DENIS Raymond
021
Chronique au Royaume de la Plata
EXPÉDITION AUX MALOUINES
NICE - AVRIL 1986
Analyse du témoignage
Guerre des Malouines
Écriture : 1983 - 165 pages
POSTFACE de Michel EL BAZE
Après avoir, très jeune combattu volontairement avec les Français-Libres et expulsé lOccupant de son pays, voici Raymond Denis non plus acteur mais le témoin dune guerre sur lautre continent, une guerre qui apparemment lamuse mais lui laisse, nous laisse à le lire un goût amer tant y apparaît grande la naïveté du peuple et la bêtise des Grands qui nous consterne et nous attriste aussi.
After voluntarily fighting, at a very young age, with the Français-Libres, and having expelled the occupying forces from his country, here we have Raymond Denis, no longer taking part but witnessing a war on another continent, a war which he finds entertaining but leaves him, leaves us with a bitter taste, so great appears to be the naively of the people and the stupidity of the powerful that we view of sadness and dismay.
PRÉFACE de Michel EL BAZE
J ai beaucoup aimé le fond et la forme.
Le style plein dhumeur, très grand siècle, ma rappelé "le roi", chronique où il est aussi question dune guerre.
I have greatly appreciated the form and the substance. The style full of humour, bombastic reminded me of " Le Roi ", a dairy which was also dealing with a war
Jacques F.Gilontin;
Colonel - Paris - 4.10.83
Votre chronique ma vivement intéressé et jai pris un réel plaisir à cette lecture. Limpression que jen retiens est que vous avez été complet. Le ton est bien le vôtre et que lon vous retrouve tout entier dans votre façon de raconter les choses. Votre choix dillustration enfin, est extraordinairement riche. Certaines sont réellement inattendues, drôles et toutes collent très bien au texte.
Your chronicle greatly interested me, and I took a real pleasure in this reading. The impression that I draw is that you have been exhaustive, the tone is indeed yours, and what we find you entirely in the way you have of telling the things. Your choice of pictures at last is extraordinarily rich. Some are really unexpected, funny, and really in keeping with the text.
Philippe Chesnay
Santiago du Chili - 10.10.83
Je me suis tordu de rire à toutes les pages de la chronique au Royaume de Plata. Je vous connaissais un bon trait de plume. Dans ce cas, cest de la férocité à létat brut, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Liconographie et les documents contenus dans le livre sont fantastiques. Et lhistoire de cette guerre imbécile se devait dêtre écrite sur le mode burlesque. Grand merci de mavoir fait ce plaisir dêtre parmi les lecteurs privilégiés de la Chronique.
I shook with laughter at each page of the chronicle of the Kingdom of Plata. I knew you had a good stroke of pen. In that case it is sheer ferocity, for the greatest pleasure of the reader.
The iconography and the documents contained in the book are fantastic, and the account of this stupid war had to be written on a comical note. I thank you so much for giving me this pleasure of being among the happy few readers of your chronicle.
David Mandefield
Londres - 14.10.83
Les trois réflexions que vous venez de lire montrent à lévidence que le récit de Raymond Denis ne laisse pas les lecteurs indifférents.
Tour à tour drôle, sarcastique, délicieusement "bête et méchant". Mais plein de finesse et dintelligence, le témoin visuel et auditif vit sur place les événements avec lacuité de lesprit qui fut déjà le sien lorsque, après son engagement volontaire en 1942 au IIe Régiment de Cuirassiers, il participa, dans la 1ère Division des Français Libres à la Libération de lAlsace et de notre département des Alpes-Maritimes.
Nul doute que celui-là qui avait livré des combats sans merci à Autun, Giromagny, Sewen, Grismagny, en Alsace. Qui avait affronté lAllemand dans le massif de lAuthion et dans la vallée de la Roya, nul doute que celui-là pouvait se permettre de sourire de la bêtise des uns, sinon pleurer sur la meurtrière sottise des autres.
Car en définitive, ce qui domine ce témoignage cest une grande compassion, une tristesse douce et infinie sur le constat renouvelé de limbécillité de lHomme.
The three remarks that you have just read, show plainly that the account made by Raymond Denis does not leave anybody indifferent.
In turn sarcastic, delightfully provocative, but full of finesse, and intelligence, the eye and ear witness live on the spot the events, with the same sharpness of mind as the one he had displayed when after enlisting voluntarily in 1942, in the II Regiment of Cuirassiers, he took part with the First Division of Français Libres (Free French), in the liberation of Alsace and of our Department of Alpes Maritimes.
No doubt that the person who had fought ruthless fights in Autun, Giromagny, Sewen, Grismagny, in Alsace, who had confronted the Germans in the mountains of LAuthion, and in the Valley of Roya, no doubt that this person could afford to smile at the stupidity of some, if not cry on the murderous stupidity of others.
Because eventually what stands out of this testimony is a great compassion, a gentle and boundless sadness on the renewed constatation of the imbecility of man.
Table
Préface 9
Prologue 11 Opération Rosario 15 La victoire du Général-Président 21 Lincident diplomatique 25 Le bonheur de la victoire 31 Jy suis, jy reste !!! 33 Le Comte 35 Les envahisseurs 39 Missi Dominici 45 LUnion Sacrée 51 Le nouveau tango "Malvinas" 55 La Géorgie du sud tombera la première 59 Le "Général Belgrano" 67 Lagonie du "vieilla", vieillard des mers" 73 Le boulet magique 77 Les espions de la C.I.A. 83 Le Docteur Morales 85 Le débarquement 91 Vaisseaux sous la mer 97 Les Gurkhas 103 La dame de fer ne cède pas 107 Le Pape ne fera pas de miracle 113 Les mauvais voisins 119 Premières vérités 125 La dernière attaque 131 La Victoire de Madame Thatcher 135 La révolte des Gauchos 139 Le retour des prisonniers 147 Lhumour anglais 151 Cest pas moi !.. Cest lui !.. 155 La mauvaise foi 161 God save the Queen !.. 169
LA Mémoire
La mémoire : seul bagage incessible
Jacques ATTALI
Prologue
En 1513, deux Portugais, Cristobal de Haro et Nino Manuel découvrent limmense Rio de Plata. Deux ans après, lEspagnol Juan Diez de Solis affirme le découvrir au nom de lEspagne et lui donne son premier nom, "Mar dulce", fleuve de Solis.
Puis, ce fleuve, dont le delta réunit les grandes rivières du Parana et de lUruguay, ramenant sur les fragiles caravelles de Bolivie largent de la montagne Potosi, prend naturellement le nom de Rio de la Plata "Argent".
Charles 1er dEspagne, appelé aussi Charles Quint, empereur dAllemagne, règne à ce moment et cautionne les expéditions pour la découverte du nouveau monde.
Remontant le Rio de la Plata, Pedro de Mendoza débarque avec quelques mercenaires à gauche du fleuve, juste devant le delta. Sur un modeste monticule, "La Boca du Riachelo", il créait la ville de Santa Maria de Buenos Aires, le 3 février 1536.
Ce territoire appartient aux Indiens "Querandies". Pourchassés, ils se révoltent et massacrent la colonie espagnole en détruisant le premier fort, en 1541.
Juan de Garay, qui vient de créer en 1573 la petite ville de Santa Fe sur les bords du Parana, descend le rio et rebâtit au même endroit Buenos Aires, le 11 juin 1580.
La ville bien située devint rapidement la capitale des Provinces Unies, puis du Vice-Royaume de la Plata de la couronne espagnole.
Au sud de la ville, le territoire reste "terra incognita", appartenant aux fières tribus dIndiens Pampas, Puelches et Tehuelches.
Ce nest quen 1879 que les gauchos, sous la conduite du Général Roca, extermineront définitivement les Indiens de ces territoires pour "pacifier" le pays jusquà la Patagonie et la Terre de Feu.
Les guerres Napoléoniennes en Europe chassent le roi dEspagne de son royaume et les Anglais cherchent aussitôt à simplanter sur Buenos Aires, mais sont rejetés hors du rio. Ces difficultés affaiblissent le pays, le Royaume dEspagne et du Portugal et vont faciliter lindépendance de toute lAmérique du Sud.
Le vice-Royaume de la Plata devient la "République Argentine", nom dérivant du latin "argentus", synonyme de la Plata.
Cet immense pays, grand comme cinq fois la France, ouvre ses frontières à limmigration européenne, les Indiens et quelques esclaves noirs ayant été exterminés ou repoussés au Brésil.
Il sagit surtout de main doeuvre blanche et de commerçants car le territoire est partagé en immenses estancias, propriétés exclusives des descendants des conquistadors et de leurs mercenaires. La majorité des gauchos, vachers des estancias, sont des métis; les premiers mercenaires tuaient les Indiens mais se réservaient leurs femmes dont les enfants issus de ces rapts, élevés à la dure, à limage du pays, ce pays soumis au vent glacé du sud contre le vent brûlant du nord, formaient dès le début une main doeuvre docile et bon marché.
Pour sauvegarder leurs privilèges et considérant tout le pays comme leur propriété pour lavoir conquis, les estanciéros vont créer une armée chargée de réprimer les velléités dégalité des immigrants devenus Argentins.
Ce nouveau peuple, dont les racines sont restées en Europe, va cependant créer une classe sociale de haut niveau intellectuel, développer les richesses du Royaume, bâtir des villes, une immense capital et élever les arts dans tous les domaines.
Malheureusement, de tout temps, ces citoyens sérieux ne gouvernent pas.
Les estanciéros, aidés de militaires, garderont le pouvoir et les richesses, approuvés par lautre partie naïve du peuple.
Et les naïfs dans ce royaume sont toujours plus nombreux, ce qui permet aux militaires qui possédaient alors le pouvoir par la force naïve et brutale de supprimer ceux qui oseraient prétendre ne pas lêtre...
"Le principe de la légitimité des États est un concept farfelu et parfaitement inepte.
Il na aucune espèce de fondement juridique.
A la base de tout État, il y a ce fait historique quà un moment donné, une tribu a disposé de haches de pierres plus grosses que celles des tribus voisines, grâces à quoi elle a écrabouillé des dites tribus.
En conséquence, il ressort de la façon la plus claire quaucun des États actuels na la moindre existence juridique."
PL.Sulitzer "le roi vert".
Opération Rosario
Cette année là, en lan de grâce 1982, la fin de lété austral précipita les événements du Royaume. A la fin du mois de mars, alors que le vent du sud, le terrible Pamperos venu de Patagonie et de la Tierra de Fuego, secouait fortement les branches des Ombûs. Les gauchos et péones, mécontents de voir leurs pesos fondre comme neige au soleil, se réunirent sur la Plaza de Mayo pour protester devant la Casa Rosada, palais du gouvernement.
Le señor Galtieri, 5è général porté à la présidence en un an par la junte, fit immédiatement donner la garde pour disperser le peuple. Les carabiniers et archers du Royaume sen donnèrent à coeur joie pour le bastonner sévèrement. Cet événement banal ici marqua cependant le début dune ère désastreuse pour le Royaume. Afin de redorer son blason, le señor général président prépara une surprise dans les trois journées qui suivirent, certain de distraire les esprits malfaisant et dobtenir lenthousiasme de tout son peuple, puisquil sagirait de la mère patrie, si chère aux gauchos!
Le 4è jour au matin, le 2 avril, les gazettes et boîtes à images informèrent avec force détails le royaume tout entier que les Anglais avait été bouté hors des Îles Malvinas, de la Géorgie du sud et des îles sandwich par un fort détachement de vaillantes jeunes recrues envoyées nuitamment pour surprendre ladversaire.
Lopération avait eu lieu peu avant minuit; les troupes de la Plata, formées de 150 commandos, avaient débarqué dans différentes parties des îles. Les 67 archers de sa très gracieuse Majesté du Royaume Uni, après un baroud dhonneur, durent se rendre devant la supériorité en nombre des jeunes et vaillantes recrues et selon les ordres du gouvernement et de son gouverneur Rex Hunt, en place sur les îles.
Port Stanley, la capitale fut investie rapidement par les assaillants venus de toutes parts. Le Général Oswaldo J. Garcia, se présenta alors au gouverneur anglais, pour obtenir sa rédition
Le dialogue resta courtois, le Gouverneur Hunt protesta poliment mais énergiquement devant cette invasion inadmissible et accepta finalement devant la force de quitter les îles avec sa famille, les fonctionnaires et les 67 archers prisonniers.
Des nouvellistes débarqués tôt le matin avec leurs rayons à images fixèrent cet instant pathétique pour la plus grande gloire du Royaume de la Plata.
Très digne, le gouverneur, son excellence Rex Hunt,
revêtu pour la circonstance de son uniforme dapparat
et du bicorne à plumes blanches, embarqua avec sa suite
sur le coche volant de La Plata pour un pays neutre.
La victoire du Général-Président
Lopération baptisée "Rosario" par la Plata, avait parfaitement réussie. Le Président général avait vu juste. Une foule délirante la même qui se fit donner du bâton trois jours avant, se rassembla devant la statue du libertador San Martin, remonta la calle Florida et vient ovationner le Général Galtiéri. Celui-ci attendait sur le grand balcon de la casa Rosada entouré de sa junte, renouvelant le geste auguste dun collègue Général des Gaules pour saluer la Gaule.
Lhymne national explosant de milliers de voix fêlées par la pollution excessive des carosses à vapeur brisa net toute vélléité de contestations antérieures. Lunion sacrée était accomplie
Le grand cri de la victoire
Des larmes de joie et démotion coulaient sur les joues des femmes; les gauchos, rudes, la peau tannée comme le cuir de leurs chevaux, poussaient à intervalle régulier le grand cri de la victoire. Quelques Indiens du temps passé, survivants miraculeux des temps modernes, hochèrent gravement la tête pour saluer la hache de guerre que les hommes blancs venaient de déterrer.
Ainsi, la nouvelle junte militaire affirmait sa force et renvoyait aux Calandes Grecques les mesquines revendications sociales de la Plèbe.
Les boîtes à images, périodistas et diaros illustrèrent abondamment la féroce détermination du nouveau gouverneur de la Plata mis en place sur les îles revenues à la mère patrie.
Un formidable dispositif de défense était monté pour empêcher le retour de la perfide Albion.
Suprême félicité pour le peuple, on vit également quelques lansquenets de sa très gracieuse majesté du Royaume-Uni couchés sur le sol, gardés par de farouches jeunes vaillantes recrues, la visage juvénile barbouillé de noir.
Ces images donnèrent aussitôt lieu à dautres défilés et ovations encore plus fortes devant le sénor général président souriant, tant la vue du vaincu peut griser les peuples faibles.
Lincident diplomatique
En vérité, la préparation de cette invasion avait été décidée dès le 19 mars de la même année.
Le 11 mars, le vaisseau "Bahia Buen Suceso" de la Plata partait de la ville la plus australe du monde, Ushuavia, sur la Terre de Feu, avec 42 gauchos à bord, pour lîle de Géorgie du sud, derrière les îles Malvinas.
Arrivés le 19 mars, les ouvriers gauchos devaient démonter les entrepôts de la Factoria Ballenera appartenant à une société de la Plata.
Lincident diplomatique eut lieu dès le débarquement. En effet, sitôt à terre, le groupe de gauchos éleva un mat avec au sommet le drapeau de la Plata.
Les Anglais eurent connaissance des faits et sur le refus des gauchos de ramener le pavillon de leur pays, les archers du Royaume Uni rembarquèrent séant, les gauchos et leur drapeau sur une frégate de la Royale Navy pour les expulser.
Le Chancelier Anthony Williams ;du Royaume-Uni en la capitale de la Plata protesta énergiquement au nom de sa très gracieuse majesté, auprès des autorités du Royaume de la Plata.
Mal lui en pris, car ces autorités protestèrent encore plus fortement en affirmant la souveraineté de ces îles, de toutes les îles du sud et leur intention irrévocable de défendre à lavenir les gauchos travailleurs sur le sol de la patrie.
"Ceci est dans notre Constitution", déclara hautement devant les gazetiers, le Grand Chancelier Nicamor Costa Mendez, de son Palais San Martin.
Le destin était en marche une fois de plus pour la guerre.
Cet incident venait à point pour les généraux de la junte, il donnait le prétexte à linvasion des îles, "la Reconquista" et détournerait le mécontentement des gauchos et péon sur les conditions difficiles de vie dans le Royaume.
La bandera de la Plata, élevée par les quarante deux gauchos travailleurs, sur le sol de la Géorgie du Sud, débarqués le 19 mars 1982 et expulsés le même jour par les Anglais.
Le bonheur de la victoire
Alors chacun sinstalla dans un bonheur béat de satisfaction en apprenant cette immense victoire sur les anglais. Les drapeaux masquèrent les façades des palais comme celles des chaumières.
Loeil décidé, le macho citadin arborait à la boutonnière les couleurs de la Plata. Le tango se fit plus militaire et les femmes balançaient davantage leur arrière-train en marchant pour se donner une allure martiale. On était des vainqueurs!
Les défilés devinrent quotidiens. Les écoliers en uniforme, les étudiants bien sages, puis les colonies étrangères sauf les Gaulois qui reçurent des menaces pour ne pas participer à lallégresse générale, les associations létales peu nombreuses dans ce pays, les filles perdues avec leurs bébés qui se retrouvaient enfin et même les folles de mai qui, pour un temps, oubliaient leurs chers disparus. Tous acclamaient la victoire en chantant,. Le prix Nobel de la Paix cria très fort "viva la guerra" et un vieux mourut démotion. Cependant, par la télégraphie sans fil, nous apprîmes que sa gracieuse majesté avait donné plein pouvoir à son premier ministre, la terrible "Dame de Fer", Mrs Thatcher, pour relever le gant et donner une leçon à ces rastaquouères maudits.
Le grand chancelier des affaires extérieures du Royaume-Uni pays de son poste de navoir point prévu lincident et fut promptement remplacé, à la grande joie de la Plata qui continuait à compter les points de ses victoires.
Lors dune déclaration solennelle à la chambre des Communes, Margaret Thatcher réaffirma la souveraineté des îles Falkland à la couronne du Royaume.
"Lobjectif du gouvernement est que les îles resteront anglaises. Larmada britannique, représentant la plus grande force navale jamais rassemblée depuis la dernière guerre, partira prochainement pour faire flotter à nouveau et pour toujours lunion Jack sur nos terres".
Dès ce discours très applaudi par lensemble des députés de la Chambre, le señor Général Président Galtieri répondait: "si les Anglais, veulent venir, quils viennent, nous leur présenterons notre armée... nous sommes décidés à détruire et à tuer quiconque touchera un mètre carré de notre Royaume.
Jy suis, jy reste !!!
Rapidement reconstituée à Portsmouth, venue de plusieurs ports dattache du Royaume, linvincible armada mit le cap sur les îles du bout du monde, saluée au départ par le peuple goguenard, sûr de la victoire finale.
LAmiral Woodwart commandait larmada à bord du Vaisseau Amiral Hermès. Le jeune Prince Andrew, fils de sa très Gracieuse Majesté, était à bord.
La durée du voyage était prévue pour un mois, ce qui permettait dentamer séant des pourparlers afin déviter le pire. Le conseiller personnel, ministre dÉtat du Président de la Grande Amérique, général de surcroît, fit exprès le voyage au Royaume de la Plata pour ramener à de plus justes raisons ces excités de machos qui semblaient ne douter de rien en sattaquant au Royaume-Uni.
La réponse fut nette et définitive: "retirez vos troupes des îles, disait le messager, et larmada reviendra à sa base". "Que nenni, répondait la junte; rappelez vous Mac Mahon, jy suis, jy reste!". "Les poitrines de nos assaillants recrues repousseront linvasion colonialiste", répondaient les fiers généraux de la Plata, bien installés dans leur état-major.
Une vaste campagne de publicité, orchestrée par les meilleurs médias, fut entreprise pour faire connaître au peuple ignorant et au monde entier ces rochers caillouteux, recouverts dherbe et de pingouins, battus éternellement par des vents furieux des cinquantièmes rugissants.
Le Comte Louis Antoine de Bougainville
Ces îles portaient trois noms: Falkland, Malouines, et Malvinas. Certains pensaient quil sagissait de trois îles; il nen était rien.
Le Comte Louis-Antoine de Bougainville, navigateur au service du roi des Gaules le bien-aimé Louis XV, commandait la première expédition en 1764, destinée à peupler ces îles. il était convaincu que celle-ci avait été découverte par Vespucio Americo en 1501.
Depuis, la reconnaissance de lArchipel avait été faite par plusieurs navigateurs: Estaban Gomez, pilote dun vaisseau de Magellan en 1520, puis inscrite au répertoire général des îles par lEspagnol Alonso de Santa Cruz en 1541. il y eut ensuite lAnglais John Davis, pilote du navigateur Thomas Covendish en 1594. Richard Hawkins publia une information en 1622 et assura les avoir découvertes en 1594.
Les états généraux de Hollande cautionnèrent une expédition en 1598, dirigée par Jehalos de Waert sur le vaisseau Geloof dont le journal de bord signalait le 14 janvier 1600 avoir découvert trois îles situées à 50° 40 de latitude sud et quil dénomma Îles Zébaldines.
En 1684, lAnglais William Cowwey croit les découvrir et les nomme Îles Pepys. Tous ces navigateurs se limitèrent à voir et indiquer ces îles sans jamais débarquer sur lArchipel.
En février 1690, John Strony découvrait à son tour les îles et le détroit qui les sépare. Au nom du Royaume-Uni, il visite les îles et en lhonneur de son protecteur les baptise Falkland. Cependant, il nexécute aucun acte de possession officiel.
Depuis longtemps déjà, la Gaule fréquentait ces lieux. Les marins de Saint-Malo louvoyaient dans ces zones à la recherche de loups de mer et de baleines, à bord de leur célèbre Cap Hornier.
Sur la décision de la Royale Gauloise, Bougainville entreprenait une expédition sur lArchipel signalée par les pêcheurs Malouins pour créer un établissement de pêche. Il partit de Saint-Malo le 15 septembre 1763 à bord de la frégate "lAigle", suivi de la corvette "le Sphinx". Après escale à Montevideo pour se ravitailler, les deux vaisseaux mirent le cap sur le sud.
Arrivé les premiers jours de février 1764, il explora la grande île orientale et découvrit dabondantes ressources de chasse et de pêche avec quelques indiens Patagons qui acceptèrent leur présence.
Bougainville baptisa les îles "Malouines" en lhonneur des marins pêcheurs de Saint-Malo et décida de créer Port Louis, du nom de son roi.
Le 5 avril eut lieu la cérémonie formelle de prise de possession au nom de la gaule. Plusieurs expéditions furent entreprises par la suite pour apporter aux Malouins installés des renforts en hommes , en vivres et en matériaux de constructions.
Bien installés sur les îles où la pêche et lélevage des moutons assuraient une vie tranquille aux insulaires, ceux-ci furent surpris de découvrir un matin en 1766 un vaisseau à lenseigne de lUnion jack dont les intentions paraissaient menaçantes. lofficier de bord fit savoir aux responsables des îles que lArchipel était britannique, dénommé Falkland et non pas Malouines.
Le célèbre navigateur anglais John Byron confirmait cet avertissement an naviguant aux alentours avec son escadre.
Afin déviter une guerre dont il navait pas les moyens, Louis XV fit remettre les îles au roi dEspagne par Bougainville lui-même, à bord de la frégate royale "la boudeuse". Ces îles prirent alors le nom de "Malvinas", nom hispanisé de Malouines et furent remises au vice-royaume de la Plata lors de son indépendance.
Au siècle suivant, en 1832, la corvette anglaise "Clio" entrait à Port Louis qui devenait "Port Stanley". Le premier gouverneur de la Plata, le señor Louis Vernet, dut fuir avec ses gauchos pêcheurs sur le continent.
Dès cet instant se forma un esprit de revanche que lon inculqua aux nouvelles générations. Les Malvinas étaient devenues une sorte d"Alsace-Lorraine" pour le peuple de la Plata, quil faudrait reconquérir un jour.
Les envahisseurs
Ainsi nous apprenions que les habitants des Malvinas, au nombre de dix huit cents, étaient surnommé "Kelpers", sous-développés selon la version Plata.
Ces éleveurs de moutons avaient plus de sept cent mille ovins qui se partageaient les maigres pâturages des îles.
Leur viande était considérée comme une nourriture de pauvre quun noble Caballero de la Plata ;ne pouvait consommer sans perdre la face. Ils étaient cependant secourus en cas de besoin par les archers volants de la Plata.
Une piste avait été construite à ses frais, ce qui lui permettait de conserver un endroit de droit de regard et de faire aussi du petit commerce.
Dès la reprise des îles, une distribution de boîtes à images à tous les foyers Kelpers eut lieu, à grand renfort de publicité, pour leur apprendre à mieux connaître leurs nouveaux maîtres et les distraire du changement.
Le bon peuple du continent pensait naïvement que la reconnaissance obligerait les Kelpers à accueillir en libérateur ses courageuses et vaillantes recrues.
Un prêtre débarqua en grande pompe pour ramener dans la vérité ces anglicans égarés et bénir ce petit morceau de terre sacrée de la patrie. Des enseignants, que lon disait volontaires, sinstallèrent dans les écoles pour apprendre désormais aux petits Kelpers le Porteno-Castellano, langue officielle de la Plata.
Rien ne fut oublié, même la monnaie nationale, des billets à leffigie du grand libertador San-Martin, aux milliers de pesos fondants, pour remplacer la bonne livre de sa très gracieuse majesté du Royaume-Uni. Des gazetiers arrivèrent, chargés de montrer au pays linstallation des nouvelles autorités et lorganisation Plata mise en place définitivement pour remplacer ladministration anglaise des îles. Tout était fait comme si la victoire était définitive et ne pourrait être remise en cause.
Malgré la bonne volonté des nouvellistes, la population Kelpers apparaissait grave, le visage réprobateur devant les envahisseurs, refusant toute discussion, tout dialogue - "Vous êtes des sujets de 2e ordre pour les Anglais", affirmaient les gazetiers. "Nous sommes Anglais, fiers de lêtre et nous le resterons, comme nous resterons ici, chez nous!", répondaient les Kelpers.
Sur les fenêtres des petits bungalows en couleur de port Stanley étaient affichées des banderoles avec la célèbre devise du Royaume-Uni: "God save the queen!".
Un Kelper accepta finalement dêtre interviewé -"Comprenez donc que ces îles nous appartiennent depuis la découverte des Amériques. Elles ont été volées par les Anglais et par la force en 1832. Il faut que vous ladmettiez une bonne fois. Aujourdhui, nous les avons reprises nous aussi par la force et jamais plus elles ne seront abandonnées ni reprises par dautres", disait le gazetier de la Plata.
"Ceci reste à voir", répondit le Kelper. "Dans quelques semaines, les sourires changeront de camp: votre gouvernement de généraux na absolument aucune connaissance du comportement anglais dans ce genre de situation. Un Anglais ne cède jamais, vous le saurez réellement bientôt et vous serez aussi ridicules dans le monde entier!"
Linterview tourna court, le gazetier entreprit ensuite une pénible dissertation faite de considération personnelle sur lincompréhension de ces Kelpers de seconde zone.
Bien entendu, ce gazetier à la solde de la junte militaire ne pouvait comprendre que les Kelpers préfèrent le Royaume-Uni, sa reine et sa démocratie, sa bonne monnaie aussi à la dictature de la Plata, ses généraux maffiosi, sa monnaie de singe et son manque davenir.
Missi Dominici
Le pays était maintenant installé dans sa victoire guerrière. Personne ne mettant en doute le bon droit de lattaque et le résultat final de la victoire. Si. Un vieil écrivain célèbre, en attente du prix Nobel, fut pris dun doute et pour protester contre la guerre, quelle quen soit la raison, immigre sur lheure au Royaume dEspagne.
Le peuple, lui, pensait quil était sous la protection de la bonne Vierge de Luran qui protégeait le royaume et chacun de ses sujets depuis le massacre des Indiens Pampas. On avait installé sur toutes les places et squares publics une stèle en belles briques rouges avec son effigie pour rappeler au commun des mortels qui ne sen doutait pas, que la Vierge de Luran avait déjà permis de bouter une invasion anglaise en 1806, avant lindépendance.
larmada voguait doucement sur lOcéan, une halte était prévue sur lîle dAscension, à mi-chemin.
Rien ne semblait pressé, on avait le temps. Les Anglais, fair-play, laissaient le temps à la Plata de réfléchir aux conséquences de leur invasion sauvage.
Le grand chancelier de la junte avait envoyé des "Missi dominici" pour quémander aux pays amis une aide morale et un vote massif à lorganisation des États désunis depuis toujours pour condamner lenvoi de larmada et affirmer hautement la propriété des îles de la Plata depuis que lon avait liquidé les Indiens Patagons.
Les vrais amis se firent rares, les traités dassistance comme toujours furent reniés, remplacés par des voeux pieux ou de vagues menaces contre les ennemis de leurs amis.
De son côté, le Royaume-Uni , par lintermédiaire de son nouveau chancelier Lord Pym, obtint laval de toute la communauté des royaumes dEurope pour condamner lagression de la Plata sur les îles.
Ceci alimenta les gazettes locales de furieuses chroniques criant vengeance et forces menaces contre ces pays traités aussitôt de colonialistes. Cependant, un événement surprit; le pays de toutes les Russies et annexes, dont la conception politique était à lopposé du Royaume de la Plata, prit sa défense et proféra selon la coutume de graves menaces en cas de Conflit généralisé.
Le Général Messager de la grande Amérique revint plusieurs fois, passant outre laffront que ces conquistadores aux petits pieds faisaient à sa personne et à son rang de grande puissance en refusant tout dialogue.
LUnion Sacrée
Inexorablement, on saperçut que la majestueuse armada, voguant même lentement, se rapprochait maintenant des îles et chacun à sa façon supputait le jour de son arrivée.
Les esprits séchauffèrent, les défilés redoublèrent dintensité, de cris, de bravades - "Nous mourrons jusquau dernier soldat!", criaient ceux qui ne létaient pas. Les caricatures sur les révistas et périodistas firent leur apparition. Madame le 1er ministre Thatcher apparut en amiral borgne, en vampire aux dents redoutables et même en sorcière dans une danse sabbatique avec balai.
Dans les luxueux salons du Barrio Norte, la société élégante des gauchos de la Plata se rassurait sur lissue de lenjeu.
"Ces Anglais sont des ramollis, ce sont tous des drogués, des pédérastes. Tous ces pays voués à la gauche sont dirigés par des primaires".
Les vieux mots de lautre guerre dEurope ressortaient du vocabulaire. "Ces ploutocraties dEurope sont décadentes". Les belles de la Plata et leurs beaux gauchos oubliaient un peu vite quils étaient habillés, parfumés, roulaient carrosse et même dansaient tout ce quil y a de plus européen.
Létranger de passage sapercevait vite que cette nation était composée dItaliens du sud parlant lespagnol en imitant les Anglais et que son seul souci malgré les couleurs du Royaume à la boutonnière et les défilés était de faire rapidement fortune pour aller vivre en Europe.
Larmée renforça encore ses défenses sur les îles à lapproche de larmada. Chaque nuit, des archers en civil venaient chercher des jeunes recrues pour compléter les effectifs aux Malvinas.
LUnion Sacrée avait rassemblé les ennemis irréductibles de la veille: syndicats proscrits, Péronistes pourchassés, radicaux, communistes et même les Monteneros dont la junte avait fait un carnage en prenant le pouvoir, avaient répondu présent pour la victoire des Malvinas. Les leaders de toute cette opposition honnie de la veille avaient été invités et se rendirent sur les îles, félicitant avec beaucoup dabraso les officiers de la junte pour cette belle victoire.
Les prisons furent ouvertes pour quelques-uns afin de montrer la magnanimité du bon Président Général dans ce moment historique pour le Royaume.
Tout ce qui était Anglais disparut du pays, des noms furent effacés et lon craint un moment que la vindicte populaire sen prenne à la Tour Carillon offerte au siècle dernier par les Anglais.
Le petit peuple souriait de contentement. Avec forces gestes à lappui, il discutait sans fin dans les Confliterias et autour des Assados du dimanche sur la grandeur du pays et la place quil occupait dans le monde des Amériques. Cette place navait rien à voir avec les pays voisins de basse condition où lon avait gardé beaucoup dIndiens et même les Négros, ce qui était un comble!
Ici, on était créole et blanc.
Le nouveau tango "Malvinas"
Dans un grand élan de solidarité, le señor Général Président lança une campagne pour lenvoi de colis aux vaillantes jeunes recrues du front. Vêtements chauds, chocolats, bijoux, pesos affluèrent rapidement, chacun en remettant pour affirmer son patriotisme.
Lorsque la guerre fut terminée, un général fut accusé davoir détourné à son profit le chocolat que lon retrouva en vente dans plusieurs boutiques grâce à la lettre quun enfant avait glissé discrètement dans une tablette.
Un autre général fut traduit en conseil de guerre pour avoir été responsable de nombreux pieds gelés des vaillantes recrues; les bottes fourrées commandées et payées nétaient quun coup fourré, malgré une facture salée.
Ainsi allait la vie dans le Royaume de la Plata, tandis que linvincible armada se rapprochait chaque jour davantage.
Dans la capitale, lautomne dépouillait doucement les arbres fragiles, dautres venus des tropiques au nord restaient verts et les orchidées fleurissaient encore sur leurs arbres sans feuilles. Conscient de sa puissance, de la vaillance de ses valeureuses recrues et de lassurance totale de ses gazettes, le bon peuple vaquait à ses occupations comme à lordinaire en dehors des défilés.
Les longues queues devant les salles à lanternes magiques de la Calle Lavalle témoignaient de la tranquillité desprit de la population laborieuse.
Des petits marchands vendaient à la sauvette des cartes des îles Malvinas, dautres des drapeaux; certains quêtaient pour les jeunes recrues, mais aussi souvent pour eux-mêmes avec le même prétexte
On créa un nouveau tango, "Malvinas pour toujours", qui faisait fureur dans les boîtes à tango du centre et des bas-fonds de la capitale.
Sur Florida, les marchands de musique inondaient lavenue de lhymne nouveau "Malvinas", crée tout spécialement pour cette année historique.
Des femmes se promenaient sur les paseos, la poitrine recouverte du drapeau national, et sur les murs apparaissaient des affiches grossières déclarant les Anglais pirates et sanguinaires.
Là-bas, à des milliers de kilomètres, devant la Tierra de Fuego, lhiver austral avait déjà chassé les grandes baleines bleues. La température baissait chaque nuit un peu plus et la pluie glacée dans la tempête trempait les vaillantes recrues de la tête au pieds.
Tant mieux, disait-on ici, ces cochons dAnglais ne supporteront pas ce froid et sen iront plus vite.
Autour des îles, la mer roulait dénormes vagues qui se brisaient en rugissant sur les côtes.
La Géorgie du sud tombera la première
Le 31 mars, deux jours avant la prise des Malvinas, un petit détachement composé de 22 archers Anglais commandé par un jeune lieutenant avait pour mission de surveiller lîle de Géorgie du sud, après lincident des gauchos travailleurs, expulsés le 19 mars.
Dès la prise des Malvinas, le 3 avril, des vaillantes jeunes recrues débarquaient à Guytviken soutenues par une importante force navale de la Plata. Le jeune lieutenant Anglais et ses archers opposèrent une farouche résistance aux envahisseurs
Deux frelons géants et une corvette des forces de la Plata furent fortement endommagées.
Leurs munitions épuisées et devant le nombre toujours croissant des jeunes vaillantes recrues, les Anglais durent se rendre, lhonneur étant sauvé par leur bravoure.
Lofficier de la Plata recevant les prisonniers sétonna du petit nombre danglais capturés après une telle résistance.
"Dautres viendront, répondit en souriant le lieutenant anglais et cette fois, vous serez vraiment étonné".
Ils arrivèrent très vite.
Les ordres du premier ministre Ms Thatcher étaient justement de libérer en premier la Géorgie du sud.
Alors que lensemble de larmada se trouvait encore très loin des îles, deux commandos des redoutables SAS, Spécial Air Service, dont la devise a depuis longtemps fait ses preuves: "qui ose, gagne", se rapprochèrent sans bruit de lîle à bord du vaisseau lAntrim. Rassurés sur la position éloignée de larmada, les archers de la Plata, relâchaient leur surveillance et dormaient tranquillement cette nuit-là.
Partis de lAntrim, deux frelons géants anglais déposèrent loin du camp adverse les deux commandos SAS sur un glacier de lîle. Le temps très mauvais sétait encore aggravé. La tempête soufflait à pleine force et le froid entourait les hommes dune véritable chape de glace. Les deux frelons géants furent renversés par le vent, mais rien ne pouvait arrêter lenthousiasme guerrier des commandos pour mener à bien lopération commencée.
Sorti dun vaisseau naviguant sous la mer, un troisième commando rejoignit aussi la côte avec des radeaux, malgré la mer démontée.
Le rugissement des vagues sur les rochers atténuait le bruit des petits moteurs sur les radeaux. Le jour se levait et tout était prêt pour laction. Tandis que les commandos cernaient le centre de résistance des vaillantes recrues, les deux frelons géants aperçurent dans le petit port un vieux vaisseau naviguant sous la mer qui venait démerger et appartenant à lennemi. Cétait le "Santa Fe" qui se dirigeait tranquillement vers la sortie du port.
Le pilote Anglais qui commandait le premier frelon amorça une courbe et tira sur la commande du boulet; celui ci frappa aussitôt le vieux submersible qui simmobilisa dans un épais nuage de fumée doù sortait déjà léquipage en détresse.
Les commandos avaient ouvert le feu de toute part. Lengagement ne dura pas car un drapeau blanc, apparut sur le poste de commandement de lÉtat-major Plata.
Lîle de Géorgie du sud venait de tomber sans coup férir, comme autrefois lorsquil suffisait quapparaissent au loin les couleurs de sa très gracieuse majesté.
Selon les grandes traditions des marine royales, le Capitaine Young, commandant lAntrim, reçut à dîner à bord de son vaisseau le malheureux Commandant du "Santa Fe" coulé dans le port.
Le bon peuple de la Plata ne sut rien de cette première défaite et de la reprise aussi rapide de la Géorgie du sud par les Anglais. Les gazettes nen parlèrent que lorsque venue de létranger par la télégraphie sans fil, linformation ne put être occultée plus longtemps. Létonnement de la perte de cette île fut très grand dans le Royaume. La garnison de la Plata, placée pour défendre coûte que coûte lîle, était commandée par un redoutable capitaine de la marine, dénommé le bourreau de Cordoba. Sans doute la junte lavait-elle placé là dans lespoir de le voir tué au combat car ce personnage était devenu gênant.
Le pays des Gaules lui reprochait, preuves en main, davoir fait torturer et disparaître deux de ses religieuses venues soccuper, en accord avec leurs ordres, des villages de misère dans le nord du pays. Un autre Royaume, celui de Suède, laccusait pareillement davoir assassiné tout simplement une de ses jeunes ressortissantes âgée de 17 ans.
Le capitaine, fait prisonnier avec le reste de sa garnison, fut transporté dans la capitale du Royaume-Uni sous bonne garde.
Les pays intéressés demandaient lautorisation de linterroger sur ses crimes abjects, mais ce triste gaucho était prisonnier de guerre.
Il clama très fort quil était sous la protection de la convention de Genève. Ce qui bien entendu nétait pas le cas de ses malheureuses victimes innocentes. Il fut donc rapatrié dans son pays. Les gazettes de la junte militaire sindignèrent de ces basses manoeuvres, dirent-elles, pour discréditer ce noble caballero.
" Nous sommes fiers de ce qui a été fait.
Nous sommes fiers dêtre ici aujourdhui pour saluer nos vainqueurs.
Nous sommes fiers dêtre Britaniques.
Vive la Reine !
Le "God save the Queen" enchaîna, figeant au garde à vous les milliers de spectateurs, comme létaient pour léternité ceux qui nétaient pas revenus.
Le "Général Belgrano"
Le 2 mai, juste un mois après linvasion des îles, naviguant sous la mer, le vaisseau "le Conquéror" de sa très gracieuse majesté suivait la trace dun gros vaisseau ennemi.
Arrivé en éclaireur, il aperçut bien vite dans sa lucarne le croiseur "Général Belgrano", deuxième bâtiment de la Plata.
Depuis trois jours, le Conquéror faisait surface pour renseigner lAmiral commandant larmada, encore à quelques jours de navigation des îles. LAnglais avait aussitôt reconnu le vieux navire antique de quarante quatre ans, vétéran de la guerre du pacifique, rescapé de Pearl Harbor quand il battait le pavillon de la grande Amérique. Depuis, vendu au Royaume de la Plata, il faisait la fierté des 18 amiraux du pays. Fumant de toutes ses cheminées, le grand vaisseau tanguait seul, dun bord à lautre dans le creux des vagues. Ce jour-là, les signaux marins venus du navire amiral donnèrent lordre de le détruire avec seulement deux boulets au leu de sept prévus dans ce cas; afin de permettre aux jeunes marins dévacuer.
Ce fut un tir dexercice; les deux boulets coupèrent littéralement le vieux vaisseau en deux.
Le croiseur "Général Belgrano" disparaissait à jamais dans les flots glacés de lOcéan, entraînant dans sa chute des centaines de jeunes marins étonnés.
Ce fut le premier drame de cette guerre pour le royaume de la Plata.
Brusquement, celui-ci découvrait quau bout des défilés joyeux, il y avait maintenant des morts et que chaque jeune disparu représentait une famille en moins dans lavenir du royaume.
Vraiment, disait-on ici, ces Anglais sont des... Le vocabulaire ordurier des gauchos étant très riche dans ce domaine, les mots ne manquaient pas pour les désigner fortement.
Ce pauvre vaisseau ne menaçait personne, paraît-il , et pour expliquer cette première défaite, ils accusaient la grande Amérique davoir donné lemplacement du croiseur aux Anglais, avec ses trains volants dans lespace car, seuls, ils ne lauraient pas eu.
Chacun persistant toujours à penser que les Anglais ne valaient rien!...
Alors si la grande Amérique trahissant son continent, ses amis de droite, reniant la doctrine de son Président Monroe qui devait repousser toute agression extérieure dans les affaires des Amériques, se mettait à fournir des secrets à ces maudits Anglais, le Royaume de la Plata naurait plus quà demander assistance au grand frère russe pour rétablir léquilibre.
Bien entendu, ce même Royaume de la Plata ne se souvenait plus quà la dernière guerre dEurope et de la Grande Amérique, il avait soutenu longtemps les barbares nazis sans aider franchement la Grande Amérique en guerre et avait accueilli les grands criminels de guerre nazis, contre toutes les lois de justice humaine.
Les anciens de la Plata se souvenaient encore avoir été durement bastonnés Plaza de Mayo pour avoir fêté la libération de Paris, capitale des Gaules lorsque les étudiants en médecine de lépoque, traditionnellement gaulois dans cette discipline, voulurent marquer par un rassemblement pacifique, ce grand jour de liberté.
Lagonie du "vieilla" "vieillard des mers"
Dès le lendemain, les gazettes et boîtes à images relatèrent la traîtrise de lennemi. Ceux-ci avaient attaqué un navire innocent sans lavertir ni lui donner sa chance au combat. Le commandant du croiseur Général Belgrano, Elios Bonzo, échappé à lengloutissement de son navire décrivit devant les nouvellistes laffreuse agonie du vaisseau frappé à mort, senfonçant inexorablement dans locéan. "Jai été fier de chacun de mes marins dans les eaux les plus hostiles du monde; sans le grand esprit de sacrifice et de solidarité, il aurait été impossible de résister au vent de cent vingt kilomètres heures, à langoisse dans une mer déchaînée par des vagues de six mètres.
Le croiseur a coulé par 4000 de fond.
Sur 1042 marins, 780 ont pu être sauvés. Les autres ont "disparu".
Quatre jours plus tard, un navire du pays voisin retrouvait un canot contenant les cadavres gelés de deux marins du "Général Belgrano".
"Le premier boulet a atteint la salle des machines, secouant le navire; trois secondes après, un deuxième boulet lachevait. La coque déchirée, leau remplissait la soute. Sur le pont, la ferraille était incandescente à 95%: vingt minutes après, le Belgrano sinclinait à 90% et senfonçait lentement avec noblesse dans les flots.
Le drapeau de la Plata fut le dernier à disparaître au fond de lOcéan. Puis, un navire est venu. Avant de monter sur le bateau sauveteur, nous avons chanté lhymne national. Ceux qui échappèrent à cet enfer, noublieront jamais leurs camarades transformés en torche vivante basculant dans la mer".
Les descriptions de ces scènes dhorreur furent bien entendu soigneusement cachées par les gazettes du pays qui se contentèrent dannoncer la traîtrise de lennemi et la sauvagerie de la Thatcher, "la dama de Muerte".
Cependant, les témoignages des rescapés revenus au pays provoquèrent une vive émotion. "Les Anglais sont des pirates sanguinaires dont le chef de bande est la Thatcher, son mari la hait, son fils est un drogué et ses ancêtres des brigands, annonçaient les gazettes.
Lestomac noué, des milliers de gauchos entendirent la sonnerie aux morts devant les cercueils des jeunes marins sacrifiés gratuitement pour le bon plaisir de la junte et lorgueil du Général Président qui, cette fois, ne souriait plus.
"La revanche sera terrible car maintenant nous sommes prêts!", annonça le Général Président de la junte.
Il était temps car larmada voyait déjà à loeil nu se découper à lhorizon les premiers rochers couverts de pingouins et de jeunes pingouines, étonnés et surpris de voir arriver tant de nouveaux monstres marins. Larmada séparpilla au large des îles.
Le boulet magique
Au centre, les énormes "porte-coches" volants et les frelons géants avec le vaisseau amiral et les galères modernes transportent les archers de la reine.
Tout autour, les corvettes et les frégates de garde.
Larme secrète de la Plata était un boulet magique auquel on avait donné le nom dun poisson volant, "lexocet".
Comme le poisson, ce boulet magique surgissait de la mer à limproviste et fracassait le plus fort des vaisseaux.
On lavait fait venir à grands frais du pays de la Gaule, en secret bien sûr, pour que la surprise soit totale.
Et elle le fût!
Dans laube grise dune petite ville de Patagonie, une base de coches volants se prépare en silence à venger le désastre du Général Belgrano.
Lescadrille décolle: à sa tête, le coche portant sous ses ailes le boulet magique. Au-dessus de lui, dautres coches prêts à plonger pour le protéger contre lennemi. Les caballeros des coches volants, dun coup de manche à balai, se jettent à lassaut des nuages. Ils grimpent, abandonnant le ras des flots. Puis le coche portant le boulet magique se met à lhorizontale.
Le soleil sortait juste de lOcéan lorsquil aperçut le vaisseau ennemi, le "Sheffield"
Ce petit navire rempli dappareils secrets est bien seul et bien loin de larmada qui la envoyé en éclaireur détecter lennemi.
Les deux cent soixante dix marins qui forment léquipage sont tous à leur poste de combat et en alerte permanente. Ils pensent sans doute, ces marins éveillés, au naufrage vingt quatre heures auparavant du croiseur Belgrano atteint par les deux boulets du vaisseau naviguant sous la mer incendié, coulé, emportant au fond ses jeunes marins de la Plata, dont la plupart navaient pas vingt ans.
De toute façon, lorsquon est jeune, la mort, cest toujours celle des autres. Mais les autres jeunes préparent la vengeance. Le caballero, en quelques secondes, vient de libérer de sa cage le boulet magique.
Un bouton rouge transmet sa route au boulet, la distance et lendroit exact où se trouve le Sheffield.
Le boulet fonce sur sa cible. Celui-ci descend au ras de leau et plus rien ne peut modifier son chemin.
A quelque distance de la coque grise du navire qui se fond dans le gris de la mer, le boulet magique corrige sa trajectoire pour arriver sur le navire, juste au-dessus de la houle.
Les officiers du Sheffield ne voient rien sur leurs boîtes à images; le boulet, pour échapper à lennemi, reste au ras des flots. Un marin de garde sur le pont à peut-être aperçu très rapidement au tout dernier moment le boulet magique surgir de la brume, mais en même temps, cétait le tonnerre de lexplosion et la mort pour ceux qui étaient là.
Sûre maintenant de la victoire, lescadrille de la Plata fait demi-tour et revient à sa base de Patagonie. Le caballero qui a libéré le boulet magique et dont la devise est "tire et tire toi!" chantonne "Malvinas pour toujours". Lorsquil pose son coche, ses camarades lacclament: "le Général Belgrano est vengé! Viva la Plata".
Le choc fut le même au Royaume-Uni que pour le Belgrano de la Plata. Le premier ministre Thatcher apparut à la Chambre des Communes vêtue de noir, le visage sévère devant les députés pour fustiger lindécence de ces gigolos qui se permettaient de saborder un navire de sa très gracieuse majesté. Les gazettes du Royaume-Uni sen prirent à la Gaule pour avoir fourni le boulet magique et critiquèrent durement linventeur de cette diablerie.
La reine nétait plus gracieuse car elle pensait au Prince son fils qui naviguait sur ces eaux lointaines, parmi ces sauvages.
Pour lheure, les deux camp étaient à égalité sur la mer.
Chacun avait son bateau au palmarès de la victoire.
Le monde, informé par la télégraphie sans fil, retenait son souffle dans lattente du troisième combat....
Les espions de la C.I.A
.En la capitale royale de la Plata, lallégresse avait remplacé lamertume du Général Belgrano coulé avec ses jeunes marins.
Une nouvelle vague de défilés, portant allégeance au señor Président à nouveau souriant sur le balcon de la Casa Rosada, déferla de la plaza San Martin à la plaza de Mayo. Chaque banque, dont cétait ici lindustrie la plus féconde, faisait imprimer à ses frais des pages entières sur les gazettes locales, confirmant leur accord total de lhéroïque prise des Malvinas.
Devant le palais San Martin, chancellerie des Affaires Extérieures et du Culte, une foule stationnait en permanence dans lespoir dobtenir quelques nouvelles venues du sud.
Des coches de police arrivaient et repartaient toutes sirènes hurlantes, avec des occupants sérieux au regard lointain.
Des nouvellistes bivouaquaient jour et nuit sur la plaza, tenant toujours prêts leurs rayons à images pour saisir au passage des généraux chamarrés et impassibles se refusant à toute déclaration.
Un incident survint néanmoins: trois gazetiers soupçonnés dêtre des informateurs anglais furent brutalement enlevés et fourrés sans ménagement dans un coche banalisé. On les retrouva le lendemain dans un quartier éloigné, tout nus et couverts de plaies dues au mauvais traitement subi.
Le Docteur Morales
Oscar Morales, docteur en médecine, avait vécu quelques années en Patagonie où il occupait le poste de secrétaire dÉtat Fédéral à la Santé, avec rang de ministre auprès du gouverneur de la Province. Ses obligations lui permirent un jour daller en déplacement sur les îles convoitées. Aussi, connaissant bien ces régions de lextrême sud, il décrivait, devant un public heureux de lentendre, limpossibilité absolue dun débarquement dès lentrée de lhiver.
"Les lobos marinos et autres éléphants de mer ne sy risquent pas eux-mêmes, disait-il, alors vous pensez!, ces pauvres Anglais seront tous engloutis avant de toucher terre".
Cela se sut et les généraux, pour détourner leur responsabilité de cette bavure grossière, firent courir le bruit que cela était dû à des archers secrets venus de la Grande Amérique et dénommés C.I.A., afin de discréditer le Royaume de Plata.
Bien entendu, le bon peuple le crut fermement...
Le général Président de la junte, dans un geste dapaisement, invita les gazetiers à déjeuner à la Casa Rosada.
Ce sont les archers secrets de la C.I.A qui ont fait le coup
.Autour de lui, le cercle dintimes trépignait de joie en entendant ces paroles réconfortantes pour lavenir de leurs îles.
De tempérament efféminé et versatile, Oscar nadmettait pas la contradiction. Dans ce cas, il était pris dune colère sans limite et sans rapport avec limportance du sujet.
Vêtu avec grand soin de chemises de soie, portant dénormes bagues aux pierres précieuses, il évoquait souvent sa maman disparue.
Cependant, un impertinent se permit de lui faire remarquer que, dans les temps modernes où nous vivons, quelques machines diaboliques pourraient permettre ce que la raison nadmettait pas. Oscar devint alors rouge et sa moustache se hérissa comme celle dun lion de mer.
"Comment ? De quelle machine infernale parlez-vous ? Vous oubliez notre boulet magique ? Votre pessimisme fait le jeu de lennemi. Oubliez-vous également les valeureuses jeunes et vaillantes recrues sur place dont lintrépide courage, labnégation de leur propre vie pour la patrie et la volonté compléteront en force les éléments déchaînés pour détruire toute tentative de ces affreux colonialistes de pénétrer sur nos terres ?".
Sa voix vibrait intensément comme celle dun chanteur de tango tragique et sa main droite pressait comme une prière les couleurs de la Plata accrochées à sa boutonnière.
Le ton monta encore. Le pauvre récalcitrant eut droit aux plus dures invectives jamais entendues de sa vie.
Bien quil eût été connu que ses diagnostics en politique étaient aussi mauvais que ses diagnostics médicaux, il convenait de ne point le contrarier et dattendre les événements qui confirmeraient, comme dhabitude, son erreur dappréciation.
Par contre, la majorité des auditeurs était enchantée découter de si réconfortantes nouvelles !...
Le pays tout entier vivait dans ces dispositions, encouragé par les innombrables gazettes rabâchant sans cesse sur un ton péremptoire "Plata no se rinde!".
Le débarquement
Larmada était bien arrivée près des îles Malvinas. La destruction du Sheffield par le boulet magique confirmait sa présence.
le grand Almirante de la Plata fit savoir avec beaucoup dironie que le commandant de larmada, lamiral Woodwart, avait dû saute une dizaine de pages du manuel des batailles navales en envoyant ses frégates dans le canal de San Carlo séparant les îles.
"Nous allons les détruire, bien entendu!", terminait-il avec un large sourire de satisfaction.
En vérité, les Anglais voulaient repérer un coin discret pour débarquer leurs premiers archers sur les îles et ses côtes, longeant le canal naturel, nétaient pas défendues comme le front de mer donnant directement sur locéan.
Dès le lever du jour, les cloches volants de la Plata se ruèrent sur les frégates. LAtlantic Convoyor fut touché mais ne coula pas. Le boulet magique natteignit pas le point vital du vaisseau, trompé par un leurre mis au point par les Anglais contre le diabolique boulet. Il sombra cependant deux jours après, pendant son remorquage, à cause dune tempête.
Le vaisseau qui soutenait les frégates subit aussi de graves dommages par les coches volants déchaînés sur les vaisseaux. Remarqué, il fut coulé par les Anglais, ne pouvant être réparé.
Cependant, la mission était accompli: la position idéale du débarquement trouvée dans la baie, ce dont les tacticiens militaires de la Plata ne se doutèrent pas.
Dès la nuit suivante, les barges anglaises, malgré le creux des vagues impressionnantes et une totale obscurité, parvinrent à débarquer 600 hommes et un nombreux matériel fixant un solide point dappui pour les opérations futures.
Dès le lendemain, avec le jour, force était au gouverneur dadmettre que les Anglais avaient bien débarqué. Toujours dans la foulée de cette première victoire sur les armées adverses, les Anglais avaient repéré un dépôt de munitions à quelques lieues de leur point dappui.
Un groupe darchers de sa très gracieuse majesté sapprocha timidement du dépôt pour tromper ladversaire et, pour plus de sûreté, fit en sorte dêtre repéré par lennemi.
Le doute
Apercevant les Anglais, les vaillantes jeunes recrues, commandant en tête, sélancèrent pour donner la chasse à ces pirates de malheur.
Pendant que le premier groupe éloignait de sa base ennemi, un autre groupe darchers anglais sinfiltrait de lautre côté et fit sauter en toute impunité le dépôt de munitions.
Ensuite, les deux groupes encerclèrent les vaillantes jeunes recrues et leur commandant; cela fit 1200 prisonniers avec des officiers.
Cette habile opération démontra dès le début que les Anglais étaient de rude soldats de métier avec en plus de lhumour et beaucoup de bon sens pour tromper lennemi.
Le Commandant de la Plata, comme le peuple de son royaume, avait sous-estimé lhabileté de ladversaire et le résultat sen faisait rapidement sentir. Les gazettes se gardèrent bien dannoncer ce douloureux événement pour lavenir des îles, lécho nous vint par des voyageurs venus de létranger.
Vaisseaux sous la mer
Après ce coup mémorable des Anglais et leur solide implantation sur les îles, le coches volants de la Plata redoublèrent leurs attaques en kamikaze pour détruire larmada. Mais les Anglais veillaient, la terrible défense de larmada les protégeait.
Par contre, depuis la destruction du croiseur Belgrano, la marine de la Plata était retournée prudemment dans ses ports dattache de Patagonie et de la Terre de Feu, pour se garder des vaisseaux navigant sous la mer, véritable terreur des marins de la Plata. Pourtant le Royaume de la Plata était fier de son immense vaisseau Porte-Coches volant, acheté précisément aux Anglais quelques années auparavant et rebaptisé "25 de Mayo".
Cette date historique rappelle la première révolte des notables du pays, alors Vice-Royaume dEspagne, au Cabildo pour lindépendance.
Si la Plata avait le boulet magique, les Anglais avaient les "vaisseaux sous la mer" dont la puissance avait la force de léclair et une efficacité redoutable.
Aussi bien, aucun navire du Royaume de la Plata nosa plus saventurer sur les eaux et la marine laissa aux deux autres armées le soin de vaincre, en multipliant ses encouragements bien entendu.
Le général Président de la junte et du Royaume-Uni ne pût garder plus longtemps le silence sur ces derniers événements qui finissaient par se savoir.
Il convenait, dans ces tragiques circonstances, de redonner un peu déclat à la première victoire sur la prise des îles du 2 avril et surtout daviver la vindicte du peuple contre ces abominables Anglais.
Le Président nhésita pas à parler en direct dans les boites à images: "caballeros, ne craignez rien, nos forces sont très supérieures sur les îles, 30000 jeunes et vaillantes recrues bien encadrées vont rejeter lenvahisseur à la mer.
"Nos coches volants ont prouvé leur témérité et leur courage dans les premières opérations. Les jours suivants me donneront raison: nous nabandonneront jamais! Arriba! Viva la Plata!"
Cétait très émouvant. Le général Président, qui navait jamais fait la guerre, était couvert de décorations. Il était bien coiffé, le cheveu blond ondulé mais le visage un peu rouge; les méchants prétendaient quil buvait beaucoup comme son prédécesseur le Général Viola que la rumeur publique appelait "vino tinto".
Comme un seul homme, le peuple et la bonne société approuvaient son Président général, imposé dailleurs et non élu.
Les marchands de petits drapeaux et décorations augmentaient leur chiffre daffaires. Si les derniers défilés traînaient un peu les pieds, après le discours, un nouveau souffle fit allonger le pas et crier plus fort: "Plata no se rinde!"
Les Gurkhas
Les gazettes locales nen finissaient plus de citer les victoires. Plusieurs dizaines de bateaux ennemis, avaient été coulés, dont le porte-coches volant, orgueil des Anglais et même le navire amiral quon disait disparu avec son amiral de pacotille.
Ce nétait finalement que par à-coups que nous apprenions ce que faisaient les archers débarqués de lamiral Woodwart sur les îles.
Ainsi, nous apprîmes que deux mille soldats étaient maintenant sur la terre ferme et que plusieurs localités étaient de nouveau entre leurs mains. Les Kelpers libérés, ingrats envers la Plata qui leur avait offert les boîtes à images, se joignaient aux archers anglais et participaient activement au débarquement du matériel.
Par ailleurs, les gazettes étrangères annonçaient avec beaucoup dimages le départ du Royaume-Uni du plus grand vaisseau de luxe portant le nom de la reine, sa très gracieuse majesté. Il avait fallu quelques jours seulement pour le transformer en transport de troupes et porte-frelons géants.
A bord, les fameux Gurkhas pour lassaut final des Malvinas.
Venus du royaume du Népal, les Gurkhas étaient les farouches guerriers opérant à larme blanche et spécialistes des arts martiaux. La légende prétendait que ces abominables hommes des montagnes coupaient sans pitié les parties nobles de leurs ennemis après leur avoir fait subir des violences désapprouvées par la morale chrétienne.
En pensant à cela, Oscar ne put sempêcher de murmurer: "cest malheureux de commencer si bien pour finir si mal!".
Un matin, on apprit la mort du capitaine de corvette anglais très estimé de ses archers et tué au combat.
La version Plata prétendait quun infirmier muni dun drapeau de la Croix-Rouge sétait avancé pour solliciter une trêve afin de ramasser les blessés. Les Anglais auraient continué à tirer.
Les archers de la Plata, bien camouflés dans leur trou individuel pour couvrir linfirmier déclenchèrent aussitôt leur tir, tuant net lofficier anglais sapprochant à découvert de linfirmier.
LÉtat-major; adverse affirme le contraire: un groupe dAnglais avait encerclé un point de résistance de la Plata lorsquun chiffon blanc séleva au dessus du point de défense. Lofficier se redressa pour savancer. La rafale dune arquebuse partit alors du point de résistance sous le drapeau blanc; lofficier touché sauta en lair et retomba déchiqueté par la grenaille. Alors, fous de rage, les archers anglais sélancèrent en hurlant.
Les pauvres jeunes recrues, qui nétaient plus vaillantes, furent les premières victimes de ce mauvais coup car les officiers les avaient abandonnées, fuyant le point de défense par un sentier couvert.
Il ny eut pas de prisonniers ce jour-là.
Mais personne, au royaume de la Plata, ne mettait en doute sa propre version car les Anglais étaient des fourbes, cétait bien connu, selon les affirmations des gauchos et de leurs gauchas.
La dame de fer ne cède pas
Dans la capitale du royaume, on ne parlait ni des morts ni des blessés. Par relation, on savait que les familles étaient chaque jour informées de la mort glorieuse de leurs enfants.
Le docteur Oscar nous raconta avoir visité des blessés aux membres gelés par le froid des îles. "il eût mieux valu quils meurent car maintenant ils seront infirmes", disait-il. Ce qui, au royaume de la Plata, était un lourd handicap.
Lensemble de larmée de terre installée sur les îles, sétait replié dans une base, une place forte, Port Stanley, rebaptisé Port Plata. Ce bastion, hâtivement fortifié de sacs de terre rassemblait presque toutes les vaillantes jeunes recrues avec au centre son général que chacun nommait "la grande gueule".
Ce rassemblement des troupes adverses permit aux Anglais, après quelques combats, denlever les monts Longdon, Two Sisters et Harriet, gardés seulement par quelques jeunes recrues. Ils purent ainsi installer leur base dattaque sur ces collines dominant le camp retranché de lennemi. Les Anglais pensèrent à leur tour que le redoutable général gouverneur de lîle avait lui aussi sauté quelques dizaines de pages du manuel de guerre...
Les archers, canonniers, et obusiers anglais sinstallèrent donc confortablement en attendant les commandos Gurkhas pour lattaque finale de Port Stanley - Plata.
Lattente allait durer quelques jours.
Le transatlantique des milliardaires au nom prestigieux pour les Anglais prenait aussi le temps de faire la moitié du globe pour rejoindre linvincible armada de sa très gracieuse majesté.
Les forces de la Plata avaient épuisé les trois boulets magiques quelles possédaient; deux avaient chacun détruit un vaisseau, le dernier avait été tiré sur lépave dun navire que les Anglais avaient abandonné pour tromper les coches volants.
Le gouvernement du général Président sétait vu refuser par la Gaule de nouveaux boulets. Cela avait tendu immédiatement les relations diplomatiques entre les deux royaumes.
Lorganisation des états désunis siégeait sans désemparer pour trouver une solution et éviter laffrontement final.
Des messagers allaient et venaient en permanence à la Grande Chancellerie du palais San Martin, mais les deux antagonistes restaient sur leur position, sûrs de leur bon droit et de leur force.
Le descendant en ligne directe du Comte de Bougainville arriva des Gaules au royaume de la Plata, porteur de la copie dordonnance royale gardée de son ancêtre, certifiant la propriété des îles au royaume espagnol et par laction de lindépendance, au royaume de la Plata.
Lannonce de la prochaine arrivée des redoutables Gurkhas avait cependant crée une certaine inquiétude à tous les échelons du pays.
Le général ministre de la guerre promettait denvoyer à son tour les terribles montagnards des Andes, métis dIndiens et célèbres lanceurs de couteaux pour contrer ces Gurkhas venus des montagnes de lEverest, au Népal.
Le chancelier des affaires extérieures; eu du Culte alla même jusquau royaume de Cuba embrasser le "barbuco" célèbre pour son antagonisme avec la Grande Amérique et son alliance étroite avec le grand frère Russe. Lentrevue demeura toutefois secrète et aucune nouveauté ne sortit de ce voyage inattendu.
Bien que les gazettes locales aient fait preuve dimagination pour trouver des slogans toujours nouveaux concernant la victoire finale et la Thatcher de plus en plus caricaturée, un certain malaise apparaissait parmi les gauchos les plus irréductibles, car les nouvelles filaient quand même de létranger.
Les nombreux vaisseaux de sa très gracieuse majesté la reine, coulés, continuaient à flotter pour certains.
Le grand amiral de larmada donna de ses bonnes nouvelles: le débarquement avait bien réussi malgré les vaillantes et valeureuses jeunes recrues, lhiver austral et les redondances du général gouverneur.
Et puis, que signifiait ce camp retranché où toutes les jeunes recrues entassées attendaient, alors que lon avait promis dans les boites à images, et le général Président lui-même, de rejeter rapidement les Anglais à la mer?
Le doute sinsinuait lentement dans les esprits.
Le Pape ne fera pas de miracle
Un matin, très tôt, alors que le doux soleil de lautomne réchauffait limmense capitale inquiète, la nouvelle fit leffet dune énorme bombe.
El Papa allait venir au royaume de la Plata.
Cétait le miracle attendu, le bon droit était bien ici puisque le saint Père venait au bout du monde tout spécialement pour les gauchos.
Les vendeurs de diaros sépoumonaient dans les calles et sur les plazas à crier lheureux événement.
Une fièvre mystique sempara du peuple et de son gouvernement.
La guerre passa en second plan. Les hautes administrations semployèrent aussitôt à préparer les différentes cérémonies que lon prévoyait grandiose...
La devise latine "totus tuus" apparut sur chaque devanture de commerçant, en complément des couleurs de la Plata aux boutonnières des gauchos.
Vraiment, lévénement était de taille car dans ce royaume, tout le monde était catholique, même le reliquat dIndiens survivants qui avait finalement ajouté le Dieu des hommes blancs à leurs propres dieux déjà nombreux.
Les hauts dignitaires de léglise, le gouvernement, les grandes chancellerie étrangères, lensemble des généraux et amiraux dont le nombre était très grand, les gauchos de la Pampa sur leurs chevaux, les délégations de chaque province et même le petit peuple, les très pauvres des "villas miseria", étaient, selon leur rang, concernés par le venue du seigneur.
Il arriva.
Par dizaine de milliers, la foule se pressait sur son passage, hurlante de reconnaissance et daffection. Laccueil des autorités du royaume fut à la hauteur de linvité.
Trois jours durant la fièvre de lenthousiasme ne baissa un seul instant. Les cérémonies privées et publiques se succédèrent à un rythme effréné.
Loccasion était belle pour le général président et sa junte de se montrer en public près du Saint Père qui légitimait par sa présence leurs pouvoirs. A la demande du Pape, des promesses furent faites de libérer quelques prisonniers politiques et dinstituer par la suite un gouvernement libéral et élu.
Le señor président général jura quil voulait la paix mais dans lhonneur de la victoire.
Le Pape, lui priait pour la paix même sans la victoire.
Puis le Pape, sen retourna. Près du coche volant qui devait le ramener dans son royaume du Vatican, le foule acclamait une dernière fois, les larmes aux yeux, le représentant de Dieu.
Le général Président, grimaçant dorgueil, tomba à genoux devant le Saint Père pour lui demander sa bénédiction et la victoire aux Malvinas.
La trêve de Dieu était terminée. Là-bas, aux confins de la Terre de Feu et du Cap Horn, dans locéan des baleines, lhiver aux Malvinas devenait encore plus dur.
Le vent hurlant enveloppait de pluie glacée les valeureuses jeunes recrues, immobiles et tremblantes de peur dans leur trou des avant-postes du camp retranché.
Les mauvais voisins
Le "Queen Elizabeth II" de sa très gracieuse majesté rejoignit finalement sans encombre larmada, tout près des îles Falkland.
A bord, les Gurkhas affûtaient leurs longs couteaux et sexerçaient à quelques prises secrètes pour surprendre ladversaire.
ils furent promptement débarqués avec les autres commandos venus aussi en renfort et regroupés sur les collines, en prévision du grand jour.
Les montagnards de la Cordillère des Andes, promis par le général ministre des armées et de la guerre de la Plata, ne purent, eux, rejoindre les vaillantes jeunes recrues; le blocus anglais autour des îles était total.
Cétait le 11 juin.
Maggy Thatcher donna lordre à son commandant en chef dattaquer le 14 juin et de détruire lennemi sil ne se rendait pas.
Une nouvelle attente commença.
Cétait le dernier suspense.
Les coches volants qui restaient donnaient leur dernier baroud dhonneur en prenant de gros risques. Les caballeros aviateurs tombaient au champ dhonneur les uns après les autres.
Dans les églises, les fidèles redoublaient de prières auprès de la Vierge de Luran.
Navait-elle pas déjà sauvé le pays en repoussant la flotte anglaise dans le Rio de la Plata et ses armées mercenaires venues jusque dans la capitale ?
Un Français, Jacques Liniers de Bremond à la solde du roi dEspagne, fut nommé vice-roi de la Plata en 1807 pour avoir repoussé larmada et les troupes du Royaume-Uni en déjouant les ruses de lamiral anglais Sir William Carr Beresford. Trois ans plus tard, le vice-roi Liniers de Bremond est fusillé par les insurgés au nom de lindépendance.
Le bon peuple oublia le courage et ladresse de Jacques Liniers de Bremond. Les autorités remplacèrent celui-ci sur les stèles en brique rouge des places publiques par la bonne Vierge de Luran, protectrice du royaume et qui sauverait encore le pays de la barbarie colonialiste.
Ah! si la Gaule nous envoyait encore des boulets magiques! Mais la politique internationale contrarie toujours la guerre...
Une nouvelle agaça fortement le royaume et ses sujets: on apprit quun frelon géant, sorte de coche volant pouvant rester immobile dans lair, avait été découvert à moitié détruit sur la frontière du pays voisin, le royaume du Chili. Ce frelon portait les couleurs anglaises et ce pays nétait justement pas ami de la Plata.
Les gauchos disaient les Chiliens quils vivaient encore comme des Espagnols pauvres; on les considérait ici comme des sous-développés. Dailleurs, ils avaient été incapables de faire disparaître leurs Indiens, la grande tribu des Mapuchés, seule invaincue de tout le continent Américain.
Plusieurs milliers de ces indigènes vivaient encore dans le sud. Lors de lindépendance due au grand libertador San Martin du pays de la Plata, celui-ci avait traversé à cheval avec ses gauchos la Cordillère des Andes pour chasser les armées espagnoles en déroute jusquau Pacifique. Au Chili, très peu avaient participé à leffort. Par contre, pour le partage des vice-royaumes espagnoles devenus indépendants, le Chili sétait approprié tout le sud, les îles comprises, et jusquà la Terre de Feu qui devait revenir au royaume de la Plata, prétendait-on ici, selon quelques vieux portulans dressés après la colonialisation.
Un plan secret était déjà conçu pour leur reprendre le sud et les îles lorsque loccasion se présenterait. Ce frelon géant anglais avait en vérité débarqué un commando darchers dont la mission était de sinfiltrer à travers les Andes, dans le royaume de la Plata et de détruire au sol les bases de coches volants en Patagonie.
Bien entendu, les Chiliens navaient pas prévenu tout de suite la Plata. Une chasse à lhomme sorganisa dans les villes et les campagnes des territoires du sud.
Chacun dénonçait, au nom du patriotisme sacré, tous les suspects et cela avec entrain. Il y eut beaucoup de bavures là aussi; beaucoup de travailleurs Chiliens des estancias se retrouvèrent en prison comme espions ou complices.
Les forces armées du royaume gardèrent secrète la suite des événements et lon ne sut pas ce quil advint des archers de la reine. Une nouvelle raison venait ainsi de sajouter pour détester encore plus ses mauvais voisins.
Au royaume du Chili, on se moquait ouvertement de ces gauchos menaçants.
Chaque soir dans les cabarets, les artistes chilenos racontaient lhistoire du gaucho-macho qui voulait manger tout le monde et tout le monde riait.
Premières vérités
Durant la journée du 13 juin, les archers anglais, accompagnés de quelques Gurkhas, lancèrent plusieurs patrouilles auprès des avant-postes de la Plata, pour tester la combativité de lennemi. Après quelques tirs, les vaillantes jeunes recrues se sauvèrent à toutes jambes dès leur approche.
Au retour des patrouilles, le commandant anglais décida deffectuer un violent bombardement de ses plus gros boulets à titre davertissement de lattaque finale prévue pour le lendemain.
Il y eut beaucoup de victimes.
La pluie avait cessé; un vent glacial arrivant du pôle balayait sans relâche les îles dans les moindres recoins. Bien habillés darmures chauffantes, les anglais bivouaquaient aux abords de Port Stanley-Plata avec tout le confort dune armée moderne et organisée. Une double ration de whisky fut offerte à la troupe pour la maintenir en forme.
Au vent glacé sajoutait un vent de panique dans port Stanley-Plata, le camp retranché de la Plata.
Le général gouverneur des îles se demandait si ses valeureuses recrues allaient tenir le coup et repousser lenvahisseur. Il commençait sérieusement à en douter. la débandade des avant-postes lui apparut significative. Il communiqua son appréhension par la télégraphie sans fil au commandement suprême installé sur le continent. La réponse fut brève et sans appel. Les jeunes recrues devaient leur position à tout prix et ensuite, par une vigoureuse contre-attaque, rejeter lennemi à la mer.
Évidemment, cela pouvait paraître possible loin des îles, dans un état-major confortable, mais le problème se situait bien dans les îles, face à une véritable armée de métier.
Au rapport, les officiers eurent enfin le courage de démontrer quelques vérités au terrible gouverneur, ce quils navaient jamais osé auparavant. Les jeunes recrues nétaient plus vaillantes, complètement démoralises par le froid intense et le manque de nourriture.
Aucun repas chaud navait été servi depuis 15 jours.
Les uniformes étaient trempés deau glacée depuis le même moment. Des membres gelés étaient signalés par lambulance de campagne. Les munitions ne seraient certainement pas suffisantes si lattaque se prolongeait.
Larrivée des Gurkhas effrayait les plus jeunes et les derniers bombardements par les vaisseaux au large et qui avaient fait de nombreuses victimes terrorisèrent les jeunes recrues.
Dautres part, la population Kelper, visiblement hostile à loccupant, pouvait se retourner contre eux au dernier moment. On était loin maintenant des défilés triomphants dans le port Stanley-Plata, retransmis dans les boites à images pendant plusieurs semaines au début de loccupation des îles, des guerriers farouches que rien ne semblait effrayer et surtout de lironie facile des responsables sur larrivée de larmada et des soi-disant gauchistes, les archers fatigués de la reine.
Le général gouverneur termina le rapport et se recueillit seul pour préparer son ordre du jour. Cet ordre du jour, dont le thème était de relever le moral et regonfler lardeur guerrière des jeunes recrues, le gouverneur le lut avec toute lémotion qui convenait dans ce moment pathétique: "la patrie, vos mères, vos soeurs, vos femmes et fiancées, vos frères vous regardent en ce moment historique!
Vous êtes leur honneur et leur raison de vivre. Vous saurez offrir votre vie sil le faut, comme lont fait nos vaillants aviateurs pour défendre votre pays contre les colonialistes venus dEurope. Le señor général Président attend de vous que chacun fasse son devoir. Vive la patrie! Plata no se rinde!"
Lhistoire des hommes sur la terre est jonchée de ces belles paroles inventées depuis longtemps, reprises à chaque génération, toujours les mêmes pour soulever les enthousiasmes ramollis et permettre à ceux qui vont mourir de le faire en toute connaissance de cause. La télégraphie sans fil retransmit abondamment ce fier discours dit sur le front des troupes à tout le pays.
Chaque foyer le reçut, mais différemment selon quun fils, un père ou un frère étaient sur les îles.
Une longue nuit commençait. La dernière avant le dénouement de cette petite guerre si bien commencée.
Le lendemain 14 juin, lordre de Ms Thatcher serait appliqué à la lettre; les troupes se rendraient ou bien seraient anéanties.
La dernière attaque
Lattaque commença avec laube.
Les éléments naturels, le vent, la pluie, lOcéan sétaient calmés pour laisser sans doute aux hommes leur propre fureur.
Profitant de la nuit, un peu avant lattaque, le Général Moore avait chargé les Gurkhas armés de leurs redoutables Ku Kris, poignards à large lame, de nettoyer les petites collines de Tumbledown, Williams et Wirelers Ridge, dernière protection à lentrée du Port Stanley.
Une minutes après, la dernière ligne de défense devant la ville nexistait plus. Quelques jeunes recrues furent tuées, dautres se rendirent ou se sauvèrent, refusant tout contact avec les Gurkhas.
Aussitôt, lartillerie de la Plata fit envoyer ses plus gros boulets sur la position perdue, tuant ainsi ses propres jeunes recrues avec quelques Anglais.
Des coches volants arrivés de Patagonie vidaient leur soute à munitions sur la mêlée, à basse altitude.
La Riposte intervint aussitôt. Des arquebuses géants cassèrent les coches qui sabattirent en flammes. Venus dautres collines alentour, dautres commandos de Gurkhas sinfiltraient partout, coupant net les têtes des jeunes recrues surpris dans leur trou de tir.
Un officier commandant un groupe de jeunes recrues sélança en criant pour entraîner ses hommes. " Arriba, sus aux angl... " il ne put terminer le mot, le Kukri dun Gurkhas lui trancha la gorge et le groupe derrière lui leva aussitôt les mains pour se rendre.
Un peu partout, aux abords immédiats de la ville, la même scène se reproduisait.
Très vite la situation devint insoutenable pour la Plata. Les pauvres jeunes recrues reculaient, senfuyaient à larrière et refluaient en désordre, prises de panique, vers le centre de la ville.
De son observatoire bien camouflé, le Général gouverneur assistait rageur à la déconfiture de son armée. Il se rendait compte que rien narrêtait les Anglais. Le massacre de ses hommes avait commencé.
Une heure après le début de lattaque, les archers du Royaume-Uni avaient déjà investi le quart de la ville. Le gouverneur réunit ses officiers. Chacun confirma ce que pensait leur chef. Il devenait impossible de résister plus longtemps sans risquer dénormes pertes en vies humaines. Après un bref commentaire, une délégation portant drapeau blanc fit savoir aux Anglais que le gouverneur désirait parlementer.
En tenue de combat, les bottes boueuses, le commandant de la force Anglaise donna son accord pour lentrevue.
Le chef, gouverneur général de la Plata, apparut alors en uniforme impeccable, bottes cirées et loeil mauvais.
La Victoire de Madame Thatcher
Le gouverneur Général Menendez était blême de rage; maintenant, il savait que les Anglais iraient jusquau bout de leur menaces après avoir vu la détermination du Général Moore.
Sa décision fut vite prise.
Devant ses officiers muets, figés au garde-à-vous, il donna lordre de cesser le feu.
" Que chaque combattant laisse son arme et se rende aux forces Anglaises. Jen prends seul la responsabilité! "
Le drapeau blanc fut hissé aussitôt au plus haut du port, alors que le clairon anglais sonnait déjà la charge de la deuxième vague.
Les combats diminuèrent progressivement.
On nentendait plus que les gémissement des blessés et lordre bref des Anglais groupant les prisonniers.
Les armes sétaient tues.
Un énorme troupeau dhommes, désespérés, mains sur la tête, commença à sortir de la ville pour aller sentasser dans les champs alentours sous la garde vigilante des Gurkhas.
Le soleil nétait pas encore couché ce 14 Juin sur les îles redevenues Falkland.
Sur une place sentassaient les armes de défaite remises aux vainqueurs.
La folie du Général Président et de sa junte se terminait à ce moment ainsi que le rêve de victoire de tout un peuple.
Pendant que les milliers de jeunes recrues fatiguées se rendaient, le drapeau de lUnion Jack sélevait au son des cornemuses une nouvelle fois sur Port Stanley.
Les Delpers sortaient de leurs abris pour acclamer les archers de la Reine tandis que les pingouins et pingouines retrouvaient enfin leur territoire sur les côtes.
Le Général Moore télégraphiait au Premier Ministre: " Les Falkland sont rendues aux Kelpers et au Royaume-Uni - Dieu garde la Reine! ".
Alors lombre de la Dame de Fer sétendit sur les îles avec le soleil couchant.
Car cétait avant tout sa propre victoire et ce jour lui appartenait.
Sa détermination de reprendre les îles ne sétait jamais trouvée en défaut.
Elle pouvait ce jour-là savourer le résultat de son intraitable volonté, acclamée par les Londoniens.
La révolte des Gauchos
Dans la capitale, la nouvelle arriva aussi brutalement que les orages du pays. La journée resta cependant calme car tout le peuple chancelait sous ce coup terrible pour son orgueil et sa certitude absolue dêtre le plus fort.
La ville resta muette.
Chacun ressassait en lui-même cette odieuse trahison des militaires. mais vers le soir, alors que le soleil déclinait à lhorizon, la foule silencieuse afflua sur la plaza de Mayo, venue de toutes les calles, avineras et plazas.
Il en venait de partout, dabord à pied puis déversés par les coches à vapeur arrivant des bas quartiers.
Tous avançaient irrésistiblement vers la Casa Rosada qui semblait les attirer comme un aimant.
Les banques et boutiquiers fermaient hâtivement leurs devantures.
Mais déjà, les coches remplis de gardes armés bloquaient lentrée du Palais Rose; des archers en civil encadraient maintenant les premiers arrivés.
La plaza était noire de monde. Les derniers arrivés piétinaient le trottoir défoncé des calles avoisinantes pour se rapprocher encore plus.
Le bruit de milliers de chaussures frappant le sol en marchant sarrêta net. Un cri énorme séleva de la place:
" Trahison! Trahison! "
Des poings sélevèrent vengeurs, puis des pancartes hâtivement illustrées de caricatures odieuses et de phrases ordurières se dressèrent devant le palais.
Limmense rumeur se propageait jusquau Rio de la Plata et percutait les gratte-ciel des années 30, tristes et gris comme le ciel de cette soirée de colère. " Trahison! Trahison! ", le mot enveloppait tout, formant une litanie funèbre et lugubre dans le jour qui fuyait. Le Général Président apparut enfin au balcon en retrait, les mains levées en geste dapaisement.
On apercevait sa mâchoire inférieure en mouvement, mais sa voix était ravalée par le mot qui montait toujours plus haut. Soixante quatorze jours seulement séparaient le premier rendez-vous sur cette même place entre cette même foule et son Président Général. La rapide défaite avait transformé lenthousiasme et la joie en une terrible colère concrétisée par ce mot " Trahison " qui nen finissait plus de sortir des bouches haineuses comme la lave dun volcan.
Le départ du balcon du Général Président donna le signal aux gardes pour ramener à la raison ce troupeau rugissant, refusant la réalité des faits. Les coups se mirent à tomber sec sur les épaules et les visages. La panique commença aux abords immédiats du palais où attaquaient les gardes et gagna rapidement le centre puis les calles avoisinantes. Un mouvement de flux et reflux entraînait malgré elle la foule hurlante de rage. Puis se fut la débandade totale à travers les quartiers aboutissant à la Plaza de Mayo.
Un gaucho roué de coups sur le sol eut le courage daffronter les gardes en criant: " Il est plus facile de taper sur nous que sur les Anglais, hijo de puta! ". Il seffondra, le visage ensanglanté par un dernier coup de matraque sur la bouche pour le faire taire.
Les coches de police se remplissaient de récalcitrants.
La foule se déplaça en courant sur limmense avenue Nueve de Julio, la plus large du monde, jusquà lobélisque en ciment construite pour symboliser la " Libertad ". Mais les gardes du Général Président débouchaient eux aussi de toutes les calles.
Une sombre fureur semblait animer les gardes qui frappaient à tour de bras et poursuivaient les gauchos en fuite.
Un gazetier eut droit au même traitement et se retrouva prisonnier dans un coche grillagé, comme une bête sauvage.
Les confiterias furent envahies pour échapper aux gardes, mais ceux-ci forçaient les portes et rien ne pouvait les arrêter.
Les grenades à fumée piquante explosaient sur les groupes, puis arrivèrent les énormes citernes deau sale pour refouler les derniers manifestants à coup de jet brutal dont la force basculait les hommes sur le sol.
La nuit était déjà bien avancée lorsque les cris et les coups saffaiblirent et finalement stoppèrent lordre régnait à nouveau sur la Plaza de Mayo qui en avait vu bien dautres.
Les gazettes du lendemain, fidèles au Général Président, relatèrent quelques désordres et arrestations. Le responsable étant soi-disant encore un traître qui sétait servi des boîtes à images pour demander à la foule de se réunir Plaza de Mayo. Une enquête était en cours pour démasquer cet abominable terroriste.
La capitulation du redoutable gouverneur et de ses vaillantes jeunes recrues sexpliquait par la trahison de la Grande Amérique qui avait fourni des armes secrète aux Anglais.
Obélisque en ciment symbolisant " la bandera et la libertad " sur lavenue du 9 Juillet, la plus large du monde.
Entre autres, les armures chauffantes permettant aux archers de la Reine de ne pas avoir froid et des arquebuses à longue portée avec boulets incendiaires, ce qui était vraiment abominable.
On racontait également que les Anglais allaient violer toutes les valeureuses jeunes recrues avant de les rendre, ce qui fit regretter à Oscar de ne pas sêtre porté volontaire.
Le retour des prisonniers
Sur les îles, les Anglais étaient bien embarrassés de tant de prisonniers.
Après avoir récupéré toutes les armes et parqué les hommes dans les camps aménagés sommairement, il convenait de faire vite pour les rapatrier sur le continent, car le froid saccentuait encore.
Rien nétait prévu pour nourrir toutes ces jeunes vaillantes recrues au ventre déjà vide depuis plusieurs jours et qui nétaient plus du tout vaillantes.
Le commandant Anglais proposa à la junte, par lintermédiaire dun pays voisin, le royaume de lUruguay, de les ramener directement dans un port du Sud de la Plata, en droite ligne des îles, le plus court chemin par la mer.
La junte opposa un ferme refus: " Ces Anglais veulent accoster à notre port pour nous espionner. " Il fallut plusieurs interventions de hautes autorités mondiales pour lui faire admettre que la raison était avant tout humanitaire pour ses propres soldats.
Les officiers de tout grade étaient gardés sur les îles pour cautionner la bonne marche des opérations.
Ce retour au pays pour les jeunes recrues demanda plusieurs semaines. Les vaisseaux partaient déposer les prisonniers et revenaient en prendre dautres.
Le Canberra coulé par la Plata, ramène une semaine après,
les prisonniers de guerre en Uruguay.
Malgré une propagande insidieuse faite par les gazettes de la capitale, nous apprîmes par quelques jeunes recrues de retour au foyer que les Anglais offraient à leurs prisonniers des vêtements chauds et secs et des repas chauds à bord de leurs vaisseaux pendant le retour. Cependant, un groupe de sous-officiers exaspérés par lattente entraîna plusieurs centaines de jeunes recrues dans les rues de Port Stanley, détruisant tout sur leur passage.
Cétait la révolte du désespoir.
Les archers de la Reine eurent vite fait de ramener ces excités sous bonne garde.
Les Kelpers ne furent vraiment rassurés que lorsque le dernier gaucho eût embarqué.
Quelques temps après, une jeune recrue racontait avec beaucoup de naïveté son aventure aux Malvinas - le manque de nourriture, le froid puis la rédition et le comportement amical des Anglais quand tout fut terminé - et terminait son exposé en disant: " Et cest sur un bateau quon leur avait coulé depuis huit jours que nous avons été ramené chez nous. "
Une gazette locale publia dès le lendemain ce fait incroyable. " Ces pauvres vaillantes jeunes recrues avaient sûrement eu le cerveau dérangé par la férocité des Anglais durant leur brève captivité. "
Larmée ne pouvant accepter une telle vérité arrêta immédiatement la jeune recrue.
Lhumour anglais
Le calme était donc revenu dans la capitale surveillée par les archers en civil contrôlant toute réaction malsaine pour le gouvernement et le Général Président.
Les drapeaux disparurent des balcons et des boutonnières. le peuple murmurait sa rancoeur, attendant sans doute le moment favorable pour faire éclater sa haine de tout ce qui était militaire. Le gazettes au service de la junte ne désarmaient pas, limagination des gazetiers non plus.
Aussi apprenions-nous que le mari de Ms Thatcher était président directeur général des exploitations de moutons des îles Falkland Malvinas, ce qui expliquait lacharnement de sa femme premier ministre à garder les îles contre les intérêts de ces pauvres Kelpers, ignorantes victimes du régime anglais faussement démocratique, bien entendu !
Une nouvelle rumeur fit le tour du Royaume: les nouvellistes annoncèrent que archers et Gurkhas restés sur les îles violaient toutes les femmes Kelpers qui ne pouvaient satisfaire toute cette armée de mercenaires.
Le Royaume-Uni allait seffondrer car les dépenses énormes pour entretenir une armée sur les îles couleraient léconomie du pays. De source sûre, les Anglais avaient avoué que leur victoire nétait quune suite derreurs: dabord, larmada aurait commis de lourdes fautes dans ses calculs dapproche des îles.
LAmiral Sandy Woodwart aurait même reconnu que les archers débarqués se trouvaient à court de munitions. Il ne restait, paraît-il, que six boulets à tirer, les arquebuses étant vides depuis longtemps.
Bien entendu lénorme vaisseau de Reine qui apportait les Gurhkas avait oublié les munitions. Et tout cela était vrai puisque les gazette et boîtes à images le disaient.