Henri FAURE
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011
Etais-je un terroriste ?...
Tome I -
1939 - 1943GUERRE 1939/1945
NICE - Décembre 1985
Analyse du témoignage
Écriture : 1985 - 428 pages
011 - Tome I -1939/1943
012 - Tome II - 1944 - Atterrissages - Parachutages
013 - Tome III - Le Pont de Livron
PRÉFACE MICHEL EL BAZE
Ce témoignage, véritable anthologie des actions d'atterrissages et de parachutages dans les départements de la Drôme et de l'Ardèche, montre, s'il en était besoin, l'intérêt du "témoignage du témoin, acteur actif" d'événements tous extraordinaires dont beaucoup se targuent et que finalement bien peu ont vécu.
Et pour l'Historien, voilà un document dans lequel il pourra puiser et rapprocher d'autres récits qui se veulent véridiques Le récent ouvrage d'un auteur américain ne décrit-il pas la destruction, par lui-même, du fameux Pont de Livron dont on verra ici l'importance sur les voies de repli des armées allemandes de France !
Henri Faure a voulu situer son témoignage dans le cadre historique et donc "coller" sa propre action sur le terrain aux événements extérieurs, de lui immédiatement perçus ou découverts après la guerre.
Ce procédé apporte au lecteur une grande satisfaction, mais, l'Historien pour lequel nous oeuvrons dans cette collection ne retiendra que le vécu, le témoignage de celui qui a fait et qui relate avec sa pleine subjectivité.
Alors notre but sera atteint qui est de permettre au chercheur, non seulement de glaner l'événement mais aussi de fouiller l'âme du combattant.
This testimony, a real anthology of the actions of landing and of parachuting in the department of Drome and Ardèche, shows if need be the interest of the "testimony of the witness, active performer" of events all extraordinary, many boast about, and that finally few experienced.
And for the historian, here is a document in which he will be able to dig and bring together other accounts which claim to be true.
Does not this recent work of an American author describe the destruction by himself of the well known of Livron, whose importance we will see, during the retreat of the German armies from France.
Henri Faure has wanted to set his testimony in the historical context and therefore placed alongside his own actions on the ground and the external events, immediately perceived by him or discovered after the war.
This technique is very satisfactory for the reader, but the historian for whom we work in this collection will only retain the experience, the testimony of he who did the action and relate it in full subjectivity.
We then will have reached our goal, which to allow the researcher, not only to pick up the event, but also to search through the mind of the fighter.
POSTFACE de Michel EL BAZE
Témoin, acteur d'événements tous extraordinaires, Henri Faure les relate avec le souci de la précision, nous faisant vivre notamment de nombreuses opérations de parachutages et d'atterrissages dans les départements de la Drôme et de l'Ardèche qui nous permettent de mieux comprendre ce que fut la Résistance en action sur le terrain.
Le récit est une importante contribution à l'Histoire de la Résistance dans notre pays.
Being a witness, a participant of events, all of them extraordinary, Henri Faure relates them with special care for details, sharing among other things the experience of paradropping and landing operations in the Drome and Ardèche, which gives us a better understanding of what was the action of the Resistance movement on the ground.
This story is an important contribution to the History of Resistance in our country.
AVANT - PROPOS DU TÉMOIN
Je n'ai pas la prétention, dans les lignes qui vont suivre, de faire l'apologie de la Résistance, ni d'écrire son histoire. D'autres l'ont fait avant moi, avec plus ou moins d'exactitude, parfois hélas à travers des récits fantaisistes.
Cependant il me semble que le sujet constitue encore une sorte d'énigme pour beaucoup de Français et particulièrement pour les générations de l'après-guerre. C'est pourquoi je me résous, après quarante années de silence à apporter le témoignage de ma propre expérience, en espérant qu'il contribuera à faire mieux comprendre les motivations qui animèrent ces hommes et ces femmes anonymes que l'on a appelé depuis "les soldats de l'ombre" et qui, pour beaucoup d'entre eux, ont fait de la Résistance comme monsieur Jourdain faisait de la prose.
Pourquoi suis-je devenu un Résistant ? Un terroriste ? Ma réponse est simple : je ne pouvais accepter l'idée que ma patrie fut envahie et mise en esclavage par l'Allemagne avec la complicité de certains Français l'abolition de la République m'était insupportable.
Les personnes qui lisent des livres sur la Résistance Française, qui nous regardent lorsque nous défilons et que nous nous recueillons devant nos monuments commémoratifs, n'imaginent pas comme nous étions jeunes à l'époque elles ne savent pas non plus que sans la jeunesse des années quarante, il n'y aurait pas eu de Résistance. Quand on a de vingt à quarante ans on ne se résigne pas, on n'abandonne pas la patrie sans essayer de sortir de l'abîme.
Dès l'âge de raison on a compris que la vie est un jeu où seuls les lâches crient "Pouce" et où les autres se donnent au combat sans réfléchir.
Maintenant les James Bond, les O.S.S. 117, les espions venus on ne sait d'où, certains récits romancés de ce qu'a pu être notre action, présentent une image de la Résistance qui n'a rien de commun avec ce que nous étions en ce temps-là.
C'est pour cela que je rapporte chronologiquement les faits tels que je les ai vécus, les réactions qu'ils m'ont suscité ainsi que celles de mes amis, sans pour cela prendre position pour ou contre un quelconque parti politique.
Je ne citerai pas les noms des exécuteurs, des traîtres à la patrie. Ce serait leur faire trop d'honneur et en outre cela risquerait de rouvrir des blessures mal cicatrisées ou de porter atteinte à l'honneur et à la mémoire de Français ayant eu une conduite irréprochable. L'anecdote suivante en donnera un exemple frappant : une de mes connaissances était favorable à la Résistance et, malgré ses cinquante ans, cet homme faisait partie des premières équipes de réception des parachutages. Un soir, pendant que nous attendions l'arrivée d'un avion, il me prend à part et m'informe que son fils unique, âgé de vingt ans, vient de s'engager dans la milice malgré l'opposition de toute la famille. Il me demande alors quelle attitude il doit adopter vis-à-vis de lui. Cette révélation me met dans un cruel embarras ! Je lui conseille d'être très prudent dans ses conversations avec son fils. Un mot lâché et c'est la catastrophe. Je lui fais bien comprendre qu'il y va de l'intérêt de la Résistance.
Je relâche peu à peu mes contacts avec lui. Mais au fil des jours, ce fils indigne, attiré sans doute par la facilité de la vie et l'appât du gain, collabore entièrement avec la Gestapo, dénonce et fait arrêter des patriotes.
La Résistance décide alors de son exécution et par un bel après-midi, sa vie se termina au coin d'une rue.
Quelle immense douleur pour le père et la mère lorsqu'ils apprirent la triste fin de leur fils unique abattu par la Résistance à laquelle ils appartiennent. Mais leur désespoir ne leur fit pas perdre la tête, ni même affleurer un désir de vengeance. Sans faiblir ils répondirent aux enquêteurs qu'ils ne se connaissaient aucun ennemi.
A quelque temps de là, je dus reprendre contact avec le père. On avait besoin de ses services.
La rencontre que je redoutais, ne sachant pas très bien quelle contenance prendre, fut pour moi un exemple d'abnégation et de dignité. Venant vers moi dès qu'il m'aperçut, il me tendit franchement la main, serrant fortement la mienne. Les larmes aux yeux, il prononça lentement ces mots : "Il l'a bien cherché ". Puis un court silence suivit. Je le mis au courant de ce que nous attendions de lui. Il accepta aussitôt. Bien que cette opération mit sa situation en danger, il me donna tous les renseignements que je désirais, payant même de sa personne car il vint ouvrir la porte de la cartoucherie nationale dont il assurait le gardiennage à un groupe de Résistants sans se douter que parmi eux se trouvait l'exécuteur de son fils. Heureusement qu'ils s'ignoraient mutuellement et que cette opération s'effectua la nuit et dans un silence absolu.
Ce récit prouve également qu'il faut parfois taire les noms de certains qui pourtant, devraient être au tableau d'honneur de la Résistance. Mais les humbles soldats de l'ombre n'intéressent pas l'Histoire.
In the following lines, I not aim to do a praise of the Resistance movement, nor to write its history. Others did it before me, more or less accurately, sometimes, unfortunately, through fancy stories.
Nevertheless, it seems to me that the subject still represents a kind of enigma for many French people, and particularly for the post-war generations. That's why I have decided after 40 years of silence to bring the testimony of my own experience, hoping that it will contribute to a better understanding of the motivations which prompted those unknown men and women, who were called the "Soldiers of Darkness", and many of whom did some Resistance without even knowing it.
Why have I become a Resistant ? a terrorist ? My answer is easy : I could not put up with the idea of having my country invaded and reduced to slavery by Germany and with the complicity of certain French men, the abolition of the Republic was unbearable to me.
The people who read books about the French Resistance movement, who see us when we parade and when we stand in meditation in front of our war memorials, do not imagine that we were young at the time, and that without the young people of the forties there would not have been any Resistance. When one between twenty and forty years old, one does not give up, does not abandon his homeland without trying to drag it out of the pit. As soon as one comes at the age of discretion, one understands that life is a game, where only the cowards shout "STOP", and where the other devotes themselves fighting without thinking.
Now the James Bond, OSS 117, the spy coming from we do not know where, some fancy stories about our action, convey an image about the Resistance that has nothing in common with what we actually were at that time...
That is why I chronologically relate the facts, just as I experienced them, the reactions they prompted in me, and among my friends, without in any way taking a stand for or against any political party.
I will not quote the names of the executioners, of the traitors to their country,. That would be setting too much store by them, and moreover, it might reopen wounds not completely healed, or to mar the honour and the memory of French people whose behaviour has been spotless.
The following anecdote will give a striking example of that, somebody I knew was in favour of the Resistance and despite the fact that he was fifty, this man was a member of the first teams for the reception of para droppings. One evening while we were waiting for the arrival of a plane, he takes me aside and tells me that his only sons has joined the Militia, despite the opposition of the whole family, he then asks me what his attitude should be towards him, that revelation puts me in a difficult situation !
I advice him to be careful when talking to his son. A single word might escape and it would be a catastrophe. I stress the point that it is in the interest of Resistance.
My contacts with him gets less frequent, but as time goes by, this shameful son, attracted by easy life, and greed collaborates completely with the Gestapo, gives up his fellow citizens and have then arrested.
The Resistance movement then decides of his execution, and one sunny afternoon, his life ended at a street corner.
The pain of the father and the mother was immense when they heard the sad end of their only son shot by the Resistance movement which they belonged to. Their despair did not drive them crazy, nor any feeling of revenge went through their mind. Without faltering they answered to the investigators that they did not know of any personal enemies.
Some time later, I had to get in touch again with the father. We needed his services. This encounter that I dreaded, as I did nit know how to behave was for me an example of abnegation and dignity. He came towards me as soon as he saw me, and put forward his hand, shaking strongly mine. His eyes filled with tears he slowly said to me : "He looked for it..."Then there was a short silence. I informed him of what were expecting from him. He accepted straight away, although this operation was putting his situation in jeopardy, he gave me all the information I needed, involving himself personally, as he came to open the door of the national ammunition store after which he was looking, to a group of Resistants, without knowing that the executioner of his son was among them. Hopefully they did not know each other, and this operation took place at night and in complete silence.
This account shows that it is sometimes necessary to keep quiet the name of some people, who should be, though stand high on the list of the Resistance movement. The humble soldiers of darkness are of no interest for history, though.
AVERTISSEMENT
Tous les faits que je rapporte dans cet ouvrage se sont déroulés dans les départements de la DROME et de l'ARDÈCHE, ou dans d'autres lieux, mais ont toujours eu pour acteurs ou témoins des gens ayant directement participé à la Résistance.
Je m'excuse si j'ai omis de mentionner tel ou tel groupement de Résistance qui a pu exister dans ces deux Départements. Je me suis borné à raconter ce que je connais, à parler des personnes avec qui j'ai été en rapport et des événements auxquels j'ai été mêlé directement ou indirectement. Je sais qu'un grand nombre de patriotes ont accompli du bon travail, dans la discrétion, sans bruit, pour la FRANCE.
Je prie tous ceux qui ont été involontairement oubliés de ne pas s'en formaliser et leur exprime mes regrets de ne pas les avoir connus.
REMERCIEMENTS
Je remercie bien vivement le Colonel René FANGET
et Monsieur LA FICIRELLA conservateur du Musée de la Résistance de VASSIEUX-EN-VERCORS pour les documents, qu'ils ont mis à ma disposition et particulièrement le Journal de Marche du Capitaine Jean RUEFF.
H. F
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LA MEMOIRE
1939-1943
AVANT-GUERRE
LE FRONT POPULAIRE
Pour bien comprendre les racines profondes de l'esprit de Résistance, il est utile de dresser un panorama rapide du climat politique de la FRANCE et du monde dans les années qui ont précédé la guerre, car deux camps étaient déjà en présence et rendaient inéluctables les événements qui ont suivi.
1936.
Les partis de gauche viennent de s'entendre sur un programme commun, pour les élections législatives et constituent le "Front Populaire". Ils obtiennent la majorité à l'Assemblée Nationale; le Gouvernement SARRAUT démissionne et est remplacé par un Gouvernement LEON BLUM le 5 Juin 1936.
Aussitôt la lutte ouvrière se déclenche : grèves, occupations d'usines, le tout se terminant, avec l'appui du Gouvernement, à l'avantage de la classe ouvrière et de tous les salariés qui obtiennent la semaine de quarante heures et les congés payés.
LE TEMPS LIBRE
Désormais tous les travailleurs disposent de la journée du Samedi et se trouvent un peu désorientés ; ils ne savent que faire. Etant dans ce cas, avec plusieurs camarades, nous décidons de créer un "MOTO-CLUB". Le Président en était MATHON (NANO) et j'assurais le Secrétariat. Puis nous créons un club "SKI ET MONTAGNES" dont je fus nommé Président, le Secrétaire étant PERARO (le fils).
Toutes ces précisions peuvent paraître banales mais ont de l'importance pour suivre l'évolution psychologique des personnages que l'on retrouvera dans ce récit et l'enchaînement des circonstances qui ont entraîné ces hommes tranquilles à jouer un rôle actif dans la tragédie de la seconde guerre mondiale.
Le "MOTO-CLUB" comprenait une trentaine d'adhérents provenant de tous les milieux sociaux : P.T.T. ; P.L.M. (chemins de fer PARIS-LYON-MEDITERRANEE). Parmi eux, Louis SAILLANT, ancien camarade d'école qui était Secrétaire de la C.G.T. et qui devint par la suite membre du Conseil National de la Résistance.
Avec ce club, nous avons visité le Département de la DROME et aucune route, aucun chemin, n'avait plus de secret pour nous. Nous connaissions tous les moyens d'accès du VERCORS. I, forêt de LENTE, plateau de COMBOVIN, Col de la VACHERIE. Pour l'ARDECHE ce fut à peu près la même chose et le GERBIER DE JONC, le lac d'ISSARLES, le Col de l'ESCRINET et bien d'autres, firent l'objet de belles randonnées.
Le club "SKI ET MONTAGNE" réunissait une trentaine de membres, en particulier des agents du Service des Téléphones des P.T.T. qui nous rendaient de précieux services en nous donnant, au moment des départs vers les champs de neige, la situation de l'enneigement et de l'état des routes. Parmi eux je citerai BASTIAT France qui fut arrêté et fusillé par les Allemands de la Gestapo en 1944.
Les moyens de transport individuels n'étant pas répandus comme de nos jours, nous effectuions nos déplacements en train ou en car ; de ce fait notre champ d'action était limité et nous allions au plus près de VALENCE, le massif du VERCORS étant à 70 km.
Le 18 Décembre 1937 fut le jour de notre première sortie en car pour la ferme de la prairie d'HERBOUILLY en VERCORS, que le propriétaire M. Alfred ROCHE, avait transformé en une accueillante auberge. (Elle fut en 1944 le P.C. de Jean PREVOST; et détruite par les Allemands en Juillet de cette même année). Quand on y accédait en skis par VILLARS de LANS, on passait obligatoirement par le belvédère qui domine VALCHEVRIERE; celui-ci fut le témoin de combats très durs, livrés par le groupe CHABAL qui n'eut pas un seul survivant. Les nazis détruisirent le petit village à100 %.
D'autres sorties furent organisées au plateau de BEURRE qui domine le Col du ROUSSET (VERCORS). L'accès en car se faisait par les grands goulets et par un itinéraire qui desservait : les BARRAQUES-EN-VERCORS, la CHAPELLE-EN-VERCORS, la BRITIERE (où était installé en 1944, à l'ancienne laiterie, le Centre Radio et de Parachutages du VERCORS (S.A.P.) sous les ordres de Robert BENNES dit "Bob", au lieu-dit le ROUSSET. Entre ces deux villages, à 800 mètres à gauche, se trouve la grotte de "LA LUIRE" qui fut le théâtre d'un affreux massacre par les troupes allemandes lors de l'invasion du VERCORS en Juillet 1944.
Le Col du ROUSSET était le terme de notre transport en car, aussi montions-nous à pieds jusqu'au plateau de BEURRE. A cette époque, il n'y avait pas de remonte-pentes. Au retour, nous retrouvions le chauffeur du car chez "BORDAT", un café installé dans un wagon. Les propriétaires étaient très accueillants et nous servaient d'excellents vins chauds. Ils rendirent d'immenses services à la Résistance et tous les maquisards du VERCORS connaissaient la "MERE BORDAT" qui est devenue légendaire.
LE PACTE GERMANO-SOVIETIQUE
Mais le temps passe. Le Gouvernement de "Front Populaire" connaît des difficultés qu'il ne peut surmonter et démissionne le 27 Juin 1937, il a vécu un an et six mois.
Me souvenant des manifestations qui avaient eu lieu à l'époque de son avènement dans ma bonne ville de VALENCE et qui rassemblaient, pour une population de 45 000 âmes, des dizaines de milliers de manifestants chantant l'INTERNATIONALE, j'avais le sentiment que la Gauche était sérieusement installée en FRANCE et que ses partisans défendaient leur Gouvernement avec autant d'ardeur qu'ils en avaient apporté à son avènement.
Cependant, depuis Janvier 1933, HITLER était devenu le maître de l'ALLEMAGNE, il avait rompu avec la Société des Nations de GENEVE et prenait la liberté de réarmer l'ALLEMAGNE, au mépris des termes du Traité de Versailles sans aucune réaction de la part des autres nations, dont la FRANCE, qui était pourtant la première intéressée.
Les années qui ont suivi m'ont fait comprendre que les rassemblements de masses ne prouvent rien, la chronologie des faits le démontre : le Gouvernement BLUM est remplacé par celui de CHAUTEMP, du 27 Juin 1937 au 18 Mars 1938, jour où il démissionne. De nouveau Léon BLUM prend la direction du Gouvernement mais pas pour longtemps, 28 jours exactement et il démissionne à nouveau le 10 Avril 1938. Il laisse sa place à DALADIER qui forme à son tour un Gouvernement et demande les pleins pouvoirs à la Chambre des Députés élue en 1936, qui les lui accorde à la majorité.
Mais où sont donc les manifestants de 1936 ? La peur du gendarme leur interdit-elle toute réaction ?
Je cherche à en connaître les causes : la RUSSIE Soviétique et l'ALLEMAGNE hitlérienne sont au mieux : l'U.R.S.S. permet l'entraînement des troupes de HITLER en territoire soviétique avec des chars russes. Les conditions de l'Armistice du 11 Novembre 1918 et les conventions signées à GENEVE dans le cadre de la Société des Nations interdisant à l'ALLEMAGNE de posséder une armée, une aviation et une marine de guerre.
Le 19 Août 1939, l'ALLEMAGNE et l'U.R.S.S. signent un accord commercial et financier.
Le 23 Août 1939 signature à MOSCOU d'un pacte d'amitié et de non-agression germano-soviétique, alors que le même jour, HITLER décide avec ses Généraux l'attaque de notre alliée la POLOGNE, avec laquelle nous avons un pacte d'assistance mutuelle.
Le 25 Août 1939, le Gouvernement français rappelle les troupes de couverture du Nord et de l'Est, ainsi que les spécialistes, dont je fais partie.
Le 1er Septembre 1939, à 1 heure 45, les troupes allemandes lancent une offensive générale contre la POLOGNE.
Le 3 Septembre 1939, la FRANCE qui mobilise 6 millions d'hommes et la GRANDE-BRETAGNE, lancent un ultimatum à HITLER pour obtenir le retrait des troupes allemandes de POLOGNE, puis déclarent la guerre à l'ALLEMAGNE.
A la suite de ces événements, il était très difficile au Gouvernement français d'admettre dans le pays un parti allié à HITLER par l'intermédiaire de la RUSSIE, d'où dissolution du Parti Communiste Français, le 26 Septembre 1939.
Cette mesure s'avérait justifiée puisque Maurice THOREZ, membre influent du Parti Communiste, mobilisé à CHAUNY (AISNE), désertait son unité le 6 Octobre 1939 pour rejoindre l'U.R.S.S. alliée de l'ALLEMAGNE. Il fut condamné à mort le 25 Novembre 1939 par le Tribunal Militaire d'AMIENS pour désertion.
1940
LA GUERRE
LA DÉBACLE
Je n'insisterai pas sur la "drôle de guerre" marquée par l'immobilisme de l'armée française, se croyant à l'abri derrière la ligne MAGINOT et la préparation intensive de l'armée allemande. Il ne se passa pratiquement rien sur le plan opérationnel pendant près d'un an. Je ne parlerai donc des péripéties de ma guerre que pour préciser qu'étant à ETOGES (MARNE) le 9 Juin 1940 avec PERARO (le fils) et DURON Emile pour dépanner les chars du groupement PROST-TOULAND, le Lieutenant SEPTIER nous apporta un ordre de repli sur ORBAIE-L'ABBAYE (MARNE) afin de rejoindre le gros de notre unité. Là, nous avons rencontré ECHALLIER, MONET, SIMONET, originaires de LYON.
C'était le commencement des mouvements successifs dénommés par notre Etat-Major en un heureux euphémisme, "Replis Stratégiques" et qui se terminèrent pour nous à CANIAC (LOT) après que fut signé l'Armistice par le Général HUNTZIGER, le 22 Juin 1940 à RETHONDES.
Ici se place un petit fait qui me parut alors de peu d'importance.
Au cours d'un mouvement sur la base de BELABRE (INDRE) le 18 Juin 1940, où nous arrivions dans la nuit, les habitants nous apprennent qu'un Général français dont ils n'ont pas retenu le nom, a lancé un appel à la Résistance sur les ondes de la radio anglaise. Je restais sceptique à cette nouvelle, ayant perdu à peu près toutes mes illusions. Je me remémorais avec amertume la période 1936-1939, la défaite qui se transforma en débâcle militaire d'autant plus douloureuse que l'on nous avait trompé sur nos véritables possibilités. Je me souvenais de ces affiches qui proclamaient : "Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts "ou" Avec notre vieille ferraille nous forgerons l'acier victorieux".
Ce scepticisme est encore conforté quand nous apprenons par ouï-dire dans notre cantonnement que la flotte anglaise de la MEDITERRANEE a demandé à une partie de la flotte française mouillée en rade de MERS-EL-KEBIR de rejoindre les ports britanniques et que devant notre refus les marins anglais n'ont pas hésité à ouvrir le feu sur nos unités, le 3 Juillet 1940, causant de nombreuses victimes parmi les équipages.
C'est du village de VERS (LOT) que le 8 Juillet 1940, je fus démobilisé et selon l'expression consacrée, renvoyé dans mes foyers.
Avec angoisse ma famille attendait de mes nouvelles. Elle était dans l'ignorance de ma situation depuis deux mois et toutes les suppositions étaient possibles. Aussi, c'est avec soulagement qu'elle me vit arriver.
Je repris peu à peu contact avec la vie civile. On ne parlait que de cette drôle de guerre, des absents, dont on se demandait ce qu'ils étaient devenus : étaient-ils prisonniers ? Etaient-ils morts ? Au fur et à mesure que les jours passaient, beaucoup de familles voyaient leurs espoirs s'évanouir.
Je m'informais de tous mes amis, aucun d'eux n'avait été fait prisonnier. Ils étaient tous rentrés sains et saufs et lorsque nous nous rencontrions, nous parlions de l'ALLEMAGNE victorieuse. Que va-t-elle nous imposer ? Quelle sera la réaction du Gouvernement de VICHY ? Certains bénissaient PETAIN d'avoir mis fin à cette guerre !
Les réponses à toutes ces questions n'allaient malheureusement pas tarder à être connues.
Pendant que se déroulait notre "repli stratégique", la FRANCE avait vécu de durs moments historiques. Devant la poussée irrésistible de l'armée allemande en direction de PARIS, le Gouvernement Paul REYNAUD abandonna la capitale pour se réfugier, le 10 Juin 1940 à TOURS. C'est alors que profitant de notre défaite, l'ITALIE nous déclarait la guerre ce même jour.
Le 12 Juin, le Général WEYGAND déclarait PARIS ville ouverte afin d'éviter une destruction inutile et dans la soirée du 13 Juin les unités allemandes atteignaient PANTIN, AUBERVILLIERS et BONDY.
Le Général allemand Von STUTNITZ établit son Quartier Général à l'hôtel "GRILLON" à PARIS, sur lequel flottait le drapeau à croix gammée, amer symbole d'une réalité que les passants avaient encore du mal à admettre, tant elle était pour eux surprenante et inexplicable. C'est là qu'il convoqua le Général DENTZ, Gouverneur Militaire de PARIS, lui ordonnant de se présenter devant lui le 14 Juin à 16 heures.
Le Gouvernement PAUL REYNAUD devant une telle situation remet sa démission au Président de la République Albert LEBRUN le 16 Juin 1940 à 20 heures. Celui-ci convoque alors le Maréchal PETAIN et lui demande de former un nouveau Gouvernement. Son passé militaire glorieux, son autorité morale, le désignaient en effet comme le seul à pouvoir représenter la FRANCE dans la dignité et en imposant à l'ennemi un certain respect. PETAIN présente donc au Président de la République la liste des membres de son Gouvernement (elle était toute prête). Le choix des Ministres ne satisfait pas entièrement le Président mais après quelques retouches il signera le décret de nomination.
Mais la politique ne perd pas ses droits.
Maurice TREAND, membre du Comité Central du Parti Communiste Français, responsable de la formation des cadres, rentre à PARIS occupé, venant de LILLE où il a appris que le quotidien communiste belge "LA VOIX DU PEUPLE" reparaît à BRUXELLES avec l'autorisation de l'Allemand. Il charge aussitôt deux militantes du Parti, Mesdames GINOLLIN et SCHORD;, d'entrer en rapport avec la Kommandantur de PARIS afin de faire reparaître le journal du Parti Communiste Français, "L'HUMANITE". Le 18 Juin 1940, alors que le Général DE GAULLE lançait son appel à la Résistance sur les ondes de la Radio de Londres, ces deux émissaires ont une entrevue avec le Lieutenant allemand WEBER chargé du Service de la Presse qui se déclare d'accord et demande même que "L'HUMANITE" paraisse le plus tôt possible.
Immédiatement la rédaction du Parti Communiste s'affaire, madame GINOLIN alerte l'imprimeur habituel de l'HUMANITE, monsieur DANGON Rue Montmartre à PARIS et lui verse un acompte de 50 000 F.
Le 20 Juin à 20 h 30, mesdames GINOLIN et SCHORD rencontrent près du métro SAINT-MARTIN, Maurice TREAND qui leur remet la copie pour le premier numéro mais une rafle de la Police française arrête les trois militants. On trouve sur eux les preuves indiscutables de l'action qu'ils mènent pour la publication de l'HUMANITE et en vertu des décrets d'Août et Septembre 1939 portant sur la dissolution du Parti Communiste et l'interdiction de la parution du journal, les autorités françaises les inculpent et les écrouent le 22 Juin 1940.
Sur l'intervention des autorités allemandes, ils sont libérés trois jours après. A sa sortie de prison, Maurice TREAND, aidé par Jean CATELAS du Comité Central du Parti et de l'avocat Robert FOISSIN, membre du Parti, adressent une lettre au Conseiller d'Etat TURNER dans laquelle on relève les termes suivants :
" Nous avons été les seuls à nous dresser contre la guerre à demander la paix, à une heure où il y avait quelque danger à le faire, l'HUMANITE, publiée par nous, se fixait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion de paix durables "
L'ARMISTICE
La FRANCE, écrasée par les armées allemandes est à la merci du 3ème Reich, elle demande le cessez-le-feu.
Le 22 Juin 1940, Adolf HITLER veut que les conditions d'Armistice soient dictées à la Clairière de RETHONDES, sur les lieux mêmes où l'ALLEMAGNE s'est humiliée en 1918.
Là, les Plénipotentiaires français, conduits par le Général HUNTZIGER, prennent connaissance des conditions d'Armistice qui, en plus des considérations d'ordre militaire, imposent une "ligne de démarcation" qui coupe la FRANCE en deux parties, l'une dite "Zone Occupée" sous l'autorité allemande, l'autre "Zone Libre" représentant les 2/5ème de notre territoire, où le Gouvernement français doit conserver théoriquement son autorité. Cette ligne comporte des points de passage officiels, strictement contrôlés, que l'on ne pourra franchir qu'avec un "Ausweiss" (laissez-passer), délivré uniquement par les autorités allemandes.
Le cessez-le-feu est fixé au 25 Juin 1940 à 0h 35.
Alors que pour beaucoup tout semble joué, le Général DE GAULLE, tragiquement seul, s'efforce de rassembler les Français qui se trouvent en GRANDE-BRETAGNE. Pour lui, perdre une bataille n'est pas perdre la guerre, et il va mener son entreprise avec la foi et l'opiniâtreté que l'on sait.
Des bâtiments de FORCES NAVALES FRANÇAISES ont rejoint les ports anglais. L'Amiral MUSELIER qui les commande propose au Général DE GAULLE de leur attribuer comme pavillon, un drapeau bleu, blanc, rouge frappé d'une Croix de Lorraine qui deviendra par la suite l'emblème des FORCES FRANÇAISES LIBRES et de la RESISTANCE.
Pendant ce temps en FRANCE, le Président Albert LEBRUN convoque les deux Assemblées, la Chambre des Députés et le Sénat afin de réviser les lois constitutionnelles.
L'ARRIVEE AU POUVOIR DU MARECHAL
Les Parlementaires qui répondent à cet appel se réunissent à VICHY le 10 Juillet 1940 en "Assemblée Nationale" et au terme d'atermoiements, de pressions, de discussions et de marchandages de couloirs, il se trouve une majorité de 569 voix contre 80 et 17 abstentions pour accorder les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN, l'autorisant à promulguer par un ou plusieurs décrets la Nouvelle Constitution de l'Etat Français. On ne parle déjà plus de République.
Ce même jour, le Parti Communiste, sous la signature de Maurice THOREZ et de Jacques DUCLOS lance un appel dont il existe deux versions, ce qui provoque beaucoup de discussions à propos des mots ajoutés ou retranchés.
Dès le lendemain, ce qui montre bien que rien n'était improvisé, le Maréchal PETAIN, en vertu des pouvoirs qui lui ont été attribués promulgue trois actes officiels dont le premier décrète :
" Nous Philippe PETAIN, Maréchal de FRANCE, Chef de l'Etat Français déclarons assumer les fonctions de Chef d'Etat, ajournons sine-die le Sénat et la Chambre des Députés qui ne pourront plus se réunir que sous notre convocation".
Pierre LAVAL était nommé Vice-Président-Successeur.
De façon inattendue, le second acte restituait le monastère de la Grande CHARTREUSE (dans le massif du même nom près de GRENOBLE) à ses légitimes occupants, les moines chartreux. Le Gouvernement du Front Populaire les en avait dépossédés.
Dans ce nouveau régime, le Président légitime de la République Française, Albert LEBRUN qui réside au Pavillon SEVIGNE à PARIS n'a plus sa place. PETAIN le met devant le fait accompli le 13 Juillet 1940.
C'est également en cette veille de la Fête Nationale que "L'HUMANITE" qui reparaît clandestinement publie un article consacré à la "Fraternité Franco-Allemande" On peut y lire :
" Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient et nous en sommes heureux".
Je dois dire que ceux de mes amis qui étaient communistes sont complètement désemparés devant la politique de leur Parti. Ils se montrent tous résolus à lutter pour la libération de la FRANCE.
Le 16 Juillet 1940, le Gouvernement PETAIN ordonne de remplacer sur tous les actes officiels et sur les bâtiments publics, l'inscription : "REPUBLIQUE FRAN-ÇAISE" par "ETAT FRANÇAIS" et de substituer à la devise "LIBERTE-EGALITE-FRATERNITE" une nouvelle profession de foi : "TRAVAIL-FAMILLE-PATRIE". Des pièces de monnaies sont également frappées suivant ces nouvelles normes, avec pour emblème une francisque et des épis de blé annonçant la désindustrialisation de la FRANCE et le rôle de producteur agricole qui lui est attribué dans "l'Ordre Nouveau" européen. On habillera cela d'une formule bucolique "LE RETOUR A LA TERRE".
Cette hâte d'officialiser ce qui apparaît comme un Coup d'Etat, montre bien la crainte d'une possible réaction du peuple français. La République est proprement escamotée, assassinée tandis que les Français sont encore dispersés sur les routes de l'évacuation, que les familles sont dans l'angoisse loin de leurs foyers et que 1 600 000 soldats sont prisonniers.
Les Conventions de l'Armistice interdisent bien entendu à la FRANCE le service armé obligatoire mais il faut cependant que les jeunes hommes soient placés sous le contrôle de l'Etat, afin de les utiliser et dans toute la mesure du possible, les endoctriner. C'est pourquoi le Gouvernement de VICHY institue par un décret du 30 Juillet 1940 les "Chantiers de Jeunesse" auxquels sont incorporés les jeunes gens en mesure de faire leur service militaire.
Le décret prévoit cependant une symbolique armée dite "d'ARMISTICE" composée de 100000 hommes triés sur le volet, encadrés par 4 000 Officiers tous engagés à long terme. Leur armement sera des plus succinct : pas de mortiers ni de mitrailleuses lourdes. Pas de canons anti-aériens ou anti-chars. L'artillerie se réduit à quelques pièces de "75" datant de 1897. Les munitions sont presque nulles, les moyens de transports inexistants, les aviations civiles et militaires supprimées.
Le même jour, VICHY promulgue l'Acte Constitutionnel n° 5 portant sur la création d'une Haute-Cour Suprême à RIOM, chargée de juger et de punir les responsables de notre défaite, tant militaires que civils.
Pour l'opinion publique, les choses sont claires : le Haut-Commandement avait des conceptions qui retardaient d'une guerre et les politiciens nous ont trompé, berné par une propagande mensongère. La glorification de notre armée, la sécurité totale de nos frontières, la certitude de la victoire que j'ai entendu claironner avant et après la déclaration de guerre, ont abouti à l'effondrement de notre moral quand la réalité s'est révélée contraire.
Le Maréchal PETAIN exploite cet état d'esprit en déclarant :
- Je haïs les mensonges qui vous ont fait tant de mal !
Mais je ne comprends pas mieux pourquoi il nous demande d'accepter cette défaite dont je ne me sens pas personnellement responsable, et de ne voir dans nos vainqueurs que de gentils soldats venant nous délivrer de notre malheureuse condition et relever nos ruines.
Contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire, les jeux ne sont pas faits, la guerre continue hors de FRANCE, l'ANGLETERRE est confiante dans l'invulnérabilité de son île bien qu'ignorant totalement les intentions de l'ALLEMAGNE pour la poursuite de son offensive.
DANS LA CONFUSION GENERALE
LES POSITIONS SE PRECISENT
La Radio de Londres (B.B.C.) nous informe de la constitution d'un Etat-Major de la FRANCE-LIBRE par le Général DE GAULLE avec tous les services que cela comporte, mis en place par les quelques Officiers français qui ont répondu à l'Appel du 18 Juin.
Un 2ème bureau (Service de Renseignements ou S.R.) est créé et son utilité n'échappe pas au Gouvernement britannique car il est important pour lui de connaître les intentions et les mouvements des troupes nazis en FRANCE. HITLER prépare-t-il l'invasion de l'ANGLETERRE ?
Le Colonel Pierre FOURCAUD (alias LUCAS ou SPHERE), qui a rejoint DE GAULLE le 15 Juillet 40 sera l'un des premiers à être envoyé en mission en FRANCE, début Août 40. Il regagnera LONDRES le 23 Décembre suivant, rapportant de très importants renseignements sur l'ennemi. En outre, il a pris contact avec des opposants au régime de VICHY, tous favorables à l'action entreprise par le Général DE GAULLE.
Cette action, à laquelle personne ne croyait, commence à prendre des dimensions inquiétantes pour VICHY et le 4 Août 1940 le journal "PARIS-SOIR" titre en grande manchette et première page : "Le Général DE GAULLE condamné à mort par contumace". La sentence a été prononcée par le Tribunal Militaire de CLERMONT-FERRAND le 3 Août, à la suite du mandat d'arrêt en date du 27 Juin 1940 lancé par monsieur SAINT-LAURENS, Juge d'Instruction auprès du Tribunal Militaire de la 17ème Région.
On relève dans les textes du "Bulletin des Déserteurs et Insoumis" n° 1487 et du mandat d'arrêt de la Police Criminelle.
" Mandat d'arrêt contre le dénommé DE GAULLE, Charles, André, Joseph, Marie, inculpé de refus d'obéissance en présence de l'ennemi et de provocation de militaires à la désobéissance. Fait également l'objet d'un mandat d'arrêt en date du 23 Juillet 1940, du Juge d'Instruction Militaire de CLERMON-FERRAND, du chef de trahison et désertion à l'étranger en temps de guerre".
Le journal "L'HUMANITE" du 5 Août 1940, de son côté, accuse Paul REYNAUD, DALADIER, BLUM, de "misérables fauteurs de guerre"
PETAIN ayant dissous la République agit comme tous les dictateurs, il supprime les institutions républicaines les unes après les autres. Après la Chambre des Députés et le Sénat, il interdit par décret du 20 Août 40 la réunion des Conseils Généraux.
Le 28 Août 1940, le Secrétaire Général des "Anciens Combattants" du Gouver-nement de VICHY, Xavier VALLAT, Député de l'ARDECHE, propose à PETAIN de regrouper en une formation unique les anciens combattants. Le Maréchal souhaitait justement pouvoir disposer dans chaque commune de FRANCE d'un homme de confiance Xavier VALLAT lui fait remarquer que la "Légion des Combattants" serait un groupe d'hommes de confiance implantés dans tous les villages. Cette proposition obtient l'agrément de PETAIN qui dissout immédiatement toutes les Associations d'Anciens Combattants et les remplace le 30 Août par la "Légion des Combattants" dont il sera le chef incontesté.
Cette légion est un mouvement autoritaire fortement hiérarchisé, elle repose sur l'obéissance, le culte du souvenir, l'attachement au chef, l'esprit de sacrifice. Ses missions sont au nombre de trois : les Légionnaires doivent constituer des liens étroits avec le Gouvernement, avec l'opinion et être les yeux et les oreilles du Maréchal.
SANCTIONS ET REPRESSIONS
CONTRE LES "RESPONSABLES" DE LA DEFAITE
Au début du mois de Septembe le Gouvernement de VICHY décide d'arrêter tous les communistes notoires de la zone libre et de les grouper dans des camps d'internement. Ils serviront d'otages à l'Occupant et beaucoup n'en reviendront pas. Dans un communiqué VICHY revendique l'arrestation de 18 000 anti-gouvernementaux.
Les Présidents DALADIER, REYNAUD et le Général GAMELIN sont mis en résidence surveillée le 8 Septembre, suivi le 16 du même mois par le Président Léon BLUM.
Le 26 Septembre c'est le tour du futur Président de la République Vincent AURIOL et du Député de la DROME, Jules MOCH qui sont arrêtés et transférés à PELLEVOISIN (INDRE).
Ainsi de toutes parts la chasse s'intensifie contre les patriotes de tous bords. Tandis qu'en zone libre le Gouvernement emprisonne ses membres, le Parti Communiste Français par la voix de "L'HUMANITE" du 25 Octobre 40 réclame l'expropriation des grands capitalistes Aryens et Juifs.
Le "PETIT PARISIEN" du 26 Octobre 40 publie en première page : "UNE DATE DANS L'HISTOIRE DE LA FRANCE".
Le Maréchal PETAIN et le Führer ont eu en zone occupée un entretien décisif pour l'avenir de notre pays à MONTOIRE, le 24 Octobre 1940.
Le 9 Novembre, décret de VICHY portant sur la dissolution de tous les syndicats et arrestation de certains militants.
Dans les jours qui suivent je suis convoqué au Commissariat de Police et longuement interrogé sur mes activités syndicales, ayant été avant 1936 Secrétaire du Syndicat Autonome des Electriciens à LYON. Heureusement j'avais démissionné en 1936 et de toute façon cet organisme n'avait pas d'attaches politiques, ce qui me valut d'être laissé en liberté et de ne plus être inquiété par la suite à ce sujet.
Le 11 Novembre 1940 une manifestation spontanée a lieu au Monument aux Morts de VALENCE, sans incident.
Le 30 Novembre, à la suite des manifestations organisées par les étudiants le 11 Novembre sur le tombeau du Soldat Inconnu, les Facultés de PARIS sont fermées pour un temps indéterminé.
Pour couronner son oeuvre de démolition en cette année 1940, le Gouvernement de VICHY publiera en Décembre l'Acte Constitutionnel n°6 prononçant la suppression du Parlement et du Sénat.
Quand l'hiver arrive, on repense au ski. Des membres de "SKI ET MONTAGNE", dont je suis le Président me demandent de reprendre notre activité. Je prépare donc une réunion générale que j'annonce individuellement et par la presse. Le Commissariat de Police m'adresse aussitôt une convocation à laquelle je me rends et j'ai la surprise de m'entendre dire que notre réunion ne peut avoir lieu, toutes les Associations étant soumises à une demande d'autorisation préalable au Gouvernement de VICHY. Je fais donc ma demande aussitôt mais je ne l'obtiendrai que six mois plus tard.
Malgré cela nous nous réunissons clandestinement et nos discussions débordent largement le domaine du sport. C'est ainsi que je peux constater que beaucoup des membres présents ne sont pas d'accord avec les orientations et les méthodes gouvernementales.
Personnellement, les événements de cette année 1940 avaient heurté violemment mes sentiments et mes convictions. J'avais été élevé dans le plus grand respect des institutions républicaines dont le département de la DROME était profondément imprégné. Nos ancêtres nous ont laissé en héritage un ardent amour de la liberté et l'on peut encore lire leur testament émouvant sur les lieux mêmes où ils se réunissaient, au village ETOILE, à quelques kilomètres au Sud de VALENCE. L'inscription qui figure sur ce monument aurait pu être gravée en ces jours sombres de la défaite et mérite d'être citée :
LE SERMENT
Le 29 Novembre 1789 à 2 heures de l'après-midi dans la plaine d'ETOILE en Dauphiné et sous les armes. Nous citoyens Français de l'une et l'autre rive du RHONE, depuis VALENCE jusqu'à POUZIN, réunis fraternellement pour le bien de la cause commune, jurons à la face du ciel, sur nos coeurs et sur ces armes consacrées à la défense de l'ETAT, de rester à jamais unis, abjurant désormais toute distinction de Province, offrant nos bras et nos fortunes et notre vie à la patrie et au soutien des lois émanées de l'Assemblée Nationale. Jurons de nous donner mutuellement toute assistance, pour remplir des devoirs aussi sacrés et de voler au secours de nos frères de PARIS ou de toute autre ville de FRANCE qui seraient en danger pour la LIBERTE.
Etaient présents par grands détachements les Gardes Nationales de : VALENCE - CHATEAUNEUF d'ISERE- SAINT-MARCEL FAUCONNIERE - PLOUVIER - LORIOL - LIVRON - CLIOUSCLATS - SAILLANS ETOILE - LE POUZIN - BEAUCHASTEL - LA VOULTE.
Nous jurons de "VIVRE LIBRE OU MOURIR".
Ce serment est renouvelé par l'Appel du 18 Juin 1940. Fidèle à la tradition de mes ancêtres je me sens prêt à répondre "présent" au Général DE GAULLE et la confiance que je lui accorde spontanément ne sera pas trahie car il a établi la République Française et ses institutions démocratiques ainsi qu'il en avait pris l'engagement solennel lors de ses premières déclarations à la Radio de Londres, levant même dès la Libération l'interdit qui frappait le Parti Communiste Français depuis 1939.
Mais avant d'en arriver là, combien de sacrifices le peuple français devra-t-il consentir, combien de morts devra-t-il pleurer ?
J'écoutais chaque jour, le coeur battant, les émissions de la B.B.C. : "LES FRANÇAIS PARLENT AUX FRANÇAIS" et une Résistance instinctive prenait naissance en moi, née de la hargne et du besoin de dire "NON" à VICHY et à l'ennemi.
1941
LES REALITÉS DE L'OCCUPATION
La vie reprend ses droits et l'on s'adapte tant bien que mal au nouveau régime, certains sont favorables au Gouvernement de VICHY, une majorité garde une prudente réserve, une minorité est contre mais n'ose l'exprimer ouvertement, je fais partie de ceux-là.
Le 10 Janvier 1941, les Soviétiques signent à BERLIN, un accord économique avec l'ALLEMAGNE hitlérienne, accord approuvé par les dirigeants du Parti Communiste Français.
L'Occupant exige de la FRANCE l'application du cessez-le-feu qui prévoit le ravitaillement de ses troupes par notre pays et opère d'importantes ponctions sur notre ravitaillement lequel est en déficit par suite du nombre considérable d'agriculteurs prisonniers.
Le service du ravitaillement général du Gouvernement de VICHY instaure des cartes d'alimentation pour les Français le 15 Janvier 1941. La ration journalière pour chaque citoyen est fixée à :
30,9 grammes de boucherie
10,3 grammes de charcuterie
7,1 grammes de margarine
4,9 grammes d'huile
19,4 grammes de sucre
14,3 grammes de légumes secs
35,5 grammes de pommes de terre
quant au pain la ration est abaissée à 300 grammes par jour et par personne à partir du 2 Janvier 1941. Pour le vin, la ration est de 4 litres par mois.
Le "Journal Officiel" fixe la composition de "l'ersatz" succédané de café : orge-malt-glands doux-caroubes.
Il faut ajouter à tout cela les bons de vêtements, de chaussures
Les femmes ne trouvent plus de bas à acheter. Pour cacher leur misère et préserver leur coquetterie, elles vont faire preuve d'imagination et avoir recours au "système D", réagissant d'une manière bien française. Crânement, en manière de défi et non sans humour, elles se teignent les jambes avec un produit brun rappelant la couleur des bas et pour parfaire l'illusion, vont jusqu'à tracer d'une main sûre un trait de crayon gras imitant la couture.
Il n'y a plus de cuir pour fabriquer des chaussures. Là encore la difficulté est tournée : on lance la mode des semelles de bois, formées de lamelles articulées et faisant retentir l'asphalte des trottoirs de trottinements sonores et effrontés. Les bicyclettes roulent comme elles peuvent avec des moyens de fortune mais les motos et les automobiles doivent rester au garage. Il n'y a d'ailleurs plus d'essence.
Sur les marchés on commence à trouver des aliments étranges. Les pommes de terres sont remplacées par des topinambours et des rutabagas, réservés jusqu'alors à la nourriture des animaux. On "inventera" un peu plus tard, les andouillettes aux carottes, du boudin ne comportant pas une goutte de sang et des pâtes dont il valait mieux ignorer la composition. Encore fallait-il faire de longues heures de queue pour s'en procurer.
Des restrictions atteignent le charbon, le bois, l'électricité. L'industrie est forcément handicapée par la raréfaction des matières premières et il faut faire preuve là encore d'imagination. Dans les circuits électriques, les fils de cuivre sont remplacés par de l'aluminium.
Le carburant étant sévèrement contingenté, il faut pour circuler en voiture automobile, une autorisation préalable des Ponts et Chaussées.
C'est pour compenser les restrictions de force motrice - on dirait aujourd'hui d'énergie - que l'on invente le mot "délestage" qui revient hélas d'actualité. Les usines travaillent avec des horaires impossibles : la nuit, le Dimanche, sans envisager pour cela la moindre augmentation de salaire. Le monde entier, si virulent en 1936, est amorphe ! Je revois cet ouvrier tourneur qui à l'époque, voulait abattre tous les patrons, tenir un Dimanche, la bride du cheval du Directeur. Celui-ci, par économie d'essence, à moins que ce ne soit pour narguer les révolutionnaires de 36, venait à l'usine à cheval.
A la demande de la Direction, j'installai un poste de radio au premier étage de l'atelier d'emboutissage, afin que tout le personnel puisse écouter la diffusion de l'allocution de PETAIN qui a lieu pendant les heures de travail. Toute activité doit cesser afin que l'on ne perde rien de cette voix chevrotante.
Quand, à la sortie du travail, je rencontre mes amis MATHON, DUROND, CHAZAL, JUNIQUE, LOUBET, nous commentons le discours, nous échangeons nos impressions et les confrontons avec les propos de la Radio de Londres. Peu à peu naissait une fraternité d'opinion qui se traduisait, au fond, par une Résistance intuitive, une volonté de ne pas s'avouer vaincus. Ecouter le Général DE GAULLE et ses compagnons à la B.B.C., faire circuler sous le manteau les informations reçues, cela était déjà pour nous une satisfaction. Nous n'avions aucune expérience de l'action clandestine, aucun précédent dont nous eussions pu nous inspirer.
DÉJA EN SEPTEMBRE 1940
Le Capitaine FOURCAUD venant de LONDRES, parvient en FRANCE non occupée via le PORTUGAL et l'ESPAGNE. Il établit des contacts avec de nombreux Officiers de VICHY favorables à la Résistance, mais ils seront désavoués par DE GAULLE.
Il rencontre le Capitaine WARIN (alias WYBOT) affecté au Service des Menées Internationales de l'administration de PETAIN et le persuade de gagner LONDRES. Il y arrive le 16 Décembre 41 et devient chef du C.E. de la FRANCE-LIBRE.
Mais nous ignorions ce qui se passait à LONDRES. C'est à cette époque que le Général DE GAULLE convoque dès son retour en ANGLETERRE, le Colonel Pierre FOURCAUD (SPHERE) et le charge d'une mission diplomatique délicate : il doit contacter en FRANCE non occupée l'Amiral Jean de LABORDE, commandant la flotte de la haute mer et de lui demander de gagner avec ses unités les ports de l'AFRIQUE du Nord pour se mettre au service de la FRANCE-LIBRE. L'Amiral LABORDE, légaliste et pétainiste convaincu, reçoit SPHERE, dans sa villa de "TAMARIS" près de TOULON et refuse sèchement.
Le 21 Août 41, au moment où FOURCAUD retire son courrier à l'hôtel d'"ARBOIS" à MARSEILLE, il est arrêté par les policiers du Service de Surveillance du Territoire. Il a été dénoncé par un Agent de Liaison arrêté précédemment. Le Colonel est incarcéré au Fort "SAINT-NICOLAS" à MARSEILLE puis transféré à la prison militaire de CLERMONT-FERRAND où il rencontrera le Commandant LOUSTANEAU-LACAU, tombé aux mains de la Police française alors qu'il était en train de constituer le fameux réseau anglais, connu par la suite sous le nom D'ALLIANCE et animé par Mme MERIC qui deviendra plus tard Mme Marie-Madeleine FOURCADE.
Fort heureusement le Commandant FOURCAUD regagnera sa liberté et rentrera à LONDRES où il rendra compte de sa mission au Général DE GAULLE. Ce dernier, estimant qu'il serait dangereux de le renvoyer en FRANCE lui donne le commandement d'un Régiment de l'Infanterie de l'Air où sont formés les parachutistes de la FRANCE-LIBRE, au camp de CAMBERLEY.
LES CHANTIERS DE JEUNESSE
Début Janvier 1941, entre en application le décret instituant les "Chantiers de Jeunesse". Ce vocable ne signifie plus rien pour les générations d'aujourd'hui mais pour nous il apparaît hautement significatif du caractère totalitaire du régime de VICHY.
C'était l'embrigadement de la jeunesse, suivant des méthodes ayant fait leurs preuves en ITALIE fasciste et en ALLEMAGNE nazie. Les Chantiers rassemblaient pour une durée de 18 mois les 100 000 jeunes gens mobilisables de la zone libre. Par une action psychologique bien menée on leur inculquait le culte du Maréchal, exaltant l'honneur qu'il y avait à le servir avec une ferveur menant au fanatisme. Pour les préserver de toute influence "corruptrice" les camps étaient installés dans des régions forestières ou montagneuses, en plein désert. Les garçons, soumis à une discipline militaire, vivaient en circuit fermé, sans aucun des avantages des garnisons de naguère : pas de filles, pas de cinémas, pas de bistrots mais le camping, la "gym" obligatoire, les marches forcées en chantant : "Maréchal nous voilà !". On les utilisait à tracer et à entretenir des chemins vicinaux, à des travaux de forestier, coupes de bois, fabrication de charbon de bois pour alimenter les "gazogènes", etc
Toujours dans le même esprit, un Acte Constitutionnel daté du 24 Janvier 1941, oblige les hauts fonctionnaires à prêter serment à la personne du Maréchal PETAIN.
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En Mars 41 la radio anglaise nous apprend que le Général DE GAULLE inspecte les troupes des Français-Libres qui combattent en ERYTHREE.
Le 15 Mars 41, première mission entreprise en commun par le Special of Coordination (S.O.E.) britannique et les F.F.L. (Forces Françaises Libres). Un commando comprenant le Capitaine BERGE, les Lieutenants PETIT, LAURENT, FORMON, LE TAC, RENAULT, est parachuté dans la région de VANNES. La mission de ces hommes consiste à détruire un car qui transporte périodiquement 50 pilotes allemands à la base aérienne. Malheureusement, le dispositif allemand est modifié depuis deux jours et l'attaque ne peut avoir lieu. Le commando rejoindra l'ANGLETERRE à bord d'un sous-marin britannique le "TIGRIS".
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Le 1er Mai 41, le journal "L'HUMANITE" publie un numéro spécial où l'on peut lire :
"Quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément ; ce Général à particule veut non pas la liberté de notre pays mais il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort" (Doc. F.F.L. 229 -15) (F.F.L. 231 - 23).
A la lecture de ce journal, je dois dire que ni moi ni mes amis n'étions d'accord avec cette façon de voir.
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Par la B.B.C. nous apprenons qu'un Adjoint d'HITLER, Rudolf HESS, a atterri en ECOSSE le 11 Mai 1941 à bord d'un Messerschmitt 110 pour se constituer prisonnier des Anglais.
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Les Allemands annoncent qu'ils ont occupé l'île de CRETE par une opération combinée planeurs et parachutistes, le 20 Mai 1941.
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Le 2 Juin 1941, VICHY promulgue une loi interdisant aux Juifs l'accès aux emplois publics et à certaines professions. De nombreux Juifs étrangers sont arrêtés en zone sud.
La radio nous informa que la 1ère Division Française Libre (1ère D.F.L.) occupe DAMAS depuis le 21 Juin 1941.
LA VOLTE-FACE DE HITLER
Le ciel s'embrase en ce 22 Juin 1941, tandis qu'éclatent les coups de tonnerre de l'artillerie allemande sur la frontière russe.
Le monde entier retient son souffle. Il est de fait que la surprise est immense, colossale !
L'équivoque créée par le pacte germano-soviétique d'Août 1939, disparaît ; l'ALLEMAGNE attaque son alliée l'U.R.S.S. Les dirigeants communistes français qui jusqu'alors avaient adopté une attitude conciliante à l'égard de l'Occupant, invectivent de plus belle le capitalisme anglo-saxon et le gaullisme, son serviteur.
Un trouble profond s'empare alors des membres du Parti et de leurs sympathisants. Cette volte-face les plonge dans le désarroi, mais toujours disciplinés, ils suivent les nouvelles consignes et entrent dans la Résistance. Ils ne perdront cependant jamais de vue qu'ils doivent, en tant qu'armée d'une révolution, noyauter cette Résistance afin d'en faire, si possible, l'instrument de leur ambition. L'HUMANITE publie dans le n° 119 le texte suivant où le mot "camarades" est remplacé par celui de "citoyens".
"CITOYENS-CITOYENNES"
"HITLER occupe la FRANCE et de nombreux autres pays européens, mais la guerre qu'il vient de déclarer à l'U.R.S.S. va l'obliger à vider notre pays de bon nombre de soldats. Pourquoi n'en profiterions-nous pas ? Notre ennemi, l'oppresseur de la FRANCE, HITLER fait la guerre à l'U.R.S.S. De ce fait, chaque Français digne de ce nom doit désormais se considérer comme un allié de l'U.R.S.S." (Doc. 16).
Le P.C.F. avait accepté l'envahissement de la FRANCE, il n'acceptait pas celui de l'U.R.S.S.
Le 7 Juillet 1941, Fernand de BRINON, Ministre du Gouvernement de VICHY, remet au représentant de HITLER en FRANCE, Otto ABETZ, une lettre de l'Amiral DARLAN exprimant le regret du Gouvernement français de ne pouvoir, faute de moyens, aider l'ALLEMAGNE à combattre le bolchevisme.
Il a décidé cependant de créer une Légion de Volontaires Français (L.V.F.) et est prêt à donner à ce corps tout le développement désirable.
Les chefs de cette Légion sont : DORIOT, DELONCLE, DEAT. Ils ouvrent immédiatement des bureaux d'engagement, celui de VALENCE est situé Avenue de la Gare. Les engagés sont dirigés sur la caserne BORGNIS-DESBORDES à VERSAILLES.
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Le même jour, les Anglais et les Forces Françaises Libres occupent BEYROUTH.
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L'ancien Ministre de l'Intérieur, Max DORMOY, est tué à la suite d'un attentat par une bombe placée sous le lit qu'il occupe, dans une chambre d'hôtel à MONTELIMAR, le 26 Juillet 1941. On ne retrouvera jamais les coupables.
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Dans son numéro 122, en date du 22 Juillet 1941, le journal "L'HUMANITE" lance la consigne suivante :
"Dessinez la faucille et le marteau au centre des V (Victoire) afin d'affirmer l'union des gaullistes et des communistes, et de tous les patriotes, au Front National pour l'indépendance de la FRANCE".
LA COLLABORATION DE VICHY DEVIENT OFFICIELLE
Le 12 Août 1941, dans un message-radio autoritaire, le Chef d'Etat Français, "PETAIN" annonce son intention de vaincre la Résistance et tous les adversaires de l'Ordre Nouveau et de briser leurs entreprises en décimant les chefs. Il annonce aussi que tous les responsables du désastre de 1940 devront être jugés en vertu de l'Acte Constitutionnel n° 7. Le "Maréchal" au nom du pouvoir politique ordonne aux pouvoirs judiciaires de prendre des sanctions administratives.
" La sentence de clôture pour le procès de RIOM doit être rendue en pleine lumière, elle frappera les personnes, les méthodes, les moeurs, le régime et sera sans appel".
A la suite de cette allocution, le Gouvernement crée, le 14 Août 1941, des sections spéciales dans les Cours d'Appel qui sont chargées de la répression du communisme.
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La première prise d'armes de la L.V.F. (Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme) a lieu le 29 Août 1941 dans la cour de la caserne "BORGNES-DESBORDES" à VERSAILLES. Y assistent : LAVAL, de BRINON, DEAT et deux Officiers allemands.
Cette cérémonie est largement radiodiffusée par RADIO-PARIS :
Le reporter : Que se passe-t-il ? Mais c'est un attentat ! Un homme vient de tirer un coup de revolver sur LAVAL. On entend crier : "On a tiré sur LAVAL !".
On finit par comprendre : un Légionnaire "Paul COLETTE " a déchargé son revolver en direction de LAVAL, blessant celui-ci ; arrêté, l'agresseur avoue s'être engagé dans la "L.V.F." pour réaliser ce dessein. Ce geste n'arrête pas la "L.V.F." qui, le 12 Septembre 1941, prête serment de fidélité à HITLER.
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Jean CATELAS du Comité Central du Parti Communiste Français, l'un des instigateurs de la rencontre du 18 Juin 1940 avec le Lieutenant allemand WEBER chargé de la presse, pour demander la libre parution du journal "L'HUMANITE" arrêté depuis quelques jours, a été exécuté en ce matin du 20 Septembre 1941 par les autorités allemandes.
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Le 1er Octobre 1941, comparait Paul COLETTE devant le Tribunal d'Etat, avec comme chef d'accusation : tentative d'homicide contre Pierre LAVAL. A la question : "Exprimez-vous des regrets de votre acte ?" Paul COLETTE répond : "Le seul regret que je puisse exprimer, c'est de les avoir ratés les uns et les autres !".
Il est condamné à la peine de mort.
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Le 7 Octobre 1941, PETAIN commue la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. De prisons en camps de concentration, Paul COLETTE vivait en FRANCE à la Libération.
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Le 5 Novembre 41 Yvon MORANDAT est parachuté en FRANCE. Il a pour mission d'établir le contact avec les Syndicats Résistants.
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Les journaux publient, le 9 Novembre 1941, un communiqué du Gouvernement disant : "Les administrations publiques et les entreprises privées travailleront normalement le "11 Novembre". Les cérémonies commémoratives n'auront pas lieu, aucune démonstration publique ne sera tolérée".
Le Monument aux Morts de VALENCE se trouvant à l'intérieur du parc JOUVET, entouré d'une très haute grille, il sera facile d'en interdire l'accès. Avec mes amis, nous décidons d'y déposer malgré tout une gerbe de fleurs dans la nuit du 10 au 11.
Pour me rendre à mon usine, je longe ce parc, je connais une petite porte d'accès réservée aux jardiniers. Je suis donc désigné pour déposer cette gerbe en me rendant à mon travail que je commence à quatre heures du matin.
Vers 3 h 30, je suis devant la petite porte qui est ouverte, et, sans difficulté, je dépose la gerbe de fleurs au pied du monument. C'est mon premier acte de Résistance.
Les autorités ont interdit l'accès du parc JOUVET pendant la journée du 11 Novembre et le lendemain j'ai constaté que la gerbe était toujours là.
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Les troupes allemandes avancent à l'intérieur de la RUSSIE et arrivent le 16 Novembre 1941 devant MOSCOU où va se livrer une terrible bataille.
STALINE déclare le 18 Décembre 1941 que MOSCOU est sauvée, les Allemands n'ont pas pu entrer dans la capitale. Devant la résistance opiniâtre des Russes, aidés par le froid, les nazis durent se replier, à notre grande satisfaction, ce coup de semonce marquait le commencement de leur retraite.
FIN DE LA NEUTRALITE AMERICAINE
La Radio de Vichy annonce que les Japonais ont attaqué par surprise l'île de PEARL HARBOUR, base avancée des Américains dans le PACIFIQUE, et qu'ils l'ont détruite le 7 Décembre 1941, l'ALLEMAGNE et l'ITALIE déclarent la guerre aux ETATS-UNIS le 11 Décembre 1941.
Le P.P.F. (Parti Populaire Français) créé par DORIOT le 11 Novembre 1936, après son exclusion du Parti Communiste, lance l'idée de la formation d'un "Front de la Liberté" contre le communisme, et reçoit en cette fin d'année 1941 l'autorisation des Allemands.
UNE GRANDE FIGURE
Jean MOULIN était Préfet du département de l'EURE-ET-LOIR quand les troupes allemandes investissent CHARTRES en 1940 et les devoirs de sa charge lui imposent la pénible mission de les recevoir. Au cours de l'entrevue avec les Officiers de la Wehrmacht, ceux-ci veulent lui faire signer un document attestant que des troupes françaises de couleur ont massacré des enfants, tué et violé des femmes. Jean MOULIN refusant énergiquement de se plier à cette exigence est arrêté sur-le-champ et jeté en prison. Désespéré, il tente de mettre fin à ses jours en s'ouvrant la gorge avec un morceau de vitre. On le découvre peu de temps après baignant dans son sang et il est transporté rapidement à l'hôpital où il pourra être sauvé. C'est pour dissimuler la large cicatrice qui lui marquait le cou qu'on le vit toujours ensuite porter une grande écharpe.
Loin de le féliciter pour cet acte d'héroïsme, le Gouvernement de VICHY révoque le Préfet Jean MOULIN, le 18 Novembre 1940. Il décide alors de passer en ANGLETERRE. Il gagne d'abord l'ESPAGNE - les PYRENEES se franchissent encore facilement et arrive à LONDRES où il va se mettre à la disposition du chef de la FRANCE-LIBRE.
Le Général DE GAULLE jugeait rapidement les hommes et il détecte chez celui-ci des qualités exceptionnelles puisqu'il va lui confier l'énorme responsabilité d'être son représentant en FRANCE et délégué du Comité National de la FRANCE-LIBRE.
Sa mission primordiale est de contacter et de coordonner les différents mouvements de Résistance. Tâche surhumaine si l'on considère la diversité d'opinions, d'idéaux et d'objectifs de ces mouvements et les rivalités qui les opposaient souvent.
Il avait été parachuté "blind" (" aveugle" en anglais), c'est-à-dire sans comité de réception, dans la nuit du 31 Décembre au 1er Janvier 1942, près de SALON-DE-PROVENCE, en compagnie de Raymond FASSIN (S.I.F.) affecté au mouvement "Combat" pour organiser des bases de parachutages et du Radio Henri MONTJARET (S.I.F.-W) qui sera arrêté le 4 Juillet 1943 et déporté en ALLEMAGNE où il survivra à la déportation, au cours d'une opération de parachutage sur le terrain "Epinard" à 25 km au Nord de LYON.
1942
RÉSISTER
A partir de 1942, l'opposition, avouée ou latente ne cessera de croître : en revanche la minorité "collaboratrice" se durcit. Au début, les organisations de Résistance comprenaient assez peu de membres et se limitaient à un travail de propagande. En 1942, elles commencent à entrer en action.
La Résistance en zone non occupée dispose, depuis 1941, de trois grands mouvements : "Combat", "Libération", "Franc-Tireur", qui peuvent être classés dans cet ordre pour leur ancienneté et leur importance numérique ou par leur degré d'organisation, mais ne fonctionnent que dans les grandes villes, la clandestinité freinant l'expansion par les risques encourus.
" Combat" a pris dans tous les domaines une très large avance, son organisation servit de modèle à la Résistance "Sud", avec ses branches "Armée Secrète" (A.S.), "Groupe Franc" (G.F.), "Service de Renseignements" (S.R.), "Service Social et Action Ouvrière".
Coordination, fusion ces deux mots ramènent inévitablement à évoquer le rôle capital de Jean MOULIN (Max). Son objectif est de constituer une sorte de parlement de la Résistance, réunissant toutes les tendances et les groupes qui se dispersent dans les deux zones.
S'appuyant sur les trois principaux mouvements de Résistance, il va s'efforcer de coordonner leurs actions dans un premier temps, puis de les amener à une véritable fusion organique.
Avec patience et diplomatie il va décider les chefs de ces trois groupes : Henri FRESNAY pour "Combat", d'Astier de LA VIGERIE pour "Libération" et J.P. LEVY pour "Franc-Tireur" (F.T.) à ne pas confondre avec les "Francs-Tireurs Partisans Français" (F.T.P.F.) d'obédience communiste en formation, à réunir leurs troupes et leurs forces.
Pour y parvenir, il dispose de plusieurs atouts et de moyens essentiels tels que : budget, transmission-radio avec LONDRES, liaisons aériennes et maritimes, armement, etc Toutes ces choses dont les chefs de mouvements n'ont cessé de constater la nécessité et de déplorer la pénurie.
Mais sa réussite est due avant tout à ses qualités humaines. Ce sont sa ténacité, son patriotisme, son intelligence, son abnégation et son rayonnement qui lui permirent de mener à bien sa mission impossible.
Les Services Britanniques de Renseignements sont très intéressés et sont prêts à fournir des postes-radio de faible encombrement, des LYSANDERS pour atterrir sur des terrains de fortune. Mais cette réalisation se heurte à d'énormes difficultés, il faut mettre au point les postes de radio, instruire du personnel pour leur utilisation. D'autre part, l'organisation des atterrissages des LYSANDERS, le parachutage d'hommes et d'armes demande une coordination parfaite du balisage. Il faut trouver des terrains propices des hommes sûrs qui ne seront rôdés qu'après plusieurs mois. Ce service prend le nom de "S.O.A.M." (Service des Opérations Aériennes et Maritimes pour la zone Sud) dont le chef en est FASSIN.
La propagande nazie va bon train en FRANCE. La majorité de la population est pro-Pétain, avec une minorité en faveur du Général DE GAULLE, bien rares sont ceux qui n'ont jamais entendu parler des collaborateurs avec l'ennemi, des "collabos" comme DORIOT, DEA, BUCARD qui ont lié leur sort à HITLER.
LE PROCÈS DE RIOM
Le 19 Février commence à RIOM le procès des "responsables de la défaite de 1940".
Le Président du Tribunal est CAOUS avec neuf autres Juges.
Au banc des accusés les anciens Ministres de 1936 : Léon BLUM, Edouard DALADIER, le Général GAMELIN, Guy LA CHAMBRE et JACONNET.
L'ouverture du "procès de RIOM" devait combler d'aise l'opinion publique qui ne cessait de réclamer, influencée par une propagande bien orientée, un châtiment exemplaire à l'égard des responsables de la défaite de 1940.
Il n'est pas jusqu'aux communistes qui s'en mêlent, François BILLOUX et sept Députés du Parti Communiste rappellent à PETAIN :
" Nous étions les seuls en 1939 à nous dresser contre la guerre, nous étions les seuls pour la paix" (il est vrai que l'ALLEMAGNE était à cette époque l'alliée de la RUSSIE). Le 26 Juin 1940, vous avez déclaré, Monsieur le Maréchal : "Je haïs les mensonges qui vous ont fait tant de mal, si vous voulez en finir avec les mensonges, Monsieur le Maréchal, je demande à être entendu comme tous mes amis en qualité de témoins par la Cour Suprême de RIOM".
Mais, à l'ouverture du procès vingt mois après la défaite, la colère du peuple s'est apaisée, il affronte son deuxième hiver d'Occupation et se débat dans d'inextricables difficultés matérielles. Le prestige du Maréchal présente d'inquiétantes lézardes et l'instruction traîne en longueur, on se heurte à la nature de l'inculpation.
Pour les Allemands, dont la pression est vive, il s'agit de démontrer les responsabilités de la FRANCE dans l'ouverture du conflit. Sur ce point les communistes rejoignent l'Occupant, mais, pour la majorité des Français cela concerne surtout la préparation de la guerre.
Les Avocats de la défense sont des grandes vedettes du barreau, rompus aux débats parlementaires, connaissant parfaitement leurs dossiers. D'emblée ils contestent la légalité de la Cour.
Par ailleurs, il ne saurait être question d'invoquer la responsabilité de la FRANCE dans la déclaration de guerre de 1939, celle-ci n'a fait que respecter ses engagements.
Enfin, il est visible que ce procès n'a qu'un but précis : déshonorer la République après l'avoir abattu.
Le nom de HITLER ne devra pas être prononcé sous peine de huis-clos immédiat.
On reproche à Léon BLUM sa législation ouvrière avec les 40 heures et l'insuffisance de la préparation militaire.
Edouard DALADIER se voit reprocher une mobilisation industrielle trop tardive, il n'a pas su fournir à nos troupes l'armement nécessaire.
Pour BLUM et DALADIER, la réponse est simple : les fautes en incombent à leur devancier le Maréchal PETAIN qui était Ministre de la Guerre en 1934 et a commandé en huit mois, huit chars lourds et a réduit les crédits militaires.
L'accusation compte sur les témoins pour rétablir une situation compromise. Ce sont des militaires : une quarantaine de Généraux, quelques Colonels. L'on croit entendre une leçon apprise par coeur, ce sont toujours les mêmes termes : la défaite n'a pas eu pour cause l'incapacité militaire, mais le manque de matériel, le moral de la troupe qui était désastreux.
Le procès de RIOM tourne à la mise en accusation de l'armée. Après plusieurs semaines de débat, la Cour s'octroie en congé. VICHY s'inquiète, le Gouvernement est parfaitement conscient de l'effet désastreux de la tournure des débats sur l'opinion malgré les efforts de la censure qui fait soigneusement disparaître toutes les allusions concernant le Général DE GAULLE. Celui-ci avait depuis longtemps préconisé la guerre des chars dans ses livres : "VERS L'ARMEE DE METIER" publié en 1934 et "LA FRANCE ET SON ARMEE" publié en 1938 et que l'on n'avait pas pris en considération alors que HITLER lui-même les a lu.
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Le 23 Février 1942, DARNAND, en accord avec le Gouvernement de VICHY, crée le Service d'Ordre Légionnaire (S.O.L.) qui est en fait, une Police émanant de la Légion du Combattant.
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Un ami de mon père, Pierre SEMARD, Secrétaire de la Fédération des Cheminots, dont le fils habite près de chez moi, est exécuté par les Allemands le 7 Mars 1942 pour "intelligence avec l'ennemi". (Décapité).
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HITLER, dans un discours publié le 15 Mars 1942 ne cache pas son mécontentement au sujet du procès : "Ce que nous attendions de RIOM, c'est une prise de position sur la responsabilité du fait même de la guerre !".
Le 18 Mars 1942, l'envoyé personnel du Führer, le Conseiller CRIMM, demande au Gouvernement de VICHY de suspendre le procès qui se poursuit dans le ridicule. Sur ces instances, VICHY cède et décrète, le 11 Avril 1942 : "Pour rendre un arrêt qui satisfera la justice et amènera le calme dans les esprits, la Cour suspend le procès pour supplément d'information".
Ainsi se termine un procès mal engagé.
LAVAL demande alors à l'Amiral DARLAN, Ministre des Affaires Etrangères, de l'Intérieur et de la Marine depuis le 25 Février 194O, de l'accompagner jusqu'à MOULINS pour expliquer ses difficultés à Otto ABETZ qui représente en FRANCE depuis fin 1940 le Ministre des Affaires Etrangères du Reich, Von RIBBENTROP.
LA RELÈVE
L'ALLEMAGNE est dans l'obligation de combler les vides creusés dans la Wehrmacht par la campagne de RUSSIE et d'augmenter la production de ses usines. HITLER confie à SAUCKEL l'enrôlement d'un nombre énorme de nouveaux travailleurs étrangers volontaires et, si nécessaire, contraints.
En FRANCE, la chasse à la main-d'oeuvre commence. Le 22 Juin 42, LAVAL exhorte les ouvriers français à aller travailler en ALLEMAGNE. Il a une "trouvaille ingénieuse " : instituer la relève, c'est-à-dire obtenir, pour trois départs d'ouvriers volontaires en ALLEMAGNE le retour d'un prisonnier. Proposition d'autant plus illusoire que parmi les libérés au titre de la relève rien n'empêchait les Allemands d'inclure les malades qu'ils auraient de toute façon, renvoyé en FRANCE.
SAUCKEL ayant accepté le principe de la relève, LAVAL crut avoir remporté une éclatante victoire et le 10 Juin 1942, par une note confidentielle adressée par le Secrétaire d'Etat au Travail aux Inspecteurs Divisionnaires du Travail et communiquée aux Préfets, invite ces fonctionnaires à faciliter l'installation des bureaux de placement allemands, à apporter leur collaboration effective à ces services et à communiquer à ces bureaux, à titre strictement confidentiel, la liste des ouvriers licenciés, avec indication de leur spécialité professionnelle et leur adresse.
Le bureau pour le département de la DROME est situé Rue de la Préfecture à VALENCE.
Pour annoncer à la FRANCE que, grâce à sa politique et à "sa" relève, des prisonniers vont être enfin libérés, LAVAL prononce un discours le 22 Juin 1942 dont les termes souhaitent nettement la victoire des Allemands et la lutte contre le bolchevisme, discours qui procure à mes amis et à moi-même une considérable émotion et confirme mon opinion que LAVAL est un agent du Reich.
MES PREMIERS ACTES DE RÉSISTANCE
Tous ces événements ne font que durcir mon antipathie à l'égard du Gouvernement français et un farouche désir de sortir de cette inaction me saisit. Je n'ai aucun contact avec un quelconque mouvement de Résistance et mes amis pas davantage.
Pourtant la Radio de Londres demande de diffuser ses informations, ses consignes, mais par quels moyens ? J'en parle avec mes amis Sylvio PERARO, Emile GARCON, Pierre CHAZAL, Jean LOUBET. Ce dernier suggère de se procurer un "duplicateur". Mais où trouver une telle machine ? Depuis 1940 la vente de ces appareils est interdite, ceux qui en possèdent ont dû en faire la déclaration à la Police, le transport en est même interdit. Malgré toutes ces difficultés, chacun de nous cherche à apporter une solution à notre problème. Chacun tente de cristalliser autour de lui des sympathisants et forme un groupe d'opposants au régime Grâce à cela Pierre CHAZAL m'informe qu'il a trouvé une "ronéo", elle appartient au Parti Communiste qui la cache depuis 1939, date de son interdiction, dans une vieille masure à SAINT-BARTHELEMY-DE-VALS, près de SAINT-USE, dans la DROME, à 40 km de VALENCE. Le possesseur de cette "ronéo" est Marcel BRUNET que je rencontre. Après lui avoir expliqué l'utilisation de celle-ci, il est disposé à la prêter mais il n'a ni "stencyl" ni papier, ni encre et il ignore l'état de cette machine. Que faire donc de cette dernière sans matériel d'imprimerie ? Je m'en entretiens avec LOUBET qui est Rédacteur principal à la Préfecture de la DROME. Sa réaction est immédiate :
- Je me procurerai les stencyls, le papier et l'encre à la Préfecture ! dit-il.
Et dès le lendemain, il commence à apporter, dissimulé sous ses vêtements, le matériel nécessaire de façon à constituer un stock important. Cela demande pas mal de temps car il ne peut le sortir qu'en très petite quantité à chaque fois.
Pendant qu'il effectue ces opérations, je prends rendez-vous avec BRUNET et je vais chercher la machine, je m'y rends à bicyclette soit 80 km aller-et-retour.
La "ronéo", sortie de sa cache, ne me paraît pas avoir souffert du temps, mais son volume me pose un problème : comment la transporter sur le porte-bagages du vélo ? Une seule solution, la mettre en pièces détachées, la partie la plus compromettante est le rouleau où se fixe le stencyl, un averti la reconnaîtrait aussitôt, il va me falloir faire au moins deux voyages. Au cours de mon premier, je rencontre les gendarmes à TAIN-L'HERMITAGE, ils me demandent mes papiers, donnent un coup d'oeil sur le porte-bagages qui n'attire pas plus que ça leur attention, et me voilà reparti. Le deuxième voyage avec le rouleau se passe sans inconvénient. Je dépose ces pièces dans mon garage où, après les avoir bien nettoyées j'entreprends le remontage avec un peu de difficultés mais j'y arrive tout de même.
Le 14 Juillet 1942 approche. Nous décidons de diffuser un tract pour cet anniversaire. La rédaction et la frappe du stencyl en sont confiés à CHAUVET qui est clerc de notaire Rue de la Gendarmerie. Ceci terminé, CHAUVET et moi effectuons l'impression dans mon appartement mais cette machine a un bruit bien caractéristique et pour le couvrir je mets la radio à fond, le tract est de petit format, nous en tirons quatre par feuille, avec 100 feuilles nous avons 400 tracts. Ils ? à la population le 14 Juillet 1789 où le peuple de FRANCE se libérait de ses oppresseurs et demandait d'avoir confiance en l'avenir.
Un mouvement de révolte était né !
Ces imprimés sont les premiers distribués à VALENCE. Nous décidons de les jeter en vélo devant l'entrée des plus importantes usines. Nous sommes aidés par un maçon, ami de CHAUVET, et nous avons chacun un secteur.
Pour le maçon ce sera : les usines "PAIN", la Boulonnerie, CROUZET, les Fermetures Métalliques, etc CHAUVET s'occupera de : la S.A.C.O.C., les Grands Moulins, MARION et pour ma part : TOUSSAINT, M.G.M., Cartoucherie Nationale. Ce qui représente au total environ 1 500 ouvriers.
La distribution aura lieu le 13 Juillet 1942 au matin et le départ de chacun de nous est fixé d'un commun accord à 3 h 30.
Je dormis assez mal cette nuit-là, ayant peur de laisser passer l'heure, et c'est avec un léger pincement au coeur accompagné d'un grand enthousiasme que je partis effectuer la distribution dans le secteur qui m'était affecté, tout se passe sans incident et je me rends à mon travail qui débute à 4 heures. En arrivant devant la porte de l'usine, je vois un rassemblement. Tous les tracts lancés par CHAUVET sont ramassés et les ouvriers commentent favorablement leur lecture, ce qui met mon coeur dans la joie.
J'étais loin de me douter que ces bouts de papier produiraient une telle réaction parmi la population et contribueraient à l'organisation d'une Résistance. J'en éprouvais une vive satisfaction.
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Le Gouvernement de VICHY rationne le tabac le 22 Juillet 1942 et institue une carte qui donne droit à 4 paquets de cigarettes ou 2 paquets de gris par mois et par personne, à condition que celle-ci soit inscrite dans un débit de tabac de son choix. Une telle mesure est très impopulaire, surtout pour les fumeurs invétérés.
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J'apprends qu'à LYON l'application de la dépêche confidentielle n° 2765 P., émanant du Conseiller d'Etat, Secrétaire de la Police, donnait ordre aux Policiers français de cette ville d'arrêter dans la nuit du 20 Août 1942, tous les Juifs dont on leur avait fourni la liste et les adresses.
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26 Août 1942, début de la bataille de STALINGRAD.
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VICHY décide, le 26 Août 1942, que les élections pour les Conseillers Généraux sont supprimées.
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Quelques jours après, me rendant au bar "MARIUS" Rue du Pont du Gât, le patron, JUNIQUE Marius, originaire du même pays que mon père, me remit un des tracts que nous avions distribué et, exprimant de vifs reproches envers le Gouvernement, il m'apprit que deux hommes auraient été parachutés le 29 Août 1942 au quartier du CHIEZ, près du village d'ETOILE (DROME). Ils ont été aperçus par des paysans. La rumeur est arrivée jusqu'à la Gendarmerie qui a entrepris des recherches et a découvert effectivement deux parachutes.
J'engage la discussion avec prudence sur le sujet des tracts en évitant de dévoiler mes sentiments. MARIUS me paraît très bien informé car il me précise les lieux où ils ont été jetés. Dissimulant ma surprise, je lui demande d'où il tient ces renseignements, il me répond vaguement mais il me dit que la Police étudie les caractères d'imprimerie afin de découvrir avec quelle machine ils ont été tapés.
Pour moi, cette information est d'une très grande importance, il faut donc que les prochains soient tapés sur une machine anonyme, d'où la nécessité d'en trouver une à l'extérieur de notre région par mesure de sécurité. Cela ne créa pas une grande difficulté : LOUBET me remit une machine portative provenant de LYON.
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SAUCKEL, le représentant de HITLER, se montre fort mécontent, à juste titre d'ailleurs, de la relève, au lieu de 350 000 hommes qu'il avait exigé dans le plus bref délai, 12 000 volontaires sont partis en Juin, 23 000 en Juillet et 18 000 en Août.
Le Docteur MICHEL, Chef d'Etat-Major d'Administration du Commandement Militaire, exige par un ultimatum au Délégué Général des Relations Economiques Franco-Allemandes, que le Gouvernement français prenne un ensemble de mesures policières pour contraindre les "Volontaires" à signer un engagement, et, éventuellement, les mobiliser de force.
Le 1er Septembre 1942, les Allemands menacent d'appliquer à la FRANCE l'ordonnance de SAUCKEL du 22 Août 1942 destinés aux pays envahis, permettant de décréter la mobilisation générale de toute la main-d'oeuvre masculine et féminine et de recenser la population de dix-huit à cinquante ans, mis en présence du diktat de SAUCKEL, LAVAL, ne voulant une fois de plus ni s'y opposer, ni s'avouer vaincu, au lieu de laisser s'appliquer en FRANCE cette ordonnance, fait promulguer par le Gouvernement français le 4 Septembre 1942, une loi qui en reproduit les principales exigences, en atténue quelques autres, mais compromet le Gouvernement de VICHY et le rend aux yeux de l'opinion complice des Occupants.
Le Gouvernement français conserve, en apparence, sa souveraineté entière, puisque le départ des ouvriers français se fait par une loi française et non sur un texte allemand.
Avant d'être promulguée, la loi française du 4 Septembre 1942, provoque chez quatre Ministres une réaction si violente que LAVAL est contraint d'en tenir compte en grande partie.
LEROY-LADURIE, l'Amiral AUPHAN, BONNAFOUS, GIBRAT, conclurent :
- Même si le danger d'être "Polonisés" existe, nous n'avons pas le droit de nous poloniser nous-mêmes !
Finalement, LAVAL obtint la signature des opposants en change de la promesse suivante :
- La loi ne sera pas publiée tant qu'il n'aura pas été déclaré officiellement par l'ALLEMAGNE que l'ordonnance SAUCKEL est applicable à la FRANCE !
Le Gouvernement de VICHY exige quand même que les hommes justifient leur emploi. Il instaure une "Carte de Travail" de couleur jaune, délivrée par les entreprises et sur laquelle figure l'état-civil de l'intéressé. Elle doit être présentée à tous contrôles, afin de dépister les Français dépourvus d'emploi et les contraindre au volontariat pour aller travailler en ALLEMAGNE.
Tous ces faits nous donnent l'occasion de rédiger de nombreux tracts, tirés à grand peine sur la "ronéo" clandestine, avec des risques augmentant de plus en plus. Ces tracts étaient loin d'être éléments négligeables dans notre tentative de rébellion car nous sentions que la population en était avide, par patriotisme ou simplement par curiosité.
LE DÉBARQUEMENT EN AFRIQUE DU NORD
LA ZONE LIBRE EST ENVAHIE
En cette matinée du 8 Novembre 1942, la nouvelle arrive comme une traînée de poudre :
- Ils ont débarqué en AFRIQUE du Nord !
" Ils", ce sont les Américains et les Anglais.
Ce débarquement trouble les collaborateurs et tous ceux qui misent sur la victoire allemande.
Certains étaient persuadés du "double jeu" du Maréchal et d'une connivence secrète entre lui et le Général DE GAULLE.
Cette équivoque qui transfigure "PETAIN" en Père Noël commence à se dissiper quand il ordonne à l'Amiral DARLAN qui se trouve en ALGERIE de s'opposer avec les troupes françaises fidèles au Gouvernement, au débarquement Allié. Des combats ont lieu mais heureusement cette lutte fratricide ne dure que 3 jours.
La Radio de Londres commente les faits et demande au peuple de FRANCE de manifester le 11 Novembre 1942, le Gouvernement de VICHY ayant ordonné que ce jour-là ne serait pas férié, interdisant également toute manifestation.
Pour appuyer les consignes de LONDRES, nous éditons un tract qui appelle la population valentinoise à faire la grève ce jour-là et à se grouper silencieusement, à 18 h 30, devant la porte qui donne accès au Parc JOUVET où s'élève le Monument aux Morts et qui, comme l'an dernier, sera certainement fermée.
Le Service d'Ordre Légionnaire (S.O.L.) de VICHY prend lui aussi des mesures, dans sa note en date du 7 Novembre 1942, il précise : "En raison d'événements auxquels les radios étrangères et les salopards de l'intérieur font une large publicité, les S.O.L. doivent se considérer en état d'alerte à partir du 10 Novembre (Mardi) à 18 heures. Tout S.O.L. devra prévenir le chef de Dizaine au moins 24 heures à l'avance de son absence possible, etc
La sécurité d'impression dans mon appartement, très précaire, ne me permet pas de faire d'importants tirages, aussi nous décidons, mes amis et moi, de chercher un lieu plus approprié. Sur ces entrefaites, Pierre CHAZAL m'informe que le Parti Communiste est désireux de récupérer la "ronéo". Les tracts terminés, je lui remis celle-ci pas pour une destination inconnue.
Le débarquement Allié en AFRIQUE du Nord sert de prétexte aux nazis pour envahir la zone libre, en ce matin du 11 Novembre 1942, jour où l'on a appelé la population à manifester.
Les unités de la Wehrmacht franchissent la ligne de démarcation de très bonne heure, les convois blindés et motorisés allemands foncent vers le Sud et traversent notre région en fin d'après-midi.
La population les regarde sans comprendre, c'est le suspens, plus encore