DENIS Raymond ;

033

CARNET DE BORD

GUERRE 1939 - 1945

Ma place dans l'Histoire

Nice - Mars 1987

 

 

 

LES GUERRES DU XXe SIÈCLE

A TRAVERS LES

TÉMOIGNAGES ORAUX

**

Collection Michel El Baze

réalisée dans le cadre de l’Association Nationale des Croix de Guerre

et des Croix de la Valeur Militaire

2 Place Grimaldi - 06000

Tél. 0493878677

 

Récits de vie des Anciens Combattants,

Résistants, Internés, Déportés, Prisonniers

**

Pour l'enrichissement de la

mémoire collective

Ces documents peuvent être mis en libre communication

Droits de traduction, de reproduction et d'adaptation

réservés pour tous les pays.

Conservateurs :

• Ministère des Anciens Combattants - Délégation à la Mémoire et à l’Information Historique - Paris.

• Sénat de la République - Département de la Recherche Historique de la Bibliothèque - Paris.

• Department of Defense - Department of the Army - Federal Center of Military History - Washington - U.S.A.

• Imperial War Museum - Departement of Documents - London - Great Britain.

• Bundesarchiv - Militärarchiv - Freiburg im Breisgau - Deutschland.

• Hôtel National des Invalides - Musée de l'Armée - Paris.

• Conseil Général des Alpes Maritimes - Cabinet du Président.

• Direction des Archives Départementales des Alpes Maritimes.

• Université de Nice-Sophia Antipolis - Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine.

• Ville de Nice - Bibliothèque Municipale.

• Ville de Nice - Cabinet du Maire-Adjoint aux Anciens Combattants.

• Musée de la Résistance Azuréenne.

• Le Témoin.

 

 

 

 

 

Analyse du témoignage

Ecriture : 1987 - 73 pages

 

 

 

 

AVANT PROPOS DU TÉMOIN

Au cinéma, les actualités nous présentent les énormes rassemblements du peuple allemand levant le bras sous des forêts d'oriflammes à croix gammée. Leur chef, Hitler, nous fait rire avec sa petite moustache à la Charlot et ses hurlements.

Puis vient le défilé des soldats marchant au pas de l'oie.

D' énormes chars d'assaut suivent.

Au-dessus, les avions passent comme l'éclair dans le tonnerre de leurs moteurs.

C'est un fou, dit-on de ce Hitler. Il paraît qu'il a même écrit un livre où il prétend gagner la prochaine guerre. Cela aussi nous fait rire.

Nous avons la ligne Maginot.

La meilleure armée du monde.

La Légion Etrangère.

Et des Tirailleurs Sénégalais qui font peur rien qu'en les regardant.

Chez nous, les hommes ne prennent qu'eux-même au sérieux avec leurs jugements définitifs. Beaucoup décrètent que la guerre n'aura pas lieu. "Il ne faut rien exagérer, Hitler a simplement mis de l'ordre dans son pays".

Monsieur Chamberlain, l'homme au parapluie et Monsieur Daladier, le taureau du Vaucluse sont là pour nous rassurer. C'est d'ailleurs tout ce que nous désirons.

Un an après, c'est la guerre.

A Marcel et Fernand, camarades d'enfance qui n'ont rien compris et sont morts pour rien...quelque part sur le front de l'Est sous l'uniforme ennemi.

At the pictures, the news show enormous gatherings of the German people, arms uplifted in a forest of Swastika bearing banners. We find their leader, Hitler, funny with his Charlie like moustache and his yells.

Then come the soldiers parading at goose step, followed by huge tanks.

Above that the aeroplanes are darting past like lightnings in the thunder of their engines.

People think that Hitler is mad, People say that he even wrote a book in which he claims that he is going to win the next war. That we find funny also !..

We have the Maginot line.

The best army in the world.

The Foreign Legion.

And the Senegalese infantry soldiers who chill whoever look at them.

In our country, men only take themselves seriously with their definitive judgements. Many claim that war will not take place. "Things should not be exaggerated, Hitler only straightened up his country".

Mr Chamberlain, the man with the umbrella and Mr Daladier, the "Bull of Vaucluse", are there to reassure us, that's all we want anyway.

One year later, war breaks out.

 

To Marcel and Fernand, childhood friends who did not understand a thing, and died in vain... somewhere on the Eastern front under the enemy's uniform.

 

 

POSTFACE de Michel EL BAZE

"L'ordre arriva d'éteindre les lumières, le black-out fut général et la nuit dura quatre ans.

Alors chacun fit son choix.

Les plus nombreux choisirent le confort intellectuel, car ne rien faire est aussi un choix.

Puis certains, trop nombreux pour le malheur du Pays et le leur, se laissèrent tenter par les faux prophètes et finirent misérablement, sans espoir, trompés par ceux qui se servirent d'eux pour quelques dérisoires avantages de l'ennemi.

Un petit nombre portait en lui l'honneur des Chevaliers d'antan et se groupa autour d'un Chef: le Général de Gaulle "

Raymond Denis qui écrit ces lignes fut de ceux-là. Aujourd'hui, par une série de flashes, il se fait l'Historien de sa propre histoire en plaçant son Témoignage dans le cadre où il vivait et dont, sans doute alors, il ne discernait pas exactement les contours.

Sous la légèreté du style, que de misères, de drames sont évoqués. Que de trahisons, de bassesses, de veulerie de la part d'un trop grand nombre de nos concitoyens. Mais aussi l'exemple, celui des adolescents élevés dans la foi qui leur donna la force de dire "Non".

"The order came to switch off all the lights, the black out was complete and the night lasted for four years.

So every one made is own choice.

The greatest number chose intellectual comfort, because to do nothing is also a choice.

Then, some, too numerous for the misfortune of the country, allowed themselves to be attracted by false prophets, and ended miserably, hopelessly, deceived by those who made use of them, for a few ridiculous advantages from the enemy.

A small number were carrying in themselves the honour of the Knights of the times gone by and gathered around a leader: General de Gaulle".

Raymond Denis who writes those lines, was one of those. Today through a series of flashes, he is the historian of his own history, placing his testimony in the atmosphere he was in, and the edges of which he probably could not clearly see.

Behind the lightness of the style, how many miseries, how many tragedies are evoked. How many treasons, vileness, on the part of too great a number of our fellow citizens, but also the example, that of teenagers brought up in the faith that gave them the strength to say No!

 

 

 

 

 

La mémoire

La mémoire : seul bagage incessible

Jacques ATTALI

 

 

 

 

 

AVANT - PROPOS

***

Au cinéma, les actualités nous présentent les énormes rassemblements du peuple allemand levant le bras sous des forêts d'oriflammes à croix gammée. Leur chef, Hitler, nous fait rire avec sa petite moustache à la Charlot et ses hurlements.

Puis vient le défilé des soldats marchant au pas de l'oie.

D' énormes chars d'assaut suivent.

Au-dessus, les avions passent comme l' éclair dans le tonnerre de leurs moteurs.

C'est un fou, dit-on de ce Hitler. Il paraît qu'il a même écrit un livre où il prétend gagner la prochaine guerre. Cela aussi nous fait rire.

Nous avons la ligne Maginot.

La meilleure armée du monde.

La Légion Étrangère.

Et des Tirailleurs Sénégalais qui font peur rien qu'en les regardant.

Chez nous, les hommes ne prennent qu’eux-mêmes au sérieux avec leurs jugements définitifs. Beaucoup décrètent que la guerre n'aura pas lieu. "Il ne faut rien exagérer, Hitler a simplement mis de l'ordre dans son pays".

Monsieur Chamberlain, l'homme au parapluie et Monsieur Daladier, le taureau du Vaucluse sont là pour nous rassurer. C'est d'ailleurs tout ce que nous désirons.

 

Un an après, c'est la guerre.

A Marcel et Fernand, camarades d’enfance qui

Ils n'ont rien compris et sont morts pour rien...

quelque part sur le front de l'Est sous l'uniforme ennemi.

 

 

 

 

Nous avons la ligne Maginot : les Allemands ne passeront pas.

Général Gamelin ;- 2/09/1939

 

LA GUERRE

J'ai quinze ans à la Mobilisation Générale et je vais voir passer les trains qui se suivent nuit et jour, bourrés de soldats et de canons sur les plates-formes.

Les mois passent. Le front reste calme.

Derrière la ligne Maginot, nos artilleurs regardent l'ennemi à la jumelle au-delà du Rhin.

Le généralissime Gamelin, dans son grand quartier général du fort de Vincennes se veut rassurant. Sûr de lui, de sa tactique héritée de la guerre de 14, il reprend à son compte l'invitation des Anglais à la bataille de Fontenoy. Cette fois, c'est : "Messieurs les Allemands, tirez les premiers ! " .

A l'arrière, on appelle cela la drôle de guerre.

L'hiver passe ainsi avec beaucoup de relèves, de vins chauds dans les gares et de communiqués insignifiants. En attendant, on peint les vitres et la lampe à carbure de nos bicyclettes en bleu pour respecter le black-out. La mairie nous distribue des masques à gaz que l'on porte en bandoulière.

- " Méfiez-vous de l'ennemi, il vous écoute. "

Disent des affiches étalées sur les murs. Il s'agit sans doute de la Cinquième Colonne. Chaque quartier a son type louche que l'on désigne discrètement à voix basse. Puis, on nous demande d'apporter au coin des rues nos vieux bouts de ferraille pour forger l'acier victorieux.

Début mars, le Gouvernement change. Paul Reynaud remplace Édouard Daladier. Le Général Weygand prend la place du grand généralissime Gamelin.

Mais nous avons toujours le regard fixé sur la fameuse ligne Maginot qui nous a coûté si cher et que l'on va enfin pouvoir amortir.

 

Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts.

Paul Reynaud - 20/03/40

Le ton change.

Paul Reynaud commence par nous affirmer qu'il ne mentirait pas sur les événements. "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts", clame-t'il à la T.S.F. et les vieux hochent la tête en approuvant.

Comme en 14, on les aura.

Au printemps, par une belle journée pleine de soleil, notre ville est bombardée par des Stukas hurlants. C'est le 10 mai et la guerre commence pour l'arrière. En quelques jours, les hordes allemandes ont envahi le Danemark, la Hollande, la Belgique et pénètrent dans le Nord de la France en évitant notre belle ligne Maginot.

Mais le pays, entretenu dans la certitude de la victoire, reste confiant et continue d'espérer.

"La route du fer est définitivement coupée pour l'Allemagne",

Continue Paul Reynard à la Chambre des Députés.

Nous nous demandons quand même à quel hauteur a lieu la coupure car, quelques jours après, il déclare que Paris sera défendue rue par rue, maison par maison.

La Route Nationale venant de Paris passe près de chez nous, derrière le quartier de la Croix Rousse à Lyon.

Un matin, on voit les premiers symptômes de la débâcle :

Ce sont d'abord de belles automobiles bourrées de bagages, surmontées de matelas, puis de moins belles. Le lendemain, ce sont des charrettes attelées de chevaux harassés par de longues étapes. Puis des bicyclettes, des voitures à bras. Il y a des Hollandais, des Belges. Quelques-uns s'arrêtent et décrivent l'horreur de leur calvaire sur les routes de l'exode. Les Allemands mitraillent les civils sur les routes et ne respectent même pas la Croix-Rouge.

Il fait très beau, nous restons des journées entières assis sur le rebord d'un petit mur, à les voir passer.

 

Si la FRANCE est en danger, appelez le Général WEYGAND.

Maréchal FOCH

Des comités de dames patronnesses installés sur les places leur offrent de la nourriture et des boissons.

Le 28 mai, la Belgique capitule et notre Gouvernement traite le Roi des Belges de félon.

Lorsque les premiers Français du nord se présentent dans ce pitoyable défilé, mon père, qui a connu très jeune la guerre de 70 puis celle de 14, me conseille de partir :

"Si les "Prussiens" arrivent, ils font prisonniers tous les jeunes. J'ai connu cela aux autres guerres. Va jusqu'à MARSEILLE et attend la victoire pour revenir."

Pour lui, cela ne fait aucun doute, le Gouvernement vient de confier l'armée à WEYGAND, "' l'homme de la situation" selon les derniers mots du Maréchal FOCH avant de mourir.

Il me remet cinq francs et me demande d'être prudent.

Je graisse ma vieille bicyclette, fixe mon sac sur le porte-bagages et rejoint le troupeau sans fin sur la Route Nationale en direction du Sud.

 

Mais les événements semblent alors aller plus vite que notre fuite....

 

 

Nous reprendrons aux Français les deux SAVOIES, le COMTE de NICE, la CORSE et la TUNISIE

Bénito MUSSOLINI

Après VIENNE, dans l'ISÈRE, des militaires sans armes se joignent à nous.

Je m'arrête sur la place d'un village où la voûte des platanes me donne un peu d'air frais. Deux gendarmes m'informent que l'ITALIE vient de nous déclarer la guerre. "Ne partez pas vers l'Est".

Bien après le village, des Spahis bloquent une voiture portant le fanion d'un officier supérieur. Lorsque je les double, les Spahis menacent les Officiers qui braquent sur eux leurs armes.

Je traverse VALENCE puis, juste avant MONTÉLIMAR, des avions volant bas mitraillent la route. -"Ce sont des Italiens", crient les soldats en se jetant dans les fossés. Après leur passage, des morts inondés de sang et des voitures en feu barrent la route. Des blessés hurlent mais la foule des piétons et cyclistes se faufile entre les obstacles et continue, indifférente, son exil vers le Sud.

 

 

" Ne pas capituler mais demander l'armistice."

Général WEYGAND

L'exode devient la débâcle et un véritable sauve-qui-peut.

La panique nous devance à chaque étape. Et chaque fois, d'autres réfugiés se joignent à nous. Il fait toujours beau, je profite à mon tour des buffets gratuits dressés sur les places par les Municipalités et les dames charitables.

La nuit, je dors avec les autres sur la paille installée sous les préaux des écoles.

J'arrive enfin à MARSEILLE et me précipite vers la mer que je n'ai jamais vu.

Le 14 Juin, les Allemands entrent dans PARIS déclarée ville ouverte.

La belle certitude de mon père pour le Général WEYGAND ne me suffit pas car la situation s'aggrave de plus en plus. Le Maréchal PÉTAIN devient Chef de l’État Français le 16 et le 22 Juin, l'armistice est signée.

 

 

Nous allons prendre notre revanche sur les injustices faites au Reich depuis le jour maudit du Traité de Versailles.

Adolf HITLER

Je rejoins un groupe de jeunes dont beaucoup viennent d'ALSACE. Nous écoutons les nouvelles de la TSF dans un café du vieux fort.

Je ne comprends pas encore très bien ce qui vient de nous arriver. Par contre, les autres plus âgés semblent conscients de la catastrophe, à leur visage triste.

Les Alsaciens pleurent.

L'un deux, saisissant la bouteille de pastis encore pleine, boit l'alcool pur jusqu'au bout et s'écroule.

Deux heures après, il est mort.

Son cadavre étalé le long du bar semble nous prédire que le temps de la mort est venu.

Dans le poste, une autre voix succède à celle chevrotante du Maréchal pour demander à la population de rentrer chez elle.

 

A l'unanimité, notre petit groupe décide de s'embarquer pour l'AFRIQUE afin de fuir les Allemands...

 

 

"Sur nos terres, un grand pavillon rouge à croix gammée a déjà redevenir libre pour la FRANCE".

Henry d'ARGENLIEU

Presque tous sont admis sur des navires ramenant des Tirailleurs Sénégalais en AFRIQUE. Mais les autorités du Port me refoulent énergiquement à cause de mon âge. Je viens juste d'avoir seize ans.

Je reprend donc le chemin du retour en compagnie des Hollandais, des Belges et des Ch’timis du nord.

Cette fois, le mistral est contre nous.

En attendant les conditions d'Armistice, le front s'arrête à TAIN-L'HERMITAGE. Côté sud, des gendarmes français interdisent le passage. De l'autre côté, on aperçoit des soldats allemands installant de l'artillerie.

Je vois l'ennemi pour la première fois et les casques maudits dont nous aurons rapidement une indigestion.

Les gendarmes français s'opposent à notre passage, il faut se former en peloton bien serré pour franchir le barrage en les bousculant un peu.

Quelques mètres après, les Allemands braquent leurs armes sur nous :

- "Halt ! Papir !",

hurle un Officier.

Après une brève vérification, il nous permet de partir avec un rire moqueur et méprisant, repris en choeur par ses soldats.

Des soldats jeunes et beaux qui s'activent, joyeux, torse nu dans le soleil auprès d'un matériel puissant. Venant d'un peu plus loin, on entend résonner les pas cadencés d'une troupe en marche, frappant fort le sol de leurs bottes neuves. Puis, arrive jusqu'à nous un chant guerrier très juste qui vibre dans l'air chaud de cet après-midi d'été.

Les vainqueurs ont bien d'allure de vainqueurs. Sûrs d'eux, sûrs de leur victoire et déjà condescendants pour les vaincus minables que nous sommes.

La route du retour ramène les exilés de la défaite tristes et inquiets de notre avenir. Les attaques aériennes ont cessé. Je double les carcasses de véhicules que j'ai vu brûler à l'aller. Les cadavres ont disparu.

 

"Le svastika est le signe sacré que j'imposerai dans le monde pour le triomphe de la race aryenne".

Adolf HITLER - MEIN KAMPF

Une longue colonne de soldats Français prisonniers est solidement encadrée par des Allemands aux fusils menaçants.

Je m'arrête pour saluer nos prisonniers et leur proposer mes services. Mais, l'Allemand me crie :

- "Schnel, Raoust !"

en pointant son arme dans ma direction.

Les dames patronnesses et leurs buffets ont disparu.

Trois jours après mon départ de MARSEILLE, j'arrive chez mes parents. Mon père, qui a presque l'âge du Maréchal, me fait un long sermon sur la trahison et la politique responsables à son avis de la débâcle.

- "Il faut faire confiance au Maréchal PÉTAIN, conclut-il, il sauvera encore la FRANCE !".

Je me retiens pour ne pas éclater de rire car je pense aux autres qui devaient aussi la sauver, à l'acier victorieux, aux communiqués rassurants et au Général WEYGAND.

Mais, je suis écrasé de fatigue par les kilomètres que je viens de faire sur une mauvaise bicyclette et par les événements tragiques dont j'ai été le témoin sur la route.

 

Je rends la pièce de cinq francs à mon père et je vais me coucher.

 

 

"Quoi qu'il arrive, la flamme de la Résistance Française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Charles de GAULLE. 18/O6/194O

Ce qui vient de se passer ces dernières semaines nous a complètement décontenancé. Comment retrouver maintenant un minimum de vérité dans les contradictions permanentes de ceux qui prétendent nous sauver à tout prix ?

André, un camarade d'école, me propose de l'accompagner à la salle paroissiale.

Nous nous réunissons tous les samedis avec l'Abbé CARRIOUX. Il connaît beaucoup de choses sur les événements, Marcel et Fernand viennent aussi.

La salle des fêtes se situe dans un vieux bâtiment attenant au presbytère. Un estrade sert de scène, un piano ancien et un vieux poêle en fonte pour l'hiver. L'Abbé Jean CARRIOUX est un homme de forte personnalité. Le groupe, autour de lui, comprend sept jeunes gens de notre quartier, de milieu différent. La semaine suivante, l'Abbé nous fait part de l'appel d'un certain Général de GAULLE à LONDRES, d'avoir à continuer la lutte et de ne pas céder à la défaite.

Mais qui est ce Général ?

L'Abbé répond à nos questions :

- "Ce Général venait juste, avant la débâcle, d'être nommé Secrétaire d’État au Gouvernement !".

La guerre, a-t-il dit, n'est pas finie, d'autres forces dans le monde viendront combattre la dictature allemande. La FRANCE devra être présente le jour de la victoire.

D'autre part, nous dit aussi l'Abbé, le Maréchal Vainqueur de VERDUN ne peut pas pactiser avec l'ennemi. Il veut certainement limiter les dégâts et découvrira son jeu plus tard.

Dans le groupe, Marcel et Fernand ont réagi. Il n'y a que le Maréchal pour sauver la FRANCE. Il est facile, pour ce Général réfugié à LONDRES, de donner des conseils.

De toute façon, il faudra d'abord nettoyer le pays de toute la vermine responsable des malheurs du pays. Le ton de Fernand s'est élevé et sa voix laisse percevoir une volonté sans faille pour exprimer ses idées.

 

 

 

"Le peuple Américain conserve la conviction que l'idéal que la FRANCE a défendu, idéal de la plus noble forme de civilisation, finira par triompher et reconquerra son entière liberté".

22/O6/194O - FRANKLIN D. ROOSEVELT

Dès cet instant, le groupe se divise. Les idées se heurtent et l'amitié de nos réunions commence à se détruire. L'Abbé intervient brusquement, visiblement excédé.: "L'engagement ne vous concerne pas encore compte tenu de votre âge, un jour peut - être aurez - vous à vous décider sérieusement, selon le cours des événements à venir ?"

Les accords d'Armistice repoussent les Allemands sur une ligne de démarcation au nord de LYON. Nous nous retrouvons en zone non occupée dite "Libre" mais sous surveillance. Certaines administrations de l’État s'installent dans notre ville. La vie reprend avec le travail ou les études. Des représentants de la Commission d'Armistice, en grand uniforme, occupent les beaux hôtels du centre.

Très vite, le ravitaillement diminue chez les commerçants. Des tickets de rationnement alimentaire sont distribués par les mairies. Puis ceux des vêtements, du chauffage et finalement sur toutes choses.

Les trains circulent aussi nombreux. Les Allemands vident notre pays de ses récoltes et du cheptel avant de voler nos matières premières de l'industrie.

Sur les routes et en ville, les voitures automobiles sont de plus en plus rares. De vieux chevaux font leur apparition dans les rues avec d'innombrables voitures à bras. Le nouvel État Français du Maréchal s'organise rapidement dans la morale et la pauvreté, avec pour devise : "Travail, Famille, Patrie, Maréchal nous voilà !...".

Mais aussi s'organise pour nous, inconsciemment, le choix vers ceux qui nous sollicitent.:

Accepter la défaite et laisser faire les autres.

Écouter les prophètes Français du nazisme qui, déjà, commencent à nous vanter leur idéal ou bien s'accrocher désespérément à la voix venue de LONDRES.

 

 

"Je fais le don de ma personne à la FRANCE pour atténuer ses malheurs".

Philippe PÉTAIN

Tous maréchalistes.!..

Son portrait apparaît dans les vitrines comme une idole capable de conjurer le mauvais sort.

La voix chevrotante du 17 Juin a dit :

"Je fais don de ma personne à la FRANCE pour atténuer son malheur !".

Comme un seul homme, le peuple de la défaite l'applaudit de mettre fin à la tragédie.

Prévoyant sans doute la razzia de notre industrie et de notre matière grise par le vainqueur, le Maréchal prêche le retour de la terre. La FRANCE est appelée ainsi à devenir le jardin potager de la GRANDE- ALLEMAGNE.

D'immenses affiches en image d’ÉPINAL sollicitent cette vocation. Le Général de la Porte du Theil organise dans cet esprit les chantiers de jeunesse à la campagne, dans les forêts et la montagne. Le deux Août, le tribunal militaire de Clermont-Ferrand condamne le Général de GAULLE pour atteinte à la sûreté extérieure de l’État et désertion à l'étranger. Peine de mort, dégradation militaire, confiscation de tous ses biens. La presse des deux zones relate le jugement. Certains journaux, animés par une haine odieuse, en profitent pour insulter le Général. Par la radio de LONDRES, le Général de GAULLE répond que les vieillards de VICHY feraient mieux de défendre l'honneur de la FRANCE plutôt que de condamner ceux qui continuent la lutte pour sa libération.

Le Ministère de l'Information devient celui de la propagande.

Dès le début, la TSF et les journaux nous rappellent chaque jour que le bon peuple est la victime des mensonges de la démocratie décadente, du capitalisme franc-maçon et israélite. Ces boucs émissaires prennent ainsi la responsabilité de la défaite avec en plus celle des restrictions.

- "Tous autour du Maréchal, - dit la radio de VICHY-et nous referons la FRANCE avec la Révolution Nationale !".

Et cela marche.

Joseph DARNAND crée la Légion des Combattants.

 

 

"A MONTOIRE, nous avons civilisé le vainqueur".

Pierre LAVAL

Un décret sur le statut des personnes juives est déjà à l'étude avant même la demande des Allemands.

La dénonciation par le Gouvernement et sa presse, des individus soupçonnés de gaullisme, francs-maçons et Juifs encouragent l'ignoble délation individuelle, une autre Légion mais de mouchards celle-ci. Le pays des deux zones s'installe dans l'allégeance de l'Occupant.

Il ne manque pas de "braves gens" pour faire remarquer bien haut que ces Allemands sont corrects: J'en ai même vu prendre des enfants dans leurs bras.

Les Allemands feront vite place aux nazis, ce qui changera bien des jugements hâtifs. Ceux-ci ont tué des enfants en POLOGNE car, pour eux, ce sont les ennemis de demain. Mais ceci, les "braves gens" veulent l'ignorer.

Le vingt-quatre Octobre, c'est l'entrevue "Historique" de MONTOIRE. Le Vainqueur de VERDUN, serrant la main du chef nazi, va entraîner un grand nombre de Français dans la collaboration et conforter la politique des supporters de VICHY.

C'est la grande tournée du FÜHRER.

La veille, il rencontre à HENDAYE le Caudillo qui a profité de notre défaite pour occuper TANGER.

Le vingt-huit Octobre, HITLER arrive dans son train blockhaus à FLORENCE. Le Duce, plastronnant, l'informe que ses troupes viennent de pénétrer en ALBANIE et en GRÈCE. Ce bouffon, sûr de lui, déclare faire lui aussi une guerre éclair en quinze jours. Mais quinze jours après, l'Armée Italienne est en difficulté, puis critique et, enfin, semble désespérée. HITLER doit envoyer ses propres troupes pour sauver l'Armée du Duce.

Chez nous, l'Anglais redevient l'ennemi héréditaire.

Radio-Paris commence à déverser des anathèmes délirants d'Hérold- Paquis, avec ses "avertissements sans frais" qui permettent aux Allemands d'arrêter ceux qu'il insulte. Puis, sa voix enfle pour terminer ses élucubrations chaque soir avec "L'ANGLETERRE comme CARTHAGE sera détruite".

Et, là aussi, ça marche !

L'homme de la rue et les autres vous confirment que les Anglais nous ont laissé tomber à DUNKERQUE et qu'ils ont brûlé Jeanne d'Arc.

"Ne l'oubliez pas !".

 

 

"Je hais les mensonges qui nous ont fait tant de mal".

Philippe PÉTAIN

Ces phrases définitives ne sont pas sans danger car la moindre contestation vous désigne comme suspect. Mais, l'esprit indépendant gaulois va créer des groupes différents autour de noms porteurs. Les "Catholiques et Français Toujours", les Collabos inconditionnels, les Pétainistes durs mais aussi des mous opportunistes, les Doriotistes SS et les Darnand miliciens. Et tous, aventuriers, idéalistes, prophètes, révolutionnaires veulent refaire la FRANCE et n'hésiteront pas pour cela à s'enfoncer chaque jour dans leurs plus bas instincts criminels. Le tout orchestré par la puissance nazie qui a prévu, dès le début, la destruction physique et morale de la FRANCE.

Et pourtant, le Maréchal a dit : "L'armistice dans l'honneur et la révolution nationale pour une FRANCE sans mensonge !".

Quatre mois viennent de passer.

L’État Français remplace la République, mais sa devise : "Travail, Famille, Patrie" s'analyse difficilement.

Le Travail, doit se faire pour l'ennemi .

La famille, beaucoup de familles sont séparées par la ligne de démarcation ou des prisonniers en ALLEMAGNE.

La Patrie., que peut représenter ce mot si le Gouvernement vous invite lui-même à collaborer avec l'ennemi qui nous occupe ?

Les hurlements du FÜHRER, qui ne nous font plus rire, redoublent d'imprécations pour le monde entier cette fois.

L'ordre nouveau est établi pour mille ans.

L'Afrikakorps du Général ROMMEL avance sur l’ÉGYPTE.

L'ANGLETERRE subit d'affreux bombardements qui détruisent ses villes. Dès la tragédie de DUNKERQUE, CHURCHILL avait dit aux Allemands :

- "Nous vous attendons, et les poissons aussi !".

Et au peuple de Sa Gracieuse Majesté :

"Nous combattrons sur nos rivages, nous combattrons sur nos collines, dans nos villages et dans nos villes et nous ne nous rendrons jamais !".

 

 

"Nous vous attendons, Messieurs les Allemands, et les poissons aussi"

Winston CHURCHILL

Nous apprenons ensuite qu'HITLER, lors d'un grand rassemblement nazi, propose la paix aux Britanniques le 19 Juillet. Ceux-ci répondent que la paix sera obtenue lorsque l'ALLEMAGNE aura évacué tous les territoires occupés. Le FÜHRER réagit devant son peuple, aussi hystérique que lui, en affirmant que l'ANGLETERRE sera entièrement détruite.

Les communiqués de nos journaux retracent chaque jour, sous d'immenses titres de victoires allemandes, la bataille aérienne d'ANGLETERRE commencée le 13 Août avec l'opération "Le Jour de l'Aigle ".

La chasse anglaise fait des miracles avec ses quelques avions et son seul courage. Devant ce demi-échec, la Luftwaffe de GÖRING fait tomber une pluie de bombes sur LONDRES. Dès le lendemain, CHURCHILL riposte à ce crime contre des civils en bombardant BERLIN.

- "Si une seule bombe tombe sur BERLIN, avait dit GÖRING, je veux m'appeler MAYER !".

 

 

" Si une seule bombe tombe sur BERLIN, je veux m’appeler MAYER "

Maréchal GÖRING

Cette grosse finesse avait fait pleurer de rire les Berlinois.

Cette fois, ils commençaient à pleurer leurs morts.

Et les Anglais revinrent plusieurs nuits de suite. A la grande Chancellerie du Reich, HITLER rugit comme une hyène. Les Anglais assassinent mes femmes et mes enfants, je raserai leurs villes jusqu'au sol. GÖRING, dans un état d'exaltation hystérique, se prend pour NÉRON et clame à la radio que LONDRES est en feu. Les troupes allemandes, pour le débarquement en ANGLETERRE, sont prêtes à partir de CALAIS. Mais HITLER pense finalement mettre à genoux son pire ennemi en l'écrasant sous les bombes, le Quinze Septembre. GÖRING envoie toute sa Luftwaffe pour en finir ce jour-là. Le soir même, malgré d'épouvantables bombardements et les combats dans le ciel de LONDRES, nous apprenons que ce fut pour les Anglais le jour de la Victoire de la bataille d'ANGLETERRE. Plus de la moitié des avions allemands sont détruits et HITLER renonce, remettant à plus tard l'anéantissement des Anglais avec des armes secrètes.

 

 

"Une défaite militaire n'est jamais la défaite d'un peuple, quand ce peuple, fût-ce sous forme d'une poignée d'hommes, se refuse à l'accepter".

Général de GAULLE

En FRANCE, les Allemands conservent, sur ordre leur "Kolossal délikatesse" pour les petits "Französich" et sont surpris par la manifestation des étudiants et lycéens de PARIS, sur la tombe du soldat inconnu, le 11 Novembre. Manifestation vite réprimée par les mitrailleuses.

Mais, que signifie le renvoi de Pierre LAVAL, le 13 Novembre ?

Nous ne savons rien de ce qui se passe à VICHY. Il semble cependant qu'il y ait eu de sérieux désaccords. LAVAL, successeur désigné de PÉTAIN. C'est lui qui, le 1O Juillet, a obtenu à l'Assemblée Nationale les pleins pouvoirs permettant l’État Vichyste, exécré instinctivement par la majorité des Français.

Le départ fait remonter la cote du Maréchal.

Le Quinze Décembre, pour le centenaire du retour des cendres de NAPOLÉON aux Invalides, les Allemands vont remettre à la FRANCE son fils, le Duc de REICHSTADT, inhumé à VIENNE. Ce geste fait suite à la poignée de mains de MONTOIRE. HITLER invite PÉTAIN à PARIS pour la cérémonie. Mais, la destitution de LAVAL, juste la veille, a incommodé BERLIN et PÉTAIN ne viendra pas. Le cercueil de l'Aiglon arrive au milieu d'une haie de soldats Allemands et pénètre dans la chapelle des Invalides. Les Parisiens ne se dérangent pas et déclarent qu'ils auraient préféré du charbon et de la viande à des cendres et aux os de l'Aiglon.

Ce n'est que ce mois-ci que nous apprendrons l'épopée du Colonel LECLERC, un des premiers officiers des Forces Françaises Libres. Nommé délégué par le Général de GAULLE, il débarque d'une pirogue le 27 Août à deux heures du matin à l'embouchure du fleuve WOURI au CAMEROUN Français. Les autorités civiles françaises de DOUALA obéissent aux ordres de VICHY et sont prêtes à repousser tous les assauts des forces gaullistes comme à DAKAR.

Assisté du Commandant de BOISLAMBERT, LECLERC retrouve au rendez-vous cinquante Français passés au West-Cameroun Britannique lors de l'Appel du 18 Juin.

 

 

" Ce matin 27 Août 194O, dans ce Territoire Français du CAMEROUN, la FRANCE continue la lutte aux côtés de ses Alliés. Elle sera présente à l'heure de la Victoire"

Colonel LECLERC

Tous les militaires au CAMEROUN sont gaullistes et, en vingt minutes, les points stratégiques de la ville sont occupés en silence. Les Camerounais sont heureux du bon tour joué au grand chef blanc à la francisque et adoptent aussitôt la Croix de Lorraine appelée le perchoir à perroquet.

Radio-Londres nous apprend également que le Colonel LARMINAT a réussi la même opération à BRAZZAVILLE avec l'accord total de l'armée en place, ainsi que le Général LEGENTILHOMME pour DJIBOUTI.

Cette tragique année de 194O se termine finalement avec pour nous un petit espoir, pour ceux aussi qui ne veulent pas désespérer.

Dans l'ombre et le secret absolu, des officiers et des intellectuels en FRANCE préparent les premiers mouvements de résistance.

Mais, d'autres aussi, de simples travailleurs et même des prisonniers de guerre en ALLEMAGNE qui ont le courage inouïe et la dignité de résister à l'orgueil du Vainqueur en supportant stoïquement leurs représailles.

Pour André et moi s'organise inconsciemment le choix vers ceux qui nous sollicitent.

Nous n'acceptons pas la défaite, les prophètes français du nazisme qui nous vantent leur idéal ont trop de haine dans leurs discours.

Nous sentons intérieurement qu'il faut s'accrocher désespérément à la voix venue de LONDRES.

Quelqu'en soit le prix.!

 

 

"Être pour le vainqueur, être contre ou avec lui ; la première attitude implique subordination, la seconde hostilité, j'ai choisi la troisième, celle d'exister et de s'accommoder de sa présence".

Benoist MÉCHIN

1941

La porte grince en s'ouvrant. Dans l'encadrement apparaît l'Abbé CARRIOUX . Il ôte sa longue pèlerine noire et réchauffe ses mains au-dessus du vieux poêle que nous venons de charger de quelques bûches. Dans l'obscurité de la rue, on entend crier : "Lumière !". C'est la voix du vieux Claudius, chef d'îlot de notre quartier. D'un coup de pied, FERNAND referme la porte qui grince à nouveau.

Malgré nos désaccords, le groupe se réunit régulièrement tous les Samedis. Chacun de nous essaie de comprendre, d'imaginer une suite, accroché aux récits de l'Abbé.

Il nous parle de Guy de la REGAUDIE, de PSICHARI, de Saint-Exupéry et bien d'autres exaltant le courage dans l'épreuve, où on change sa liberté et, mieux, sa vie pour un idéal. Il parle aussi du Maréchal, du Général de GAULLE à LONDRES dont il écoute chaque soir les nouvelles et aussi de STALINE.

Dans le groupe, Marcel et Fernand continuent ostensiblement le débat avec Drieux la Rochelle, MAURAS et Jacques DORIOT. Pour eux, le Maréchal est gâteux. Maintenant, sa politique hésitante ne mène à rien.

Les gaullistes sont des utopistes, l'ALLEMAGNE gagnera la guerre et seuls des chefs comme DORIOT qu'ils appellent déjà le grand JACQUES pourra maintenir notre pays dans l'ordre et lui redonner sa place dans l'EUROPE.

Avec l'Abbé, nous expliquons vainement le danger nazi que rien ne peut faire admettre. Quel que soit la valeur des chefs qui jouent la collaboration, nous restons des vaincus auprès de vainqueurs de plus en plus exigeants et autoritaires. Mais, Marcel et Fernand s'enferment dans leurs convictions. Il y a presque de la haine maintenant dans leur regard. Ils ne viendront plus à nos réunions. Nous sentons qu'un jour, quelque chose interviendra et nous mettra en face d'un choix immédiat.

 

 

Parti du TCHAD en Janvier 1941, le Général LECLERC prend KOUFRA en LIBYE où il fait le serment de ne s'arrêter que sur les bords du Rhin.

Avec mon ami André, nous décidons de tenir un carnet de bord sur les événements que nous essayons d'obtenir. Nous apprenons ainsi à faire du renseignement, distinguant les uniformes allemands, leur unité, etc... Ce petit travail nous passionne et finira par rendre service. Nous apprenons ainsi que le pays n'est pas seulement divisé en deux zones mais en cinq tronçons. Une zone rattachée à la BELGIQUE, une zone interdite sur la côte Ouest, puis l'ALSACE et la LORRAINE à l'ALLEMAGNE.

Léon DEGRELLE, le DARNAND Belge, demande la BOURGOGNE à son pays pour service rendu au Reich. Cette délirante prétention lui vient de l'Ancien Empire de Charles QUINT. Le Duce MUSSOLINI a, lui, déjà affirmé que le jour de la Victoire, la SAVOIE, le COMTE de NICE et la CORSE plus la TUNISIE lui reviendraient de plein droit. Le Vainqueur impose donc à la FRANCE une frontière artificielle qui sépare notre pays en plusieurs zones.

La zone non-occupée reste sous l'autorité du Maréchal.

Les autres étant dirigées par des gouverneurs militaires allemands.

La ligne de démarcation coupe souvent en deux des communes aux hameaux dispersés. C’est une ligne abstraite dépendant de la seule volonté de l'occupant. "Achtung, Demarkationsline, Verboten".

Aux points de passage, des soldats et douaniers allemands veillent sévèrement au contrôle. Bien entendu, la chronique journalière de Philippe HENRIOT à la radio ne mentionne jamais ces diktats du vainqueur qu'il persiste à présenter comme magnanime à notre égard.

Le 2 Mars, une bonne nouvelle :

LONDRES nous informe que le général LECLERC, à la tête des troupes Françaises d'AFRIQUE, vient de prendre KOUFRA en LIBYE contre la Sahariana Italienne. Pour cette première victoire, il prononce le serment de ne s'arrêter que sur les bords du RHIN.

Le 14 Mars, c'est le Général MONCLAR qui entre en ÉRYTHRÉE avec la brigade d'Orient des F.F.L.

 

 

Pour moi, le choix est fait. C'est la collaboration, sinon la FRANCE sera écrasée, disloquée et cessera d'être une nation.

Amiral DARLAN - 12 Mai 1941

Le 25 Février, l'Amiral DARLAN remplace LAVAL et devient vice-président du Conseil. "L'Amiral qui n'a jamais vu la mer", disaient ses adversaires avant la guerre. Les Allemands boudent ce remplacement et durcissent leur attitude.

La ligne de démarcation devient une véritable frontière.

L'activité littéraire poursuit son cours sous le joug du censeur Otto ABETZ. Des écrivains célèbres, MAURIAC, Paul MORAND, CÉLINE, DRIEU la ROCHELLE, BRASILLACH, BENOIST - MÉCHIN, BÉRAUD continuent leurs oeuvres en parfait accord avec le nouvel ordre du Vainqueur.

D'autres ont choisi la France Libre.

Des tracts, des lettres, quelques revues imprimées sur ronéo puis, des livres :"Conseil à l'occupé", "Notre Combat" ,apparaissent dès cette année. Nous ne connaissons pas les auteurs pour des raisons de sécurité et nous avons bien du mal à nous les procurer.

A LYON, un bulletin d'informations "Les Petites Ailes de FRANCE" nous donnent assez régulièrement l'autre version des événements et quelques vérités sur les occupants appelés Doryphores…

 

 

Quand finira-t-elle cette République vérolée, vieille putain agonisante toujours debout sur son trottoir ? Elle est toujours là, la craquelée, sur le pas de sa porte pourrie jusqu'aux os.

R. BRASILLACH.

Les écrits de ces écrivains de l'ombre apportent la preuve qu'il existe une possibilité d'espérer envers et contre tout. De temps en temps, nous apprenons l'assassinat après tortures d'un de ces écrivains souvent livrés par des Français aux Allemands. La presse collabo s'en réjouit et les traite d'ignobles terroristes. Le livre reste cependant une denrée rare : pénurie de papier, imprimeurs prisonniers en ALLEMAGNE et, surtout, la censure. Les nazis spécialisés dans l'autodafé, depuis 1933, saisissent des millions de livres en quelques mois. Une liste signée d'Otto ABETZ envoyée aux libraires interdit les ouvrages anglais, polonais ou parlant des Juifs. Le livre "Pilote de guerre" de SAINT-ÉXUPÉRY est calomnié par BRASILLACH dans son journal "Je suis partout" parce qu'un pilote s'appelle ISRAËL.

"Ce livre est l'apothéose du judéo-bellicisme de toutes les saloperies dont nous sommes en train de crever".

Interdits aussi tous les ouvrages de la guerre 14/18, les histoires glorieuses, mêmes lointaines de la FRANCE et, bien sûr, André MALRAUX.

Le nettoyage des cerveaux français a commencé.

Il reste quelques bons auteurs neutres : Marcel RYME, Frison ROCHE, Albert CAMUS. Les théâtres affichent Sacha GUITRY, SARTRE, MONTHERLAND, GIRAUDOUX, ANOUILH. Le cinéma propose de bons films français mais, aussi, beaucoup d'allemands.

Le 21 Avril, c'est le cinquante-deuxième anniversaire du FÜHRER. La YOUGOSLAVIE et la GRÈCE tombent à leur tour sous la botte allemande pendant que ROMMEL atteint la frontière égyptienne.

Chez nous, le Onze Mai, sur proposition de Radio-Londres : "Les Français parlent aux Français", une manifestation a lieu devant le Monument de Jeanne-d'Arc à LILLE. Fou de rage, le Gauleiter MIEHOFF ordonne la confiscation immédiate de tous les postes de T.S.F. appartenant aux citoyens Français de LILLE et neuf communes environnantes. Un avis "BEKANNTMACHUNG" de l'Oberfeldkommandant est placardé sur les murs dénonçant la propagande étrangère et menaçant de lourdes représailles toutes nouvelles manifestations.

Le Quinze Mai, cinq mille Juifs étrangers de PARIS sont dirigés sur des camps de concentration en FRANCE. Le journal Collabo "L'Oeuvre" déclare cette épuration nécessaire pour lutter contre le marché noir car, dit-il, on vient de prendre un Juif en flagrant délit.

 

 

"Les ennemis du judaïsme... regardez-y de près, vous verrez que ce sont en général des ennemis de l'esprit moderne".

Ernest RENAN.

Cet enchaînement raciste ne soulève aucune protestation officielle du gouvernement de VICHY et prépare sans doute la méthode pour les Juifs Français et, finalement, tous les Français après la victoire nazie sur le monde.

Le Vingt Mai, le Général STUDENT envahit l'île de CRÈTE avec ses célèbres parachutistes. Mais, cette nouvelle victoire allemande est la plus coûteuse pour la WEHRMACHT.

Radio-Londres indique que les paras ont été accueillis par trente mille hommes qui les ont mitraillés en plein ciel.

Les Allemands connaîtront une semaine meurtrière avant d'être renforcés par d'autres régiments qui parviendront à enlever la capitale de l'île et gagner la bataille grâce aux Stukas de la Luftwaffe.

L'optimisme règne dans toute l'ALLEMAGNE et chez les collabos français. Un an après notre défaite, HITLER tient toute l'EUROPE de la NORVÈGE à la GRÈCE et du pays BASQUE à la MER-NOIRE.

 

HAROLD-PAQUIS à "Radio Paris ment" , comme le dit Radio-Londres en bredouille de joie et prévoit le tour de l'ANGLETERRE pour bientôt.

 

"Je ferai un EDEN des territoires russes pour les Colons Allemands lorsque j'aurai chassé les populations soviétiques vers l'ASIE."

Adolf HITLER - 22 Juin 1941

Le fait marquant de la guerre aura lieu ce jour-là, vingt-deux Juin. Les séides français du REICH annoncent en première page de leurs journaux et à la radio l'Opération BARBORASSA.

Par surprise, selon l'honneur allemand, un million et demi de combattants de la WEHRMACHT pénètrent en U.R.S.S.

Les journaux nous relatent entièrement la déclaration faite après l'agression par le FÜHRER pour justifier son attaque. HITLER hurle à la radio de BERLIN : " Nos forces effectuent, en ce moment, la plus grande marche du monde pour anéantir le bolchevisme et conquérir notre espace vital. Dans trois mois, nous serons à MOSCOU et nos soldats fêteront Noël chez eux dans la paix retrouvée"

La clameur démentielle du peuple allemand, en réponse à son FÜHRER, recouvre toute l'EUROPE occupée, sauf l'ANGLETERRE qui ose encore tenir tête au dictateur.

Lors de nos réunions du Samedi, nous analysons tous les événements recueillis par le groupe et l'Abbé.

Un fait apparaît.

Comme NAPOLÉON, HITLER ne débarque pas en ANGLETERRE mais décide, cent-vingt-neuf ans après, d'envahir l'UNION SOVIÉTIQUE. L'Histoire recommence et nous espérons, quelques-uns, qu'elle ira jusqu'au bout de sa ressemblance.

Ce dimanche-là, à trois heures du matin, plus de cent-vingt divisions attaquent férocement au Nord, au Sud et à l'Ouest. L'Armée finlandaise du Maréchal MANNERHEIM participe à la ruée. Et c'est encore la guerre éclair pour le début. Les Panzers foncent, invincibles, bousculant tout sur leur passage. La presse annonce les prises de KIEV, ODESSA, KHARKOV, RESTOV. LENINGRAD est encerclée, ainsi que plusieurs armées Russes.

Au cinéma, les actualités nous montrent des milliers de prisonniers russes exténués, abrutis de fatigue et de faim par les combats que GOEBBELS présente comme des sous-hommes car il s'agit, aussi, d'une guerre raciale. HITLER a besoin de ces territoires pour instaurer l'hégémonie de la race aryenne.

Ce nouveau combat de géants donne encore raison au discours du Général de GAULLE du 18 Juin 1940. Pourtant, le Premier Mai de cette année devant le défilé de la PLACE-ROUGE à MOSCOU, STALINE avait célébré la fête du travail dans l'amitié Germano-Soviétique.

Cinq jours avant, Marcel DÉAT rendait encore hommage à STALINE :

"C'est un grand Russe, il a su devenir l'ami de l'ALLEMAGNE".

 

 

La guerre ne nous effraie pas, la RUSSIE des Soviets est née de la dernière guerre. L'EUROPE des Soviets naîtra de la prochaine.

Joseph STALINE

Dès le lendemain de l'attaque, dans son journal "L'Oeuvre" du vingt-trois Juin, il approuve HITLER dans son éditorial.

"Nous nous trompions, l'habileté de STALINE n'était que duplicité et rouerie liées aux Juifs Américano-Anglais. La manoeuvre allemande est de premier ordre et nous rentrons enfin dans la vérité allemande pour nous débarrasser définitivement du bolchevisme".

Cette nouvelle invasion des nazis libère définitivement la conscience des collaborateurs puisqu'il s'agit, maintenant, de sauver le monde du bolchevisme. Au tableau de chasse de leurs journaux et discours s'ajoutent les communistes qu'il convient de dénoncer selon les maîtres- chanteurs au pouvoir. Le journal "L'Appel" écrit :

- Juifs, francs-maçonnards, Anglais et communistes ! Voilà l'infâme coalition!

Charles MAURAS en zone non occupée est plus mesuré dans l'Action Française !

- Il ne faut pas sous-estimer la puissance de l'Armée Rouge !

Le Maréchal, fidèle à sa ligne de conduite, choisit de soutenir le REICH et rompt les relations diplomatiques, le trente juin, entre la FRANCE et l'U.R.S.S.

Le bouffon du FÜHRER, le Duce MUSSOLINI promet une aide pour le front russe mais, son entourage fait savoir qu'il aurait déclaré en privé :

- Je suis las d'être sonné !

Pour renforcer sa production militaire, l'ALLEMAGNE va faire appel à nos ouvriers spécialisés, en échange de nos prisonniers. Ce sera le chantage de la fameuse relève qui enchante Pierre LAVAL. La Légion des Combattants donne l'exemple et, à grand renfort de propagande, on voit aux actualités les premiers partant et le retour de quelques prisonniers adressant des louanges au bon Maréchal devant un parterre d'enfants chantant : "Maréchal nous voilà".

Le Sept Juillet, Radio-Londres nous fait part de la prise du LIBAN par les Forces Britanniques et les Forces Françaises Libres.

 

 

Nous saluons ce jour comme le navigateur après une nuit de tempête, salue l'aube qui lui montre la terre nouvelle qu'appelaient ses voeux.

Jacques DORIOT.

La création de la Légion des Volontaires Français L.V.F., le onze Juillet, marque un pas de plus dans la collaboration sans condition. Après l'attaque de l'U.R.S.S. par la WEHRMACHT, Jacques DORIOT décide d'un engagement français "aux côtés des Allemands pour défendre l'EUROPE contre MOSCOU."

Un premier départ s'organise sous l'uniforme allemand. Comme pour la relève des prisonniers, la propagande stimule l'esprit de courage de ces jeunes inconscients. L'escalade se poursuit et rien ne semble pouvoir l'arrêter. Le silence du Maréchal encourage cette descente aux enfers pour ces jeunes engagés qui se laissent prendre par la magie des mots de l'odieuse et mensongère propagande nazie.

Les Chantiers de Jeunesse du Général de la Porte du THEIL sont sollicités pour cette croisade mais, le Général antinazi contrecarre la propagande de Jacques DORIOT. Bien des jeunes des Chantiers de Jeunesse commencent, dès cette année, à rejoindre les montagnes pour échapper aux mauvais bergers.

Les victoires remportées par la WEHRMACHT depuis notre défaite profitent encore à Marcel DÉAT, fondateur du Rassemblement National Populaire (R.N.P) pour une EUROPE Nationale Socialiste. Ce parti attire surtout des esprits simples et peu instruits dans l'espoir d'avantages matériels.

Le vingt-deux Octobre, le beau temps de la Collaboration accepté par beaucoup et de l'Allemand correct est fortement perturbé dans un bain de sang.

Un Officier Allemand, commandant la ville de NANTES, est abattu par deux jeunes gens. La réaction de l'Occupant est extrêmement rapide. HITLER exige qu'on fusille immédiatement cinquante otages et cinquante autres, trois jours après, si on ne retrouve pas les coupables. Les victimes désignées sont des communistes dénoncés et internés dans un camp puis, des anciens combattants dont un président d'association, grand mutilé de la guerre de 14 et décoré de la Légion d'Honneur. Tous ces otages n'ont aucun délit à se reprocher. Une affiche proclamant l'ordre d'exécution et le nom des premières cinquante victimes est placardée sur les murs de NANTES et de CHATEAUBRIAND. Elle promet aussi quinze millions de francs aux habitants de ces régions qui dénonceront les coupables.

 

 

Je sens se lever un vent mauvais, le doute s'empare des Français, l'inquiétude gagne les esprits, un véritable malaise atteint le peuple Français.

Philippe PÉTAIN - 12 Août 1941.

Ce terrible placard, le premier, réveille bien des Français sur le sort qui les attend, en cas de victoire allemande. Cinquante fusillés, le jour même, pour un seul homme et autant dans trois jours : cela amoindrit la valeur du mot" Collaboration".

C'est le début de l'action directe de la Résistance.

Désormais, dans toutes les régions, des attentats ont lieu contre des militaires isolés. Sur les murs, dans la presse d'autres placards annoncent l'exécution de centaines d'otages innocents. Tous ces martyrs font prendre conscience, à la masse passive du vrai visage des nazis. "Civiliser le vainqueur !", a dit Pierre LAVAL, après la défaite. Mais se doute-t-il qu'après les Juifs Français, ce sera les Français tout court ? Après cela, la popularité du Maréchal, et surtout de son Gouvernement, continue de baisser avec le rationnement. Pour le peuple, la situation s'aggrave chaque mois, alors que nul n'ignore qu'en dehors du pillage fait par les Allemands, un trafic français du marché noir honteux enrichit un grand nombre de truands et diminue d'autant les rations.

Les cultivateurs apprécient, dans une certaine mesure, cette époque qui leur donne toute leur importance. Ce ne sont plus des culs-terreux mais de braves paysans qu'il convient d'honorer. Pour beaucoup, la revanche est de faire payer le prix fort leurs précieuses récoltes qui alimentent le marché noir. Le retour à la terre, cher au Maréchal, est devenu le retour en arrière.

Pendant ce temps, solidement installés dans les meilleurs hôtels de VICHY, les hauts fonctionnaires de l’État Français affichent un train de vie choquant dans cette époque de restrictions généralisées. Des Généraux, des Ministres festoient aux terrasses de restaurants affichant pourtant des menus squelettiques pour le commun des mortels. Rien ne manque pour ces messieurs qui nous font la morale, alors que la Gendarmerie française traque impitoyablement le citoyen coupable d'acheter quelques provisions, en dehors de ses tickets, pour survivre. Bien des Français arrêtés, pour cela, sont fusillés comme otage lors des actions clandestines de la Résistance contre l'Occupant.

 

 

L'Armée Rouge est définitivement battue et ne se relèvera jamais.

Adolf HITLER - 3 Octobre 1941

La guerre éclair prévue par HITLER, en RUSSIE, commence à faire long feu. La bataille "joyeuse et fraîche" de l'été n'a pas permis de prendre MOSCOU. Nous apprenons que l'avance en territoire Russe se poursuit au ralenti, dans la boue de l'automne. Le vingt-six Octobre, la WEHRMACHT met le siège devant SÉBASTOPOL. LENINGRAD n'a pas pu être prise. HITLER affirme pourtant à son peuple : "Au printemps prochain, nous détruirons une fois pour toute le bolchevisme !". Ces fanfaronnades sont immédiatement reprises par "Radio Paris Ment" et la presse collaboratrice qui en rajoute.

Notre journal clandestin: "Les Petites Ailes" nous informe du mouvement "Combat", créé le premier Novembre, à GRENOBLE.

Le sept se terminent les négociations Japon / États-Unis. Le Japon affirme une fois encore, avec de nombreuses courbettes, son désir de vivre en paix.

Une bonne nouvelle de Radio-Londres, le onze Novembre, pour fêter l'Armistice de 1918: Les U.S.A. accordent la Loi "Prêt-Bail" au Comité National Français du Général de GAULLE.

Le Vingt-Deux disparaît dans un accident d'avion le Général HUNTZIGER, au retour d'une mission, en AFRIQUE du NORD. Bien que Ministre de la Guerre du Maréchal PÉTAIN, le Général était hostile à la Collaboration et préparait, en secret, la revanche de l'Armée d'AFRIQUE contre l'ALLEMAGNE. Les raisons de l'accident de son avion ne seront jamais expliquées.

Dès le Dix-Huit Novembre, les Forces Britanniques réorganisées en ÉGYPTE sous le commandement du Général AUCHINLECK, surnommé le "Pingouin", contre-attaquent ROMMEL ,le "Renard du Désert". L'attaque anglaise libère TOBROUK et repousse l'AFRIKAKORPS. CHURCHILL confirme l'importance de l'opération "CRUSADER".:" L'Empire a affronté les Allemands avec des armes nouvelles. Le temps est venu de frapper très fort pour la Victoire, la Patrie et la Liberté."

La presse collabo, qui n'a aucun complexe, annonce que les formations britanniques ont été anéanties en LIBYE.

 

 

"Monsieur Pierre LAVAL, vous vous vautrez dans la défaite comme un chien dans sa m... !".

Déclaration du Général WEYGAND

lors d'un Conseil des Ministres.

"Le Petit Parisien" annonce le vingt-et-un Novembre que le Général WEYGAND prend sa retraite puis, est remplacé par le Général JUIN, nommé Commandant en Chef en AFRIQUE du NORD. Cité à l'Ordre de la Nation.

le Maréchal explique que la tâche de WEYGAND est terminée. D'autres sources nous apprennent qu'en réalité WEYGAND est évincé, démis de ses fonctions sous la pression conjointe de DARLAN et des Allemands.

WEYGAND, de tendance modérée, bien qu'étant favorable à l'Armistice, a toujours empêché le pays de sombrer dans la Collaboration totale. Il conserve des relations personnelles avec les États-Unis. Ainsi, le dernier neutraliste est écarté du Gouvernement de VICHY.

La reprise des relations, au sommet, satisfait toujours certains Français naïfs, accrochés à l'espoir d'une amélioration de leur sort. Pour rencontrer GOERING à SAINT-FLORENTIN en BOURGOGNE, le premier décembre, le Maréchal a sacrifié WEYGAND. Les Philippe HENRIOT et consorts ont pourtant exalté toute l'importance de cette rencontre.

 

 

C'est nous, les vainqueurs, ne l'oubliez jamais.

Maréchal GOERING - 1er Décembre 1941.

Retour anticipé des prisonniers, mesures économiques et sociales pour faire accepter la Collaboration à une population de plus en plus inquiète. Rien de tout cela n'est accepté, ce qui n'est pas sans surprendre lorsque l'interlocuteur est le Maréchal GOERING, fanfaron, gonflé au propre et au figuré de son importance, et ne sachant que répéter : "C'est nous, les vainqueurs !".

Ceci est un bel exemple de la Collaboration proposée avec un vainqueur en haut et un vaincu en bas. De toute façon, le REICH se moque maintenant de cette Collaboration "à la petite semaine". Il lui suffira, à l'avenir, d'exiger ce qu'il a d'ailleurs toujours fait.

Une histoire circule entre nous à ce sujet. Un Français demande à un Allemand : "Comment voyez-vous la Collaboration ?". L'Allemand répond :

"C'est très simple, vous me donnez votre montre et moi, je vous donne l'heure!".

 

 

L'anéantissement du régime bolchevique et la déportation de ses peuplades vers l'ASIE donneront à la GRANDE-ALLEMAGNE son espace vital pour une paix de mille ans.

Dr Joseph GOEBBELS.

Les actualités et la presse montrent, à grand renfort de films et de photos, la conquête totale de l'UKRAINE.

HITLER donne l'ordre de prendre MOSCOU.

Sans un jour de repos depuis le début de la campagne, les soldats repartent en chantant sur leurs Panzers pour ce dernier combat. La prise de MOSCOU signifie pour eux la victoire et la fin de la guerre. GOEBBELS et DORIOT se donnent rendez-vous sur la PLACE-ROUGE pour fêter Noël.

Les Anglais, qui aident en matériels les Russes, ont maintenant des observateurs à MOSCOU et nous connaissons une autre vérité par sa radio. Après la saison des fortes pluies de l'automne, l'hiver apparaît brutalement avec moins vingt degrés. Les Allemands sont maintenant à trente-cinq kilomètres de MOSCOU. Trois Armées se rassemblent, avec un énorme matériel, pour lancer l'ultime offensive le cinq Décembre. Ce jour-là, la température tombe à moins quarante degrés. La WEHRMACHT est gelée sur place et ne peut plus exécuter les ordres lancés par HITLER.

Fou de rage, le FÜHRER limoge des Généraux et exige la prise de MOSCOU immédiatement. Pendant ce temps, STALINE fait venir ses troupes d'élite sibériennes stationnées en ASIE. Ces nouvelles troupes fraîches, bien équipées, déclenchent malgré le froid mortel des contre-offensives successives décimant les éléments avancés de la WEHRMACHT. Les pertes en hommes et matériels des Allemands deviennent catastrophiques et HITLER est obligé d'accepter un ordre de retraite.

Son Armée recule d'une centaine de kilomètres et s'enterre en attendant que l'hiver passe. C'est le six Décembre, le thermomètre est descendu à moins cinquante degrés.

 

 

Hier, Sept Décembre 1941, un jour qui restera à jamais marqué d'infamie, les ÉTATS-UNIS ont été l'objet d'une attaque brutale et délibérée.

F.D. ROOSEVELT.

Sept Décembre, attaque surprise de PEARL HARBOR par les Japonais.

La presse et la radio se déchaînent :

"Le grand axe BERLIN, ROME, TOKYO va enfin en terminer une fois pour toute avec la Juiverie internationale".

Peu après, l'Île de WAKE capitule.

Les PHILIPPINES sont envahies et l'Armée Nippone débarque en MALAISIE.

C'est la plus grande invasion que l'on connaît depuis des siècles. Au cinéma, les actualités nous montrent le désastre de la base militaire américaine. Les avions japonais déversent des tonnes de bombes sur le port et la ville. Nous voyons également les accords militaires signés entre les Généraux Japonais et Allemands. L'arrogance de ces visages rigides fige sur l'écran toute la cruauté et la férocité de ces barbares inhumains annonçant l'esclavage, sans espoir, pour le monde si ces monstres deviennent les maîtres.

Cette fois, la prédiction du Général de GAULLE est devenue une réalité.

Le monde entier est en guerre.

Avec la fin de cette deuxième année d'occupation, nous savons maintenant que l’AMÉRIQUE n'est plus neutre et que le miracle de notre délivrance viendra de là.

 

 

Nous avons l'occasion de détruire la FRANCE, elle le sera. Son âme, surtout, nous la pourrirons par nos sourires. Nous guérirons l'EUROPE de cette peste. Wir prellen sie, nous les bernons.

VERCORS - "Le silence de la mer".

1942

Très calme, l'Abbé CARRIOUX alluma sa pipe tranquillement et nous passa son paquet de tabac gris. Lorsqu'il parla, on devina aussitôt que son calme n'était qu'apparent.

- "MARCEL et FERNAND sont venus me voir cette semaine. Ils montent à PARIS pour s'engager à la Légion des Volontaires Français de DORIOT. Je pense qu'ils sont déjà en ALLEMAGNE pour leur formation !".

L'Abbé observa longtemps le silence. Peut-être priait-il pour nos deux camarades ? Ses mains crispées se détendirent un peu.

- "Je n'ai rien pu faire ! Pour eux, je ne suis qu'un prêtre communiste qu'il faudra tôt ou tard éliminer. Je pense qu'il convient, maintenant, de cesser nos réunions pour votre sécurité !".

Sa voix est lasse, malheureuse et son regard au bord des larmes. Nous sommes partis, comme en exil, aussi malheureux que lui.

Dans la rue obscure et vide, les murs lépreux traquent notre génération, avec ses affiches officielles, nous conviant à rejoindre la Légion des Volontaires contre le bolchevisme. D'autres affiches incitent le travail en ALLEMAGNE bien payé, dit l'annonce. Le tout reconnu d'utilité publique par un décret du Gouvernement de VICHY.

La radio dégouline de sermons définitifs sur le devoir d'aider le vainqueur et de faire confiance au Maréchal.

- "Ils gagneront la guerre !, affirment DORIOT et DARNAND, et la FRANCE devra sa survie à ceux qui les auront aidés !".

La littérature collaborationniste, d'un certain talent, détermine des jeunes avides d'un idéal.

- "Pour une FRANCE dans l'EUROPE nouvelle pure et dure !".

La chronique quotidienne de PHILIPPE HENRIOT complète cette attirance dangereuse. Lentement, mais inexorablement, les mots pénètrent certains esprits faibles, déjà influencés dans leur famille ou tout simplement en révolte contre elle. DRIEUX LA ROCHELLE, CÉLINE, BRASILLACH : des maîtres à penser qui enchaînent leur volonté dans un abîme vertigineux ne permettant plus aucune analyse raisonnée. Tel que de porter l'uniforme ennemi.

 

 

 

Nous autres Allemands, nous sommes le peuple des seigneurs (Herrenvolk) pour lequel doivent travailler les autres peuples qui nous serviront de manoeuvres.

Adolf HITLER.

 

Le destin les attend sans doute à ce tournant de leur vie pour les conduire, en aveugle volontaire, vers le sacrifice inutile de leur jeune vie. L'arbitraire inhumain de ce régime nazi expansionnisme d'esclavage, de rapines dans les pays qu'il occupe, la déportation des personnes juives et autres minorités dont on ne connaît pas encore la finalité. L'ALLEMAGNE se donne pour cela autant de mal à dissimuler la face cachée de son régime de terreur que pour mettre en valeur son soi-disant héroïsme à défendre l'EUROPE menacée, selon elle, par les hordes russes. Et, pourtant, le FÜHRER lui-même parle d'abord d'espace vital pour ses colons Allemands.

MARCEL et FERNAND n'ont pu percevoir, dans les hommes de VICHY qu'ils ont choisi, l'ignominie de leurs discours. La totale collaboration avec l'ennemi de notre pays, dont le but réel est d'amener celui-ci à un réservoir d'hommes sous-développés en détruisant sont potentiel intellectuel dont il est jaloux.

Même si la RUSSIE des Soviets va à l'encontre de notre forme de démocratie, la peur de ce régime ne peut faire admettre l'effroyable dictature nazie.

Le vingt Janvier, la Police parisienne prête serment de fidélité au Maréchal PÉTAIN. Pierre PUCHEU, Ministre de l'Intérieur, représente à PARIS le Maréchal.

Cette cérémonie, une de plus, contribue d'abord à édifier le culte du Maréchal, mais permet surtout, au nom de ce serment, de traquer les Résistants et dénoncer les Juifs aux Allemands, en toute bonne conscience, puisqu'on a prêté serment.

 

 

"Je reviendrai !".

Serment du Général MAC-ARTHUR

après la défaite de COOREGIDOR

et de la presqu'île de BATAAN.

La guerre éclair japonaise continue avec des victimes spectaculaires. Les racistes Allemands craignent, finalement, que le grand vainqueur de l’AMÉRIQUE ne soit un peuple de couleur.

Les Jaunes marchent au feu comme à une cérémonie religieuse. C'est la grande croisade où on meurt avec joie pour l'Empereur. Le Lieutenant-Général PERCIVAL doit se rendre après un siège, en règle, à SINGAPOUR. Notre presse présente, avec délectation, la photo de la reddition qui devient le symbole de la plus irrémédiable des défaites de l'Occident.

Puis tombent BORNÉO, MINDANAO, BALI, SUMATRA et toute l’INDONÉSIE Hollandaise et Britannique avec JAVA. Deux grands empires européens, établis depuis trois siècles, sont détruits. C'est la colossale revanche de l'ASIE, des Jaunes sur les Blancs.

Le Général MAC-ARTHUR est rappelé pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi. Avant de partir, il affirme devant ses troupes qu'il abandonne aux Japonais : "Je reviendrai !".

Les informations du vingt-huit Février font état d'un raid britannique sur DIEPPE. Les Allemands affirment avoir détruit les commandos anglais et repoussé le débarquement.

Radio-Londres nous explique, le lendemain, l'importance du raid qui a permis de démonter un radar installé sur la Falaise de BRUNEVAL.

Le vingt-huit Mars, l'opération "CHARIOT" sur SAINT-NAZAIRE prouve que les défenses du REICH ne sont pas invulnérables. Cette action suicide permet aux Anglais de faire sauter l'une des plus importantes bases navales de la KRIEGSMARINE. Un destroyer bourré d'explosifs est échoué malgré les tirs meurtriers de l'adversaire, devant la grande cale sèche du dock principal où a été construit le paquebot NORMANDIE avant la guerre. Après le repli des Forces Britanniques, de nombreux Allemands montés à bord du destroyer échoué disparaîtront dans la formidable explosion du navire. La presse Collabo se contente de nous répéter servilement le communiqué de victoire du REICH.

Car chacun a sa vérité puisque le Maréchal haït les mensonges.

 

 

"PÉTAIN, Ministre de la Guerre en 1934, avait déclaré non dangereux le secteur de SEDAN par lequel s'est infiltré l'ennemi en 1940."

DALADIER ;au procès de RIOM.

Ordonné en Mille Neuf Cent Quarante-et-Un, le procès de RIOM a pour mission de juger les hommes politiques et certains Généraux qui n'ont pas accepté l'Armistice, sur leurs responsabilités, dans la défaite. En réalité, ce sont les Allemands qui veulent faire proclamer, par l'Autorité Française, la responsabilité de la FRANCE dans la guerre. Pressé par le vainqueur, toujours sous le prétexte de préserver notre pays, le Maréchal exige personnellement la détention immédiate, en enceinte fortifiée, des Présidents DALADIER, BLUM, REYNAUD, des Ministres MANDEL et de la Chambre, ainsi que du Général GAMELIN. Les audiences de la Cour commencent le dix-neuf Janvier et la presse est invitée à orienter les esprits sur l'impréparation de la guerre en enlevant à l'Armée toute responsabilité, puisqu'elle n'avait pas les moyens nécessaires de faire une guerre moderne. Mais, les accusés présentent une défense serrée et deviennent finalement les accusateurs de ceux qui les poursuivent. DALADIER produit des chiffres et rappelle qu'en Mille Neuf Cent Trente-Quatre, le Maréchal PÉTAIN, Ministre de la Guerre, a déclaré non dangereux le secteur de SEDAN.

Dans un discours enragé, HITLER reproche au Gouvernement de VICHY d'escamoter la responsabilité de la déclaration de guerre pour ne juger que son manque de préparation.

Il désire un procès politique et, comme d'habitude, ces Français ne lui offrent qu'une pantalonnade ridicule. Le procès est finalement annulé sur ordre d'HITLER. Présenté au début comme celui du siècle par la presse, il s'achève sans conclusion. Les accusés restent cependant en prison, puis livrés à l'ennemi. Les durs de la Collaboration totale ne sont pas satisfaits, espérant des peines de mort pour ces "Sales Républicains". Il fallait juger la "sale affaire déclenchée" et non pas la "sale affaire mal terminée".

Le Treize Décembre Mille Neuf Cent Quarante, le Maréchal avait fait arrêter et mis en résidence surveillée Pierre LAVAL, remplacé le Vingt-Cinq Février Mille Neuf Cent Quarante-et-Un par l'Amiral DARLAN. PÉTAIN ne supportait plus la forte personnalité trouble de son Premier Ministre. Sa collaboration, à tout prix avec le vainqueur, indisposait également certains Ministres et beaucoup de Français. Nous sommes donc surpris, ce Vingt-Six Mars Mille Neuf Cent Quarante-Deux, d'apprendre la rencontre du Maréchal avec LAVAL dans la forêt de RANDOM.

 

 

Je souhaite la victoire de l'ALLEMAGNE

Pierre LAVAL - 18 Avril 1942.

Par des indiscrétions de fonctionnaires à VICHY, nous savons que l'Amiral DARLAN a déplu aux Allemands en autorisant les navires Américains à patrouiller au large des ANTILLES, tout près de la MARTINIQUE et de la GUADELOUPE. Le Vingt Mars, GOERING rencontre LAVAL et, dit-on alors, c'est l'ultimatum.- "Je jugerai, dit HITLER, si la FRANCE préfère l'Armistice des ÉTATS-UNIS ou celle de l'ALLEMAGNE si Pierre LAVAL ne revient pas au Gouvernement Français !".

Le Dix-Huit Avril, PÉTAIN le nomme Chef du Gouvernement et, dans une allocution à la radio, affirme que LAVAL est son ami et qu'il a toute sa confiance. Pierre LAVAL jouit de sa victoire et s'adresse aux Français pour faire l'apologie de sa politique de Collaboration.- "Sans mon retour, des mesures de contraintes vis-à-vis de la FRANCE allaient s'aggraver !".

Pour les Allemands, c'est aussi la victoire. BERLIN rappelle la politique de MONTOIRE et souhaite une épuration intérieure de la FRANCE dans l'intérêt du nouvel ordre européen.

Avec le retour de LAVAL, le Maréchal perd un peu plus de son autorité morale. Les U.S.A. ne lui pardonnent pas d'avoir cédé aux Allemands et rappellent leur ambassadeur : l'Amiral W.D. LEALY.

Ainsi, les derniers liens avec les Alliés sont rompus.

En zone occupée, toutes les Polices du REICH recherchent le Général GIRAUD, évadé le Dix-Sept Avril de la forteresse de KOENIGSTEIN-an-der -Elbe. Sa tête est mise à prix : cent-mille marks. Aidé de deux autres Généraux prisonniers, nous apprendrons qu'il a tressé une corde en cachette, pendant un an, pour descendre la falaise de quarante-cinq mètres qui le sépare de la rue. Grâce à de faux papiers, à sa connaissance de l'allemand, il échappe aux recherches.

- "Ramenez-le mort ou vif !", ordonne le Maréchal KEITEL.

GIRAUD, soixante-trois ans, cinq étoiles, est le plus fort en grade de tous les prisonniers de guerre. Pour LAVAL, GIRAUD est dangereux et il lui demande de se rendre aux Allemands pour éviter des représailles.

- "Je me rendrai si on libère cinq cent-mille prisonniers Français!".

La colère des Allemands augmente à cette proposition et KEITEL donne l'ordre de le liquider physiquement. Le lendemain, le Général GIRAUD rejoint, en secret, l’ALGÉRIE à bord d'un sous-marin.

 

 

L'enjeu de cette guerre est claire pour tous les Français.

C'est l'indépendance ou l'esclavage.

Chacun a le devoir de contribuer à libérer la Patrie par l'écrasement de l'envahisseur.

Manifeste du 23 Juin 1942 —

CHARLES de GAULLE.

Le premier convoi de déportés raciaux quitte la FRANCE pour l'EST. Les Allemands affirment que des camps de travail les attendent en POLOGNE. Dans nos squares, des statues de bronze disparaissent, la collecte du cuivre et du nickel commence.

Rien n'est épargné, même les dessus de nos bars en zinc de nos bougnats iront rejoindre l'effort de guerre de nos vainqueurs. Ceux-ci semblent, maintenant, manquer de matière première et cela nous réjouit.

Une annonce anodine de la presse signale simplement que cinq communistes ont été fusillés à PARIS pour l'assassinat d'une sentinelle allemande. Suite à ce nouveau cas de révolte, la GESTAPO s'installe officiellement dans toute la zone occupée. Le lendemain, un Officier de la WEHRMACHT est abattu dans la station du métro Molitor et pour cela, aussi, le Général S.S. OBERG dirigera, à l'avenir, le Commandement des unités S.S. en FRANCE.

Le Dix-Huit Avril : premier bombardement américain sur TOKYO annoncé par Radio-Londres.

Le Vingt-Sept, la presse signale le raid d'un commando britannique à BOULOGNE-sur-MER.

"Les Petites Ailes", que nous recevons de plus en plus difficilement, affiche la création du mouvement de Résistance et Maquis des francs-tireurs Partisans Français du Parti Communiste clandestin. Ce mouvement semble copié sur les partisans soviétiques que le bulletin "L’HUMANITÉ" a signalé à plusieurs reprises.

Le mot "partisan" viendrait de la retraite de RUSSIE, en 1812. Des Cosaques et des troupes légères dénommées "Partisans" harcelaient les arrières de la grande armée de NAPOLÉON. Les consignes, pour les F.T.P.F., sont d'interdire tout repos à l'Occupant et obliger celui-ci à maintenir des troupes en alerte pour protéger les voies ferrées et les Postes de Commandement.

Autant de soldats indisponibles pour le front de l'EST.

 

En combattant pour défendre leur mode de vie, les RUSSES défendent aussi le nôtre.

Je ne suis pas communiste, mais les communistes ne sont différents de personne et les mères Russes pleurent leurs fils qui meurent pour nos libertés.

CHARLIE CHAPLIN - 1942 -

Après l'échec total de la bataille pour MOSCOU et, malgré la voix arrogante de GOEBBELS affirmant après celle d'HITLER, que la capitale Russe tomberait au printemps, la WEHRMACHT reçoit l'ordre de prendre d'abord la CRIMÉE, le CAUCASE et tout le Sud de la RUSSIE. La nouvelle campagne, de cette année, débute au mois de Mai avec deux-cent quarante divisions comprenant des Hongrois, Roumains, Italiens, Slovaques, Espagnols et Finlandais. Des mortiers de huit-cents millimètres, tirant des obus de quatre tonnes, ont raison de la forteresse de SÉBASTOPOL.

Cent-cinquante mille tués et prisonniers Russes donnent au vainqueur Von MANSTEIN le bâton de Maréchal. Le Général Von PAULUS arrive avec sa quatrième Armée sur la VOLGA à DOUBOUKA.

Son objectif : STALINGRAD qu'il doit conquérir à tout prix. Au début de cette nouvelle bataille, HITLER, dans un long discours reproduit en entier par la presse de VICHY, déclare :- "Les hordes Russes seront, cet été, battues et anéanties !Ce sera l'année des plus longs combats que l'Histoire ait connus et nous remercions la Providence de nous permettre de résister victorieusement à la coalition du marxisme juif et du capitalisme réunis.."

Nous profitons d'un enterrement pour revoir l'Abbé CARRIOUX et sommes persuadés, avec ANDRÉ, qu'il est responsable d'un mouvement de Résistance. L'annonce de la nomination de SAUCKEL, planificateur général pour le recrutement de la main-d'oeuvre, laisse prévoir qu'une action se prépare pour obliger les jeunes à partir en ALLEMAGNE. C'est aussi l'avis de l'Abbé. Sur notre insistance, il accepte de nous recevoir :- "Je suis sûr, nous dit-il, que nous allons vers des événements très durs. Le Maréchal ne contrôle plus la situation et se laisse imposer de plus en plus une politique de Collaboration totale par LAVAL, DARNAND et DORIOT!".

L'année d'Armistice, dirigée par le Général VERNEAU, reste encore un élément sûr et peut, le moment venu, jouer un grand rôle pour la libération du pays. Je connais personnellement le Capitaine SARTOU du Jonchay du Onzième Régiment de Cuirassiers. Un engagement dans cette Armée serait le meilleur moyen d'éviter l'ALLEMAGNE à moyen terme.

 

 

"Toujours au chemin de l'honneur".

Devise du Onzième Régiment de Cuirassiers.

LYON - La Part Dieu - AVRIL 1942.

Notre décision est vite prise ; pour nous, l'Abbé est un homme sans équivoque sur le devoir et sa proposition n'est pas gratuite. C'est certainement le meilleur moyen de préparer la revanche et de nous enrôler pour cela.

Bien que n'ayant pas encore dix-huit ans, notre engagement est accepté et, par ce beau jour de printemps, alors que CHARLES TRÉNET chante à la radio : "La romance de PARIS", nous franchissons la porte de la grande et vieille caserne de LA PART DIEU.

L'accueil est bon enfant, détendu.

Les sous-officiers sont très jeunes et s'adressent à nous, sans autorité excessive. Intégrés au Quatrième Escadron, Deuxième Peloton, l'entraînement sur le terrain se fait à grande vitesse. Exercices, corvées, théories. En trois mois, le Peloton est capable de démonter et remonter les yeux bandés : les mitrailleuses HOTCHKISS, les mortiers BRANDT, le fusil-mitrailleur BRAN, parer à l'attaque d'une arme blanche et jeter le plus loin possible une grenade OF 37. La nuit, plusieurs fois par semaine, c'est la garde d'écurie et pansage.

Ce sont des petits chevaux arabes entiers, difficiles à maîtriser, au début. Les "Classes" sont terminées. Pour sa bonne conduite, le Colonel SCHWARTZ, entouré de son état-major, nous remet la fourragère de la Croix de Guerre que le Onzième Régiment de Cuirassiers a mérité sur le front de 1940.

Puis, ce sont les grandes manoeuvres.

Nous partons camper dans les ALPES pour deux mois. Manoeuvres de nuits et de jours, les Blancs contre les Rouges. C'est l'été, il fait très chaud. Les marches sont épuisantes, mais nous chantons : "Les Allobroges" et "Vous n'aurez pas l'ALSACE et la LORRAINE" avec enthousiasme, heureux de l'effort accompli. Le Capitaine SARTOU DU JONCHAY, nous prépare au pire car, dit-il, un jour, il faudra bien redevenir libre.

Les grandes manoeuvres vont se terminer. Avec ma section, nous sommes arrivés au sommet du Mont REVARD qui domine AIX-LES-BAINS. Le Lieutenant m'assigne un poste d'observation, sur le toit d'une vieille maison abandonnée. Les vieilles tuiles branlantes sont encore recouvertes de rosée. Presqu'au faîte du toit, je glisse et c'est la chute. Je reprends connaissance, à l'Hôpital de CHAMBÉRY, avec une fracture de la cheville et du poignet.

 

 

Nous remplissons notre mission depuis quatorze nuits et quatorze jours. Plus les jours passent, plus ce sera dur, mais ceci n'est pas pour faire peur à la Première Brigade de la France-Libre.

Général KOENIG à BIR-HAKEIM.

Début Juin, la France-Libre a prouvé son courage à BIR-HAKEIM.

Le Général KOENIG dirige alors la Première Brigade des F.F.L. Quatre bataillons groupent des unités d'Infanterie de Marine, des Tirailleurs et la Treizième demi-brigade de Légion Étrangère. Celle-ci, expédiée en NORVÈGE en 1940, a rejoint LONDRES et constitue les premiers éléments des Forces Gaullistes.

Refusant trois ultimatums de ROMMEL, KOENIG permet aux Alliés de renforcer leurs lignes. L'opération "VENEZIA" de l'AFRIKAKORPS a pour objectif la reprise de la ville par tous les moyens. L'artillerie pilonne la position française, en alternance, avec les bombardements des STUKAS. Puis, l'Infanterie allemande attaque, mais les Français-Libres détruisent l'ennemi, chaque fois qu'il se présente. Les munitions s'épuisent, le Général KOENIG reçoit alors l'ordre du Commandement Allié de se replier. Malgré la pression ennemie de plus en plus forte, la majorité de la Brigade réussit à passer. Six-cents Français-Libres tombent morts ou blessés, mais la Première Brigade des F.F.L. n'a pas cédé et remporte ainsi une grande victoire. Dans son Ordre du Jour, le Général ROMMEL reconnaît "qu'une fois de plus, la preuve est faite qu'un chef décidé, le Général KOENIG, peut réaliser des miracles, même si la situation est désespérée".

De LONDRES, le Général de GAULLE fait parvenir un message de félicitations : "Sachez que toute la FRANCE a les yeux fixés sur vous et que vous incarnez sa fierté retrouvée". La presse Vichyste célèbre la victoire des Allemands et méprise les troupes "mercenaires" Françaises sous les ordres d'Officiers "félons" de de GAULLE.

Le Dix-Neuf Août, la presse nous présente comme aussi une grande victoire allemande l'échec d'un débarquement Américano-Anglo- Canadien à DIEPPE. Ce jour-là. Radio-Londres confirme de lourdes pertes, mais affirme qu'il ne s'agissait que d'une opération pour tester le fameux mur de l'ATLANTIQUE.

La revue allemande "SIGNAL" en profite pour accentuer sa propagande de l'invincibilité du "mur". Exagérant sa victoire, elle parle de milliers de morts et prisonniers et montre d'abondantes photos prises après le raid.

 

 

Mieux vaudrait une FRANCE morte que vendue, on pourrait pleurer sur elle, mais la FRANCE qui trahit l'espoir des opprimés nous dérobe jusqu'à nos larmes.

1942 - Pasteur ROLAND de PURY - LYON.

L’Église Catholique accueille favorablement le nouveau pouvoir, se réclamant officiellement de DIEU, après soixante-dix ans de République souvent anticléricale.

En 1942, le retour de LAVAL, l'évolution de l'opinion publique et surtout les persécutions contre les Juifs lui font prendre ses distances. Des Bénédictins se font passeurs pour permettre aux Juifs de rejoindre la zone libre. D'autres religieux frayent un passage vers la SUISSE aux persécutés.

A TOULOUSE, Monseigneur SALIÈGE fait lire, dans ses paroisses, une lettre pastorale dénonçant l'anti-judaïsme et organise une oeuvre d'Assistance permettant de cacher mille cinq-cents enfants.

A LYON, le groupe "AMITIÉS CHRÉTIENNES" réussit à placer des centaines d'enfants dans des familles. Les nazis réclament ces enfants et font arrêter son animateur : l'Abbé CHAILLET. La Communauté Protestante protège aussi des enfants et des centaines de familles. Des prêtres sont arrêtés par la Police Française et fusillés par la GESTAPO pour leur "pro-sémitisme".

Dès cette année, le Treize Mars, le Grand-Rabbin de PARIS déclare :

- "Jamais le Judaïsme ne pourra être assez reconnaissant de tout ce que font pour nous prélats, prêtres, pasteurs, fidèles catholiques et protestants !".

Le Vingt-Sept Mai, Reinhard HEYDRICH, Adjoint de HIMMLER, "protecteur" de la TCHÉCOSLOVAQUIE, est abattu par des Résistants Tchèques à PRAGUE. Pour se venger, des centaines de familles sont fusillées sur son ordre. La réaction du FÜHRER est terrible : cent Tchèques exécutés le lendemain, dix-mille déportés et le village d'un Résistant entièrement brûlé et rasé au bulldozer.