Colonel Edmond Chiaramonti
041 / 1
Soldats de la boue
et des pitons
Campagnes dExtrême Orient
NICE - Juillet 1987
Analyse du témoignage
Tirailleurs Algériens en Indochine
Ecriture : 1955 - 146 pages
POSTFACE de Michel EL BAZE
Ce témoignage relate les actions du 4ème Bataillon de Marche du 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens en Indochine entre Septembre 1951 et Décembre 1952.
Moins abstrait et monotone que le compte-rendu chronologique et classique d'un Journal de Marche, cet historique a été écrit à partir des récits et anecdotes des quatre Commandants de Compagnies de ce Bataillon d'Elite sous les ordres du Capitaine Biard, actuellement Général d'Armée, Grand Chancelier de la Légion d'Honneur.
This testimony relates the actions of the IV Battalion of Infantry of the VII Regiment of Algerian Skirmishers in Indochina, between September 1951 and December 1952.
Less abstract and monotonous than the chronological and plain account of a diary of marches, this historical account was written after some stories and anecdotes related by the four unit commanders of this elite battalion under the orders of Captain Biard, now Army General, and Great Chancellor of the Legion of Honour.
Préface des Anciens
Elèves Officiers de CHERCHELL
Né le 30 Juillet 1922, Edmond Chiaramonti fait ses études au Maroc, au Lycée Gouraud de Rabat, prépare St Cyr au Lycée Lyautey de Casablanca et entre à l'Ecole des Elèves-Officiers de Cherchell-Médiouna, promotion Weygand (1942-1943).
Il participe à toutes les campagnes dans les Tirailleurs Nord-Africains de 1943 à 1962 :
Sur le front d'Italie, à la Division de Montagne Marocaine du Corps Expéditionnaire Français commandé par le Général Juin, il se distingue tout particulièrement au cours de la grande offensive de Mai 1944 sur le Garigliano où le C.E.F. rompt le dispositif allemand de la ligne "Gustav" permettant la prise de Cassino. S'emparant avec sa section du Mont Ceschito dominant Castelforte, il ouvre la voie aux blindés dans la Vallée.
Sa brillante conduite au feu lui vaut d'être décoré de la Croix de Guerre, sur les lieux même du combat.
Poursuivant son offensive vers Rome, puis Sienne et Florence, sa Division se heurte en Juillet 1944 à la résistance ennemie sur une nouvelle ligne de défense, la ligne "Hitler", en Toscane. Au cours de l'attaque, sa section est clouée au sol par le tir d'une mitrailleuse qui blesse mortellement son chef de groupe de tête. Pour la dégager, il entraîne avec fougue le groupe à l'assaut de la mitrailleuse, la détruit à la grenade et fait deux prisonniers.
Sa deuxième citation mentionne cet audacieux fait d'armes et sa bravoure exemplaire dans l'action.
Sous sa conduite, sa section s'empare les jours suivants des villages de San Andrea di Val d'Elsa et de San Benedetto, malgré une résistance farouche de l'ennemi qui, bousculé, se replie en désordre sur Florence, abandonnant ses morts sur le terrain.
Relevé du front d'Italie, il débarque en Provence, au Dramont, près de St Raphael, avec la Division Marocaine intégrée à la 1ère Armée Française, aux ordres du Général de Lattre de Tassigny et participe glorieusement à la libération du sol national.
Remontant la Vallée du Rhône, il est engagé dans les Vosges où son Bataillon est désigné comme unité de tête pour attaquer la ligne d'hiver, fortement organisée par les Allemands pour briser l'avance des Alliés et empêcher leur accès au Rhin.
C'est l'assaut à l'aube du 16 Octobre 1944.
La rupture de la ligne de résistance ennemie à travers les champs de mines et les réseaux de barbelés, sous un déluge de feu d'armes de tous calibres et une pluie battante, dans les bois des "Hauts du Faing", dominant Cornimont.
Avec la première vague d'assaut, il parvient au sommet. Malgré les pertes sévères subies par sa section, s'y accroche huit jours durant, repoussant toutes les contre-attaques allemandes, sous un bombardement continu, infligeant à l'adversaire des pertes sévères. Blessé le 5ème jour, il refuse de se faire évacuer avant la relève de sa Compagnie qui ne compte plus que 27 rescapés, après ces huit jours de furieux combats.
Transporté dans un hôpital de campagne à Vesoul, puis à Dijon, il doit faire partie d'un convoi de blessés dirigé sur l'Afrique du Nord, pour libérer les lits d'hôpitaux proches du front. Il s'oppose à son transfert, quitte l'hôpital et rejoint son unité en Alsace où il reprend le combat.
Traversant le Rhin, puis la Forêt-Noire, à la poursuite d'un adversaire en déroute, il fait de nombreux prisonniers et pénètre avec sa section de Marocains dans le Voralberg en Autriche, quand survient l'Armistice, le 8 Mai 1945.
Titulaire de 5 titres de guerre, il est décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.
En Indochine, comme Commandant d'un Groupement de Sections, puis Commandant de Compagnie de Marche, au Groupe Mobile Nord-Africain, il s'illustre dans toutes opérations du G au Nord-Vietnam, dans le Delta et en moyenne région, notamment à Hoa-Binh et à Nasan.
Plusieurs fois décoré de la Croix de Guerre des T.O.E. avec palmes, nommé Capitaine au tableau exceptionnel pour l'Indochine, il reçoit la rosette d'Officier de la Légion d'Honneur avec la prestigieuse citation qu'on trouvera dans le Livre II.
Cette promotion comporte l'attribution de la Croix de Guerre des Théâtres d'Opérations Extérieures avec palme.
En deux ans, il est cité 5 fois dont 4 fois à l'Ordre de l'Armée, accrochant 4 palmes et une étoile de Vermeil à sa Croix de Guerre des T.O.E.
Nommé Officier de Renseignements du Groupe Mobile Nord-Africain, il est aérotransporté de Nasan à Luang Prabang avec deux Bataillons et le Groupe d'Artillerie de son Groupe Mobile, renforcés par le Bataillon de Parachutistes du réputé Commandant Bigeard, pour assurer la protection de la capitale du Laos, menacée par les Divisions Viet-Minh.
Mission accomplie, il est décoré de l'Ordre Royal Laossien.
De retour dans le Delta, il est à l'origine de nombreuses opérations où l'exploitation de ses renseignements permet à son G d'obtenir de brillants succès.
Toujours au coeur de l'action, il est à nouveau cité deux fois avant d'être rapatrié, en 1954, après trois ans d'opérations continues.
Affecté en Allemagne, comme Commandant de Compagnie de Tirailleurs Algériens, il est appelé en renfort au Maroc, en 1955, par le Général Duval, Commandant Supérieur des Troupes.
A la tête d'une Compagnie de Tirailleurs Marocains, il reçoit la rosette d'Officier de l'Ordre Chérifien du Ouissam Alaouite pour ses brillants états de service dans les Troupes Marocaines.
Il rentre en métropole avec son Régiment, à la veille de l'Indépendance du Maroc.
Volontaire pour l'Algérie, il y débarque en 1956 et est affecté comme Officier de Renseignements et Opérations d'un Secteur, en Oranie. Il se fait immédiatement remarquer par son efficacité dans la recherche et l'exploitation du renseignement. Dirigeant avec une autorité indiscutée des opérations de jour et embuscades de nuit, il obtient de remarquables résultats.
Formant un Commando composé de prisonniers ralliés, grâce à sa patiente action psychologique, il réussit le démantèlement en chaîne de plusieurs filières rebelles et la récupération de nombreuses armes.
Il est cité à l'Ordre de l'Armée et reçoit la Croix de la Valeur Militaire avec palme.
Inscrit au tableau exceptionnel d'avancement pour l'Algérie, il est proposé pour la cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur, comme Capitaine, nomination extrêmement rare à ce grade.
Cité une nouvelle fois pour avoir mené plusieurs opérations payantes, dont l'une dans les "Cheurfas", permet la mise hors de combat d'une "Katiba", il est promu Chef de Bataillon en 1959.
Il est nommé Commandeur de la Légion d'Honneur, titre exceptionnel pour faits de guerre, par décret du 19 Juillet 1960, à 38 ans.
Spécialiste du renseignement et de la lutte antisubversive, il organise à l'Ecole Militaire, à Paris, une sale opération "Algérie" pour l'information de ses camarades de l'Ecole Supérieure de Guerre.
De retour en Algérie comme volontaire en Mars 1961, il est affecté comme Chef du 2ème Bureau d'une Zone, à Colomb-Béchard, sur la frontière sud-marocaine, puis à Mostaganem, en Oranie. Il applique à nouveau sa méthode avec la même efficacité et obtient de magnifiques résultats.
Le Général Ailleret, Commandant Supérieur des Troupes en Algérie lui décerne à la veille du cessez-le-feu, l'élogieuse citation reproduite dans le Livre II.
C'est sa 15ème citation.
Présent pendant 20 ans sur tous les théâtres d'opérations, en Italie, France, Allemagne, Indochine, Maroc et Algérie, il rentre définitivement en métropole pour prendre le commandement d'un Bataillon de Tirailleurs Algériens, à Beauvais, le 1er Juillet 1962, le jour même de la déclaration d'Indépendance Algérienne.
En 1964, les unités de Tirailleurs sont dissoutes et son Bataillon devient Bataillon d'Infanterie Motorisée.
Affecté à Antibes, comme Commandant en Second de l'Ecole d'Entraînement Physique Militaire, il demande sa mise en disponibilité en 1965 et reçoit du Général Ducourneau, Inspecteur de l'Infanterie, le message suivant :
"Je regrette qu'un soldat tel que vous quitte l'armée à moins de 44 ans car c'est une perte pour elle".
A son départ, en 1966, le Ministre des Armées lui adresse un témoignage de satisfaction pour services rendus.
Il est nommé Lieutenant-Colonel dans les cadres de réserve.
Born on the 30th of July 1922, Edmond Chiaramonti studies in Morocco, at the Lycée Gouraud in Rabat., prepares for St Cyr at the Lycée Lyautey in Casablanca and joins the school for army cadets at Cherchell-Mediouna, Weygand class (1942-1943).
He takes part in all the campaigns in the North African infantry group from 1943 to 1962.
On the Italian front line, in the Moroccan mountain division of the French expeditionary corps led by General Juin, he is particularly outstanding during the great onslaught of may 1944. On the Garigliano where the C.E.F. breaks the German system of the Gustav line, thus allowing the fall of Cassino. Taking hold of the Monte Ceschito with his section he therefore opens the way for the armoured vehicles in the valley.
His brilliant behaviour during the fight owes him to be awarded the War Cross on the very location of the fighting.
Continuing its onslaught on Rome, then Sienna and Florence, his division comes across resistance from the enemy on a new defensive line, the Hitler line in Tuscany. During the attack his section his pinned down to the ground by the shooting of a machine gun. which fatally wounds its head group leader. To release it he impetuously leads his group to take on this machine gun, destroys it with hand grenades and takes two prisoners.
His second mentions stresses this daring act of arms and his exemplar courage in action.
Under his leadership his section the following days takes the villages of San Andrea di Val d'Elsa and of San Benedetto, despite a fierce resistance from the enemy, who knocked about, flees in disarray towards Florence, leaving its dead on the ground.
Relieved from the Italian front line, he lands in Provence, at Le Dramont near St Raphael with Moroccan division integrated to the first French Army lead by General De Lattre De Tassigny and gloriously take part in the liberation of the National territory.
Going up the Rhone valley he is involved in the Vosges where his battalion is designated as spear head to attack the winter line strongly organised by the Germans to break the progression of the French and to prevent them from getting to the Rhine.
They give the assault at dawn on the 16th of October 1944.
The break of the line of resistance of the enemy through the mine fields and the mesh of barbed wire, under a hail of fire from weapons of all calibres and a pouring rain, in the woods of "Hautus du Faint", overlooking Cornimont.
Along with the first wave of assault they reach the summit. Despite the heavy losses sustained by his section he clings to it for eight days, repelling all the German counter attacks under the continuous bombing, inflicting heavy damages to the enemy. Wounded on the fifth day he refuses to be evacuated before the relieving of his company, which only numbers 27 survivors, after those five days of furious fighting.
Taken to a country hospital in Vesoul and then in Dijon he is supposed to be part of a convoy of wounded bound for North Africa in order to release some space in the hospitals close to the Front line. He objects to his transfer leaves the hospital and gets back to his unit in Alsace where he goes back to the fighting.
Crossing the Rhine and the Black Forest in pursuit of an enemy in disarray he takes numerous prisoners and enters the Moroccan section in the Voralberg in Austria when the armistice is proclaimed on the 8th of may 1945. Bearer of 5 war distinctions he is awarded the Croix de Chevalier of the Legion DHonneur.
In Indochina as commander of a grouping of section , then commander of an infantry company in the North African Mobile Group he becomes famous in all the operations G in North Viet Nam in the Delta and in the middle region among which Hoa-Bin and Nasan.
Several times awarded the War Cross of the TOE with palms, appointed Captain to the exceptional board for Indochina he receives the distinction of Officer of the Legion of Honour with the prestigious distinction that we will find in the second book.
This promotion includes the granting of the War Cross of the external operations with palms.
In 2 years he is nominated five times of which four times to the Order of the Army adding four palms and a silver gilt star to his War Cross of the TOE.
Appointed intelligence officer of the North African mobile group he is taken by air from Nasan to Luan Prabang, with two battalions and the artillery group of his mobile group, supported by the parachutist battalions of the famous commander Bigeard to ensure the protection of the capital city of Laos, threatened by the Viet-Minh divisions.
His mission accomplished he is awarded the Royal Order of Laos award.
Back to the Delta he undertook many operations where the exploitation of his information enable his G to achieve great victories.
Always at the heart of action he is twice again awarded distinctions before coming back home after three years of continuos actions.
Appointed in Germany as commander of a company of Algerian infantry he is called in reinforcement in Morocco in 1954 by General Duval high commander of the troops.
Leading a company of Moroccan infantry he receives the distinction of Officer of the Cherifian Order of the Ouissam Alaouite for his brilliant actions while in the Moroccan troops. He gets back to the mainland with his regiments shortly before the independence of Morocco.
Volunteer to go Algeria he arrives there in 1956, and is appointed as intelligence and ground officer of a sector in the Oran region. He is immediately noticed by his efficiency in researching and managing intelligence information. Managing with an unquestionable authority day time operations and night time ambushes, he achieves spectacular results.
Creating a commando made up of prisoners converted thanks to its patient psychological action, he manages to break up several rebel groups and retrieve numerous weapons.
He is nominated to the Order of the Army and receives the Cross of the Military Value with Palms.
Entered on the exceptional panel of promotion for Algeria, he is designated to receive the tie of Commander of the Legion of Honour, with the rank of captain, very rarely awarded at that rank.
Nominated once more for having led some rewarding campaigns one of them in the Cheurfas, allows a Katiba to be put out of fight. He is promoted major in 1959.
He is promoted to the title of Commander of the Legion of Honour, an exceptional award for war actions, by decree on the 19 July 1960, at 38 years of age.
Specialist of intelligence services and of the fight against subversion, he organises at the Military School in Paris a algerian operation office for his peers of the Higher School of War.
Back in Algeria as a volunteer in March 1961, he is appointed as head of the Second Office of an area, in Colomb-Béchard, on the south Moroccan border, then in Mostaganen, in the Oran area. He applies his method with the same efficiency and gets magnificent results.
General Ailleret, High Commander of the Troops in Algeria, awards him the prestigious award, mentioned in book II, on the eve of the cease fire.
It is his 15th distinction.
Present for twenty years on all the operation sites, in Italy, France, Germany, Indochina, Morocco, and Algeria. He comes back definitively on the mainland to take the commandment of a Battalion of Algerian Skirmishers, in Beauvais on the 1st July 1962, on the very same day as the Algerian declaration of independence is proclaimed.
In 1964 the units of Skirmishers are disbanded and his battalion becomes the Mobile Battalion of Infantry.
Appointed in Antibes as executive officer of the military physical training school, he asks to be released from his duty in 1965 and receives from General Ducourneau the following message :
"I regret that a soldier of your value should leave the army at less than 44 years of age, it is a great loss for the army".
On his departure in 1966, the Minister of Defence sends him a testimony of satisfaction for the support he provided.
He is appointed Lieutenant Colonel on the reserve list.
Table
Préface 9La relève 15
Ordre de bataille du 4/7 R.T.A. au 25 Septembre 1951 17
Opérations "Citron" et "Mandarine" 17
Deux mois dopérations tous azimuts 22
Année 1952
Ordre de bataille du 4/7 R.T.A. le 12 janvier 1952 26
Mort du Général de Lattre de Tassigny 27
La R.C. 6 et Hoa Binh - janvier - février 1952 28
" Les nuits angoissées dHanoï " 40
Opérations "Amphibie" et "Mercure" - mars à mi avril 1952 43
Baptême du feu dun jeune officier au 4/7 R.T.A. 49
Préparation et plan de la grande offensive dans le Thai Binh 51
LOpération Turco - 19 / 27 Avril 1952 53
Opérations Kangourou, Antilope, Queue dantilope
mai - juin 1952 62
Aïd Seghir au Gimina 65
Les Opérations "Boléro" - Juillet / Août 1952 68
Le repos - Le départ du patron - La prise en main
25 août - 28 septembre 1952 73
Opérations dans trois zones - Octobre 1952 76
LOpération "Lorraine" - 29 octobre / 20 novembre 1952 81
Opérations "Bretagne" et "Normandie"
Fin novembre - décembre 1952 96
Le 4/7 R.T.A. quitte le G.M.N.A. 101
Notes et documents. 103 Index. 151 Table. 157
LA Mémoire
La mémoire : seul bagage incessible
Jacques ATTALI
La relève
Un important renfort sest embarqué à Alger le 3 juillet 1951 sur le S/S Sontay. Débarqué à Saïgon le 1er août, il est ensuite acheminé par voie maritime au Tonkin. Il y rejoint le 4/7 R.T.A. le 19 août. Il compte quatre officiers, les Capitaines Martelli et Good, les Lieutenants Bréchat et Marinelli;, trente et un sous-officiers et trois cent huit tirailleurs.
Le 4/7 R.T.A. nest pas inconnu de ces personnels venus dA.F.N. et notamment des cadres et tirailleurs du 3e R.T.A. dont la 2e Compagnie, en garnison à Télergma, lavait hébergé pendant son transit des F.F.A. en Indochine. Sa cohésion, son dynamisme, qui avaient étonné le Chef dÉtat-major de la Division de Constantine, invité à Télergma à un repas de Corps, en font un des plus beaux fleurons du G.M.N.A.
DHaïphong à Hanoï, le trajet, par voie ferrée, dans un train modèle "Farwest", dévoile un théâtre dopérations bien différent des terrains dAfrique du Nord, dItalie, de France ou dAllemagne. Mais nos tirailleurs, qui en ont vu dautres, ne sétonnent quà demi. Avec ses bambous, ses mares, sa pagode, ses aréquiers, ses paillotes, sa popote (aux menus arrosés dune effroyable mixture de vin rouge concentré quil faut délayer dans de leau), ses pankas actionnés par des coolies, Xuan Duc accueille les nouveaux venus.
Cest le gros village où le 4/7 R.T.A. est au repos.
Depuis la fin juillet 1951, la relève seffectue par détachements.
Celui-ci est le plus important, permettant la relève des sous-officiers et des tirailleurs en fin de séjour. Mais, si la troupe et les sous-officiers du Bataillon Voinot partent, les officiers, eux, sont maintenus pour assurer linstruction des renforts. Les exercices de cadres se succèdent. Linstruction de la troupe est intense.
Le 1er septembre, le Capitaine Sauget, arrivé au Bataillon fin juillet, prend le commandement de la 1re Compagnie, le Capitaine Martelli celui de la C.C.B. et le Capitaine Good, celui de la 4e Compagnie.
Le 12 septembre, le Capitaine Biard, venant du 7e R.T.A. de Trèves, est affecté comme Capitaine adjoint. Il prendra le commandement du Bataillon fin octobre. Le Lieutenant Chiaramonti (dit Chiara) venant également du 7e R.T.A., rejoint la 1re Compagnie et le Lieutenant Naudin, la 3e Compagnie.
On a beau être au Tonkin, il ne sagit pas doublier lAïd EI Kebir, célébré comme il se doit, avec des moutons venus dAustralie.
Le Colonel Édon, commandant le G.M.N.A., assiste à ces festivités et fait la connaissance des nouveaux venus.
Du 12 au 18 septembre, pendant six jours, lamalgame se poursuit.
Des exercices de P.C. vérifient le bon fonctionnement des transmissions, le contenu du Dodge dallégement des compagnies est revu pour en diminuer le volume et le poids. Cest fou ce que lon peut entasser sur un Dodge 6 x 6 ! Les sorties de compagnies permettent aux nouveaux venus de se familiariser avec le terrain du delta tonkinois. Il forme une immense plaine découverte, plus ou moins riche, boueuse ou inondée, découpée en damiers par des cours deau et par leurs digues, piquetée de villages qui se présentent de loin comme de gros boqueteaux et qui, en fin de compte, constituent le plus souvent les objectifs des attaques (photo n° 1).
La rizière entoure impitoyablement les villages.
La progression y est assez facile en saison sèche (photo n° 2) mais sans points hauts pour lobservation (photo n°3). Cest plus souvent un marécage, mais aussi un véritable lac doù émergent les villages (photo n°4). Elle est cloisonnée de diguettes (photo n°5) qui offrent un cheminement (photo n°6), parfois un abri, mais toujours un emplacement pour une base de feux (photo n°7). Les villages, de forme incohérente, parfois ceinturés de véritables douves, toujours coupés de mares et de haies sont dun accès difficile. Mieux vaut y pénétrer difficilement en franchissant la haie de bambous quy pénétrer par la porte souvent piégée.
Les haies de bambous se succèdent jusquaux lisières opposées.
De paillotes en paillotes la fouille est lente (photo n°8), les champs de tir y sont réduits (photo n°9) et il faudra fouiller les mares où se cachent les armes (photo n°10). Chaque compagnie dispose dun Dodge. Mais, hélas ! compte tenu du terrain, les unités ne le verront pratiquement jamais en opération. La logistique et lallégement sont donc assurés par des coolies porteurs. En principe une cinquantaine par compagnie, ce sont danciens prisonniers viets, "en stage de rééducation librement consenti", suivant lexpression du capitaine commandant la 4e Compagnie. Ils suivent, sous bonne garde, en deuxième échelon et rejoignent, le soir, les unités. Cest pittoresque, non prévu au tableau de dotation fixé par lÉtat-major de lArmée, mais extraordinairement efficace (photo n°11). Ils contribuent également au ravitaillement puisquil y a des poissons (photo n°12) et des canards (photo n°13).
Les anciens font part de leur expérience, évoquent les "coups durs", mais la présence du "Roi Jean" au poste de commandant en chef a redonné espoir et vigueur.
En octobre 1950, le Viêt Minh avait infligé aux troupes de lUnion Française un grave échec dans le Nord du Tonkin.
"Il avait annoncé quil serait maître dHanoï pour le nouvel an vietnamien (février 1951). Non seulement ce fut un échec sanglant en janvier 1951, à Vinh Yen notamment où le bataillon sétait illustré, mais encore le Viêt Minh perdait avec les opérations "Méduse" et "Reptile", en avril et mai 1951, et allait perdre en septembre et octobre 1951, avec les opérations "Citron" et "Mandarine", les principales positions quil avait réussi à maintenir et à enkyster dans notre dispositif, à lintérieur du delta tonkinois. Deux mille kilomètres carrés et 950000 habitants passent, au total, sous notre contrôle"
Le 18 septembre, nos camarades artilleurs arrivent au P.C. du Bataillon. Lapparition du D.L.O. (détachement de liaison et dobservation) signifie toujours la fin du repos et la reprise des opérations. Il sagit de nettoyer toute une région à une trentaine de kilomètres au Nord-Ouest dHung Yen doù émergent les villages de Que Lam, Hoang Chan, Phu Man, Bam Dien, Phu An.
Le 4/7 R.T.A aux ordres du Capitaine Guillon doit reconnaître et nettoyer cette zone où plusieurs centaines de Viets ont séjourné.
Le 20 septembre, cest la première opération de "rodage" du nouveau bataillon. La fouille des villages autour du poste de An Thi ne donne rien, si ce nest la récupération dun important stock de documents. 300 V.M auraient quitté la veille, dans la nuit, ce groupe de villages daprès les renseignements recueillis auprès des suspects arrêtés.
Le bataillon se regroupe le 22 septembre au poste dAn Thi doù il était parti.
Les 23 et 24 septembre 1951, de nombreuses reconnaissances préparent la mise en place de lopération "Citron". Le Capitaine Guillon est convoqué au P.C du G.M. (Iex - G.M.N.A.), Il sy rend avec le Lieutenant Ougier, officier de renseignement du 4/7 R.T.A.
Lopération est retardée à cause dun typhon signalé par la météo. Elle débutera dans la deuxième partie de la nuit du 24 au 25 septembre.
Les choses sérieuses vont commencer...
Opérations "Citron" et "Mandarine"
Le 25 septembre 1951, le bataillon quitte ses cantonnements dAn Thi entre 2 heures et 4 heures du matin, par unités successives suivant les difficultés de litinéraire de chacune delles, la base de départ de lopération ayant été fixée sur la route partant de Cao Xa vers le Nord, pour 5 h 30.
LOpération "Citron" a pour but de fouiller les villages du secteur où les V.M. seraient retournés, daprès les renseignements de bonne source obtenus après lopération infructueuse du 20 septembre.
Au cours de la progression de nuit, les deux compagnies de tête, la 1re, commandée par le Capitaine Sauget et la 4e aux ordres du Capitaine Good, précédée par la compagnie de supplétifs du Lieutenant Buschiazzo, marchant en colonnes par un sur les diguettes pour la mise en place de lopération, sont violemment accrochées en lisière des villages de Tra Bo pour la 1re et de Long Cau pour la 4e. Ces villages, reconnus la veille, ont donc été occupés dans la première partie de la nuit par de forts éléments viets.
La surprise est totale.
A la 1re Compagnie le Lieutenant Chiaramonti, commandant un groupement de deux sections, sest porté sur les hameaux du village de Tra Bo, appuyé par les feux de la section lourde de la compagnie, malgré une vive résistance adverse. Entraînant ses sections à lassaut du hameau de Ban Diem, il oblige lennemi à se replier sur Phu Man. Se portant à l'Est de Phu Man, il installe ses éléments de tête au bord de larroyo, sous un tir violent darmes automatiques adverses, interdisant ainsi tout franchissement des Viets.
A la 4e Compagnie, alors que le P.C. de compagnie se replie en profitant de labri offert par la digue, la section du Lieutenant André, accrochée aux lisières du village de Long Cau, peut sinfiltrer dans la haie de bambous bordant le village mais ne réussit pas à progresser. Elle restera clouée sur place toute la journée du 25 septembre.
Le Capitaine Good, commandant la 4e Compagnie, après avoir fait installer sa base de feux (mitrailleuses et mortiers de 60 mm), fait déborder le village par la gauche. Cette manuvre, qui bénéficie de lappui de la base de feux de la compagnie, est confiée à la section du Sergent-Chef Adjali. Rampant dans la rizière, elle atteint les lisières gauches du village, mais ne peut avancer, bloquée par des tirs venant dune petite pagode située à la partie gauche du village.
Entre la Section Adjali et la Section André, le Capitaine Désert, commandant la 2e Compagnie, lance la section du Lieutenant Rosenblatt. Malheureusement cette section est bloquée en pleine rizière. Rosenblatt est grièvement atteint par balle et devra rester toute la journée dans leau, son évacuation étant impossible. Ce nest quà la nuit que Rosenblatt sera ramené au P.C. de la Compagnie. Le P.C. du Bataillon, qui suit la 4e Compagnie, sinstalle à un carrefour de digues. Le Capitaine Rieu-Boussu fait mettre en uvre les mortiers de 81 mm pour renforcer la base de feux de la 4e Compagnie et permettre à la Section Adjali de semparer de la pagode.
En vain.
Le Capitaine Guillon rejoint le Capitaine Good. Ordre lui est donné de rester sur place, de continuer à neutraliser les lisières du village qui doit être bouclé à gauche par la 3e Compagnie du Lieutenant Ciancioni, par la 2e au centre, par la 4e à droite et par la Compagnie de supplétifs du Lieutenant Buschiazzo au Nord.
Lencerclement des villages se fait, profitant de lappui dartillerie et du bombardement dun avion.
Adjali, entraîne ses hommes et prend pied dans la pagode mais ne peut en déboucher. La section du Lieutenant Jouffray tente un assaut mais est clouée sur place. Les villages sont impénétrables. La nuit tombe et est mise à profit pour ramasser les morts et les blessés.
Les unités resserrent leur dispositif.
Le bouclage ne peut être parfait et le Viet trouve rapidement la faille pour se replier, non sans toutefois subir de grosses pertes infligées par Buschiazzo et sa compagnie de partisans.
Le 26 septembre au matin, après une violente préparation dartillerie, les unités pénètrent dans les villages de Phu Man et de Long Cau. Quelques éléments viets chargés de faire disparaître ou denterrer les tués, sont rapidement maîtrisés. De nombreux débris darmes jonchent le sol et un recensement des pertes ennemies fait état de 150 morts. La population de Long Cau, qui avait été regroupée dans une paillote par les Viets, a été anéantie par une bombe davion.
De notre côté le bilan est très lourd.
Il sélève à 30 morts et 70 blessés dont 13 tués et 22 blessés à la 4e Compagnie.
Du 27 au 30 septembre, le Bataillon effectue une fouille minutieuse des villages dans la zone des combats et panse ses plaies.
Le 30 septembre, le Bataillon est regroupé à Tien Xa. Il reçoit lordre de se porter sur la rive Nord du canal des Bambous en vue détablir un barrage pour tenter dinterdire aux éléments V.M. de traverser le canal.
LOpération "Mandarine" est commencée. Elle durera jusquau 13 octobre, avec comme principaux objectifs les villages de Toa Son, Quan Khé et Phuo Tien, où sont signalés de forts éléments V.M.
Le Bataillon passe le canal des Bambous le 1er octobre et occupe la portion de route au Sud du canal entre Quan Khé et lécluse de Cau Cong.
Quelques suspects sont arrêtés.
Dans la matinée du 2 octobre, des patrouilles légères sont lancées vers le Sud. Le Bataillon fait mouvement laprès-midi vers le canal de Luu Xa. Quelques accrochages sporadiques sont signalés, 10 V.M. sont tués et une soixantaine de suspects arrêtés. Onze notables vietnamiens, prisonniers des V.M. sont libérés.
De nombreux et importants documents sont récupérés.
Le 4 octobre au matin, le Bataillon ayant repris sa progression est accroché aux lisières de Tao Son. Il occupe le village après un tir dartillerie et de mortiers. En début daprès-midi, la 2e Compagnie est violemment prise à partie en abordant le village de Phuc Tien. Le Capitaine Désert lance ses sections à lassaut du village, y pénètre et le nettoie. Un tirailleur est blessé, 8 V.M. tués et une centaine de suspects arrêtés. Daprès les renseignements fournis par certains dentre eux, le village était tenu par un capitaine et une soixantaine de V.M. armés de P.M. et de fusils.
Dans la nuit du 4 au 5 octobre. des reconnaissances sont lancées par toutes les compagnies en vue de rechercher les possibilités de franchissement du canal vers lEst. La 2e Compagnie est prise à partie dans Phuc Tien par des éléments V.M. infiltrés.
Nos postes répondent.
Six cadavres V.M. sont retrouvés le lendemain matin. Un blessé chez nous. Le 5 octobre au matin, une reconnaissance est lancée par la 4e Compagnie vers le village de Nhu Khé.
En abordant les lisières avec sa section pour reconnaître les points de passage sur le canal de Lu Xa et le canal de Thai Su, le Lieutenant Jouffray est tué par une rafale de F.M. Son corps est ramené au P.C. de la 4e Compagnie et est immédiatement évacué sur Hanoï.
Cet officier était en fin de séjour.
Le 6 octobre, avec lappui dun peloton de Schaffee aux ordres du Sous-Lieutenant de Pirey, le Bataillon doit fouiller une zone de 1 kilomètre de large sur 5 kilomètres de profondeur au Sud de ce dernier canal. La fouille des villages au Nord de la route qui traverse cette zone se passe sans réaction V.M. mais le Bataillon est violemment pris à parti lorsquil veut semparer de la série des villages de Oc Thon, Kha La, Nhan Xa.
Alors que le Lieutenant Chiaramonti progresse en tête de son groupement de deux sections de la 1re Compagnie sur la large diguette donnant accès au Nord du village dOc Thon, une longue colonne de femmes et denfants émerge au loin de cette sortie Nord du village, dans la brume légère du matin.
Mauvais présage !
La colonne avance, nous croise en silence.
Les femmes et les enfants, pas encore des adolescents, portent à lépaule le traditionnel balancier de bambou séché, aux bouts duquel sont suspendus, par des cordes de paille de riz tressées, des paniers remplis de ravitaillement, de matériel de cuisine et de vêtements, tous leur bien. De certains sortent des cous de canards, des poules ou la tête dun petit cochon dont les grognements percent le silence de ce matin blême.
Se déhanchant comme un marcheur de compétition, le buste droit, la tête bien en ligne, un bras replié battant lair dune cadence rapide, donnant une impulsion vers lavant à tout le corps, le poing presque fermé, lautre bras tendu enroulé sur la latte de bambou, la paume de la main à plat lui imprimant sans effort un mouvement de haut en bas, utilisant la flexibilité du bambou pour en alléger la charge, chaque femme, chaque enfant passe, le regard absent sans nous voir, à petits pas pressés.
Admirable technique de lasiatique, à nulle autre pareille permettant à une épaule souvent frêle dun corps parfois squelettique, de déplacer des charges, également réparties de part et dautre du balancier, dun poids souvent supérieur à son propre poids.
A 10 heures, la 3e Compagnie, ralentie dans sa progression par de très nombreux canaux, aborde le pont. Simultanément la 1re Compagnie se déploie et avance sur Oc Thon. Le Capitaine Sauget sinstalle sur la piste avec deux sections en base de feux, flanquant les lisières Nord du village. Le Lieutenant Chiaramonti progresse en ligne avec les deux autres sections dans la rizière, précédées du groupe de partisans de la compagnie. Arrivé à cent mètres des lisières du village, le groupe sévanouit dans le riz en herbe.
Cest la sonnette dalarme.
De part et dautre de la piste, sur une cinquantaine de mètres, à lentrée du village une trentaine de couvercles sautent comme des bouchons de champagne. Un grand cri sort des poitrines des petits diables qui jaillissent des "trous bouteilles" où ils étaient tapis, invisibles aux yeux des plus aguerris. Une section de volontaires de la mort, larme à la hanche, se déploie en éventail en hurlant comme à la parade. Au même moment, des lisières du village, un feu nourri darmes automatiques déchire lair. Les deux sections de Chiaramonti disparaissent dans lherbe, pourtant pas très haute en cette saison. Le peloton de chars se lance dans la rizière et arrête à bout portant la contre-attaque sur la 1re Compagnie. Le Sous-Lieutenant de Pirey servant lui-même la mitrailleuse de son char de commandement, arrive à la hauteur du Lieutenant Chiaramonti, au moment où trois des commandos de la section dassaut viet convergent vers son char. A moins de vingt mètres il les fauche dune longue rafale. Lun deux; littéralement décapité; titube comme un homme ivre. Son corps ensanglanté, sans tête, emporté par son élan fait trois ou quatre pas, puis se désarticule telle une marionnette dont on aurait coupé les fils un à un, et seffondre, rougissant lherbe à peine jaunie de la rizière.
Spectacle irréel hallucinant
Le Sous-Lieutenant de Pirey, qui ne semble sêtre rendu compte de rien, arrose copieusement les lisières de ses tirs de canon et de mitrailleuses. Le Lieutenant Chiaramonti se ressaisit, cherche ses tirailleurs. Il se dirige vers le P.C. du Bataillon, à cent mètres en arrière, dans un petit hameau sur une butte. Les balles sifflent et sécrasent contre les murs avec un bruit mat. Il aperçoit le Capitaine Biard et le met rapidement au courant de la situation de ses sections. Le Capitaine Biard obtient du Capitaine Guillon le renforcement du Groupement Chiaramonti par la Section de Pionniers du Bataillon.
Appuyée par les chars, la 1re Compagnie remet en place son dispositif. Les tirailleurs, choqués, émergent un à un de la rizière. La compagnie se déploie à nouveau et pénètre vers 13 heures dans le village dOc Thon. La réaction V.M. est faible et le village est occupé en moins dune heure.
La C.L.S. poussant résolument vers les lisières Sud-Est du village prend sous son feu les V.M. qui ont reflué sous laction des chars qui accompagnent laction de la 1re Compagnie.
A quinze heures, la 3e Compagnie, qui continuait à être prise à partie par des éléments V.M. installés dans des paillotes de lautre coté du pont, réussit à les déloger et à établir une tête de pont de deux sections. De très nombreux mouvements V.M. sont signalés dans les villages du Sud. Lartillerie, nos mortiers, les mitrailleuses les prennent à partie dans laprès-midi.
En fin de journée, le Bataillon occupe Oc Thon, Tong Xuyen et le pont. Les unités remettent de lordre et sorganisent pour la nuit. Six prisonniers sont entre nos mains et une cinquantaine de morts sont dénombrés. Au Bataillon, on dénombre quatre morts onze blessés et deux disparus. La nuit est agitée. Des groupes V.M. circulent dans la rizière.
Les 7 et 8 octobre, les unités fouillent la rizière. De nombreux V.M. sont arrêtés, des armes récupérées ainsi que de nombreux documents.
Le bilan général de lopération "Mandarine" sélève à: 6 tués dont un officier, 14 blessés et 2 disparus du coté ami, une centaine de cadavres dénombrés dont 25 réguliers, environ 300 suspects arrêtés, dont une centaine ayant des fonctions V.M., du coté ennemi, un mortier de 50 mm, 8 fusils et un stock de mines, grenades, cartouches et équipements récupérés.
"Citron" et "Mandarine", fruits amers, pleins de "pépins" !
Après les fouilles et nettoyages des villages de la zone des combats, jusquau 13 octobre, le Bataillon part sur Tien Xa.
Arrivée au Bataillon le 14 octobre, des Lieutenants Dufossé (2e Compagnie), Antoine (4e Compagnie), du Sous-Lieutenant Fortabat (1re Compagnie).
Le 15 octobre, le Lieutenant André quitte la 4e Compagnie où il est remplacé par le Lieutenant Antoine. Le Lieutenant Bréchat prend le commandement de la 3e Compagnie, en remplacement du Lieutenant Ciancioni, également rapatriable. Ladieu au Tonkin des anciens et le baptême du feu des nouveaux ont été sévères.
Le 16 octobre, le Bataillon se regroupe au poste dAn Thi doù il était parti pour lopération "Citron". Il sagit, une nouvelle fois, de "grenouiller" dans cette zone où le 2/6 R.T.M. est violemment accroché devant Phu Man.
Nous apprenons que le Capitaine Laurier, commandant une compagnie de ce Bataillon, a été blessé dans laction. De la 1ère promotion des élèves-officiers de Cherchell, la promotion Weygand, il était déjà considéré à ce moment-là, comme lun des plus glorieux combattants de cette jeune génération dofficiers de lArmée dAfrique.
Le 4/7 R.T.A., de son coté. atteint Doan Dao, le 21 octobre pour y demeurer jusquau 23. Fouille du village, intervention de lartillerie et de laviation, la résistance viet étant acharnée, embuscades de nuit, 5 V.M. sont tués et 16 fait prisonniers.
La 2e Compagnie a 2 blessés.
Le 23 octobre, départ sur la B.O. du Capitaine Rieu-Boussu et des Lieutenants Buschiazzo et Ougier, rapatriables. Ils quittent le Bataillon le 1er novembre.
Le 24 octobre, le Bataillon fait mouvement sur Tao Khé et Phu Khé. Du 25 au 27, reconnaissances et raids sur Bang Bo. Arrivée dun nouveau renfort de sous-officiers et tirailleurs.
Le 28 octobre, raid de la C.L.S. et de la 4e Compagnie sur Dong Giap. La 4e Compagnie arrête ladjoint dun chef de section V.M., le 29, au cours de ce raid.
Le Lieutenant Lajouannie prend les consignes dO.R.
Le 31 octobre 1951, le Capitaine Guillon passe le commandement du Bataillon au Capitaine Biard et fait ses adieux. Il ne reste pratiquement plus danciens, exceptés le Capitaine Désert, volontaire pour prolonger son séjour, quelques sous-officiers et une poignée de tirailleurs arrivés en renfort au cours du séjour.
On citait le Bataillon Voinot, on citera, bientôt, le Bataillon Biard.
Deux mois dopérations tous azimuts
Le 2 novembre 1951, la 3e Compagnie ainsi que la 4e sinstallent à Bang Bo aux ordres du Capitaine Good, doù elles effectuent des raids dans la région et ceci jusquau 5 novembre. La C.L.S. sinstalle à Phu Khé et monte une embuscade de nuit avec la 2e Compagnie.
Le Capitaine Martelli part à Gia Lam prendre le commandement de la base arrière le 3 novembre.
Départ pour Ha Dong, le 5 novembre, qui deviendra le village "centre de repos" du Bataillon. Cest un très gros village, pratiquement abandonné par ses habitants pendant les courts séjours du Bataillon. Beaucoup de grandes paillotes confortables, quelques maisons en dur, une belle pagode et bien sûr des bambous, des mares, des aréquiers.
Chaque compagnie est chez elle dans ce village.
Situé à quelques kilomètres dHanoï et de la base arrière de Gia Lam cest un lieu privilégié pour de courtes périodes de repos. On se reçoit entre compagnies. Les cuisiniers et les "beps" des popotes se surpassent pour régaler les invités.
La 4e Compagnie a une sérieuse réputation pour la qualité de son canard à lorange et la fraîcheur de ses boissons. Une glacière portative, transportée par des coolies relayables, a été mise au point par lAdjudant de Compagnie Achaou et confiée à la garde du Tirailleur Tagane. Cet ensemble, partie intégrante de la section de commandement et du P.C., fait lobjet de soins attentifs et jaloux.
La 1re Compagnie, commandée par le Capitaine bourguignon Sauget est réputée pour la qualité de ses vins. La compagnie de supplétifs reste fidèle aux menus vietnamiens. Quant à la 2e et à la 3e Compagnie, elles nont pas encore trouvé leur "assiette", mais cela ne tardera pas.
Par contre, au P.C. du Bataillon, la cuisine est succulente.
Un coolie, jeune et distingué, baptisé Firmin, sert à table de façon parfaite. Le champagne a remplacé définitivement leffroyable mixture proposée par lIntendance. On ne dira jamais assez les prodiges dingéniosité et de dévouement dont a fait preuve pendant toute cette campagne, aussi bien au repos quen opérations, lAdjudant Scheubel, officier dapprovisionnement. Toutes nos commandes ont été honorées et livrées en temps voulu, même dans les moments les plus difficiles et parfois critiques.
Après 4 jours de repos et de remise en ordre, le Bataillon repart pour les Opérations "Tulipe", "Canard", "Calcaires" qui nous amènent dans la région de Cho Ben, région nouvelle à louest du Day, où se terminent les rizières, au pied de hauteurs culminant entre 300 et 400 mètres. Massifs calcaires, découpés en dents de scie, dun accès difficile et périlleux (photo n° 14). Des postes en béton, véritables casemates style ligne Maginot, quadrillent cette zone. Pour linstant, il sagit de donner de lair à cette région et de rallier de nouveaux villages qui semblent mal supporter la présence viêt minh. Ces opérations dureront du 10 novembre au 7 décembre 1951.
De villages en villages, de raids en raids au pied des calcaires, nous canalisons lexode dune nombreuse population qui fuit. Elle est évacuée à lEst du Day. Le génie complète, améliore ou renforce les points dappui.
Vers le 22 novembre, nous récupérons de nombreux suspects dont les ravitailleurs des compagnies régionales 38 et 40. La 4e Compagnie sinstalle dans le village abandonné de Chu Nam quelle transforme en P.A.
Le 24, nous apprenons quun P.A. tenu par une compagnie de marocains et une compagnie de Légion a été pris dans la nuit. Cette très mauvaise nouvelle stimule lorganisation du terrain, lamélioration des champs de tir, le renforcement des abris enterrés, la mise sous casemate de lA.N.G.R.C. 9 qui, compte tenu de léloignement, doit communiquer en graphie avec le P.C. Bataillon.
Le Lieutenant Jolibois, dit "Bois mignon" (D.L.O.) est détaché à la 4e Compagnie. Les tirs darrêt sont préparés, baptisés et prêts à être déclenchés.
Le 25, des barbelés, des piquets et des vivres sont largués par parachutes au profit de la 4e Compagnie. Il faudra de gros efforts pour récupérer et transporter tout ce matériel parfois profondément enfoncé dans la rizière inondée. Les tirailleurs rivalisent avec la section de supplétifs (anciens Viets pour la plupart) pour lorganisation du terrain. Sous le ciel tonkinois les emplacements réglementaires dorganisation du terrain de lArmée Française sinspirent de plus en plus du trou viet ou "trou bouteille". Il faut avouer quil a fait ses preuves.
Cette implantation en P.A. change nos habitudes de nomadisation offensive et nous le fait mieux apprécier.
Le 27 novembre, la 1re Compagnie accueille le Sous-Lieutenant Huetz, nouvellement affecté au Bataillon.
Le 30, le Commando Vandenberg est mis à la disposition du Bataillon. Dans la nuit du 1er au 2 décembre il doit passer à proximité de la 4e Compagnie pour effectuer une reconnaissance dans les calcaires. Ce commando formé par son chef a été recruté par lui-même uniquement parmi danciens Viets dont il a gardé la tenue noire et le casque de bambou tressé. Un dispositif didentification et de recueil est mis en place par la 4e Compagnie.
Vers minuit, Vandenberg prend un pot au P.C. pendant une courte pause de son commando dont il faudrait écrire lhistoire.
Avec une pareille unité tout est possible.
Le 6 décembre, au Sud-Ouest du village tenu par la 4e Compagnie, le Commando Vandenberg accroche une compagnie viet dans le village dAï Nang. Lartillerie appuie Vandenberg, le Morane règle les tirs et 30 V.M. sont tués.
Le 8 décembre, le 4/7 quitte le sous-secteur de Cho Ben pour dautres aventures.
Nous nous retrouvons le 9 décembre à proximité dHadong dans le village de Mai Linh en état dalerte. Il nest plus question daller au repos.
Le 10, départ pour Nam Dinh où le Bataillon sinstalle en bivouac sur lancien terrain daviation. Bivouac classique, guitounes alignées, mais les coolies construisent en une après-midi une paillote pour le capitaine, insigne du 7e dessiné sur le sol.
Le 11 décembre, le 2/1 R.T.A., autre bataillon du G.M. 1, rejoint Nam Dinh et sinstalle à côté du Bataillon. Le Lieutenant-Colonel de Castries, commandant le G.M. 1 inspecte le bivouac et participe au repas de Corps au restaurant Van Hoa.
Fête du Mouloud le 12 décembre, mais le P.C. du Bataillon avec la 1re Compagnie ainsi que la 2e, embarquent durgence pour dégager le poste de Yen Bai encerclé par un bataillon viet.
Laffaire se présente mal.
Accrochage au village de Yen Khoai, décrochage des deux compagnies avec lappui de 3 chars M 5. Le Caporal Demiche de la 1re Compagnie est tué, 2 tirailleurs blessés. Mitraillage par la chasse. Le méchoui sera tout de même pris à minuit.
Le 14 décembre, nouvelle opération de dégagement du poste de Yen Bai avec lappui de deux batteries de 105 et une batterie de 155.
Le poste est dégagé à 11 heures.
Les villages avoisinants sont fouillés, les blessés du poste sont évacués sur Nam Dinh 30 V.M. fraîchement enterrés, tués par les tirs dartillerie sont dénombrés. Visite de la Cotonnière de Nam Dinh dont la direction ouvre son club aux officiers du 4/7 R.T.A.
Inspection du Bataillon par le Colonel Sizaire, commandant la zone Sud, débarquant de Phat Diem, le 21 décembre.
Le 23, les 3e et 4e Compagnies aux ordre du Capitaine Good, effectuent une tournée de nettoyage des villages au Sud de Nam Dinh.
Après 14 jours de bivouac style "Armée dAfrique", le Bataillon quitte Nam Dinh pour Hanoï, en remontant le Fleuve Rouge. La "Royale" assure ce transport en L.C.T. La 4e Compagnie et le P.C. du bataillon font mouvement par la route coloniale n°1.
Le 24 décembre des G.M.C. amènent le bataillon en direction de Sontay. Ils sinstallent en alerte dans le village dAi Mo. Le Capitaine Good a reçu du Périgord quelques mets spécifiques que lon déguste à la popote pour le réveillon.
Noël de guerre... on ne veut pas trop y penser.
Le 30 décembre, le Bataillon est enlevé en camion et débarque à louest du village de My Khé. Un poste, dans le Ba Vi, à la cote 546, tenu par une compagnie de Légion, a été pris et occupé par les Viets. Il faut reprendre ce poste.
Le 31 décembre, la 4e Compagnie, renforcée par le commando et par un peloton blindé aux ordres du Sous-Lieutenant de Pirey, doit atteindre la cote 425, objectif intermédiaire, avant daborder la cote 546 occupée par les Viets.
Le paysage a totalement changé (photo n° 14 bis). Nous ne sommes plus dans la rizière mais dans un massif montagneux et très boisé, le Ba Vi, où une station daltitude culmine à 1281 mètres. Elle servait autrefois de lieu de villégiature. Ce massif domine la route provinciale n° 89 qui va de Bat Bat à Tu Vu, à lEst de la rivière Noire, entre Vietri et Hoa Binh.
Notre avancée sur la rivière Noire gêne les Viets.
Ils réagissent vigoureusement.
Le plafond est bas. Il pleut.
La progression sur un chemin unique, serpentant au milieu dun massif boisé difficilement pénétrable, est périlleuse. Peu ou pas dappui de feu. Seul un dispositif en échelon refusé, de part et dautre de la piste, offre un minimum de risques, et puis, en avant, on verra bien.
Mektoub !
Louïe et la vue aux aguets, la progression est vivement menée.
A quoi bon traîner ?
La cote 425 est atteinte. La 4e Compagnie sy installe en P.A. Elle est rejointe par le Colonel commandant le G.M.N.A. (qui mène lopération), le Colonel commandant le G.M. 7 (à qui appartenait la Compagnie qui occupait le poste de la cote 546) et le Capitaine Biard, commandant le 4/7 R.T.A., suivi des autres compagnies du Bataillon.
Le Capitaine Biard vient souper à la 4. Souper est un bien grand mot, mais il reste encore quelques boîtes de conserves périgourdines, savourées sous la pluie à labri dune guitoune. Ce sera notre réveillon.
Le lendemain 1er janvier, la 4e Compagnie progresse vers le poste. La piste est jonchée de débris divers, étuis, pansements ensanglantés, emballages vides de boîtes de rations ou de munitions, des sentiers nombreux et fraîchement foulés traversent perpendiculairement la piste.
Les Viets tiennent-ils toujours le poste ?
La section de supplétifs et la 4e Section, commandée par un Sergent-Chef, partent en reconnaissance, largement en tête de la 4e Compagnie. Très rapidement la liaison radio est perdue. Que fait donc la section ? Impossible de situer sa position. A-t-elle atteint les abords du poste ? Le poste est-il occupé ? Pourquoi ce vide ? Après avoir fulminé contre les transmissions qui ne marchent pas, contre la pluie qui empêche toute reconnaissance aérienne, contre cette végétation hostile, le Capitaine Good et le Lieutenant Antoine décident que la meilleure façon dêtre renseigné consiste à aller voir sur place.
En avant toute, avec le peloton blindé.
Nous arrivons sur la cote 564 en même temps que la 4e Section. Il ne fallait pas lui en vouloir; des mines entourent le poste dont le système de défense a été bouleversé par les tirs dartillerie et dont les créneaux de tir sont menaçants, mais sans armes.
Les Viets ont abandonné le poste.
Nous y pénétrons.
Sang, mort et désolation. Quelques légionnaires blessés, et laissés pour mort par les Viets, survivent sans soins et sans nourriture. De nombreux cadavres jonchent le sol. Un désordre indescriptible montre que les lieux ont été fouillés de fond en comble par les Viets qui ont éparpillé tout ce quils trouvaient et quils nont pu emporter.
Pas de cadavres Viets, ils ont été emmenés, ce qui explique les traces sanglantes sur les sentiers à travers les broussailles.
Le Tirailleur Senoussi, placé en embuscade arrête un Viet sans arme. Il sagit en réalité dun partisan de la Compagnie de Légion, tout de noir vêtu. Il revient vers le poste après sêtre enfui et caché. On le dirige sur le P.C. du Bataillon pour interrogatoire. Nous navons pas le temps de linterroger. Il y a plus urgent à faire. Disposer la compagnie en position défensive, repérer et signaler les mines, remettre en état les systèmes de défense, assurer la sûreté rapprochée par des patrouilles et des embuscades, évacuer durgence les blessés après des soins sommaires, transporter les cadavres, nettoyer le poste.
Tout doit être fait en même temps et sans délai.
Il y a du brouillard et la nuit sera vite arrivée. Compte tenu de la densité de la végétation et des renseignements obtenus, une contre-attaque viet peut intervenir dès cette nuit.
Le hasard fit que près de trois ans plus tard, le Capitaine Chiaramonti, commandant une Compagnie du 13e R.T.A., successeur du 7e R.T.A. à Coblence rencontra fréquemment au mess interalliés de cette garnison, en zone doccupation française en Allemagne, un capitaine de Légion, toujours en civil, portant rosette à la boutonnière. Ce capitaine, chef de zone, chargé du recrutement pour la Légion, venait régulièrement au mess, accompagné dun adjudant-chef de Légion, toujours en civil, comme lui, chef de son antenne à Coblence.
Le capitaine avait souvent des maux de tête.
Chiaramonti demanda un jour à Iadjudant-chef les raisons des fréquents malaises de son capitaine. Cest alors que celui-ci lui fit le récit de lattaque du poste que commandait le Lieutenant Zahm, la veille de la Saint Sylvestre 1951, en Indochine. Submergé par un bataillon viet, alors que sa compagnie préparait le réveillon du lendemain soir, suivant la coutume chère aux légionnaires, le poste fut rapidement investi. Ses légionnaires, malgré une défense opiniâtre se terminant à larme blanche, vaincus par le nombre, furent tous massacrés et lui-même, blessé, fut achevé dune balle à la tête. Le Capitaine Zahm ayant demandé à son collaborateur de ne jamais en parler, Chiaramonti, mis dans la confidence, nen fit jamais allusion. Cest ainsi que lun des "cadavres" de légionnaires évacués par la Compagnie du Capitaine Good le 1er janvier 1952, était-il celui de cet officier de Légion, ce mort-vivant que Chiaramonti rencontrait souvent au mess de Coblence.
Le Capitaine Biard rejoint la 4e Compagnie.
Avec le Capitaine Good ils font un "tour dhorizon" que le brouillard rend extérieurement difficile. Ils vont voir les sections qui sactivent et sinstallent en P.A. autour du bâtiment central du poste.
Vers 14 heures, le Capitaine Biard, le Capitaine Good et le Lieutenant Antoine, commandant la 3e Section, se réfugient dans la pièce centrale du poste. On va essayer dy faire du feu pour une boisson chaude. Malgré toute lexpérience bien connue des tirailleurs pour faire du feu nimporte où et par tous les temps, la cheminée du poste ne tire pas et enfume les pièces quil faut quitter en larmoyant, en toussant et en suffocant. Cest à ce moment-là que Antoine aperçoit entre ses larmes et sortant du brouillard, quelques coolies lourdement chargés se dirigeant cahin-caha vers le poste.
- Quest-ce que cest que ce bordel ? sexclame Antoine.
- Cest mon P.C., Antoine, laisse tomber Biard.
Carte et boussole en main, Good et Antoine essayent de déterminer les champs de tir pour un meilleur rendement des armes automatiques:
- Daprès la carte, je pense quune mitrailleuse placée ici aurait un excellent champ de tir et pourrait flanc-garder la 3e Section. Quen pensez-vous Antoine ?
- Daccord mon Capitaine.
Mauvaise nuit, dans ce décor de désolation, que celle du 1er au 2 janvier 1952 ! 0n ne peut pas faire de feu, il fait froid, il pleut et la nourriture apportée par lordonnance ne passe pas.
Le lendemain, il ny a plus de brouillard, mais il y a un rocher dau moins 5 m3 dans laxe de tir et à 20 mètres de la mitrailleuse ! Le Bataillon sarticule en deux P.A.:
- la cote 564, avec la 4e Compagnie, le P.C. du Bataillon et la 3e Compagnie dont le Lieutenant Chiaramonti a pris le commandement le 1er janvier, en remplacement du Lieutenant Bréchat;
- la cote 425, tenue par les 1re et 2e Compagnie, bientôt renforcées par une batterie de 105 du 64e R.A.
Le P.A. de la cote 425 est sérieusement tâté par les Viets le 3 janvier à 21 heures. Ils sont donc bien encore dans les parages. Les travaux dorganisation du terrain se poursuivent, ouverture de route, reconnaissances lointaines...
Le Bataillon, tout en conservant la responsabilité des P.A. 564 et 425, participe, dès le 4 janvier, à lOpération "Nénuphar", la mal nommée puisquelle nous fait "crapahuter" dans le Battrai, terrain sec recouvert dherbe à éléphant de 1 à 2 mètres de haut (photo n° 15).
Le 8 janvier, cest lOpération "Violette", le décrochage des P.A. 564 et 425, et la rencontre avec un groupe V.M. qui a deux blessés. Un mousqueton est récupéré.
Le Bataillon fait mouvement sur Aï Mo le 9 janvier où il sinstalle en cantonnement pour deux jours, la journée du 11 étant consacrée à la vaccination de tout leffectif. Le G.M.1 ne va ni sattarder, ni sencroûter dans le Ba Vi.
Lépopée de la R.C. 6 et de Hoa Binh va commencer.
Année 1952
Mort du Général de Lattre de Tassigny
Le programme du Général de Lattre pour la fin de lannée 1951 et le début de lannée 1952 était le suivant :
"Trois extensions successives qui exigent au total huit bataillons pour être solidement tenues mais permettront le recrutement aisé de bonnes unités supplétives et, par voie de conséquence, la récupération dans un délai de cinq mois, de deux ou trois de ces huit bataillons. La première extension vient de sopérer par la conquête de la trouée de Cho Ben qui constituait pour le Viêt minh, en même temps quun poste dobservation sur le delta, une base de départ et une importante voie de communication. La R.P. 21 était une rocade très bien abritée par la muraille calcaire; elle est maintenant en partie entre nos mains. La seconde extension, réalisée en moins dune journée le 14 novembre, est représentée par le triangle Trung Ha, Hoa Binh, Xuan Mai et comporte donc le contrôle de la basse Rivière Noire et celui de la R.C. 6. Son intérêt majeur est dordre stratégique. Il vise, par loccupation de Hoa Binh, à priver le Viêt minh de sa meilleure liaison terrestre entre Viet Bac et le reste de lIndochine. Seul le contrôle de Hoa Binh (évacué par nos troupes il y a un an) avait permis au Viêt minh de manoeuvrer ses divisions, de ravitailler en riz et en sel le Viet Bac, darmer les unités de lAnnam..."
Le Général de Lattre, gravement malade, assume sa mission jusquau 18 décembre 1951, date à laquelle il est hospitalisé, un an jour pour jour après le "rendez-vous dHanoï".
Depuis le 14 novembre loccupation de Hoa Binh, le contrôle de la basse rivière Noire et celui de la R.C. 6 savèrent tous les mois de plus en plus difficile. La R.C. 6 devient de moins en moins sure. A Hoa Binh, les unités doivent être ravitaillées par voie aérienne et par des parachutages. La R.C. 6 relie Hanoï à Cho Bo, en haute région, en passant par Hoa Binh. Route coloniale très carrossable, elle serpente entre le massif Vien Nam (1031 mètres) au Nord et le Xna (588 mètres) au Sud, où la rivière Boï (affluent du Day) prend sa source. A partir de Luong Son, la forêt borde cette route qui franchit le col de Ken (à mi-distance entre Xuan Maï et Hoa Binh) (photo n° 16).
Quelques rizières de très faible superficie donnent par-ci par-là quelques dégagements le long de cette route inhospitalière.
Lannée débute sur un coup de tonnerre. Le Général de Lattre meurt le 11 janvier 1952, terrassé par lépuisement et la maladie. Après lespoir, cest la consternation qui se change en détermination. Détermination de poursuivre la mission, selon le cap fixé par celui qui nest plus, et faire ainsi mentir notre adversaire qui jubile et ne manque pas dans sa propagande dinterpréter comme un signe favorable du ciel la disparition de notre chef à laube dune année quil espère décisive.
Ce nest que plus tard que nous prendrons connaissance de lordre du jour du Ministre de la Défense :
"Un héros est mort. Le Général de Lattre de Tassigny aura tout donné à la patrie: ses victoires, son fils et sa vie. Il laisse au pays sa gloire, à larmée son exemple. Vous vous souviendrez quil fut grand parce quil savait servir, quil sut commander parce quil savait aimer, quil sut vaincre parce quil savait oser".
La R.C. 6 et Hoa Binh - janvier - février 1952
Après les sombres péripéties du Ba Vi, le bataillon avait quitté sans regret les cotes 564 et 425. Le brouillard sétant enfin levé, nous avions pu admirer le somptueux panorama qui sétendait à nos pieds jusquà la rivière Noire. Le repos à Aï Mo fut de courte durée.
Le 12 janvier, les G.M.C. du Train viennent nous chercher. Nous embarquons, direction la R.C. 6. Malgré létat de la piste, à peine empierrée, le convoi roule normalement. Le camion sur lequel a pris place le Lieutenant Antoine de la 4e Compagnie donne des signes de faiblesse. Le conducteur marocain range son véhicule sur le bord du fossé alors que le reste du convoi double allègrement. Pas de doute, comme toujours, "cest la bogie, ou alors la boubine !". Après quelques manipulations malhabiles et des jurons qui sont peut-être en la circonstance, incantatoires, le miracle se produit et le camion condescend à repartir.
Mais le convoi est loin et à la première "patte doie", perplexité ! Sur les deux pistes scrutées avec intensité, nulle poussière, au loin, ne poudroie, qui pourrait indiquer la direction prise par le Bataillon. Ams, stram, gram... on prend celle de droite.
Après quelques kilomètres, elle a le bon goût de devenir si torturée, si cahotante et si herbue, quil devient évident que lon sest fourvoyé.
Retour au carrefour.
Piste de gauche.
Après une demi-heure de route, le Lieutenant Antoine retrouve le Bataillon déjà en train de monter les guitounes. Il saute à terre sous lil narquois du Capitaine Biard, Commandant du Bataillon, qui murmure quelque chose où il est question des jeunes officiers qui confondent la carte du Delta avec le plan du métro et qui iraient ainsi, aussi bien chez les Viets !...
Le Bataillon sinstalle en bivouac au carrefour de la R.C. 6 (Hanoï - Hoa Binh) et de la R.P. 24 (Sontay - Cho Ben). De magnifiques pancartes flèchent ces quatre sections. Nous sommes à proximité du poste de Xuan Maï, près du terrain daviation. Depuis la mi novembre 1951, une opération éclair a été menée sur Hoa Binh, en territoire Muong, carrefour important, sous le contrôle du Viêt minh depuis un an. Cest laxe principal de liaison des unités Viets avec lAnnam et lune des plaques tournantes de la moyenne région, deuxième objectif du Général de Lattre dans son plan en trois extensions.
Actuellement, la R.C. 6, qui serpente entre deux rangées de pitons sur près de 50 kilomètres, de la trouée de Cho Ben à la limite du delta Tonkinois jusquà la rivière Noire, où se trouve la cuvette de Hoa Binh, est sans cesse coupée par les Viets. Le G.M. 3 du Colonel Vanuxem, constitué de Bataillons Muong a été renforcé par le G.M. 8 du Colonel Clément, constitué de la 13e D.B.L.E. et surtout du valeureux Colonel Ducournau, parachuté sur Hoa Binh pour dynamiser ses unités devenues des groupes "immobiles" et coordonner les actions du commandement un peu "flottant".
Les deux groupes mobiles sont encerclés par des Régiments Viets et leur ravitaillement savère de jour en jour plus difficile. Il ne peut être question de sen remettre aux seuls parachutages pour lassurer. Cest donc dans le but de ravitailler par voie de terre ces bataillons et dassurer la protection de ce cordon ombilical que constitue la R.C. 6 de Cho Ben à Hoa Binh, que lopération douverture de cette voie est déclenchée Il faut ouvrir la R.C. 6, ravitailler nos troupes encerclées à Hoa Binh et récupérer notamment le très important stock de parachutes immobilisé.
Ouvrir la R.C. 6, cest sopposer à la volonté farouche des Viets qui encerclent Hoa Binh et veulent réduire sa garnison. Ils veulent triompher sur la R.C. 6 comme ils triomphèrent sur la R.C. 4, dont les noms de Cao Bang, Dong Khé, That Ké, Langson sont encore présents dans toutes les mémoires. Mais cest sous-estimer le sens manoeuvrier du Général de Linarès, commandant le Tonkin, la volonté farouche des unités dappliquer la devise du Général de Lattre "ne pas subir", la valeur et les rivalités dunités commandées par des chefs tels que le Colonel Gilles, adjoint opérationnel du Général commandant les F.T.N.V., patron des paras, les Colonels de Castries (G.M. 1), Vanuxem (G.M. 3), appelés les "Colonels darmée" du Général de Lattre, et les Chefs de Bataillon de ces corps délite, parachutistes, légionnaires, tirailleurs nord-africain et Muong.
Les jours qui suivent sont consacrés aux travaux de débroussaillement, aux reconnaissances et ouvertures de route dont il est prudent de varier à chaque fois lheure, le sens, la formation, le volume, pour ne pas permettre à ladversaire de déceler le moindre indice de routine. Les interventions sont fréquentes pour dégager des unités du Bataillon ou du G.M. 1 patrouillant aux abords de la R C. 6.
Le 13 janvier, les unités du Bataillon sinstallent et commencent à débroussailler les abords de la route.
Dès le 14, des patrouilles vont reconnaître les premiers villages de la moyenne région, Dong Sam et Nhuan Trach. A midi, la 2e Compagnie, (Lieutenant Jarrige) et la 4e Compagnie (Capitaine Good), aux ordres du Capitaine Rousseau, Capitaine Adjudant-Major du Bataillon, sont envoyés au village de Dong Thui où des patrouilles du 2/6 R.T.M. sont fortement accrochées. Deux sections de la 4e Compagnie sont prises à partie dans le village mais parviennent à décrocher.
Elles subissent toutefois des pertes.
Le Caporal-Chef Barillet, fraîchement arrivé à la Compagnie est tué, ainsi quun tirailleur et deux autres tirailleurs sont blessés. Le village semble occupé par un important élément Viet. Après les manoeuvres classiques dapproches et de débarquement, lartillerie et laviation interviennent massivement.
Après ce matraquage, le groupe de partisans de la 2e Compagnie pénètre dans le village mais il est encore accroché par des îlots de résistance Viêt minh.
Les deux Compagnies reçoivent lordre de décrocher en fin de journée et reprennent leurs emplacements sur la base de départ de lopération.
Opération qui est reprise le lendemain 15 janvier.
Tout le Bataillon y participe.
La 3e Compagnie (Lieutenant Chiaramonti) réussit, par une manuvre particulièrement difficile, à déborder et à anéantir des éléments viets placés "en sonnette" et pénètre la première dans le village, faisant des prisonniers et récupérant les corps du caporal-chef et du tirailleur tués la veille.
Un des blessés V.M. prisonnier est aussitôt interrogé.
Il déclare faire parti du Régiment 57 dont 3 Compagnies ont participé à lembuscade de la veille. De nombreuses tombes fraîches témoignent de lampleur des pertes ennemies. Des armes sont récupérées et des lignes téléphoniques détruites prouvent que loccupation du territoire par les Viets nétait pas toute récente.
Le 17 janvier, ce sont la 1re Compagnie (Capitaine Sauget) et la 2e Compagnie qui sont mises en état dalerte pour dégager une section du 2/6 R.T.M. tombée dans une embuscade au village de Doi Mau alors quelle effectuait sa jonction avec louverture de route du poste voisin. Cette intervention rapide leur a permis de récupérer le Lieutenant Sicard, lun des rares rescapés et de ramener les cadavres de deux tirailleurs marocains, après un bref accrochage.
La 3e Compagnie est placée en embuscade au pont 4 et la 4e Compagnie occupe un piton quelle aménage en point dappui. Le Lieutenant Lepesant, Chef de poste du 2/6 R.T.M., fait prisonnier par les Viets la veille, sévade dans la nuit et rejoint notre ouverture de route. Cet officier "sportif" et courageux est, le lendemain, de passage au Bataillon.
Le 15 janvier, 1a 1re Compagnie est tâtée par les Viets.
Du 20 au 26 janvier: ouverture de route. Il faut pour cela reconnaître litinéraire et ses abords, pour déminer si nécessaire et déceler déventuelles embuscades. Cest une opération qui demande en général la matinée. Elle est menée par chaque Compagnie entre les différents P.A. qui jalonnent et dominent la R.C.6.
Le 21 janvier, un coolie de la 4e Compagnie saute sur une mine; litinéraire a été abondamment miné la nuit précédente par les Viets. La 4e Compagnie stoppe sa progression, déborde largement litinéraire et se met en garde pour protéger le déminage. Le Capitaine Good rend compte au Capitaine Rousseau qui commande cette ouverture de route.
A la question : "Que fait-on ?" La réponse arrive par radio : "Faites gaffe".
La route a pu être ouverte et nous voyons passer à toute allure un convoi de camions qui ramène les parachutes de Hoa Binh vers Hanoï. Mais la route est à nouveau coupée et une opération de dégagement menée par la Légion et les paras échoue.
Les Viets ont vraiment mis le paquet.
Ils veulent absolument isoler Hoa Binh.
Lavance, de part et dautre de la R.C. 6 est méthodique de piton en piton. Le débroussaillement des P.A. et des abords de la R.C. 6 est systématique, ce qui donne aux P.A. lallure de monts chauves émergeant de la forêt. Mais le moment est venu de nous enfoncer plus avant sur la mystérieuse R.C. 6.
Cest chose faite le 27 janvier, jour de la fête du Têt. Les partisans, P.l.M. et coolies reçoivent des victuailles pour fêter suivant leur coutume ce jour sacré chez les bouddhistes.
Départ à 16 heures.
En raison de la fête du Têt, la C.L.S. est restée à Xuan Mai et rejoindra le lendemain. La route de Hoa Binh a déjà ses tragédies et son histoire. Depuis plusieurs semaines elle est le théâtre dembuscades, de harcèlements, de destructions et dexplosions de mines. Aussi, franchissons-nous le col de Kembs, lieu de bien des traquenards, le doigt sur la détente, le regard cherchant à percer le secret des broussailles, prêts à réagir à la première rafale. Notre terminus est Ao Trach.
Dominée de toutes parts, la cuvette est un magnifique réceptacle pour tout ce qui peut jaillir des hauteurs environnantes. Mais, si les Viets ne se font pas faute de déverser de temps en temps quelques obus de mortiers, il y a un impressionnant rassemblement dartillerie capable de leur rendre avec force intérêt, la monnaie de leur pièce. Un monde fou ! Des P.C., à commencer par celui du Colonel Gilles (commandant opérationnel), une antenne chirurgicale, des unités de toutes armes, une piste denvol, les artilleurs déjà cités et puis nous, maintenant. Une "population" aussi dense justifie la réflexion dun capitaine de notre groupe mobile : "Le moindre obus qui tombe ici nous met en lair cinq colonels sans que lon saperçoive seulement de leur disparition".
Le Bataillon sinstalle en bivouac en bordure de la cuvette, dès son arrivée. Nous comprenons vite que, là comme ailleurs, il faut senterrer un tant soit peu. Si parfois, les tirailleurs nen voient pas la nécessité les premiers obus de mortiers leur donnent une recrudescence dardeur dans le maniement de la pelle-pioche portative. Mais tout ce monde et cette agitation ont un sens que nous saisissons vite. La garnison de Hoa Binh est coupée du reste du Tonkin. Toutes les tentatives pour ouvrir la route ont tourné court. Même si lagressivité des troupes engagées à parfois permis douvrir une brèche, elle ne fut jamais que de trop brève durée. Il fallait donc reprendre autrement lopération avec dautres moyens. Il était, en effet, vital de "pousser" sur Hoa Binh des matériels indispensables au soutien et à lappui de la garnison, autant quà évacuer les blessés et les malades. Enfin, on chuchotait déjà quil allait falloir évacuer Hoa Binh, et cela ne pouvait se faire que le long dune R.C. 6 surveillée, gardée et à peu près sûre.
Le Colonel de Castries, commandant le G.M. 1 (appelé encore le G.M.N.A. par tous les participants), revendique alors le privilège de conduire cette action. Après léchec des légionnaires et des parachutistes, il veut montrer ce dont ses tirailleurs sont capables.
Lopération est déclenchée le 29 janvier.
Dans le dispositif densemble, le Bataillon a pour mission de semparer du piton du Ba Xet et à un kilomètre au Nord de la R.C. 6 quil domine de loin, afin de couvrir le 2/1 R.T.A. qui opère dans la vallée le long de la route (voir croquis n° 1). Ce piton sert surtout de point dappui et de zone de refuge doù partent les incursions des Viets sur la R.C. 6. Si on veut ouvrir la R.C. 6, il faut semparer du Ba Xet. Cest au 4/7 quen revient donc lhonneur. Laction est menée par le Capitaine Biard. Seule la 1re Compagnie reste en réserve du groupe mobile. La 4e Compagnie, en arrière-garde du Bataillon, est en réserve de celui-ci, en couverture et en position de recueil entre la R.C. 6 et le Ba Xet. Cest la 3e Compagnie (Lieutenant Chiaramonti) qui, en tête du Bataillon, doit prendre pied la première sur le Ba Xet.
Après un violent accrochage, la 3e Compagnie parvient à saccrocher à la hauteur boisée et broussailleuse où elle entreprend aussitot dy voir clair en poussant des reconnaissances sur la contre-pente.
La C.B. et la moitié de la 2e Compagnie (Lieutenant Varrige) sont violemment contre-attaquées en voulant rejoindre la 3e Compagnie sur le piton. Le Lieutenant Lajouanie, Officier de Renseignement du Bataillon, est grièvement blessé.
La Chasse et les B. 26 interviennent.
Après sêtre emparé du piton du Ba Xet, le Lieutenant Chiaramonti lance à plusieurs reprises sa compagnie à la grenade et au P.M. sur les éléments Viets qui cherchent à sinfiltrer et repousse tous leurs assauts.
En fin daprès-midi, le Capitaine Biard le rejoint sur la zone de contact, accompagné du Capitaine Good, commandant la 4e Compagnie, en couverture et recueil, pour juger de la situation. Il arrive au sommet au moment où quelques tirailleurs de la 3e Compagnie, cédant à la pression Viet, refluent vers le P.C. de la Compagnie (poste de commandement très réduit, composé du Lieutenant Chiaramonti, de son radio et son ordonnance garde du corps). Le Lieutenant Chiaramonti voyant une partie de son dispositif rompu, furieux et vexé, reconduit larme au poing ses tirailleurs aux avant-postes sur la contre-pente, en leur administrant quelques coups de pied "judicieusement" placés et en vociférant quelques jurons en arabe.
La position est à nouveau solidement tenue, mais les Viets cherchent toujours à sinfiltrer par tous les moyens. Terrés dans la contre-pente, ils se lancent à nouveau à lattaque et tentent lencerclement du Bataillon.
La lutte est intense.
Lartillerie intervient au plus près des unités au contact.
Laviation le fait dans des conditions de visibilité et de sécurité précaires en raison de limbrication des unités adverses.
Pendant tout ce temps. la 4e Compagnie (Capitaine Good), qui ne participe pas à laction principale, a limpression dêtre survolée par un essaim dabeilles. Les balles sifflent dans tous les azimuts Il y a des balles viets et des balles des Compagnies du Ba Xet.
Ordre est enfin donné à la 4" Compagnie de se rapprocher au plus près pour participer "de lextérieur" à la rupture de létau que les Viets resserrent. Finalement, le combat tourne à notre avantage, grâce à lintervention massive de nos appuis feu, conjugaison des tirs dartillerie et daviation, qui déversent par vagues successives. leurs bombes des B 26, au plus près du Ba Xet. guidés par les grenades fumigènes dun Morane.
La 4e Compagnie reçoit alors lordre dassurer le recueil le long de la seule sente qui puisse permettre lévacuation des blessés. Elle se trouve sur la face Sud du Ba Xet et cela rend la position délicate entre les feux croisés venant du sommet et ceux de la vallée où le 2/1 R.T.A. est, lui aussi, aux prises avec lennemi que la 4e Compagnie peut de sa position prendre à partie, de flanc, mais dun peu trop loin.
Tout passe au-dessus delle, mais aussi à travers elle.
Ainsi, au moment précis où le Lieutenant Lajouanie, blessé mais conscient, passe, porté sur un brancard, deux tirailleurs sécroulent, touchés. Lun deux, tireur au F.M. tient encore son arme chaude dune main et porte lautre, qui rougit aussitôt de son sang, à son il éclaté.
La pression viet se fait de plus en plus forte quand lordre de repli arrive.
Il est 19 heures.
A la nuit tombée, après le passage calme et ordonné du Bataillon, la 4e Compagnie se replie et ferme la marche jusquà Ao Trach. Mission accomplie, Hoa Binh a été ravitaillée. Létau viet se referme, comme chaque soir sur le camp retranché. Le G.M. 1 a réussi là où les paras et la Légion avaient échoué. Le 4/7 R.T.A. a perdu 1 tué et a eu 21 blessés. Mais la R.C. 6 a été ouverte ce 29 janvier 1952.
Cest aussi le jour que Dieu choisi pour apprendre au Capitaine Biard la mort de son frère, lieutenant à la Légion Étrangère, commandant une section à quelques dizaines de kilomètres de là, sur lun des pitons du massif calcaire qui dominent le delta à lentrée de la R.C. 6.
A peine arrivé sur la R.C. 6, au pied du Ba Xet, cette terrible nouvelle circule de section en section. Éprouvés par les durs combats de la journée, cadres et tirailleurs font bloc autour de leur chef. Leur moral est atteint et cest dans un silence quasi-religieux que chacun rejoint son emplacement.
Le lendemain, 30 janvier à 8 heures, le Chef de Bataillon et tous les officiers rendent visite au Lieutenant Lajouanie à lantenne médicale, avant son évacuation sur Hanoï par Morane .
Le Capitaine Biard se rend à Hanoï pour les obsèques de son frère. Force de caractère de notre Chef, face à ladversité. De retour des obsèques, il nous conduit dans les autres aventures de la R.C. 6 avec la même détermination, avec la même apparente sérénité. Oui, la R.C. 6 a été ouverte. Mais les Viets sont toujours là, déterminés à la verrouiller à nouveau. Nous le sommes tout autant pour maintenir la voie libre. Cest pourquoi les jours qui suivent font lobjet de nombreux accrochages, dembuscades au cours des ouvertures de route, de reconnaissances et de travaux de débroussaillement.
Ce même jour, 30 janvier, la 1re Compagnie restée sur le calcaire depuis la veille avec le groupement du Capitaine Rouquette Capitaine-Adjudant Major du 2/6 R.T.M., composé de deux compagnies de ce Bataillon, est fortement accroché. Son chef, le Capitaine Sauget est grièvement blessé; puis évacué par Morane sur Hanoï.
Cest un nouveau choc pour le Lieutenant Chiaramonti qui voit partir son vieux compagnon darmes. Ils avaient combattu dans la même compagnie au 6e R.T.M. depuis lItalie, du Garigliano aux Vosges, de la ligne "Gustav" à la ligne "Hitler". Chiaramonti blessé aux Hauts du Faing, avait été évacué sur un mulet avec cacolet le 22 octobre 1944, mais avait pu reprendre le combat un mois plus tard, dans une autre compagnie du régiment.
Cette fois, la séparation est définitive.
La blessure de Sauget est trop grave. Il restera fortement handicapé.
Au revoir, compagnon !
Le 31 janvier, la 3e Compagnie relève la 1re Compagnie sur les deux pitons protégeant Ao Trach, en renfort du P.A. attaqué durant la nuit.
Ce même jour à midi, une opération est montée par deux compagnies du Bataillon aux ordres du Capitaine Rousseau, sur le village de Dong Ben. Très vite il savère que le village est fortement tenu par les Viets. Lartillerie pilonne lobjectif, suivie par un bombing de 9 B.26. Nos deux compagnies sont en base de feu et en recueil sur la R.C. 6, avec le peloton de chars M 5 du groupe mobile, le 2/1 R.T.A. étant chargé de lopération proprement dite. Il faudra engager tout ce Bataillon pour semparer du village. Des tirs de mortiers V.M. tombent sur la route. Notre artillerie riposte et neutralise les mortiers adverses. A 18 heures, les unités décrochent, la 3e Compagnie restant sur les deux pitons dominant et protégeant Ao Trach.
Le 1er février, débroussaillement des abords de la R.C. 6 et ouverture de route reprennent. A 15 heures, le Capitaine Biard est de retour dHanoï et nous apprend la mort du Lieutenant Lajouanie décédé dans la nuit. Sa disparition est durement ressentie au Bataillon.
Le 2 février, même scénario.
Le Lieutenant Dosimont commandant la Compagnie Légère de Supplétifs est muté du Bataillon. Nouvelles satisfaisantes du Capitaine Sauget. Obsèques du Lieutenant Lajouanie.
Jusquau 15 février se poursuit le travail de routine (débroussaillement, ouvertures de route), sans incident notable. Chaque jour des cadavres V.M. sont découverts aux abords de la route, des armes et des documents sont récupérés.
Le 6 février arrive au Bataillon le Lieutenant Lefin qui prend le commandement de la 1re Compagnie remplaçant le Capitaine Sauget. Cest un jeune officier qui sest particulièrement distingué sur les théâtres dopérations européens de 1943 à 1945. Issu de la première promotion des élèves-officiers de Médiouna (cette promotion, la promotion Weygand - 1942-1943 - est la seule qui se soit déroulée en même temps à Cherchell et à Médiouna, au Maroc, sous le commandement commun du Colonel Callies). Médaillé militaire comme Aspirant en Italie, Légion dHonneur comme Sous-Lieutenant à la fin des hostilités, il arbore quatre palmes à sa croix de guerre. Il est avec Laurier lun des jeunes officiers les plus en vue de lArmée dAfrique.
Une pénible affaire dans un camp de prisonniers allemands lavait contraint de quitter larmée en 1946. Il y revenait comme O.R.S.A., volontaire pour lIndochine. Cest un garçon bouillant de vie, à la carrure de catcheur. Il est présenté aux autres commandants de compagnie et aux officiers par le Chef de Bataillon, en fin de journée, au retour des unités sur Ao Trach. Le contact est établi demblée. Lefin est direct, simple et chaleureux. Il inspire le respect et lamitié.
Les plus hautes autorités suivent de près les opérations de la R.C. 6 et le 9 février Monsieur Letourneau, Ministre des États associés, visite le "camp retranché" dAo Trach et prend contact avec les chefs responsables des opérations. Le Général Salan, commandant en chef depuis la disparition du Général de Lattre et le Général de Linarès, notre "patron" au Tonkin, laccompagnent ainsi que le Président du Conseil Vietnamien, Monsieur Tran Van Huu.
Le Ministre procède à une remise de décoration.
En fin de journée, vers 18 heures alors que toutes les autorités avaient quitté les lieux par la voie des airs, depuis quelques minutes à peine, des obus de mortiers V.M. sabattent sur le camp et plus particulièrement sur les emplacements de notre Bataillon. Le Lieutenant Jarrige commandant la 2e Compagnie et le Lieutenant Dufossé de la même compagnie, sont blessés et évacués sur lantenne chirurgicale. Un tirailleur est tué et six tirailleurs blessés, deux à la 2e Compagnie et quatre à la 4e Compagnie. Lartillerie intervient et le calme revient vers 19 h 30.
Les blessés sont évacués sur Hanoï le lendemain matin.
Le Lieutenant Antoine est détaché de la 4e Compagnie pour assurer provisoirement le commandement de la 2e Compagnie.
Tous les soirs, les unités du 4/7 R.T.A. se regroupent dans la cuvette dAo Trach où le Colonel Gilles fait la connaissance du Bataillon. Nous apprenons la version militaire du poème de Prévert "ceux qui copieusement..." Il sintitule "ceux qui sont, parce quil y a des cédilles". Ce poème sera très vite célèbre dans tout le corps expéditionnaire. Il a pour auteur un officier de lÉtat-major du Colonel Gilles.
En voici le texte:
Ceux qui volontaires
Ceux qui doffice
Ceux qui campagne simple aux T.O.A. en attendant que ça se passe
Ceux qui traquent
Ceux qui détraquent
Ceux qui half-track
Ceux qui pitonnent
Ceux qui bétonnent
Ceux qui déconnent
Ceux qui ouvrent la route et qui ont juste le droit de la fermer
Ceux qui lancre au calot
Ceux qui lencre au stylo
Ceux qui donnent les ordres
Ceux qui les transmettent en les améliorant
Ceux qui demandent comment les exécuter
Ceux qui se disent quon est commandé par des c... sans se rendre compte quils pourraient faire partie du Haut Commandement
Ceux qui cravate verte
Ceux qui cravate noire
Ceux qui aimeraient en avoir de la couleur de leur burnous
Ceux qui nont pas besoin de couleur pour cravater
Ceux qui prennent des armes à lennemi
Ceux qui plutôt font les prises darmes entre eux
Ceux qui au Régiment
Ceux qui à la Brigade
Ceux qui à la Division
Ceux qui au C.A.
Ceux qui à lArmée
Ceux qui à lassaut et qui nont rien parce quils se trouvent tout seuls
Ceux qui meurent en héros modestes
Ceux qui ne sont ni héros ni modestes mais qui ne meurent pas
Ceux qui parapluie... on
Ceux qui en avant vous autres
Ceux qui tirent sur tout ce quils voient
Ceux qui surtout tirent avant de voir
Ceux qui ont compris et se couchent en voyant arriver la Marine
Ceux qui se planquent même là où la Marine ne vient pas
Ceux qui chinoisent
Ceux qui vietnamiennent
Ceux qui vénériennent
Ceux qui plieuses de parachutes pour avoir la solde à lair
Ceux qui amours masculines ancillaires
Tous ceux-là et beaucoup dautres qui nosaient plus comme autrefois crier "Mort aux c..." de peur de se retrouver tous sur les diguettes de la vie éternelle avaient tout de même fini par se mettre daccord et par retrouver le sourire et un air indulgent en contemplant de grands diables tout noirs avec des dents très blanches encadrés de capitaines ventrus et doublement hameçonnés et la devise de tous à ce spectacle réconfortant était désormais :"Dans le béton les plus c..."
Un soir à la tombée de la nuit, nous sommes très intrigués par de violents tirs darmes automatiques et de grenades. Cela se situe à proximité dAo Trach, au pied dun piton tenu par la Légion. Laction semble se dérouler autour de véhicules arrêtés au pied du piton. Le lendemain, nous apprenons de la bouche de son Chef de Bataillon, le Commandant Fuhrman, que la roulante apportant des vivres chauds a été attaquée par les Viets, au moment où elle atteignait le P.A. La roulante a été vivement dégagée par les légionnaires au cri de "Schwein kopf !", dautant plus rapidement que le Bataillon navait pas eu de repas chaud depuis plus de 48 heures.
Fuhrman de conclure avec sa verve coutumière :
- Je nai pas voulu quils aient de repas chauds pendant 48 heures. Sils avaient mangé les haricots de la roulante, ils auraient p... toute la nuit et on naurait pas pu occuper par surprise le piton où nous sommes !
Sacré Fuhrman !
Bivouaquer dans la cuvette dAo Trach nest pas de tout repos. Les batteries de 105 tirent beaucoup, souvent et surtout la nuit. Il est bien rare, en effet, que les P.A. ne soient pas attaqués toutes les nuits, mais les artilleurs veillent et les tirs darrêts sont efficaces.
La nuit du 15 au 16 février est particulièrement agitée.
A quelques kilomètres de là, les postes de Xom Phéo et du piton des Bambous, tenus par le 2e Bataillon du 6e R.T.M., sont attaqués par un bataillon viet.
Toute la nuit nous entendons le bruit du combat et les rafales des armes automatiques.
De temps en temps, une accalmie, puis les rafales reprennent de plus belle. Notre artilleur et nous-mêmes mettons nos postes radio en écoute sur la fréquence du 2/6 R.T.M. Nous suivons dheure en heure le déroulement des combats par les comptes rendus, de plus en plus alarmants, des Commandants de Compagnie. Nous en avons le cur serré. On a limpression dassister, impuissant, à lagonie de nos camarades marocains.
A laube du 16 février, la 1re Compagnie (Lieutenant Lefin) et la 4e Compagnie (Capitaine Good) sont dirigées par camions sur le poste de Trung An, tenu par deux compagnies du 2/6 R.T.M. Un G.M.C. de la 4e Compagnie saute sur une mine. Dix tirailleurs sont blessés. Les Viets sont effectivement de plus en plus présents. La 1re Compagnie et la 4e Compagnie atteignent respectivement le poste de Xom Phéo et le piton des Bambous. La marche est difficile dans la forêt où, toutefois, quelques layons permettent une progression plus rapide, mais ce sont de vrais coupe-gorge. Et si les Viets nous attendaient en embuscade ?
La 4e Compagnie arrive sur le piton des Bambous, toujours tenu par ce qui reste dune compagnie de Marocains. Les réseaux de barbelés sont plus ou moins démantibulés, des cadavres viets, porteurs de charges explosives pour détruire les barbelés, ont été fauchés par les tirs des Marocains. Les arbres et les bambous sont déchiquetés par lartillerie. De très nombreux cadavres viets jonchent le sol autour et à lintérieur de la position.
Cest ce qui reste des assauts successifs.
La Compagnie du 2/6 R.T.M. qui a tenu sur le piton des Bambous, dans un enfer de mitraille, se réorganise, panse ses blessés, compte ses morts. Le Capitaine Good, accompagné du Capitaine Maraggi (D.L.O.), prend contact avec le capitaine commandant la compagnie quil doit relever. Cette relève seffectue dans la matinée et la 4e Compagnie sactive pour tenir à son tour le piton des Bambous. Il faut remettre en état le réseau de barbelés, dégager à nouveau les champs de tir, approfondir, enterrer et consolider les emplacements de combat et de tir. Le 2/6 R.T.M. a perdu dans cette affaire 30 tués, 65 blessés et 25 disparus. Et la vie reprend son cours. Patrouilles, embuscades autour du P.A., aménagement dune piste pour atteindre plus facilement la route.
La R.C. 6, jusquà présent orientée Ouest-est, se dirige maintenant vers le Sud. Le paysage est plus dégagé. On respire (photo n° 17). Dans la vallée coule la rivière Noire que longe la R.C. 6 à lEst, dominée par un massif boisé que nous occupons et dont les sommets culminent à environ 500 mètres. A lOuest de la rivière Noire, le massif du Nui Co, plus élevé mais moins boisé, nous fait face. 500 à 1000 mètres séparent ces deux massifs de part et dautre de la rivière Noire. La 4e Compagnie, on ne sait pas pourquoi, a hérité dun canon de 57 sans recul. Mis en batterie sur le sommet du piton, il effectue quelques "tirs de fonctionnement" dans le massif du Nui Co. On se serait bien passé de cet impedimenta que lon maudira dans quelques jours.
Le 18 février, la 2e Compagnie (Lieutenant Antoine) et la 3e Compagnie (Lieutenant Chiaramonti), restés à Ao Trach où elles ont essuyé des tirs de mortiers, rejoignent à pied, sous les ordres du Capitaine Rousseau, les unités Muong du Colonel Vanuxem a Ben Ngog. La circulation sur la R.C. 6 est intense dans les deux sens. Cest à croire que tout le corps expéditionnaire va visiter Hoa Binh et ses environs !...
Le 19 février, la 3e Compagnie et une compagnie Muong semparent du "Piton Chevelu " dominant la position de Hoa Binh à 2 kilomètres au Sud-Est de Ben Ngog. Vers dix heures, dans la vallée, un violent tir de mortiers viet sabat sur la C.B. des Muongs, incendiant 2 véhicules.
Lartillerie et les chars interviennent: la C.L.S. et le reste du Bataillon rejoignent la position et sinstallent mettant immédiatement les mortiers en batterie.
Le P.C. Biard se met en place.
La 2e Compagnie qui, pour cette opération, a installé de petites embuscades dans les vallées alentour, se regroupe ensuite et reçoit lordre de se porter sur la cote 25 dominant la rivière Noire face à Hoa Binh (voir croquis n° 2). Du fait de la végétation luxuriante, folle et drue, la découverte dune cote aussi "élevée" nest pas chose facile. Après quelques tâtonnements, la 2e Compagnie se retrouve sur le "sommet", aveugle, au milieu dherbes plus hautes que lhomme.
En 48 heures, il faut, simultanément, se donner de la vue, dégager des champs de tir, installer un réseau de barbelés et senterrer. Mais dans le même temps, il faut aussi assurer la surveillance des abords, effectuer des reconnaissances, mettre en place des "sonnettes", toutes dispositions qui mettent à labri des mauvaises surprises.
Tel est le lot habituel de toutes nos Compagnies.
Mauvaises surprises que nous redoutons, car il est manifeste que les Viets "grenouillent" autour des P.A. du bataillon. A chaque instant, une patrouille rend compte dune observation insolite, une sonnette se fait "allumer" et signale un mouvement furtif, des ombres qui sévanouissent, des casques clairs qui disparaissent... Le harcèlement au mortier est intermittent. Ceux qui sortent rapportent des tracts incitant les tirailleurs à la désertion.
La 3e Compagnie, de son côté, sinstalle en défensive dès son arrivée au sommet du "Piton Chevelu ". Barbelés, munitions, outils de parc lui sont montés durgence. A 15 heures, le Chef du Bataillon, le Capitaine Biard, inspecte la position avec le Lieutenant Chiaramonti, en compagnie du colonel commandant lartillerie qui est venu se rendre compte sur place du plan de tirs de barrage prévu en cas dattaque de ce poste avancé, position clef de la défense du camp retranché de Hoa Binh.
Cette reconnaissance nétait pas inutile car quelques heures plus tard, une écoute radio, interceptée par le P.C. du G.M. 1, annonce lattaque du "Piton Chevelu" pour le soir même.
La 3e Compagnie est en alerte, les "sonnettes" sont doublées.
Vers 21 heures, le P.A. est tâté mais la riposte est immédiate et un violent barrage dartillerie dissuade ladversaire. Le calme revient peu après et lon dénombre un seul blessé.
Le 21 février, la 3e Compagnie envoie des patrouilles sur les pentes de sa position. Celles-ci ramènent des tracts rédigés en langues française, arabe, allemande et vietnamienne.
Le 22 février, le P.C. du Colonel de Castries (G.M. 1) sinstalle au P.C. du Bataillon. On est donc là pour quelques jours encore. Le P.A. de la cote 25 où la 2e Compagnie sorganise, a déjà belle allure. Le Commandant du Bataillon vient le visiter. A partir dune haie Morin qui renforce les barbelés, les vues sont dégagées jusquà soixante mètres et lon aperçoit maintenant, très bien, la R.C. 6, la rivière et le paysage au-delà, vers louest. Les emplacements de combat sont solides et reliés par un réseau de boyaux. Les postes radio sont à labri. Les tirailleurs ont accom