans la pièce. Le buste de MARIANNE, sur mon coffre, semble l’intéresser, mais il s’étonne peut-être de ne pas voir le portrait officiel du Chef de l’Etat. Il remarque les cartes géographiques murales de l’EUROPE, qui ne sont sûrement pas annotées à son goût par les flèches, indiquant les dernières avances russes, en direction de la HONGRIE

Quelque temps après, il me demande si je reçois le public. Je lui réponds que, comme il a été convenu avec le Chargé d’Affaires avant son départ pour la HONGRIE Occidentale, je ne peux refuser de recevoir les Français qui peuvent venir à la Légation, dans cette période critique, solliciter un conseil ou demander assistance; mais que d’autre part, le portier a l’ordre formel de ne pas consentir l’entrée à une personne de nationalité autre que française.

WALKER prend ensuite la parole et me demande de dire quelles sont les personnes qui, hors M. CASPAR et les domestiques hongrois, demeurent à la Légation. Il a une liste de personnes suspectes de se cacher dans l’immeuble diplomatique. Je lui réponds que, conformément aux instructions données par le Ministère Hongrois des Affaires Etrangères, tous les Français ont été priés d’évacuer la Légation, le 6 Décembre dernier. J’ai fait moi-même à plusieurs reprises, avec M. CASPAR des rondes, dans tout l’immeuble pour m’assurer que l’ordre avait bien été exécuté.

Après avoir entendu mes déclarations, le détective tire brusquement de sa poche un papier : c’est un Certificat de Travail d’un interné militaire. Il me passe ce papier sous le nez et je puis voir qu’il porte la date du 12 Décembre 1944 et est signé par l’Attaché Militaire.

- Où est HALLIER ? s’écrit-il. Il était pourtant à la Légation, il y a quelques jours !

Je réponds que je n’ai pas vu le Colonel depuis plus d’un mois, ma méconnaissance de sa venue à la Légation depuis la suppression des Services et mon ignorance de son adresse actuelle.

J’ai su plus tard que le Certificat avait été délivré le 12 Décembre 1943 et que c’est seulement, par erreur, qu’il portait la date de 1944.

Le Kommandeur s’en va en disant :

- Vous ne voulez donc rien dire !

En pensant sûrement que ce n’est pas de cette façon qu’il entend la collaboration. WALKER le suit.

Le détective revient bientôt dans mon bureau et me dit d’un ton agressif :

- Où est HALLIER ? La Poste vous a apporté dernièrement plusieurs lettres à l’adresse du Colonel. Vous lui avez certainement fait parvenir ces lettres !

Par chance se trouvaient, dans mon tiroir, deux lettres sans importance, à l’adresse du Colonel, et que je n’avais pas remises à la personne qui venait chercher son courrier !

Les tirant triomphalement du tiroir, je lui réponds :

- Les voilà !

Il les prend, les examine un instant, les met dans sa poche et s’en va sans mot dire.

Dans le courant de l’après-midi, un autre détective vient me demander la clef de la porte en fer de la cave, compartiment des valeurs.

C’est dans cette cave que se trouvent les valeurs, bagages du Personnel de la Légation et de plusieurs Français de la Colonie au titre de dépôts en nature, régulièrement enregistrés.

Je demande à assister à la visite pour donner les explications nécessaires car je suis particulièrement responsable en ma qualité de Comptable des valeurs déposées dans cette cave. Il accepte ma descente avec lui. Je trouve tous les agents de la Gestapo, ainsi que plusieurs SS qui venaient de terminer la fouille de la cave et attendaient devant la porte en fer.

J’ouvre et nous entrons dans un étroit couloir éclairé par une lampe électrique. Le Chef des détectives WALKER examine la situation et la disposition des lieux.

Immédiatement, à gauche, se trouve un coffre-fort scellé dans le mur; à côté, un autre plus petit; à droite, trois compartiments fermés par des cadenas et au fond, un autre compartiment.

Il me demande d’ouvrir le premier coffre qui contient des paquets scellés et des cassettes. Il les examine l’un après l’autre minutieusement. La première cassette, qui lui vient sous la main, est au nom de M. de DAMPIERRE.

Il pousse une exclamation et dit :

- Où est M. DAMPIERRE ?

- Il est en Province et je ne connais pas son adresse !

Il poursuit par les paquets de M. BREVIE, M. de CHARMASSE, M. MALGRAT, d’autres membres de la Légation et se renseigna sur les fonctions exactes de chacun à la Légation, ainsi que sur leur adresse actuelle.

Une serviette en cuir, au nom de M. RITTER - correspondant de l’OFI- attire tout particulièrement son attention.

Viennent enfin les paquets des Français de la Colonie J’explique que ce sont des dépôts, légalement enregistrés sur le Registre des Dépôts en Nature que je lui présente. Un paquet -au nom de M. MOVSCHOVITZ- lui fait dire :

- Vous avez donc aussi des dépôts de Juifs ?

- Ce sont des bien français et la Légation a le devoir de veiller à leur conservation !

C’est fini !

Les paquets sont remis en place et je ferme le coffre.

C’est au tour du petit coffre. Il contient des valeurs et objets précieux, appartenant exclusivement à M. MOVSCHOVITZ et, lui seul, a la clef de ce coffre que M. de CHARMASSE avait autorisé à faire sceller dans le mur et à laisser à son entière disposition.

Je me garde bien de dire qu’il appartient à M. MOVSCHOVITZ après la remarque précédente, mais plutôt au Chargé d’Affaires, qui a gardé la clef.

Il passe en disant qu’on verre cela plus tard.

J’ouvre ensuite les trois compartiments qui contiennent les bagages des membres de la Légation et de quelques collègues de la Colonie française. Il examine grosso modo car ces coffres et ces caisses sont empilés les uns sur les autres. Il serait long et difficile de les déplacer !

C’est au tour du compartiment du fond qui contient les bagages de l’Attaché Militaire. Je n’ai pas la clef, mais ils sont tout particulièrement curieux de connaître le contenu. Deux SS ont bien vite fait de défoncer la porte et les détectives examinent minutieusement les bagages du Colonel HALLIER et de son Secrétaire LECCIA, puis remarquent qu’il y a aussi un coffre scellé dans le mur. Je n’ai pas la clef.

- On verra cela plus tard ! dit-il encore.

Pour une troisième fois, la question -qui semble plus particulièrement à coeur de WALKER- revient :

- Où est le Colonel HALLIER ? demande-t-il.

Il ne peut admettre mon ignorance de son refuge.

- Existe-t-il dans la cave d’autres coffres-forts secrets ?

Je réponds que ces coffres ne sont pas secrets, mais de sécurité, pour mettre les valeurs à l’abri du bombardement et ont été emménagés cette année, en même temps que l’abri du Personnel de la Légation.

- Existe-t-il dans la cave, ou ailleurs, des armes, des munit