Hubert PICCARD
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INCROYABLE MAIS VRAI
GUERRE 1939/1945
Témoignage
NICE - Janvier 1985
Analyse du témoignage
La 5ème Colonne
Écriture : Janvier 1985 - 15 pages
POSTFACE de Michel EL BAZE
De ses campagnes de France, de Lybie, de Tunisie, d'Italie, de France encore, Hubert Piccard ne veut retenir que cet épisode lamentable de Juin 1940 où il fut prisonnier des Français et faillit être fusillé.
Le souvenir est encore là, vivant, de cette triste époque où tout "foutait le camp".
From his campaigns in France, in Libya, in Tunisia, in Italy, in France again, Hubert Piccard only wants to retain this pitiable episode in June 1940, when he was taken prisoner by the French and very nearly got executed.
The memory is still there, alive of that sad time, when everything was going to pot.
La mémoire
J'ai été fait prisonnier en Juin 1940 par les Français
N'attendez pas le récit d'un acte héroïque !
Non, une simple mésaventure pas tout agréable en son temps. Quelques mots pour me situer à cette époque.
Mobilisé le 2 Septembre 1939 au Levant, à Beyrouth. Je suivais des cours spéciaux d'artillerie lorsqu'on me communiqua une décision ministérielle, en Février 1940, démobilisant sur leur demande les vieilles classes habitant l'étranger : ce qui était mon cas.
Mon affection du reste était : service géographique du Sahara. Profitant de cette décision, je m'empressais de me faire démobiliser, ayant le pressentiment que les troupes du Levant ne seraient jamais engagées.
De nouveau à mon poste civil de Port-Said (Égypte), j'adressais à l'agent supérieur de la compagnie du Canal de Suez au Caire une demande d'autorisation de contracter un engagement volontaire en France pour la durée de la guerre ; car sans cette autorisation je serais considéré comme démissionnaire.
Attente assez longue, avant que le Baron de Benoit, Agent Supérieur (qui devait être nommé Délégué de la France-Libre le 18 Juin) m'accordait cette autorisation, la première quinzaine d'Avril.
Quatre ou cinq jours après, un bateau m'amenait en France.
Puis par train, je me présentai à Lyon au dépôt au 54ème Régiment d'Artillerie, et toujours à attendre, avec deux autres Sous-Officiers, une affectation que nous réclamions chaque jour.
L'un de nous reçut l'ordre de rejoindre un dépôt d'artillerie à Issoire. Nous sommes arrivés tous les trois à ce dépôt que j'ai baptisé : "le pourrissoire", car là se trouvaient quelques milliers d'hommes depuis Septembre 1932.
Mes nouveaux camarades et moi, trouvions la situation mauvaise, et après accord entre nous, nous prîmes la décision d'aller le lendemain au Bureau de la Place, pour y réclamer notre départ à bref délai dans une unité combattante.
On nous adressa alors au bureau occupé par un Capitaine. Ayant frappé à cette porte, une voix cria :
- Si vous êtes volontaire pour la bagarre, entrez, sinon foutez le camp !
Inutile de vous dire que la porte fut vite ouverte.
Il m'interrogea sur mes désirs, me jugeant comme le plus ancien des trois, comme je portais le ruban de la Croix de Guerre des T.O.E. gagné en 1924.
Le lendemain matin, le Capitaine nous expédia à Clermont-Ferrand où nous devions toucher du matériel d'artillerie pour une mission spéciale. Mission dont nous fûmes relevés deux jours après et présentés à nouveau à l'état-major de Clermont-Ferrand.
Là, on nous donna sept camions avec neuf conducteurs, et mission de créer, à l'endroit qui nous conviendrait, sur la route, à la sortie sud de Clermont Ferrand, de créer un accident afin d'établir un barrage sur la route.
Je demandais ce que nous devions faire des camions par la suite, on me répondit :
- Vous avez de l'essence dans ces camions, vous pouvez les brûler !
Chacun devait choisir un itinéraire différent.
Je trouvais un endroit idéal pour établir le barrage : je mis mes camions en épis au travers de la route et j'allais donner l'ordre de les arroser d'essence, lorsque un Colonel du service routier, revolver en main me demanda ce que je faisais là.
Lui ayant dit que je remplissais une mission, il me demanda l'ordre écrit. N'en ayant pas, il exigea mes papiers.
- Tous les Allemands ont des papiers militaires français !
Je lui présentais alors mon passeport de civil :
- Un Français, en France n'a pas besoin de passeport, vous êtes Cinquième Colonne, je vais vous fusiller !
A ces mots, les civils crièrent :
- Non, non, nous voulons le pendre !
Je reçus du reste quelques coups.
A ce moment, heureusement, une Citroen avec deux matelas sur le toit, conduite par un capitaine avec un lieutenant et un adjudant arriva. Le colonel leur donna mon mousqueton et dit :
- Emmenez le prisonnier à Issoire pour qu'on le fusille !
Le capitaine dit alors à l'adjudant :
- Sortez votre revolver et au moindre geste suspect, tirez !
Arrivés à l'entrée d'Issoire des gardes mobiles arrêtent la voiture expliquent au capitaine qu'ils avaient ordre d'arrêter la circulation. Ce dernier dit alors à l'adjudant :
- Descendez avec le prisonnier, nous allons aux renseignements et ne le laissez pas s'échapper ! Tirez s'il essaie !
Je dis alors à l'adjudant :
- Mon vieux je n'ai pas l'intention de m'échapper ! Allons au bistrot qui se trouve à côté prendre une bonne bière tous les deux.
De retour après deux heures le capitaine me rendit son mousqueton.
- Vous êtes libre, dit-il, qu'allez vous faire maintenant ?
Je lui dis :
- Puisque le Colonel m'a empêché de remplir ma mission, mes conducteurs viendront avec des camions et certainement avec mes collègues car nous devions nous retrouver à Issoire :
- Et vous mon capitaine, que faites-vous ?
- Nous foutons le camp !
Je manoeuvrai alors la culasse de mon mousqueton en leur disant :
- Foutez le camp ou j'ouvre le feu !
Inutile de vous dire le démarrage.
Cela s'est passé au début de la deuxième quinzaine de Juin.
Issoire déclarée ville ouverte, nous étions avisés que le dépôt devait être transféré et qu'il n'y avait plus qu'un train.
Il fut pris d'assaut et quelque trois mille hommes sur les X milliers embarquèrent à raison de 120 à 130 par wagon et cinq jours de voyage entrecoupé de nombreux arrêts afin d'arriver à Saint-Jean-du-Gard.
Cinq jours après, le 23 Juin 1940, à Saint Jean du Gard, un vieux commandant de réserve et par chance un Capitaine d'Intendance nous attendaient. Ayant appris l'Armistice, j'adressai par télégramme au P.C. de Clermont Ferrand (ce n'était pas encore Vichy) une demande de démobilisation en tant que volontaire pour la durée de la guerre et habitant à l'étranger.
- J'attendais quelques jours d'arrêts de rigueur, ma demande n'ayant pas été adressée par une voix hiérarchique.
Quelques jours plus tard, le 8 Juillet 1940, le vieux Commandant me convoqua et me dit :
- J'ai un télégramme, je vous démobilise
- Mais cela est une autre histoire.
- Et vous, mon capitaine, que faites-vous ?
- Nous foutons le camp !